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L’université de Bologne a été fondée en

244 L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE, proposition du sénat académique. L’État, représenté dans chaque université par un fondé de pouvoirs, nommé curator, subvient à ses besoins en lui fournissant les fonds nécessaires si les ressources, dont dispose chaque établissement, ne suffisent pas à son entretien. Le sénat académique est composé du recteur en fonctions, du recteur de l’année précédente, d’un certain nombre de professeurs ordinaires élus en conseil général par tous les professeurs ordinaires, et enfin du juge académique. Dans un grand nombre d’États, le prince est le rector magnificentissimus de l’université ' .

Dans ce cas le chef réel, qui est toujours un professeur de faculté, s’appelle Prorector.

Le recteur est élu chaque année par tous les professeurs ordinaires qui se réunissent en conseil général pour procéder en même temps à l’élection du sénat académique dont tous les membres sont choisis, comme le recteur lui-même, parmi les professeurs ordinaires de l’université. Dans quelques universités tous les professeurs sont de droit membres du sénat académique. C’est le recteur qui représente l’université dans tous les rapports qui peuvent exister entre elle etl’État. C’est à lui qu’appartient une partie de la juridiction universitaire;

1. c’est le grand-duc de Saxe-Weimar qui est le rector magni- Jicentissimiis de l’université d’Iéna.

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lui seul fait les eriqutHes et prononce les peines dans les cas où il s’agit d’un délit grave. 11 reçoit les inscriptions des étudiants, leur délivre un certificat d’études et de bonnes mœurs, quand ils quittent l’université. Dans ce certificat, signé par le recteur et par le curateur, on mentionne quels sont les cours auxquels les étudiants ont assisté, combien de tempsils sont restés dans l’université, quelles sont les punitions ou les réprimandes qu’ils ont encourues, et enfin quels sont les motifs qui les leur ont attirées.

Le juge académique ne peut être ni professeur ni privatdochiV ; il doit avoir fait ses études de droit et posséder les qualités requises par la loi pour être juge ordinaire. C’est lui qui, sous la surveillance du curateur, maintient la discipline et exerce la police universitaire en faisant exécuter, avec le concours du recteur et du sénat académique, les règlements en vigueurà l’université. Dans toutes les questions de droit et dans les conflits avec d’autres autorités, c’est le juge qui représente les intérêts légaux de l’université. En Prusse, il a le môme rang que les professeurs ordinaires ; il est membre né du sénat académique, où il siège à côté du recteur.

t. On verra plu^ loin quelles sont les attribulions du privaldocmi, dont le titre répond à celui des agrégés de nos Facultés.

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Au dessous du sénat se trouvent placées les facultés^ comme autorités universitaires. Dans ce sens restreint, elles ne se composent que des professeurs ordinaires de chacune des facultés. Dans un sens plus étendu, c’est-à-dire comme corps enseignant, la faculté comprend, outre les professeurs ordinaires, les professeurs extraordinaires et les privâtdocenten. Pour qu’un professeur ordinaire fasse partie de la faculté comme membre réel, il faut que non-seulement il soit nommé et payé comme tel par l’P.tat, mais encore qu’il ait le grade de docteur, conféré par la faculté à laquelle il appartient et qu’il ait rempli toutes les conditions prescrites à cet égard par les règlements universitaires.

Chaque année, les membres d’une faculté élisent un doyen pris dans leur sein et chargé d’expédier les affaires courantes de la faculté et de la représenter auprès des autres autorités universitaires. Dans quelques universités, tous les professeurs ordinaires remplissent à tour de rôle les fonctions de doyen.

C’est la faculté qui compose le programme des études pour toutes les branches spéciales des sciences enseignées par ses membres. Le doyen demande à chacun des professeurs ordinaires et extraordinaires, de même qu’aux privatdocenten de sa faculté, quels sont les sujets qu’ils comptent traiter pendant les semestres suivants et à quelles

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heures ils désirent faire leurs cours. Après que le doyen a reçu tous ces renseignements, il réunit les professeurs ordinaires de la faculté, et il arrête avec eux le plan d’études ; ce dernier doit être composé de manière qu’un étudiant qui passe trpis années consécutives à la même université trouve occasion de suivre tous les cours principaux qui constituent l’ensemble de la science à l’étude de laquelle il veut se consacrer.

Cette disposition ne s’applique cependant qu’aux cours des professeurs ordinaires et des professeurs extraordinaires. Les privatdocentm peuvent choisir pour sujets de leurs cours toutes les matières qu’ils désirent professer, pourvu qu’elles appartiennent à l’enseignement particulier de la faculté auprès de laquelle Us sont inscrits comme membres enseignants.

Aussitôt que le plan d’études est arrêté par les doyens des difîérenles facultés, le professeur d’élor quence le rédige en allemand et en latin, ou bien dans l’une ou l’autre de ces deux langues, et le recteur le fait imprimer après avoir reçu l’approbation du curateur.

Les facultés ont seules le droit de conférer les grades universitaires, biep qu’elles le fassent au nom de l’université tout entière.

Le corps enseignant des universités se compose de professeurs ordinaires^ de professeurs ordinaires honoraires^ de professeurs extraordinaires et de primtdocenten.

Les professeurs ordinaires ou titulaires constituent seuls la faculté proprement dite et établie comme autorité universitaire. Ils sont tous docteurs de la faculté à laquelle ils appartiennent. L’État les nomme titulaires de leur chaire spéciale et leur donne les appointements fixés par les règlements.

A l’université de Berlin, les appointements fixes d’un professeur ordinaire varient de 400 à 2 SOO thalers (1 500 et 9 375 francs) ; à Heidelberg, de 2500 à 8200 francs, et ceux d’un professeur extraordinaire de 1 000 à 2 800 francs. Les professeurs ordinaires reçoivent, outre ces appointements, leur part de droit d’examen et de plus la rétribution scolaire payée par les étudiants qui suivent leurs cours. A Heidelberg plusieurs professeurs arrivent à 25 000 francs et même à 32 000 francs. Il

ne peut y avoir dans chaque faculté qu’un nombre limité de professeurs ordinaires ou titulaires. Cependant, si le cadre est rempli, il arrive souvent

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que le gouvernement nomme des professeurs ordinaires au delà du nombre réglementaire, en leur allouant les mêmes appointements qu'aux autres professeurs ordinaires. En Prusse, ces professeurs supplémentaires, appelés professeurs ordinaires honoraires, font leurs cours comme leurs collègues, mais ils n’appartiennent pas à la faculté restreinte et n’y entrent que lorsqu’il y a une vacance.

Les professeurs extraordinaires sont pris parmi ceux des privatdocenten qui se distinguent par leur mérite comme professeurs.

L’État les nomme à cet emploi pour les récompenser de leurs services et pour leur permettre d’arriver au grade de professeur ordinaire ; mais il ne leur donne pas toujours des appointements fixes. Ils tirent leur principal revenu de la rétribution scolaire que payent les étudiants et dont le montant dépend du nombre plus ou moins grand de leurs auditeurs.

Les prioatdocenten {privatim docentes)^ parmi lesquels se recrute le corps des professeurs extraordinaires, sont de jeunes savants qui, par des épreuves publiques et spéciales subies devant la faculté [Habilitation)^ acquièrent le droit de professer publiquement dans les salles de l’université ou bien chez eux, et de faire ainsi partie du corps enseignant de l’instruction supérieure. Le candidat

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à ce titre doit avoir fini ses études au moins depuis deux ans. Il adresse au sénat ou à la faculté par laquelle il désire se faire recevoir une lettre écrite en latin, qui est transmise au ministère de l’instruction publique, mais il doit ajouter à cette lettre un curriculum vitœ écrit en latin, une dissertation [dissertatio inauguralis) et un travail scientifique en allemand et en latin, sur des sujets appartenant aux principales branches de la science qu’il compte professer.

C'est la faculté seule qui a le droit de nommer ces privatdocenten. Elle se contente d’annoncer ces nominations au ministère.

Les écrits et les certificats du candidat sont examinés par deux commissaires délégués par la faculté. Si cet examen lui est favorable, il est invité à faire en allemand ou en latin une leçon d’essai à laquelle il peut se préparer pendant un mois. La faculté décide ensuite s’il y a lieu de l’admettre parmi les membres du corps enseignant ; s’il est agréé, la faculté lui donne encore le sujet d’une leçon publique qu’il doit faire en langue latine après un délai de trois mois, à partir de sa leçon d’essai. Dans certaines universités, la leçon d’essai est remplacée par un certain nombre de thèses défendues en public.

Quand le candidat a subi avec honneur ces difficiles épreuves, il est autorisé à ouvrir des cours sur

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n’importe quel sujet de renseignement spécial auquel il veut se consacrer, pourvu qu’il en ait préalablement informé le recteur, afin que celui-ci puisse les faire inscrire dans le programme officiel.

Les autres membres du corps enseignant dans les universités sont les lecteurs^ c’est-à-dire les professeurs de littérature et de langues étrangères. Les maîtres d’agrément, c’est-à-dire de musique, de dessin, d’armes et de gymnastique, reçoivent des appointements fixes de l’université, outre la rétribution que leur payent leurs élèves.

Les étudiants qui ont quitté les gymnases, après avoir subi les examens dont j’ai parlé plus haut, pour suivre l’enseignement supérieur des facultés, continuent leurs études pendant trois ‘années aux facultés de théologie, de droit et de philosophie, et pendant quatre ou cinq ans à la faculté de médecine.

Les études de l’université ont pour but de préparer les jeunes qui les ont suivies, soit aux épreuves du doctorat, soit à ce que l’on nomme en Prusse l’examen d’état [Staatsprüfung) que doit subir tout candidat qui désire entrer dans une carrière libérale. Les étudiants, pour se préparer à l’une ou à l’autre de ces épreuves, doivent prouver qu’ils ont assisté, pendant la durée des études fixées par les règlements, dans une université appartenant à la confédération allemande, à tous les cours de faculté,

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dont le nombre varie pour les différents pays et les (üfférentes facultés. En moyenne, la totalité des cours exigés pour les étudiants en théologie, en philosophie et endroit, est de 18 à 24 dans les trois années, de 24 à 30 pour les étudiants en médecine dans leurs cinq années réglementaires.

Dans chacune des universités sont établis des cours spéciaux pour les jeunes gens qui aspirent aux fonctions de professeurs dans les gymnases. Ces cours sont dirigés par un directeur et par un autre professeur de ^université dont l’un préside aux exercices latins et l’autre aux exercices grecs. Ce sont autant d’écoles normales supérieures ou séminaires pour l’enseignement classique. Chacun de ces séminaires est composé de dix membres qui reçoivent par semestre une bourse de 20 thalers, accordée par le ministre de l’instruction publique. Chaque membre est obligé d’écrire une fois par semestre une dissertation en langue latine et de la soumettre à la correction du pré.sident de la section. Un autre membre donne un résumé du travail de son camarade et il en attaque les points douteux. L’autre se défend, et le professeur dirige ces débats, auxquels peuvent prendre part non-seulement tous les membres, mais encore tous les auditeurs. Ces dissertations écrites sont envoyées au ministre de l’instruction publique. Les membres du séminaire expüquent en outre, sous la direction du pro-

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fesseur, un auteur grec et un auteur latin ; de plus, ils posent des thèses et les défendent de vive voix.

Pour être reçus dans ces séminaires, les candidats sont obligés de présenter au directeur des dissertations dont la valeur décide de leur admission. La durée du temps pendant lequel un étudiant peut faire partie d’un séminaire n’est pas déterminée. On n’y reçoit cependant que ceux qui ont déjà, depuis plusieurs semestres, suivi les cours de la faculté.

Outre ces séminaires de philologie classique, il y a eucore à Berlin un séminaire exclusivement consacré aux professeurs de langues vivantes. L’organisation de ce séminaire est la même' que celle des séminaires de philologie classique. 11 serait fort à désirer que Pon organisât en France des écoles préparatoires pour cette branche • de l’enseignement, à laquelle on attache aujourd’hui une importance bien légitime.

Les futurs professeurs de mathématiques trouvent aussi dans les universités les mêmes cours préparatoires pour les sciences mathématiques.

Cette organisation de cours préparatdîres au doctorat, et par suite au professorat, a beaucoup d’analogie avec les cours particuliers qui ont été organisés depuis quelques années, en France, par les professeurs de nos facultés des lettres et des sciences. Ces cours, faits avee autant de savoir que de

dévouement, rendent de grands services à leurs

auditeurs qui n’ont pas l’avantage de pouvoir participer à l’enseignement si solide et si complet que reçoivent les jeunes gens admis à l’école normale supérieure de Paris. Disons en passant que cette école célèbre peut, pour la force des études, soutenir la comparaison avec les établissements les plus vantés de l’Allemagne*

J’attache moins d’importance à cette savante organisation des universités allemandes, d’ailleurs assez généralement connue *, qu’aux méthodes suivies par les professeurs dans leur enseignement, à l’influence qu’ils exercent sur la jeunesse studieuse qui se presse autour de leurs chaires, et par suite sur l’esprit général de la nation.

Les écrivains français qui, dans les dernières années écoulées, se sont occupés des universités allemandes, à propos de la réforme de notre enseignement supérieur^, ont signalé la différence ca-

'1. Je me suis borné à en faire connaître les principales dispositions. On en trouvera une exposition plus complète dans l’ouvrage de iM. J.-F, Minssen, ajant pour titre : Étude sur Viustruction secondaire et supérieure en Allemagne, Paris, 1866.

2. Entre autres MM. Renan, Questions contemporaines; K. Hiliebrand, De la réforme de V enseignement supérieur , Paris, 1868 ;

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pitale qui existe entre elles et nos facultés : c’est que les professeurs des universités allemandes n’ont pas, comme ceux de nos f<\cultés^ des auditeurs auxquels ils. ont à exposer, sous une formé plus ou moins brillante, les résultats de la science, mais bien àe9>élèves^ de véritables Ils dirigent

leurs travaux; ils s’appliquent à les initier à la pratique des procédés et des méthodes qui leur ont servi à eux-mêmes pour acquérir les connaissances sur lesquelles se fondent leurs doctes leçons.

Les cours sont en majeure partie payants. Les uns sont publics^ les autres privés. Le cours public est généralement d"une leçon par semaine. Il est peu suivi. Les étudiants y sont seuls admis. Le cours sérieux et vraiment didactique est le cours privé qui se fait de quatre à six fois par semaine, . et où s’enseignentles branches principales de chaque science.

Dans les grandes universités, le même sujet est traité, soit simultanément, soit successivement, par trois professeurs appartenant à chacun des trois ordres. Liberté entière est laissée à l’étudiant de

choisir le professeur qu’il préfère, car les examens se font par des commissions centrales choisies

Heinrich, Les Facultés françaises et les Universités allemandes^ Lyon, 1800; Boissier, Revue des Deux Mondes du 15 juin 1808; Michel Bréal, Quelques mots sur U instruction publique en F rance j Paria, 1872.

en dehors des facultés. Il lui est permis, de plus, de choisir Tuniversité qui lui conyient le mieux, de passer, quand il lui plaît, de l’une à l’autre, et de se faire inscrire pour les cours dont il croit avoir • besoin.

Les professeurs de nos facultés, obligés de pré^ parer chaque leçon, pour le fonds comme pour la forme , sont assujettis à un travail souvent fort pénible pour répondre à l’attente des auditeurs venus pour les entendre. Le professeur allemand n’y fait pas autant de façon. Il se contente souvent d’apporter le cahier dans lequel son cours est rédigé d’avance. Il dicte ou parle assez lente-

ment pour que les étudiants puissent prendre leurs notes. Quand les trois quarts d’heure réglementaires sont écoulés, il se lève ; la leçon ne l’a ni ému ni fatigué. Il en peut donner deux ou trois le même jour, tout en continuant ses propres travaux. Comme il est sûr qu’au bout de trois ans le public universitaire est complètement renouvelé, il suffit, à la rigueur, qu’il ait une provision de trois années de cours devant lui. Au commencement de

sa carrière, il rédige ses cahiers que, pendant le reste de sa vie, il tient à jour, et enrichit du résultat de ses recherches et de ses lectures. C’est dans ses conférences avec ses éleves qu’il se met plus intimement en rapport avec eux, et qu’il exerce sur leur esprit une influence réelle en leur inspirant

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le goût du travail, l’esprit de recherche, en faisant appel à leur initiative personnelle. Cette forte direction scientifique analogue à l’enseignement de notre école normale supérieure, et qui caractérise le genre d’instruction que doit donner notre école pratique des hautes études^ récemment établie, se retrouve dans toutes les branches d’enseignement d’une université allemande. C’est l’élève qui, dans le laboratoire de chimie, fait les analyses, qui, dans un cours de botanique, détermine le caractère des plantes, qui, dans un cabinet de physique, fait luimôme les expériences; c’est lui qui, s’il s’agit de sciences historiques, examine les inscriptions, les documents diplomatiques, rétablit les textes, compare les variantes. On conçoit tout ce que peut produire l’activité intellectuelle de l’élève dirigée par un professeur savant et zélé.

Dans leurs cours d’exposition, les professeurs, • quand ils ne se bornent pas, comme on l’a vu plus haut, à lire leurs cahiers, ne s’occupent point de chercher à intéresser leurs auditeurs par le charme de leur parole. L’art de bien dire et de bien écrire est fort rare en Allemagne ; on ne le trouve pas plus dans les livres que dans les salons, dans la conversation que dans les chaires. L’Allemand n’attache de prix qu’au fait et à l’idée, et se préoccupe peu de la façon dont le fait et l’idée lui sont présentés. Dans son cours, qui estime véritable classe, le pro-

fesseur donne sur le sujet qu’il traite toutes les indications bibliographiques, raconte peu, expose l’importance des méthodes critiques par lesquelles on parvient à discerner le vrai du faux, le principal de l’accessoire, etc. C’est ainsi que naît et se développe cet esprit scientifique, ce besoin d’exactitude, cette préoccupation du détail, qui sont éminemment propres à former des érudits, des critiques et des philologues. Ces habitudes et ce genre d’enseignement sont surtout favorables aux professeurs. Ils ont tout le temps nécessaire pour se livrer à leurs propres travaux, et dans les ouvrages qu’ils publient chaque année, ils offrent des modèles de cette érudition à laquelle ils attachent tîuit de prix et qui n’est nulle part aussi solide et aussi étendue qu’en Allemagne. Nulle part on ne connaît mieux les sources, nulle part on n’est plus capable de • citer des textes, d’énumérer les ouvrages imprimés ou manuscrits que contiennent les bibliothèques de l’Europe. Mais nulle part aussi on ne professe un plus grand dédain pour les productions scientifiques, historiques ou littéraires qui ne possèdent pas au même degré les qualités que l’on considère comme essentielles au vrai savant. Nous avons cru pendant longtemps que, tout estimables que sont ces qualités, il en est d’a'utres sans lesquelles la science la plus profonde et la plus consciencieuse perd une grande partie de ses avantages. Nous

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nous étions habitués à trouver que l’érudition française avait eu au xvi®, au xvn* et au xviu® siècle, et possédait encore dans le nôtre, des représentants qui soutenaient parfaitement la comparaison avec les savants les plus éminents de l’Allemagne. Une autre opinion a prévalu depuis quelque temps, et c’est surtout en comparant l’enseignement des universités d’outre-Rhin avec celui de nos facultés que l’on s’est cru en droit de gémir sur notre infériorité.

Il est certain que les cours de nos facultés diffèrent autant de ceux des universités allemandes, que le caractère des Français diffère, en général, de celui des peuples d’origine germanique.

Nos facultés, je parle ici particulièrement de celles des sciences et des lettres, ne s’adressent pas, comme les universités allemandes, à des élèves spéciaux qui viennent y chercher un complément pour leurs études secondaires. Les professeurs, tout en contribuant beaucoup plus puissamment qu’on n’a l’air de le croire par leurs travaux et leurs recherches aux progrès de la science, ont une autre mission à remplir, celle d’en répandre et d’en propager les résultats. Nous appartenons, qu’on no l’oublie pas, à une société où le nombre des esprits

avides de connaître s’accroît de plus en plus.' « De nos jours, dit fort bien, M. Ileinrich*, les lettres et les sciences, au moins par leurs grands résultats et leurs solutions les plus essentielles, ne sont plus le domaine exclusif d’un petit nombre, mais la propriété de tous. Il y a dans les sphères de l’intelligence une sorte d’opinion publiqûe , force immense, à la fois mobile et souveraine, capricieuse parfois parce qu’elle est la voix delà foule, judicieuse cependant parce qu’elle rend ses arrêts à la lumière du bon sens français. Cette opinion, il faut que les facultés la forment et l’éclairent. Il leur appartient, en effet, de discerner, dans les découvertes de la science et de l’érudition, dans les systèmes de philosophie, dans les investigations de l’histoire, ce qui mérite une attention sérieuse. Leur enseignement doit se garder et d’une fidélité routinière aux doctrines anciennes et de cette témérité novatrice qui veut s’écarter à tout prix des chemins connus; il représente à la fois le mouvement ei la règle. Lejeune homme doit y puiser l’enthousiasme du progrès; l’homme mûr, qui aime à se ressouvenir, doit y trouver l’écho des leçons qui ont formé sà jeunesse, en même temps que les inspirations nouvelles d’une science agrandie. Enfin, l'amour du vrai, le culte du beau, voilà ce

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