M. Hillebrand, ouvrage cilA. p
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universitaire est-il considéré généralement comme une des premières conditions de la réforme de notre enseignenîent supérieur.
Mais pour créer dans les chefs-lieux de nos quinze académies ce vaste ensemble d’études qui auraient pour effet de ranimer sur tous les points le mouvement intellectuel jusqu’à présent concentré à Paris et dans quelques cités du premier ordre, il faudrait des ressources que ne peut offrir lebudjet de rihat. Il sera donc indispensable de les demander à l’initiative privée et au bon vouloir des conseils généraux et des conseils municipaux. Ce ne sera pas un des moindres bienfaits de cette décentralisation dont on parle si souvent en France et pour laquelle aucun effet sérieux ne s’est encore produit. Jamais l’Allemagne soumise à un pouvoir centralisateur n’aurait pu voir s’allumer en tant de lieux ces grands foyers intellectuels quel’onnomme des universités, si dans chacune de ces principautés, royaumes, grands-duchés, duchés et villes libres, un admirable esprit d’émulation n’avait animé les chefs des gouvernements, aussi jaloux les uns que les autres de fonder de magnifiques établissements et de les entourer de tout ce qui pouvait contribuer à en augmenter l’éclat et l’utilité. Il est des villes ayant moins de dix mille habitants, auprès desquelles, à ce point <ie vue, aucune ville française, à l’exception de Paris, ne pourrait soutenir la com-
paraison. Il est impossible- de visiter une de nos facultés de province sans être humilié de la pauvreté de sa bibliothèque, de rinsuffîsance de ses collections, et surtout de Tétât misérable des appareils destinés à Tétude et à renseignement dés sciences physiques et chimiques. Il faut sans doute tenir compte des lourdes charges que supporte le budget d’un Etat obligé de subvenir à tous les services publics, et dont la plus grande partie est absorbée par la marine et la guerre. Mais comment sur les deux milliards et demi votés aujourd’hui pour les dépenses ordinaires n’a-t-on pu trouver la moindre somme pour venir en aide à notre enseignement supérieur? Comment, lorsque la part contributive de l’État, pour les- universités d’Allemagne, erstde 14 millions par an, en est-on arrivé, en France, à croire avoir fait une bonne affaire, non-seulement en ne donnant plus rien .à nos facultés, mais» encore en faisant sur elles, chaque année, un boni de cenf à cent-cinquante mille francs?
Ce n’est pas ainsi qu’ont agi les gouvernements de l’Allemagne, comme Ta montré, en 1870, le doyen de la faculté de médecine de Paris, M, Adol-
phe Vürtz, chargé par M. Duruy de visiter les principaux laboratoires des universités allemandes.
A l’exemple de Liébig qui ♦fondait, en 1824, le laboratoire de Giessen, les princes en ont, de-
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puis vingt ans , établi du plus étondus ut do plus complets à Carlsruhe , à Heidelberg , h Hœt' tingue , à Greifswald , à Munich. Plus récemment se sont élevées pour les travaux ^es chimistes les constructions grandioses de Ronn, de Leipzig et de Berlin. Il faut lire dans le remarquable rapport de jM. Vürtz la description qu’il fait de ces divers établissements scientifiques , et surtout de ceux de Bonn et de Berlin , pour avoir une idée de l’importance des instruments de travail mis à la disposition de la science. C’est grâce à la richesse du laboratoire d’IIeidelberg que les Ilelmhollz, les Kirchhoff et les Bunsen ont pu faire leurs admirables découvertes. On connaît leurs magnifiques travaux et au premier rang ceux qui concernent les nouveaux métaux alcalins, césium et rubidium et la méthode d’analyse spectrale qui les a fait découvrir. La construction du laboratoire de Berlin n’a pas coûté moins de 1,200,000 francs. L’Autriche, s’associant au mouvement scientifique de l’Allemagne, votait deux ans après Sadovva près d’un million pour la construction d’un laboratoire à Vienne. Le gouvernement autrichien, voulant de plus réunir tous les établissements scientifiques de la même ville dans de vastes édifices universitaires, consacrait près de dix millions à cet important travail de concentration.
L’Allemagne s’impose donc les plus lourds sa-
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272 L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE, crifices pour élever aussi haut que possible le niveau de ses établissements scientifiques, et c’est ainsi qu’il faut ajouter à la liste de ses laboratoires de chiipie les laboratoires de physiologie, ceux d’anatomie et d’anatomie pathologique élevés pareillement à Berlin, à Heidelberg, à Gœtingue, à Munich, à Vienne, à Leipzig.
•le ne m’arrêterai pas à déplorer, avec M. Vürtz, le pénible contraste que présentent ces magnifiques créations avec l'insuffisance de nos établissements; j’aime mieux rappeler la part glorieuse prise au mouvement scientifique de ces dernières années par les disciples des Lavoisier, des Berthollet, des Cuvier , des Geoffroy , des Gay-Lussac , des Thénard, des Fresnel, des Biot, des Magendie. Si trop souvent les grandes découvertes de ces hommes de génie, franchissant la frontière, ont porte plus rapidement des fruits en pays étrangers qu’en France où elles étaient nées ; si même la science a été moins cultivée chez nous que chez nos voisins, ne craignons pas d’en chercher la cause dans l’insuffisance des ressources matérielles et des instruments de travail. « Depuis quatorze ans, dit M. Vürtz, l’agrandissement de la Sorbonne se borne à la première pierre posée en 18o5. L’École de médecine, resserrée dans un espace trois fois trop petit, et dont les services pratiques sout installés dans des conditions déplorables, attend to.ujours la réalisation
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des plans projetés. A Paris, le seul laboratoire universitaire offrant des dispositions convenables et des ressources suffisantes est celui de l’École normale supérieure, où M. Henri Sainte-Claire-Deville a employé au profit de la science son influence personnelle, et ce qui est vrai pour Paris l’est à plus forte raison pour les facultés de province , où les laboratoires bien dotés et bien installés (celui de Marseille, par exemple) sont de rares exceptions. »
Cet aveu de notre infériorité serait trop pénible à mon patriotisme , si je ne concevais aucune espérance de la voir cesser aussitôt que nous y appliquerons une volonté ferme et décidée. Il faudra bien reconstituer tôt ou tard nos grands centres universitaires d’autrefois, et le premier usage que feront les provinces, aussitôt que nos législateurs leur auront rendu leur autonomie, sera certainement d’y travailler avec ardeur. D’heureux symptômes du mouvement décentralisateur se manifestent dans la plupart de nos grandes villes. Lyon, Marseille, Lille , Nancy , Bordeaux sont prêts à s’imposer les sacrifices nécessaires pour devenir ce que sont pour l’Allemagne les universités de Bonn, de Munich, de Berlin, de Gœttingue , de Heidelberg et de Vienne.
Je trouve dans un intéressant travail , publié à Bordeaux par le docteur Azam, sur la décentralisation universitaire, un exposé des raisons qui de-
274 l’instruction PUBLIQUE EN ALLEMAGNE, vpaieut assurer à cette ville l’avantage de devenir, par la réunion des diverses facultés, un des centres intellectuels de la France. La cité est assez importante et assez riche, dit-il, pour faire les frais que nécessiterait l’organisation d’une véritable université, ce qui du reste ne ferait que rétablir celle qui existait avant la révolution, et qui avait été fondée au XV* siècle. Les dons et les offrandes que l’on obtiendrait certainement de la munificence des familles opulentes qui habitent le chef-lieu de la Gironde permettraient de se passer des subventions que l’État s’empresserait sans doute de promettre, mais que les exigences budgétaires ne lui permettraient de donner que d’une manière insuffisante. Le docteur Azam cite dans sa brochure les opinions émises au sujet de cette décentralisation universitaire par des hommes dont l’autorité ne saurait être suspecte, MM. Dumas et Quatrefages.
Je suis trop heureux de me rencontrer sur une question qui m’est chère avec un homme tel que M. Dumas pour résister au plaisir de citer un passage emprunté au rapport fait au mois de novembre 1870, après nos premiers désastres, à l’Institut occupé de la recherche des moyens propres à développer en France l’étude des sciences :
« Si les causes de notre marasme, dit le savant chimiste,- ancien inspecteur général de l’Université, semblent complexes et multiples, elles se réduisent.
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en principe , à une seule : la centralisation administrative, qui, appliquée à l’université, a énervé l’enseignement supérieur.
« 11 n’est pas bon que tous les établissements d’instruction supérieure soient soumis au même régime, aux mêmes programmes ; il n’est pas bon que leurs finances soient confondues et qu’ils aient tout à demander à un centre commun, le mouvement intellectuel et les ressources matérielles. Ce système ne pouvait conduire qu’à l’indifférence de la part des villes, à l’apathie et au délaissement de la part de leurs municipalités.
« En Suisse, en Suède, en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis, des universités noinbreuses , diverses dans leur origine et dans leurs tendances , ayant chacune leur budget et le gérant au mieux dans l’intérêt de leurs élèves, prospèrent au contraire sous des conditions de vie propre, d’autonomie, et offrent à l’observateur un spectacle plein d’intérêt.
« Comment une ville qui possède une université recevant de Paris ses administrateurs, ses professeurs, son budget, ses programmes et les diplômes de ses élèves pourrait-elle s’intéresser activement à sa prospérité ? N’est-il pas évident qu’elle mesurera toujours sa part de coopération et d’initiative à sa responsabilité? L’autorité municipale, les notables du pays, regardent en France les
établissements d’instruction supérieure comme la chose de l’Etat ; dans les autres pays, c’est la chose de la ville. Nous pourrions rappeler, M. Sainte- Claire-Deville et moi, qui, l’un et l’autre, la connaissons bien, l’université de Bâle, qui est à nos portes, et où maîtres, élèves, habitants, unis dans un même intérêt comme une seule famille, suivent avec la même passion les progrès de l’ancienne et célèbre institution dont la cité s’honore. Genève, si près de nous, n’est-elle pas dans le même cas ?
« Rendons à nos universités sous la surveillance de l’État, et au besoin avec ses subventions , cette indépendance dont elles jouissaient avant notre première Révolution. Les grands hommes que cette époque a vus surgir sont autant de glorieux témoins qui attestent devant l’histoire la force des études et la vigueur de la discipline de ce libre enseignement de nos pères. »
Cette indépendance, qui est la condition essentielle de la vitalité des établissements d’instruction supérieure, les universités allemandes en jouissent 'aussi complètement qu’on peut le désirer. Le professeur peut enseigner, selon ses convictions, sa méthode, selon les livres qu’il préfère, pendant au-
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tant d’heures que bon lui semble, avec le libre choix de son sujet, sans surveillance et sans autre responsabilité que celle qu’impose l’opinion.
Ce que nous entendons en France par la liberté de l’enseignement , c’est-à-dire le droit pour les particuliers ou les associations religieuses ou laïques de fonder et d’entretenir des établissements d’instruction publique, rivaux de ceux de l’État, n’existe pas en Allemagne. L’enseignement à tous ses degrés, ainsi que je l’ai déjà fait observer, y est un monopole de l’État. On se préoccupe beaucoup en France des avantages ou des dangers qu’il y aurait à voir se constituer à côté des universités officielles des universités libres, et la question de savoir si les premières seules auront le droit de c(\nférer les grades occupe une large place dans les discussions ayant pour objet l’enseignement supérieur. On l’a vu en 1868, en 1869 et en 1870, lorsque le Sénat a eu à se prononcer sur les pétitions sur ce sujet. Il a admis en principe la libre concurrence, tout en réservant à FÉtat, avec un droit de surveillance sur les établissements libres, la collation des grades universitaires. Les mêmes conclusions ont été la suite des délibérations d’une commission réunie par M. le ministre Segris et présidée par M. Guizot. Il est probable que c’est dans ces conditions que la loi qu’on attend constituera notre enseignement supérieur.
Le rapporteur de la dernière commission du Sénat sur les pétitions réclamant la liberté de l’enseignement, M. Quentin üauchart*, faisait remarquer que la liberté scientifique, c’est-à-dire le droit, dans les chaires des universités allemandes ou dans les cours qui en dépendent, de professer toutes les opinions sur tous les sujets, est complète, mais que la liberté d’enseignement, c’est-à-dire le droit pour toute personne d’enseigner, n’existe pas en Allemagne.
M. Quentin Bauchart avait raison. Mais comme les universités sont une création de l’État et qu’elles n’existent qu’en vertu de la toute-puissance de l’État, la liberté dont elles jouissent au point de vue des doctrines existe seulement en fait et non en droit. Elle est donc loin d’être absolue, comme on paraît le croire. Le gouvernement, qui l’a encouragée dans certaines circonstances où le mouvement des esprits s’accordait avec ses intérêts, ne manquerait pas d’user de son autorité, comme il l’a fait plus d’une fois , pour la renfermer dans d’étroites limites. Très-tolérant en ce qui concerne la liberté philosophique , il se montrerait fort disposé à l’entraver dans le cas où elle lui paraîtrait de nature à contrarier ses vues politiques. Il n’hési-
I. Séance du mardi 15 février 1870. Les pélitiuus dont il s'agit avaient réuni 41 434 signatures.
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terail pas à traiter de la même manière la liberté religieuse, s’il rencontrait dans les ministres du culte, avec lesquels il a jusqu’ici marché d’accord, une opposition prononcée. Cette liberté dans l’expression des idées et des doctrines qui a existé tant que l’Allemagne a présenté une confédération d’États autonomes et indépendants les uns des autres, ne sera-t-elle pas sérieusement menacée lorsque, réunie sous le sceptre d’un empereur tout-puissant, elle devra subir l’influence autoritaire de la Prusse?
Au reste, cette liberté pratique appartient à l’université comme corporation bien plus encore qu’aux membres qui la composent. C’est plutôt, comme on l’a fait observer, le règne du privilège, tel qu’il existait au moyen âge, que le règne de la ' liberté individuelle telle que la revendique la société moderne. Plus d’une fois certains professeurs ont été forcés de quitter une université parce qu’ils étaient avec elle en dissentiment d’opinion. Ce sont des républiques indépendantes du gouvernement, tant que les questions pécuniaires n’interviennent pas. Elles ont des revenus propres, et lorsqu ils sont insuffisants, l’État ne leur marchande pas ses subsides; mais, dans ce cas, elles perdent une partie de leur indépendance proportionnée à l’importance des secours quelles reçoivent. Le recteur est élu d’ordinaire parle sénat composé de tous les professeurs, nommés eux-mémes par le ministre ; mais il
est des universités, où il est nommé directement par le gouvernement. A Gœttingue, par exemple, l’université n’a pas même' le droit de présentation. Le gouvernement choisit qui il lui plaît.
On a beaucoup vanté aussila liberté dont jouissent les étudiants des universités ; et l’on s’est plu, en Allemagne, à tracer les tableaux les plu^ poétiques de leur existence, surtout au sein de ces.vieilles universités des petites villes où régnent encore des habitudes et des moeurs conservant en plein XIX' siècle un reflet des traditions du moyen âge. Les professeurs, de môme que les étudiants, forment un corps ayant des mœurs spéciales et des habitudes d’esprit qui en font une classe à part. L’étudiant pendant le temps qu’il passe à l’université est citoyen académique. A ce titre, il faitpartie d’une répubüque studieuse, qui le protège comme un de ses enfants. Avant d.’être le sujet de l’État, il est le sujet du sénat académique, qui a la police des études et juge les délits dont il peut se rendre coupable.
A côté des établissements où l’élève studieux vient recevoir les doctes leçons des maîtres renommés qu’il respecte et qu’il aime, on peut voir les cabarets où coule à grands flots labière, où l’air est obscurci par les bouffées du tabac dont sont bourrées les longues pipes. C’est là qu’autrefois les étudiants célébraientleursfranches lippées plenopoculo et du/ci Ju/nlo^ comme le dit uné de ces vieilles chan-
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sons dont ils répètent encore les refrains. On voit encore de nos jours, dans les rues étroites et tortueuses, à la nuit tombante, ondoyer leurs joyeux cortèges aux flambeaux, au bruit du classique Gaudeamus igitur.
Nos étudiants d’autrefois à Paris, à Poitiers, à Caen, ont connu et pratiqué cette vie scolaire à la fois turbulente et occupée, dissipée et studieuse. Aujourd’hui, les élèves des facultés n’ont rien qui les distingue des autres habitants des villes où ils viennent prendre part à l’enseignement scientifique. Il n’en est pas ainsi en Allemagne. Le particularisme qui règne encore dans ce pays se reflète dans les associations scolaires d’étudiants appartenant aux différentes contrées germaniques. Les membres de ces associations se distinguent par des toques, des casquettes, des rubans de diverses couleurs. Ils prennent les noms des provinces qui en ont fourni le contingent: Franconia, Rhenania^ Westphalia^ Thuringia, etc. Quelques-uns de ces corps possèdent encore de hardis compagnons, plus forts en escrime qu’en droit romain, que l’on rencontre plus souvent dans les cafés que dans les salles de cours. lisse promènent dans les rues avec des bouledogues qui ne les quittent jamais. Leur prétention est de faire peur à tout le monde, et ils ne font peur à personne. Il existait encore, il y à 28 ou 30
ans, dans quelques-unes de nos contrées académiques
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des personnages de ce ge*ire. Ils ont. disparu. Il ne faut pas féliciter l’Allemagné d'en avoir conservé le type ridicule. Disons toutefois que la folie du duel, que punissent rigoureusement les règlements universitaires, commence à être hautement désapprouvée par les étudiants sérieux. On cite un étudiant de Giessen qui, ayant tué en duel un de ses commilitones, a été condamné à deux ans de forteresse.
•Les règlements ayant pour objet la répression des délits commis par les étudiants s’appliquent au duel, aux voies de fait, à la pertubation du repos public, aux offenses à l’autorité, aux attroupements, aux sociétés secrètes, aux dettes, à l’excommunication d’un camarade, brutal ostracisme plus cruel et plus odieux que ces brimades usitées dans quelquesunes de nos écoles spéciales, et même que ces traitements ridicules infligés aux nouveaux venus par les anciens des universités d’Oxford et de Cambridge.
Les lois universitaires distinguent, outre les réprimandes et les punitions du môme genre, quatre sortes de renvoi : le renvoi pur et simple, relegatio; le conseil de se retirer, consilium abeundi; la retraite donnée ou ordonnée, demissio; l’exclusion définitive, exclusio. Ordinairement, on voit dans le vestibule de l’université où chaque professeur colle sur un tableau noir une note indiquant le sujet et l’heure de la leçon, un antre tableau sur lequel sont
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des pancartes faisant connaître les peines infligées aux délinquants. Voici une de ces formules :
« A votre magnificence et à l’illustre sénat académique, nous faisons savoir, conformément aux conventions existantes, que l’étudiant N...., pour avoir insulté un de ses commilitones, ou pour avoir pris part comme témoin à un duel au pistolet, ou pour avoirviolé un domicileprivé ou pénétré de force chez telle personne, etc., a été puni par nous de la peine de la relegatio.
En vous le faisant savoir, nous vous envoyons le signalement du susdit.
Suit le nom de l’université et la signature de reuteur.
Ce n’est certes pas à cet attachement à des usages gothiques et à des habitudes scolaires que les uni'versités allemandes doivent leur renommée et la juste célébrité dont elles jouissent. L’importance et l’étenduede leurenseignement, le culte de la science, le. goût des recherches et des études sérieuses, les immenses ressources dont la munificence des princes a doté ces centres intellectuels, sont pour les maîtres et les élèves qu’ils forment des titres plus respectables et plus solides. Mais cette supériorité que je n’ai pas craint de reconnaître, tout en fai-
sant quelques réserves essentielles, l’Allemagne la conservera-t-elle toujours? N'est-elle pas fatalement condamnée, comme toutes les puissances qu’enivre et aveugle une prospérité inespérée à voir arriver les jours de décadence? Ce n’est pas à nous de le lui prédire, car nous pourrions craindre qu’on ne prît nos prévisions pour des désirs. Mais il est des symptômes dont l’Allemagne elle-même accuse la manifestation et qu’il ne nous est pas possible de ne point recueillir.
J’en trouve un dans le discours récemment prononcé par le docteur Dœllinger chargé par ses collègues de remplir les fonctionsde rector magnifîcm dans une fête nationale^qui se célébrait à Munich M. Dœllinger, chef du mouvement religieux qui
agite en ce moment l’Église catholique en Bavière
est naturellement un grand admirateur des universités de son pays. Il cite avec quelque orgueil les paroles savantes d'un homme d’État qui connaît familièrement la science allemande et qui a longtemps dirigé les destinées de la France : Si l’on
pouvait donner à la France douze universités à la manière allemande, ce serait le moyen, de régénérer, de relever le pays. » Mais ces universités sont' exposées, suivant lui^ à trois dangers, contre lesquels
1, Ce discours a élé traduit pour la Revue politique et littéraire et publié dans le numéro du 8 août 1872.
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il engage ses concitoyens à lutter courageusement. Le premier est celui qui les menace dans leur liberté, c’est-à-dire dans la cause première de leur prospérité, dans cette liberté qui est la condition même de leur existence. Il leur importe en second lieu de se mettre en garde contre le matérialisme qui les entraîne vers une décadence fatale et qui serait le résultat de la prédominance des sciences physiques et naturelles sur les lettres et la philosophie. Elles ont enfin tout à redouter d’une centralisation excessive. M. Dœllinger espère que l’individualisme sauvera l’Allemagne de ce fléau. Mais il ne peut s’empêcher de craindre que les petites universités ne se fondent ensemble ou même ne se suppriment au profit des grandes, en attendant que les grandes elles-mêmes ne se fondent ensemble au profit d’une seule! S’il en était ainsi, la France et l’Allemagne présenteraient un singulier contraste; car, tandis qu’il se fait chez nous un mouvement de décentralisation qui tend à reporter l’action et la vie sur tous les points du territoire, la domination du militarisme prussien aurait pour résultat d’éteindre ou du moins d’affaiblir singulièrement les centres créés dans les capitales des anciens États, au profit d’un centre unique, devenu le Paris du nouvel empire.
Voici quelle était en 1 87 1 la statistique des 26 universités d’Allemagne, y compris celle de l’Autricheallemande et celle de la Suisse-allemande.
Royaume de Prusse.
9 universités.
783 professeurs et maîtres, 7 420 étudiants.
1“ — Université de Berlin, fondée par le roi Frédéric-Guillaume III par décret du 10 août 1809 ; elle compte 176 professeurs et maîtres, 2 938 étudiants, savoir :
I. La Faculté de théologie a S professeurs ordinaires, 1 honoraire, 6 extraordinaires, 5 jyrivatdocenten.
II. Faculté de droit : 8 professeurs ordinaires, 1 honoraire, 6 extraordinaires, privatdocenten.
III. Faculté de médecine : Il professeurs ordinaires, 16 extraordinaires, 2o privaldocenten.
IV. Faculté de philosophie (lettres et sciences) : 29 professeurs ordinaires, 31 extraordinaires, 26 privaldocenten, 4 lecteurs et maîtres.
2“ — Université de Bonn, fondée par Frédéric- Guillaume III (décret du 18 octobre 1818) : 3 facultés, 108 professeurs et maîtres, 634 étudiants en 1870-1871, sans compter 133 étudiants engagés dans l’armée.
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I. Faculté de théologie évangélique ; G professeurs ordinaires, 2 privatdocenten.
II. Faculté de théologie catholique : 5 professeurs ordinaires, 2 extraordinaires, I privai docent.
III. Faculté de droit : 8 professeurs ordinaires, 2 extraordinaires, 2 privatdocenten.