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que les facultés ont par-dessus tout charge d’entretenir et de propager. Certes, la part glorieuse que la Sorbonne a prise à la régénération de l’esprit français dans le grand courant philosophique et littéraire de la Restauration, cette sorte de magistrature intellectuelle qu’elle exerce encore aujourd’hui sont là pour attester et la puissance de notre enseignement et le zèle de ceux qui s'y livrent. »

C’est ainsi que s’expriment les hommes qui, ne se laissant pas influencer par les préjugés, ont pu voir de près et apprécier par eux-mêmes la nature de l’enseignement de nos facultés, le savoir réel de ses professeurs et l’influence sociale qu’ils exercent. Ceux qui ne trouvant pas dans notre enseignement supérieur ce qu’ils admirent avant tout dans celui de l’Allemagne, c’est-à-dire l’élAboration lente, sérieuse et patiente des éléments 3e la science, estiment beaucoup moins l’importance de la vulgarisation de ses résultats, se sont souvent montrés injustes envers les cours de nos facultés, et j’ai souvent regretté de trouver le nom d’un écrivain ordinairement plus équitable parmi ceux qui, méconnaissant les avantages qu’elles possèdent, semblent se complaire à exagérer les imperfections qu’ils leur supposent.

M. Renan* attribue l’infériorité de la France, au

1 . Questions constitutionnelles ; passage reproduit par M. Boisr sier, Revue des Deux Mandes du 15 juin 18G8.

262 L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE, point de vue de la science et de l’érudition, à la manière dont sont faits les cours de nos facultés. Il prétend que les brillants succès obtenus par MM. Guizot, Cousin et Yillemain ont égaré leurs successeurs, que cet exemple séduisant et dange-» reux a jeté l’enseignement dans une mauvaise voie.

« Quand on vit l’éclat que ces éminents esprits avaient jeté, tout le monde, dit-il, voulut faire comme eux. L’État à certains jours tint salle ouverte pour des discours de science et de littérature. Deux fois par semaine, durant une heure, un professeur dut comparaître devant un auditoire formé par le hasard, composé souvent à deux leçons consécutives de personnes toutes différentes. Il dut parler sans s’inquiéter des besoins spéciaux de ses élèves, sans s’être enquis de ce qu’ils savent, de ce qu’ils ne savent pas. Quel enseignement devait résulter de telles conditions? Ouverts à tous, devenus le* théâtre d’une sorte de concurrence dont le but est d’obtenir et de retenir le public, que seront les cours supérieurs ainsi entendus? De brillantes expositions, des récitations à la manière des déclamateurs de la décadence romaine. Qu’en sortirat-il ? des hommes véritablement instruits ? des savants capables de faire avancer la science à leur tour? Il en sort des gens amusés. Quoi de plus humiliant pour le professeur, abaissé au rang d’un amuseur public, constitué par cela seul l’inférieur

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de son auditoire, assimilé à l’acteur antique dont le but était atteint quand on avait dit de lui ; saltavit et placuit. »

Je ne sais si l’auteur a eu en vue quelque personnage auquel pourrait s’appliquer une critique aussi amère; mais il n’est personne qui ne la pro- ^ clame souverainement injuste , si son intention était de lui donner une portée générale. On pourrait affirmer, dans ce cas, qu’il n’a vu de près, je ne dis pas seulement les cours de la Sorbonne et du Collège de France, mais encore ceux d'aucun des professeurs de nos facultés de province. De pareilles appréciations émanées d’un écrivain dont les ouvrages ne peuvent passer inaperçus, ont dû être accueillis avec un plaisir infini par les professeurs des universités d’Allemagne, déjà si convaincus de leur supériorité, et si bien disposés à tourner en ridicule ce qu’ils appellent l'ignorance et la légèreté françaises.

Ce qu’il y a de regrettable, c’est qu’une condamnation aussi formelle de notre enseignement supérieur a trouvé peu de contradicteurs, et qu’il a dû augmenter le nombre de ceux qui no voient de salut pour lui que de le réformer à Fimage de celui de l’Allemagne.

On peut assurer cependant que si les cours de philosophie, d’histoire, et de littérature ancienne et moderne étaient faits uniquement dans le but

de former des érudits et des philologues, ils perdraient immédiatement les auditeurs qu’ils attirent aujourd’hui sans pouvoir attirer les étudiants auxquels ils seraient destinés. Les jeunes gens qui, après avoir terminé leurs études classiques, plus étendues en France qu’en Allemagne , se préparent, soit pour l’enseignement, soit pour toute autre carrière scientifique, ou qui travaillent uniquement par suite d’un amour désintéressé de la science, sont assez rares, et d’ailleurs l’école normale supérieure, l’école des chartes, la nouvelle école pratique des hautes études, certains cours du Collège de France, peuvent donner à leurs besoins intellectuels une ample satisfaction. Ceux qui désirent ce genres d’instruction spéciale sans être obligés de venir le chercher à Paris, trouvent facilement dans les conférences privées des professeurs des facultés tous les secours dont ils ont besoin

En effet, tout en continuant cette œuvre de vulgarisation, qu’ils accomplissent si utilement à l’égard des étudiants et des gens du monde, les professeurs de faculté ont pris l’habitude de faire deux leçons, dont l’une est précisément ce cours privé des universités allemandes dans lequel ils sont en rapport

1. On sait que M. Duruy a établi dans chaque faculté des conférences à l’usage des jeunes maitres attachés au* lycées qui se préparent ainsi sur place aux examens de licence et de doctoral.

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plus intime avec de véritables disciples. Ils sont donc parfaitement en mesure de remplir la double mission qui leur est en quelque sorte imposée par la nature même de notre état social. On ne voit pas ce que nous gagnerions à transformer nos facultés et à germaniser leur enseignement; car en supposant que l’amour de la science pure devînt ^ assez général pour que les jeunes gens se montrassent plus assidus à leurs leçons qu’ils ne le sont aujourd’hui, je ne pense pas que l’étude des textes, les recherches bibliographiques, la science des détails, qui, le plus souvent, forme des pédants, orgueilleux d’un mérite qui ne fait honneur qu’à leur mémoire, dussent être préférées à un enseignement plus élevé, plus large, inspirant de nobles sentiments, élevant et agrandissant les âmes et, par cela même, ouvrant l’intelligence aux études sérieuses, un enseignement enfin tel que le conçoivent les dignes successeurs des Cousin, des Guizot etdes Yillemain.

Que Von cesse donc de déplorer la décadence de l’érudition française , parce que nos facultés ne se consacrent pas uniquement comme les universités allemandes à former des érudits. On énumère complaisamment les dissertations littéraires, philologiques, historiques, que produisent chaque année, à grand renfort de livres et de dictionnaires, les professeurs ordinaires ou les privât-

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doccntcn d’Allemagne'. On devrait aussi bien songer aux travaux sérieux et solides qui sont dus aussi à nos professeurs , et surtout aux œuvres d’une haute importance que publient |es membres de notre académie des Inscriptions et Belles-Lettres, ces savants continuateurs de l’œuvre des bénédictins français, de notre académie des Sciences moraies et politiques, sans oublier les Mémoires dus aux trois cents sociétés savantes qui dans nos départements prennent une part active au mouvement scientifique et littéraire.

Concluons que, si nous pouvons, si nous devons même faire quelques emprunts à l’Allemagne et ntroduire dans notre enseignement supérieur quelques-uns de ses procédés, il en est d’autres qu’il serait tout aussi important pour elle do nous emprunter à nous-mêmès.

TIn des avantages qu’il est juste de signaler dans les universités allemandes, c’est que cbacuu de ces

I . Le noDibre des professeurs des universilés esl de plus de 2 000, el chacun d’eux, en moyenne, produit au moins deux travaux scientifiques par an. Cela fait, en ajoutant les thèses de doctorat et tous les travaux d’érudition qui paraissent dans les programmes des 'iOO lycées et collèges allemands, cinq à six mille publications par an. (Hillebrand, ouvrage cité, p. 68.)

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centres intellectuels et scientifiques réunit dans ses quatre facultés toutes les branches du savoir humain. Elles y sont toutes représentées et elles ont à leur usage tous les secours désirables : bibliothèques, musées, collections, instruments, hôpitaux, laboratoires, observatoires, y sont concentrés; toutes les méthodes, depuis la plus abstraite jusqu’à la plus pratique, y coexistent, et il n’est presque pas une carrière à laquelle on ne puisse s’y préparer.

Il faut remarquer que ces établissements offrent tous oii presque tous, outre l’enseignement .distribué dans nos cinq facultés, celui qu’on ne peut acquérir chez nous que dans les écoles polytechnique, normale, forestière, des mines, des ponts et chaussées, des chartes, des langues orientales, etc. Le nombre des cours professés dans chaque université est prodigieux*. Il y a* telle université qui ne compte pas moins de 150 professeurs.

Les sciences spéculatives y sont cultivées à côté des sciences historiques, les recherches . naturelles y ont leur place à côté des études d’application immédiate. Les Allemands voient dans cette concentration de toutes les facultés en un même lieu la condition d’existence de leurs établisse-

1. Voir, à l’Appendice, les cours professés à Tuniversîté de Rerlin pendant un semestre. On en compte plus de IRO 1

meuts d’instruction supérieure. Ils y tiennent encore plus pour les professeurs que pour les élèves, car ils ont en vue l’intérêt de la science plus que celui de l’enseignement. La solidarité de toutes les sciences , la cohésion et la connexité des diverses études sont le thème sur lequel les Allemands reviennent sans cesse pour le représenter comme la solution sine quâ non de la prospérité d’une université. Il n’y a rien qu’on recommande plus aux professeurs des diverses facultés que de communiquer sans cesse, d’en appeler les uns aux autres dans leur enseignement, de se tendre la main pour arriver au même but, de combiner leurs objets d’études de manière à assurer l’unité au programme universitaire qui, selon eux, doit être comme un édifice harmonieux et complet où toutes les parties concourent à l’effet total. « Le caractère propre de l’université, dit le sénat de Leipzig, est d’offrir à tout étudiant l’occasion de saisir chaque branche du savoir humain dans sa vivante cohésion avec les autres, et de se l’approprier librement dans son esprit plus que dans la lettre*. »

Il n’est personne en France qui ne comprenne combien cette réunion de toutes les branches de l’enseignement est utile et désirable. Aussi l’établissement de nos cinq facultés dans chaque centre

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