PRÉFACE. VII
tion scientifique avec rinstruction religieuse. On n'a pas cependant à y déplorer, entre la science et la religion^ le fatal antagonisme qui existe dans les pays catholiques, et qui a conduit la société civile et le clergé à se disputer la domination exclusive de l'enseignement public. Il est impossible de prévoir quelles seront les conséquences d'une rivalité qui partage la société en deux camps rivaux, pour ne point dire ennemis, car la lutte n'est pas moins vive en ce qui concerne l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur, qu'en ce qui touche les écoles primaires.
Les États Scandinaves, qui ont déjà étendu le cercle de l'enseignement dans les écoles populaires, ont presque partout établi des écoles primaires supérieures. Il en existe de plusieurs degrés. Le progrès des institutions politiques exige, dans ceux à qui elles confèrent de nouveaux droits, une plus grande somme de connaissances et un développement intellectuel de pliis en plus étendu.
Ce sont ces considérations qui ont fait établir en Danemark et, par suite, en Suède et en Norvège, les écoles des hautes études pour les paysans.
VllI PRÉFACE.
On verra, au chapitre V de ce livre, consacré au Danemark, l'extension exagérée donnée à ce principe, par Gruntvig, le fondateur de ces écoles. Je signale les conséquences fâcheuses qu'entraîne dans l'ordre religieux et dans l'ordre politique, le désir de faire participer les fils des laboureurs au plus haut degré d'instruction, sans passer par tous les intermédiaires, qui seuls peuvent le rendre profitable. En éducation, comme en tout, il faut savoir appliquer le principe du développement graduel : Natura non facit saltum.
Ce système d'éducation appliqué aux habitants des campagnes a causé en Danemark d'assez vives appréhensions. Les préoccupations religieuses et politiques qui l'ont fait adopter et qui le propagent ne sont pas de nature à en diminuer le péril. C'est une pensée assez étrange que de faire exposer devant des jeunes gens ayant reçu une instruction primaire plus ou moins complète les théories les plus élevées de l'histoire, de la littérature et de la politique, des considérations philosophiques sur la poésie des Eddas et des Sagas, ou sur les caractères constitutifs des nationalités , études pour lesquelles sont à peine préparés