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CHAPITRE VI

LES UNIVERSITÉS

C’est à ses universités plus qu’à ses établissements d’enseignement primaire et secondaire que

l’Allemagne doit l’honneur d’être considérée en

Europe comme la terre classique de l’éruditiou, comme le pays où l’esprit scientifique a produit et doit produire les œuvres les plus sérieuses. Toutes les fois qu’il est question en France de proposer des réformes dans l’organisation de l’enseignement supérieur, on manque rarement de signaler comme

des modèles à suivre les universités d’ïéna, de Gœt-

lingue, de Heidelberg ou de Bonn; et quand nous cédons à ce singulier travers d’esprit qui nous porte si souvent à dénigrer et à dédaigner ce qui nous appartient, nous assurons que tout serait pour le mieux si nous empruntions à l’Allemagne ses procédés et ses méthodes. En reconnaissant qu’il serait désirable de voir s’introduire dans notre enseignement supérieur de notables améliorations, je ne

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pense pas qu’il soit nécessaire de les demander à l’Allemagne.

Une appréciation faite dans un esprit aussi éloigné d’un engouement irréfléchi que d’un dénigrement systématique me permettra de signaler les avantages et les inconvénients que présente l’organisation de ses universités, comme je me suis efforcé de le faire pour les autres branches de l’instruction publique. Les usages et les habitudes appropriés aux mœurs et au caractère d’un peuple s’accordent souvent fort mal avec ceux d’un autre ; au lieu de chercher à modeler nos institutions sur celles de l’Allemagne ou de tout autre pays, il y a plus d’utilité à perfectionner (ce qui est toujours possible) celles qui sont nées sous l’influence de notre génie national.

Le nombre et l’importance des universités de l’Allemagne ont été la conséquence naturelle de sa division en États indépendants les uns des autres et dont les capitales, résidences de souverains plus ou moins puissants, sont devenues autant de centres et de foyers tout préparés pour que les arts, les lettres et les sciences y reçussent de larges développements. Animés par une louable émulation, les princes consacrèrent une grande partie de leurs revenus à la création d’écoles de tous genres et principalement à la fondation, pour l’enseignement

supérieur, d’établissements qui, par les avantages

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qu’ils réunirent et par la célébrité des professeurs auxquels fut assurée une existence honorée ^ indépendante^ souvent mêhie brillante^ attirèrent les étudiants en foule. C’est ainsi que la Confédération allemande compte aujourd’hui, en y comprenant les paÿs allemands de l’empire d’Autriche et la Suissé allemande, 26 universités. A ces 20 universités, dites complètes^ parce qu’elles réunissent les quatres facultés de théologie, de droit, de médecine et de philosophie, il convient d’ajouter 11 universités incomplètes. La Prusse en a 2 : Münster, fondée en 1631, et Braunsberg,en 1666; la Bavière en a 9 : Amberg, Aschaffenbourg, Augsbourg, Bomberg, Dillingen, Freysing, Passau, Ratisbonne et Spire.

Les plus anciennes de ces universités, celles de Pt’agUe et de Heidelberg, ont été fondées, la première par l’empereur Charles IV, la deuxième par le prince électeur Rupert Elles ont à leur tour servi de modèles à toutes les autres universités allemandes ; orj comme toutes ont emprunté leur forme, leurs institutions, leurs coutumes et leurs usages à Paris, l’origine et le développement de leur organisation intérieure ne doit pas être cherchée dans leur propre histoire, mais dans celle de l’université qui leur a servi de modèle.

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Le nom d’université indiquait alors en Franco, comme en Italie la réunion des maîtres et des étudiants [universitas magistrorum et scolarium), à quelque nation qu’ils appartinssent. On distinguait à Paris, comme on sait, quatre wa/tons: France, Picardie, Normandie et Angleterre, cette dernière remplacée depuis par l’Allemagne. On n’y connaissait alors que deux facultés, la théologie et les arts (lettres et sciences). Celles de droit et de médecine ne furent établies qu’au treizième siècle.

L’université de Paris possédait de grands privilèges : elle avait seule le droit d’enseigner; elle n’était point soumise aux juges ordinaires ; elle avait sa juridiction particulière ; chacune de ses facultés avait à sa tête un doyen, et l’université tout entière avait pour chef un recteur électif. Les universités allemandes possèdent encore aujourd'hui en grande partie les mêmes privilèges.

Mais, tout en continuant à jouir de ces avantages, ' les universités n’en sont pas moins devenues des institutions de l’État. C’est au ministre de l’instruction publique qu’appartient la haute direction de leurs études. Il nomme les professeurs, sur la

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