Saint-Marc Girardin n’était pas moins pressant
K Toutes les fois que le cours des événements fait naître une société nouvelle, disait-il, il faut aussi une éducation nouvelle. L’éducation fait toujours l’état de la société. Avez-vous, comme au moyen âge, une société toute religieuse? l’éducation sera théologique. Au quinzième siècle, la société s’émancipe, elle devient séculière et temporelle ; depuis la Révolution française, une société nouvelle est née aussi, une société commerciale et industrielle ; cette société demande une éducation appropriée à son esprit.
« Le défaut de notre éducation actuelle, c’est qu’elle est trop spéciale, trop exclusive; elle est bonne pour faire des savants, des hommes de lettres, des professeurs qui ne soient pas des théologiens ; c’est ce qu'il fallait au quinzième et au seizième siècle. 31ais aujourd’hui il nous faut aussi des marchands, des manufacturiers, des agricul-
1 . De l'instruction intermédiaire et de son état dans le midi de V Allemagne, p. 4. Paris, 1835.
ÉCOLES USUELLES ET BOURGEOISES SUPÉRIEURES. 155 leurs et notre éducation ne semble point propre à en faire. »
Mais depuis cette mémorable année 1833, malgré tout ce que des observateurs tels que MM. Victor Cousin et Saint-Marc Girardin avaient fait connaître à la France sur les services immenses rendus à la classe moyenne par les écoles bourgeoises et les écoles réelles de l’Allemagne, il a fallu attendre jusqu’en 1863 pour voir enfin, à côté des collèges et des lycées, s’organiser d’une manière régulière et légale, sous le nom éé Enseignement secondaire spécial^ un enseignement dont tous les gouvernements avaient reconnu l’importance.
Les divers ministres qui, depuis 1833, ont songé successivement à donner satisfaction aux besoins et aux tendances de la société moderne ont désigné sous des noms différents les nouvelles écoles qu’il s’agissait de créer. M. Guizot, en 1833, les avait i\Qmm(ie?>Ecoles supérieures municipales main [{%h-i)^Ecolessupérieuresuniversitaires;}i. de Salvandy (1847), Enseignement spécial Carnot (1J348), Collèges industriels ; M, deParieu (1830), Enseignement professionnel ; M. Fortoul (1852), Collèges scientifiques ; M. Rouland (1862), Collèges français; enfin M. Duruy (1865), Enseignement secondaire spécial. N’oublions pas que la ville de Paris avait pris les devants sur l’administration universaire en créant les collèges CAojotrz/ et Tur-
io6 L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE,
qui ont déjà rendu d’assez grands services à la population pour faire désirer l’établissement d’autres écoles du même genre.
Rien ne peut faire comprendre jusqu’à quel point la France, si disposée en apparence à accueillir toutes les innovations a de peine à rompre avec la tradition et la routine, que les difficultés qui se sont pendant si longtemps opposées à la réalisation des réformes proposées. D’abord la classe bourgeoise, en faveur de laquelle devait s’organiser l’enseignement primaire supérieur, ne s’est nullementempressée d’en profiter. Elle a continué à considérer le collège comme pouvant seul donner une instruction convenable, et tout en déclamant contre le latin elle a voulu que ses fils apprissent le latin. L’école supérieure n’était encore à ses yeux qu’une école primaire. Or l’instruction primaire n’est faite que pour le peuple et, comme le disait M. Saint-M^rc Girardin : « Chez nous où tout le monde est démocrate, personne ne veut être du peuple. » M. Yillemain crut bien faire en 1841 en annexant les écoles primaires supérieures aux collèges et en plaçant le directeur de ces établissements sous l’autorité immédiate du principal. Dans la plupart des
ÉCOLES USUELLES ET BOURGEOISES SUPÉRIEURES, iîi?
lycées, on organisa cet enseignement moyen sous le nom de Cours spéciaux. Ils ne purent presque partout réunir que les élèves les plus médiocres des lycées, et malgré la bonne volonté des professeurs, furent considérés comme offrant beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. M. Cuvilier- Fleury, qui dirigea pendant longtemps les études au collège Sainte-Barbe, explique très-bien les raisons qui nuisirent au succès d’une de ces écoles annexée au grand collège. « Cette école, dit-il, comprenait toutes les études nécessaires aux professions industrielles et agricoles ; l’enseignement était excellent, le professeur plein de talent et de zèle : eh bien, sur trois cents ^èves que renfermait le collège, je n’ai jamais pu en réunir plus de dix ou douze dans la classe de commerce ; et pourtant la clientèle de la maison se composait en majeure partie d’industriels.
« Mais à mes instances répétées que répondaient les parents? Je ne veux pas que mon fils soit un âne.... Il tant qu’il fasse les mêmes études que les autres. — Mais il n’obtiendra aucun succès dans les lettres, et il peut devenir un excellent fermier, un bon militaire, un commerçant parfait. — N’importe ! il fera les études classiques jusqu’au bout; nous verrons après.
« Ce qu’on voyait au bout de l’expérience, c’est que la vanité du père avait sacrifié l’enfant, et
qu’incapable de devenir un négociant distingué, faute des études nécessaires à cette profession, le rhétoricien l’était tout autant de devenir un bon avocat, un bon professeur, pour n'avoir fait qu’incomplétement celles qui pouvaient le conduire à cette destinée ; le rhétoricien manqué n’était qu’un sot et ne pouvait plus devenir un homme utile.
« Ayez donc des écoles usuelles séparées de vos collèges, où la vanité des parents n’ait rien à redouter de la comparaison d’études supérieures, avec des travaux plus modestes, où la concurrence de destinées plus hautes ne décourage pas vos enfants.
« Vous voulez l’égalité dans la société, commencez par la mettre dans les études, et soyez sûr qu’elle n’existera qu’à une condition, c’est que les études soient séparées aussi exactement que les destinées ; car c’est le moyen qu’aucune profession ne soit jamais sacrifiée à une autre et que toutes s’estiment un jour en se rapprochant dans le monde. »
Ces écoles usuelles, la loi du 21 juin 1865 les a données à la France sous le nom de Collèges ou Lycées d'enseignement secondaire spécial. Le ministre (-M. Duruy) qui l’avait présentée à l’adoption du corps législatif espérait que les petits collèges communaux dont M. Saint-Marc Girardin signalait en 1835 la nuisible inutilité adopteraient tôt ou tard, tout en conservant leur nom, un enseignement dont le programme remplacerait avantageu-
sement un système d’études nécessairement incomplet, puisqu’il ne donne qu’un commencement d’instruction classique qu’il faut aller compléter ailleurs. C’est ainsi que, dans le Wurtemberg, les ‘ écoles latines se sont peu à peu transformées en écoles bourgeoises et en Bealschulen. On n’a pas eu moins de peine en Allemagne qu’en France à faire adopter ces nouveaux établissements créés à côté et en dehors des gymnases. Il est temps d’en étudier l’organisation et d’en exposer les inconvénients et les avantages.
Une des premières écoles moyennes fut établie en 1747, à Berlin, par les soins du conseiller Ilecker. Son but était do remplacer l’enseignement exclusif des mots par celui des réalités. Elle était destinée aux jeunes gens qui ne se proposaient pas de suivre les cours des universités. La méthode générale consistait à faire reposer les connaissances sur l’étude de choses naturelles, de modèles, de plans, d’objets utiles à la vie commune. C’est de là que vientlenomd’eco/es réelles [Realschulen) donné aux établissements de ce genre. Cette réforme était toute une révolution. Comme on peut se l’imaginer, elle eut, avant d’être adoptée, bien des obstacles à
vaincre; elle rencontra dans les gymnases l’opposition la plus vive : les professeurs, craignant de voir diminuer le nombre de leurs élèves, déclarèrent hautement que le nouvel enseignement détruirait les études sérieuses. Les écoles réelles, fondées pendant le xviii® siècle, succombèrent après plusieurs années d’existence. La Realschule établie par Semler, à Halle, en 1738, ne put se soutenir. Il en fut de même du philanthropium fondé d’après les mêmes idées en 1774 à Dessau par Basedow.
Les progrès des sciences et de l’industrie, qui font la gloire du xix* siècle, ont fini par triompher des préjugés qui considèrent l’étude des langues et surtout des langues anciennes comme la condition essentielle de toute bonne éducation. Le gouvernement prussien s’occupa sérieusement en 1832 de l’organisation de l’enseignement intermédiaire, au moment même où la question de la réforme de l’instruction secondaire était en France mise à l’ordre du jour. De nombreux établissements s’élevèrent dans les divers Étals d’Allemagne pour répondre à un besoin devenu général, et un arrêté du gouvernement prussien, en date du 6 octobre 1839, reconnut officiellement cette nouvelle catégorie d’écoles, adopta le nom sous lequel elles avaient été jusquelà désignées, et publia un règlement pour l’enseignement et les examens d’admission et de sortie.
Ces écoles sont divisées aujourd’hui en Real-
schulen du premier ordre, en Reahchulen du second ordre, et en écoles bourgeoises supérieures.
Dans les Reahchulen du premier ordre, l’enseignement comprend six classes et dure neuf ans, comme celui des gymnases. Dans les Reahchulen du second ordre, U'iie comprend que cinq classes et ne dure que sept années : on enseigne dans les unes et les autres les langues modernes, le latin, l’histoire, la géographie, les mathématiques, les sciences naturelles, le dessin, l’écriture, le chant et la gymnastique. Les six années se divisent en deux périodes : pendant les trois premières, chaque cours dure un an. L’instruction donnée aux élèves est conçue de manière à compléter leur éducation primaire, ou à les préparer pour diverses écoles techniques, scientifiques ou littéraires. Après ces trois années, leur vocation se décide et ceux qui continuent leurs études dans \aReahchule reçoivent pendant les six années qu’ils doivent y consacrer, chaque cours durant deux ans, un enseignement spécial, dans lequel les études scientifiques prennent plus d’importance. Des examens ont lieu chaque année pour constater si les élèves sont capables ou non de suivre les cours de l’année suivante; on oblige ceux qui sont trop faibles à recommencer le cours qu’ils viennent de terminer.
L’enseignement dans les quatre classes inférieures des Reahchulen du premier ordre e.<ît le
Hi2 L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE.
mêniL* que celui des quatre classes inférieures, des écoles bourgeoises supérieures et des Realschulen du second ordre.
Il embrasse les matières qui suivent ;
Allemand. — Grammaire, syntaxe, style, compositions littéraires.
Français. — Comme pour l’allemand; de plus,, connaissance des auteurs les plus connus et les plus faciles de la littérature française.
. Anglais. — Même programme.
Mathématiques. — Arithmétique ordinaire et arithmétique commerciale.
Géométrie plane, avec les applications.
Sciences naturelles. — Les parties les plus importantes de la zoologie en sixième; la minéralogie entière en cinquième, et la botanique en quatrième ; la physique et la chimie, qui sont comprises dans la démonstration de sciences naturelles, sont réservées pour les classes supérieures à la quatrième.
Géographie. — Premiers éléments de la cosmographie ; géographie générale des cinq parties du monde ; étude spéciale de la géographie de l’Allemagne.
Histoire. — L’histoire universelle jusqu’aux temps modernes apprise au moyen de la connaissance des événements les plus importants et des
biographies des personnages marquants. Histoire particulière de l’Allemagne.
Dessin. Dessin linéaire et dessin à main levée. Dans les écoles du Nord, l’étude du dessin est généralement négligée ; celles du sud de rAllemagne au contraire en ont fait une spécialité dans laquelle elles excellent.
Chant. Leçons à une, deux et trois voix ; chœurs formés avec les élèves de trois classes supérieures.
(îYMNASTioiîfe. Deux méthodes rivales sont en présence : celle de Spiess, de Dresde, qui ne permet que des exercices sérieux et sévères et celle de Rieff qui , pour rendre les leçons moins fatigantes, unit le chant et la danse aux exercices du corps.
Le latin avait été d’abord exclu des Realschiilen : plus tard, il fut introduitdans l’enseignement; mais sans être obligatoire, excepté dans les deux dernières classes. Depuis 1860, il est devenu obligatoire dans toutes les classes des Realschulen prussiennes de premier et de second ordre, et par suite plusieurs Realschulen ont pris le nom de ReaUjymnases. Dans les autres États à Leipzig, Gotha, Francfort, Darmstadt, Mayence, etc., le latin et le grec ne sont enseignés dans aucune classe. Il est fort probable que l’étude du latin au moins finira par y être introduite.
164 L’INSTRUCTION l’UDLlQUE EN ALLEMAGNE.
Les élèves, à la sortie de la troisième classe, subissent un examen décisif pour être admis dans la seconde qui correspond à la première classe des hôhere Bürgerschulen. A l’issue des deux années de la seconde classe, ils subissent un autre examen qui est conçu de manière à alléger de toutes les matières qu’il comprend l’examen de sortie de la Realschule^ ayant lieu après les deux années de la première classe. Comme cet examen de sortie [abiturienten exameii) donne droit à certains privilèges attachés à l’enseignement complet de l’école, ou à l’entrée dans les universités, il est fait avec le plus grand soin. Les matières des examens qui ont lieu après la seconde classe sont les mêmes que celles sur lesquelles roulent les examens des élèves qui passent des hôhere Bürgerschulen ou des Realschulen du second ordre dans la classe supérieure des realschulen du premier ordre.
Pour être admis à Vabiturienten-examen, il faut avoir passé deux ans entiers dans la première classe de la Realschule si elle n’a qu’une division: si elle en a deux, avoir subi au moins pendant un semestre les cours de la division supérieure ; mais, dans ce cas, il faut que la commission d’exa-
rnen soit unanime à déclarer que l’élève est capable de passer son examen avec succès et que le directeur y consente. Ces faveurs exceptionnelles sont très-rares.
La commission d’examen se compose : T d’un commissaire royal, qui est ordinairement un des conseillers provinciaux; 2° du directeur de l’établissement ; 3° du professeur qui a fait les cours de sciences pendant la première année.
Les professeurs, qui font les autres cours de cette même année, sont aussi tenus d’être présents à l’examen oral; mais ils n’ont pas le droit de voter.
Les autorités administratives de la ville sont invitées à assister aux examens oraux.
Le directeur propose deux textes de composition
et le commissaire royal désigne l’un des deux ;
mais en même temps il a le droit de les refuser
tous les deux et d’en donner un à son choix.
Tous les élèves admis à l’examen traitent les mêmes sujets.
La composition écrite comprend
Jo Un sujet à développer en allemand, en français et en anglais ; les élèves peuvent se servir de dictionnaires, mais les grammaires sont défendues.
2° Un thème à traduire en français, si le sujet proposé est en anglais, et à traduire en anglais, si le sujet a ^é donné en français ; on ne permet pas l’usage des dictionnaires pendant cet exercice.
KiO (/INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE.
3“ Une composition mathématique comprenant :
1” une question théorique sur les équations du second degré ; 2® un problème de géométrie analytique ; 3“ un problème de trigonométrie rectiligne ou sphérique ; 4“ des questions sur la géométrie dans l’espace et les sections coniques ; 5” un problème de mathématiques appliquées (statique ou niécanique) ; 6“ un sur la physique (optique, chaleur ou lumière) ; 7“ enfin un problème de chimie.
L’examen oral doit porter sur toutes les matières enseignées pendant les neuf années des études, c’est-à-dire pendant les six années des Realschulen.
L’élève qui, ayant suivi tous les cours d’une iîm/schule de second ordre, a subi avec succès Vabiturienten-examen peut: 1“ entrer dans les emplois d’administration des mines et salines de l’État ; 2° arriver aux positions élevées dans le service des postes ; 3" être admis à l’examen de géomètre arpenteur ; 4" faire partie de l’administration royale des forêts ; 5" entrer dans le corps des chasseurs à cheval ; 6“ être admis à l’institut commercial ; 7“ obtenir un emploi dans l’administration des impôts indirects ; 8“ être admis comme surnuméraire dans l’administration ci\ile des provinces ; 9" entrer dans les bureaux de l’intendance de la marine et de la guerre.
L’élève qui n’est resté qu’un :ui dans les cours de première classe des Realschulen peut être admis à l’examen qui donne entrée dans les écoles royales d’arts et métiers des provinces.
Celui qui a suivi pendant les six premiers mois de l’année scolaire les cours de première classe est dispensé, depuis 1860, de faire plus d’un an de service militaire, et il a, depuis sa dix-septième jusqu’à sa vingt-troisième année, pour faire ce temps de service.
En Prusse, tous les jeunes gens valides doivent le service militaire à partir de leur vingtième année ; mais celui qui sort d’une Realsehule de second ordre, dans les conditions qui viennent d’être indiquées, est libre de rester jusqu’à l’âge de vingttrois-ans dans ses foyers.
L’élève qui, à la Cn de sa seconde classe, a été après son examen de sortie déclaré capable d’entrer dans la première classe de la Realschulen, peut : 1® être nommé greffier du tribunal civil ; 2* être admis à l’école vétérinaire royale ; 3" entrer dans les emplois des bureaux des écoles des mines.
Enfin celui qui n’a que le certificat donné à la sortie de la seconde classe peut entrer 1® dans l’institut des jardiniers de Potsdam ; 2® dans l’institut musical de Berlin.
De plus grands avantages sont accordés aux
168 L’INSTRUCTION' PUBLIÿUE EN ALLEMAGNE.
élèves sortant des Realschulen, après avoir satisfait aux conditions de Vabiturienten-examen.
! ® Ils sont admis à suhTe les cours des écoles de pharmacie, et c'est afin de pouvoir leur conférer ce privilège que, depuis 1860, le gouvernement a rendu le latin obligatoire dans toutes les classes des Realschulen de Prusse.
2® Ils sont reçus dans les cours supérieurs d’architecture et les écoles des mines, d’où ils sortent avec un emploi du gouvernement.
3° S’ils veulent suivre la carrière militaire, ils sont admis à l’avancement et dispensés de l’examen d’enseigne.
Telle est l’organisation générale des écoles bourgeoises et des Realschulen de Prusse : elle est à peu près la même dans toutes les écoles du Nord ‘.
On aura une idée suffisante de la force et de l’étendue des éludes dont se compose l’enseignement des écoles réelles en consultant le programme de la dernière classe, prima, de la Realschule du premier rang, annexée au gymnase de Frédéric- G'ùillaume à Berlin,
1. Pour de plus amples informations, et en particulier pour ce qui concerne la distribution du temps de la semaine et le nombre d’heures consacrées aux différentes branches d’études, il est nécessaire d’avoir recours à l’excellent Rapport de M. Baudouin sur l’état actuel de l' enseitjnement spécial secondaire et de l'cnseùjnement primaire en Belgique, en Allemagne et en Prusse, que j'ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de citer.
Enseignement religieux. — Seconde partie de la dogmatique ; explication de l’épître aux Romains et de l’Évangile selon saint Jean. Histoire de l’Église jusqu’à la réformation ; histoire de la réformation (deux heures par semaine).
Langue allemande. — Klopstock, Lessing, Schiller, Gœthe, étudiés comme poëtes et comme prosateurs. Compte rendu et analyse de quelques drames de Sophocle et de Shakespeare. Principes de logique et de psychologie. Compositions mensuelles (trois heures).
Langue latine. — Lecture de Tite-Live et de Virgile (trois heures).
Langue française. — Explication de morceaux choisis de la France littéraire. Les élèves rendent compte de leurs lectures en français et de vive voix. Dictées et traductions en langue française de morceaux allemands et anglais. Devoirs écrits en français. Narrations, descriptions, biographies, lettres. Histoire de la littérature française, surtout du siècle de Louis XIV (quatre heures).
Langue anglaise. — Lecture de morceaux choisis. Les élèves ont à analyser en anglais et de vive voix les morceaux qu’ils ont lus chez eux. Dictées et traductions en langue anglaise de morceaux allemands et français. Devoirs écrits én anglais : lettres et narrations historiques (trois heures).
Histoire et Géographie. — Histoire du moyen
ûgc jusqu’à la fin de Chademagne. Fin des Croisades, jusqu’à l’abdication de Charles-Quint. Depuis la paix d’Augsbourg jusqu’à la mort de Charles VI . Depuis l'avénement de Frédéric le (îrand jusqu’en 1815. Révision de la géographie (trois heures).
Mathématiques : Arithmétique. — Révision des cours précédents.
Algèbre et géométrie. — Géométrie analytique et sections coniques. Géométrie descriptive : équations du 3* degré; théorie des équations ; séries indéfinies. Astronomie sphérique. Séries arithmétiques d'un ordre supérieur; fractions continues, commencement de la théorie des nombres. Principes du calcul différentiel et intégral, leur application à la géométrie et aux séries (cinq heures).
Physique, — Galvanisme, géographie et astronomie, mathématiques, acoustique, optique, mécanique (trois heures).
Chimie. — Révision de la chimie inorganique ; chimie organique, matières végétales, animales; métallurgie (trois heures).
Dessin. — A main levée, bosse ek d’après nature. Dessin linéaire (perspective, construction des ombres), enseignement théorique et pratique. Dessin de machines d’après nature et d’après modèles dessinés.
Les Realschiden sont quelquefois séparées et indépendantes et quelquefois réunies dans le inéine établissement à une école primaire une hôhere- Bttrfjerschule^ ou même un gymnase.
C’est ce qui a lieu, par exemple, dans le Ilealgymnase dirigé à Berlin par le docteur Bank, institution royale renfermant à la fois une école primaire une realschule ordinaire un realgymqase élémentaire et un gymnase.
Les enfants peuvent y suivre les cinq classes de l’école primaire ; ils passent ensuite au Uealgymnase élémentaire dont ils suivent les cours pendant deux années, après lesquelles ils entrent, à leur choix, dans le gymnase ou l’école réelle. Là, leurs cours se spécialisent selon qu’ils se préparent à l’université ou qu’ils aspirent au certificat délivré après V abiturienten-examen et aux privilèges qu’ils confèrent. Une organisation à peu près semblable a été donnée à la Realschule de Crefeld (Unisse rhénane), que l’on regarde comme une des meilleures de la Prusse. La partie littéraire y occupe plus de temps que la partie scientifique. C’est un véritable cours d’humanités auquel il ne manque qu’une classe de grec pour être complet.
Le cadre des études est d’ailleurs, dans ces sortes
d’établissements, assez large et assez élastique pour donner plus ou moins de temps et d’importance à telle ou telle branche d’études, pour augmenter ou diminuer les heures consacrées à l’enseignement du latin, pour y introduire quelques études spéciales. C’est ainsi qu’à Elberfeld, l’école réelle devient dans ses classes supérieures une école professionnelle ou technique, les élèves pouvant y suivre des cours d’architecture, de mécanique, de stéréotomie, etc.
C’est ainsi encore que la Realschule la plus an- %
cienne de Berlin est une sorte d’école industrielle [Gewerheschidé), supprimant l’étude du latin, mais donnant plus d’importance à l’enseignement de la chimie et aux travaux du laboratoire.
L’école supérieure bourgeoise de Lepzig est une véritable Realschule admirablement organisée comme le sont les nombreux et florissants établissements d’instruction publique dans une ville qui a toujours joui d’une grande liberté, et où se sont produites la plupart des innovations adoptées ensuite par l’Allemagne protestante. Elle a, outre sa belle Realschule une école commerciale célèbre dont les cours se combinent avec ceux qui constituent les Realschulen ordinaires par l’intercalation des différentes branches d’enseignement spécial, calligraphie^ calcul commercial, tenue des livres, principes du droit commercial.
ÉCOLES USUELLES ET BOURGEOISES SUPÉRIEURES. 17:1 Les écoles supérieures pour les jeunes filles, comme nous le verrons plus tard, n’y sont ni moins bien ordonnées ni moins florissantes. Le phi~ lanthropium^ école Israélite de Francfort, est à la fois une école bourgeoise et une Realschule.
La Realschule de Vienne, établie par l’État dans l’ancien èt magnifique hôtel du prince de Lichtenstein, ajoute aux cours ordinaires l’architecture, la sténographie, le modelage, le dessin de mécanique. Elle a de très-beaux laboratoires, des ateliers, de vastes salles de dessin. L’Autriche, jusqu’à présent, avait paru peu disposée à favoriser le libre essor des facultés intellectuelles. Ses établissements d’instruction publique possédaient en abondance tout ce qui est nécessaire à l’exercice d'une profession manuelle, d’un métier: collections de produits, de machines, de dessins, de bosses, cours spéciaux, expériences pratiques, laboratoires. Depuis quelques années, le gouvernement a compris la nécessité d’encourager les hautes études, qui ont pris un assez large développement dans les collèges et les universités.
M. Baudouin, en rendant compte à^e?>Realschulen du Wurtemberg, fait voir par quels degrés les écoles latines (correspondant à nos collèges communaux) se sont successivement modifiées pour se transformer en écoles moyennes. Dans celle de Stuttgard,
fondée en 1817, les élèves faisaient 26 heures de
latin par semaine, quoique Tédit de création prescrivît d’enseigner surtout les sciences positives et les langues étrangères. En 1818, on remania les programmes et on ne laissa que 20 heures' au latin. Cependant les langues anciennes avaient encore la plus forte part, puisque, sur 34 heures d’études elles en occupaient 20. Huit ans plus tard, nouvelle modification : alors la première classe n’eut plus que 10 heures de latin par semaine, et chacune des autres classes 6 heures seulement. En 1843, la première classe n’eut plus que 8 heures ; dans les autres classes, les premières divisions seulement en faisaient 3 et 4 heures. En 1861, les trois premières classes n’eurent plus aucune leçon de latin et les premières divisions seulement des trois classes suivantes n’en firent plus que 3 et 4 heures par semaine : aujourd’hui le latin a disparu entièrement de trois programmes.
(c Ne serait-il pas possible, ajoute M. Baudouin de transformer ainsi sans secousse la plupart de nos collèges communaux qui ne sont pas de plein exercice? Le latin dont on apprend si peu, si peu, que c’est à peine si plus tard on sait encore le lire, céderait petit à petit, la place aux connaissances usuelles. Les frais d’enseignement et d’organisation ne seraient pas augmentés ; il n’y aurait aucun changement apparent; le titre même de collège ne serait pas enlevé à l’établissement, et les parents
ÉCOLES USUELLES ET BOURGEOISES SUPÉRIEURES. 17i>
poumiient toujours dire avec satisfaction qu’ils ont leur fils au college. Mais, au moins, les jeunes gens destinés aux carrières commerciales et industrielles, au lieu d’une langue qui doit leur être complètement inutile, recueilleraient des notions scientifiques qui leur serviraient beaucoup dans les professions qu’ils devront embrasser. Seulement il faudrait trouver des directeurs assez sincèrement dévoués à l’avenir de leur pays pour favoriser discrètement la transformation de l’enseignement et prévenir les difficultés que la création A&ÿ>»Realschiden a rencontrées dans l’Allemagne du Nord. Pourquoi désespérer ? »
Je ne suis p^ certainement de ceux qui désespèrent. Il y aurait même, je pense, peu de changements à opérer dans les collèges communaux pour leur donner une organisation analogue à celle des Realschiden de Stuttgard. Ces modifications sont depuis longtemps désirées, ropinion publique les verrait avec satisfaction s’accomplir. Mais il faudrait que les villes elles-mêmes, qui payent les frais de leurs collèges, que les conseils municipaux qui les votent, eussent au moins le pouvoir de déterminer le genre d’instruction que les enfants doivent y recevoir. Chaque localité se trouvant naturellement juge de ce qui lui convient le mieux, s’occuperait de modifier, selon ses besoins, le système des études; les améliorations introduites peu à peu
dans les établissements seraient d’autant plus durables, quelles n’auraient pas été imposées par l’administration centrale qui, procédant par voie de réglementation générale, n’est pas toujours heureuse dans ses prescriptions, souvent inexécutables et d’ailleurs exposées à être remplacées par des règlements nouveaux.
On a dû remarquer le soin avec lequel ont été déterminés et coordonnés les différents degrés de cet enseignement intermédiaire dont la savante organisation prouve que les gouvernements ont attaché autant de prix à leurs écoles bourgeoises et à leurs écoles réelles, qu’à leurs collèges et leurs gymnases. Elles n’ont pas eu le sort de ces cours spéciaux annexés, comme par grâce, à nos lycées, et n’ayant presque jamais été pris au sérieux. Elles ont plus d’analogie, soit avec les collèges Chaptal, Turgot, Lavoisier, Colbert, et fondés successivement par la ville de Paris, soit, comme je l’ai déjà fait remarquer, aux nouveaux établissements d'enseignement secondaire spécial créés en vertu de la loi du 21 juin 1865.
Les Realschulen ne sont ni des écoXes professionnelles ni des écoles spéciales. Leur enseignement.
est général et donne accès à un nombre considérable de situations. Elles ont la prétention de concourir, aussi bien que les gymnases, au développement des facultés morales et intellectuelles des ieunes gens. En effet, la plupart des branches d’enseignement que suivent les élèves sont communes .aux deux ordres d’établissements. Ils ne diffèrent que par l’importance plus ou moins grande qu’ils accordent à l’étude des langues anciennes.
L’étude du latin n’est pas bannie àQ?,Realschulen : mais il n’y occupe qu’une place secondaire, et celle des langues vivantes y est naturellement faite d’une manière plus sérieuse. On semble avoir prévu les cas nombreux qui peuvent se présenter d’élèves ayant suivi les cours des écoles réelles en vue d’un avenir spécial et prenant plus tard le parti d’entrer dans les gymnases qui préparent aux universités. Ayant déjà quelque connaissance du latin, ils peuvent, en s’y préparant convenablement, se faire admettre dans un gymnase. Les directeurs des gymnases, de leur côté, ont pensé qu’à côté des langues anciennes il était nécessaire d’organiser des cours de langues vivantes et de compléter l’enseignement classique par celui des mathématiques et des sciences naturelles. Les deux genres d’établissements se sont donc tellement rapprochés qu’il serait facile de faire d’une école réelle un gymnase, et réciproquement un gymnase d’une école réelle. C’est ainsi
ns L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE.
que nos collèges Turgot et Chaptal donnent une instruction telle que leurs élèves pourraient se préparer soit aux diverses épreuves du baccalauréat ès sciences et du baccalauréat ès lettres, soit h celles qui conduisent àTÉcole polytechnique ou à l’École centrale des arts et manufactures ; ce qui a lieu, en effet, chaque année pour quelques-uns de leursélèves les plus distingués.
L’instruction secondaire recevrait une organisation qui corrigerait l’insufûsance des écoles réelles, ou remédierait au trop-plein des collèges classiques.
s’il était possible d’introduire, soit en Allemagne, soit en France, le système des États-Unis, qui, réduit à sa plus simple expression, consiste en ce que l’enseignement secondaire classique ne commence qu’au moment où finit l’enseignement intermédiaire. Celui-ci, faisant suite à l’école primaire, élémentaire et supérieure, est ouvert à tous les élèves de 12 à 16 ans. Il se compose de toutes les matières
qui, avec l’étude du latin, constituent celui des écoles réelles et bourgeoises d’Allemagne, de& écoles' Turgot et Chaptal en France. C’est en sortant de ces sortes d’établissements seulement que commence l’enseignement secondaire classique, celui des ly-
^ cées, conduisant aux universités. De cette façon, rien ne s’oppose à ce que tous les élèves s’élèvent graduellement de l’école primaire h Técole intermédiaire, de l’école intermédiaire au lycée, du lycée à l’ensei-
ÉCOLES USUELLES ET BOURGEOISES SUPÉRIEURES. 179 guement supérieur. Par là est évité le grave inconvénient que je signalais plus haut et qui crée deux enseignements parallèles, conçus cependant de telle sorte qu’il est impossible, excepté pour certains élèves hors ligne, de passer de Pun à l’autre. Dans un pays où le premier besoin est d’offrir à tous les enfants des chances égales et de leur ouvrir accès à toutes les professions, on ne pouvait imaginer rien de mieux que ce système d’instruction publique, s’élevant de degré en degré, de manière à former un ensemble complet pour les élèves qui s’arrêtent après avoir franchi l’un d’eux, et à servir de préparation aux degrés supérieurs^ dans le cas où leurs moyens leur permettent de poursuivre leurs éludes jusqu’au bout. A un autre point de vue, ce système, qui recule jusqu’à 15 ou 16 ans l’enseignement classique, offre un moyen de remédier à la plupart des inconvénients qu’on y signale en ce moment môme, et auxquels le ministre actuel de l’instruction publique s’occupe de chercher des remèdes, inconvénients sur lesquels j’aurai occasion de revenir en faisant connaître l’organisation des gymnases ou lycées d’Allemagne.
Statistiq^iB des Realschulen et des Hdhere Bürgerschulen .