‹ Lʹ instruction publique en AllemagneChapitre 62 sur 104 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

II existe en Prusse et en Allemagne un grand nombre d’établissements d’instruction primaire pour les jeunes filles. Depuis plusieurs années elles participent aussi aux leçons données dans les écoles bourgeoises et les écoles réelles qui leur sont ouvertes. Mais, au-dessus de ces deux ordres d’établissements, il n’existe, excepté dans quelques grandes villes, rien qui ressemble à cet enseignement supérieur, à ces hautes études littéraires et scientifiques qui sont devenues chez plusieurs nations de l’Europe, comme aux États-Unis, l’objet des aspirations des femmes appartenant aux classes élevées de la société. Malgré quelques tentatives isolées qui se sont produites dans ces derniers temps, on peut dire que l’éducation des femmes allemandes ne s’était pas encore élevée au-dessus du niveau qui a longtemps, en France, en Angleterre et ailleurs, marqué la limite que l’enseignement donné

340 L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE, aux jeunes filles et aux femmes ne devait pas franchir. Nous ne pouvons y signaler rien qui se rapproche de l’éducation supérieure que les jeunes gens reçoivent dans les Gymnases et encore moins dans les Universités. Ce n’est pas dans le pays classique des inégalités sociales et politiques qu’il faut s’attendre à voir s’introduire de longtemps le principe moderne de l’égalité dans l’éducation pour les deux sexes. On voit donc ce qu’il faut entendre par la qualification ^'écoles supérieures Ae jeunes filles. Il ne s’agit ici, en effet, que de ce degré d’instruction, dont j’ai fait connaître la nature dans les chapitres consacrés aux écoles bourgeoises et aux écoles réelles.

Avant de parler des tentatives ayant pour objet une plus grande extension et une plu^ grande importance donnée à l’éducation des filles, je dirai quelques mots de ces écoles supérieures, auxquelles s’appliquent ce que l’on sait des écoles de garçons du même degré.

La ville de Berlin ne possède pas aujourd’hui moins de sept écoles supérieures pour les jeunes filles. Trois ont été fondées par l’État, et les quatre autres par la ville elle-même. Ces sept écoles réunissent aujourd’hui 2G60 élèves. L’école fondée en 1838 par l’administration municipale est une des plus florissantes. Le programme des études est le même que celui des écoles bourgeoises. On y con-

sacre seulement un plus grand nombre de leçons à l’enseignement de la langue française. Les cours sont presque gratuits, car les dépenses mensuelles ne dépassent pas, môme pour les élèves des divisions supérieures, 3 thalers, c’est-à-dire 1 1 fr. 25. L’établissement n’a pas de pensionnaires. Les jeunes filles*qui y sont admises vivent dans leurs familles. Les États du Nord n’ont plus d’internats cloîtrés, il n’en existe plus que dans quelques États du Sud.

h' École royale^ plus récemment établie à Berlin, donne à peu près le même enseignement aux jeunes filles pendant les huit années qu’elles y passent. On y a joint une division supérieure [oberschule), dont les cours sont de deux années, et une école normale destinée à former des institutrices privées et des maîtresses d’école.

Cette école normale d’institutrices est parfaitement organisée. L’enseignement y est gratuit et se complète en trois ans. Le nombre des élèves est de 36; on n’en reçoit par conséquent que douze chaque année. Pour y être admises, les jeunes filles doivent: 1° être âgées de 16 ans accomplis; 2® appartenir à une famille irréprochable de Berlin, et 3® enfin avoir subi avec succès un examen écrit et un examen oral portant sur les matières suivantes : religion, langue allemande, langue française, arithmétique, géographie, histoire, écriture.

Pendant les premiers mois qui suivent leur en-

trée dans l’école, les élèves doivent étudier dans tous ses détails l’organisation de l’École royale, ainsi que la tenue des classes et les méthodes qu’on y suit. Au bout de six mois; elles rendent compte au directeur de leurs observations et lui font connaître en même temps les branches d’enseignement pour lesquelles elles ont besoin d’être spécialement préparées. Dans le deuxième semestre, on leur expUque les différents systèmes d’enseignement et les règles pédagogiques que l’expérience indique comme les meilleures. En même temps elles vont dans l’après-midi, accompagnées par une ancienne institutrice, donner des leçons de tricot et de travaux d’aiguille, dans les quatre classes inférieures de l’École royale. Dans la troisième année, elles sont envoyées dans les écoles publiques de la ville pour faire la classe aux élèves des divisions les moins avancées. Les leçons théoriques et pratiques de pédagogie sont, avec raison, l’objet de soins particuliers de la part des directeurs de l’école normale. Le cours se compose en général de quatre parties : la pédagogie, la théorie, l’éducation et l’art d’enseigner. Elles ont à faire sur cette science des compositions écrites d’après lesquelles on peut juger de leur aptitude.

Les progrès de l’enseignement seront médiocres, tant que les écoles normales d’institutrices ne se seront pas multipliées. On vient récemment d’en

fonder une à Droyssig. Celle de Munster, établie en 1832, est soutenue par une dotation provenant des biens d’un ancien couvent de femmes, supprimé en 1811. Elle reçoit 50 élèves sur lesquelles 16 seulement sont pensionnaires. Les autres ont leur résidence dans la maison paternelle ou dans des familles honorables désignées par les directeurs de rétablissement.

Leipzig, qui avait fondé en 1804 la première Bûrgerschule pour les garçons, a voulu offrir aux jeunes filles le môme degré d’instruction. La création de cette école supérieure était d’autant plus nécessaire que la ville n’avait eu jusqu’alors pour l’éducation des filles que des écoles privées dans lesquelles on ne s’occupait guère que de leur apprendre à lire et à écrire. Aujourd’hui l’école supérieure est en pleine prospérité. Il y a fort peu de différence entre les programmes de l’enseignement pour les élèves des deux sexes. On les trouve en général trop chargés, et le labeur exigé des enfants de dix à seize ans qui les suivent paraît excessif pour un âge où les exercices physiques, qui fortifient le corps, ne doivent pas être sacrifiés aux travaux de l’esprit.

L’école Israélite de Francfort, désignée sous le

nom de Philanthropine^ a été organisée pour faire participer les jeunes filles à l’enseignement supérieur qu’elle donne aux garçons. La ville a cherché à y attirer, par des offres avantageuses, les professeurs les plus estimés. Le plan d'études rappelle celui des Bürgerschiilen de l’Allemagne du Nord.

Il en est de même d’un autre grand établissement fondé par Francfort en 1 804 et réorganisé en 1832. C’était, eu égard à l’époque où il se créait, une école modèle, Müslet'schule^ et il a conservé ce nom. Les professeurs y appliquent avec beaucoup de succès la méthode des interrogations et évitent tout ce qui ressemble à un enseignement dogmatique, reposant sur les grammaires ou les traités ordinaires d’histoire, de géographie, d’arithmétique, etc. Pour l’enseignement de la langue française, par exemple, le professeur choisit un certain nombre de mots inconnus aux élèves. Il les écrit sur le tableau noir, en explique le sens précis, puis il s’adresse à l’une des élèves, lui demande comment elle exprimerait telle idée, tel objet, tel fait. Après un quari. d’heure d’exercice, il choisit quelques autres mots nouveaux, les explique aussi rapidement, pose des questions à d’autres élèves, et c’est ainsi que se passe la leçon tout entière. Une méthode analogue est appliquée à l’enseignement de la géographie, de l’arithmétique, des sciences physiques, etc.

Les leçons de gymnastique données aux jeunes filles de la Müsterschule rappellent celles que reçoivent les élèves des États-Unis d’Amérique. L’un des professeurs est assis au piano, tandis que l’autre préside aux différents mouvements qu’il commande. Les plus jeunes écolières se réunissent deux à deux, trois à trois, et commencent à marcher en cadence sur des airs à deux ou à quatre temps, dans le mouvement indiqué par le pianiste. Elles forment en marchant des figures portant des noms : la chaîne^ la couronne^ etc. A un moment donné elles chantent à l’unisson des petites chansons dont les paroles sont tirées- de Goethe, de Schiller ou d’autres poètes nationaux.

Quand elles sont plus grandes, elles font d’abord les exercices de bras et de jambes, classés d’après la méthode de Spiess. Elles finissent plus tard par se livrer à des exercices plus compliqués, à des marches plus savantes. Elles sont aussi habituées à entremêler ces exercices de chants : elles exécutent des chœurs à trois et à quatre parties.

L’école supérieure de Munich a été établie sur le modèle des écoles de l’Allemagne du Nord. Il en est de même de celle qu’a fondée en 1826 la municipalité de Carlsruhe, à laquelle la grande-duchesse, fille de la reine de Prusse, porte un vif intérêt. La ville de Mannheim a créé en 1863 une école du même degré.

Les écoles supérieures de filles [Hauptschulen) ne sont pas encore fort nombreuses en Autriche; Jusqu’à présent le gouvernement n’a pas paru fort disposé à donner aux femmes une forte instruction, et il n’a établi pour elles qu’un petit nombre d’écoles publiques. Il préfère les pensionnats cloîtrés, qui dans les États du Nord sont maintenant l’objet de critiques sévères.

Je n’ai pas à m’étendre sur les programmes suivis dans ces différentes écoles, ni sur les méthodes d’enseignement qui y sont appliquées. Elles ne diffèrent qu’en quelques points des écoles bourgeoises et des écoles l’éelles pour les garçons. Je me borne donc à donner un aperçu des écoles supérieures de füles, Hôhere Tochterschulen, de l’Allemagne, d’après ie-'àernier annuaire des universités et des écoles publié à Berlin en 1872 :

La Prusse et ses provinces eh ont 260, réunissant 36 421 élèves, le nombre de.s professeurs est de 1 192 maîtres, et celui des maîtresse? de 791.

ROYAUME DE SAXE : 4 ccoles supérieurcs, 298 élcYcs, 2!? Hiaîtres, 9 maîtresses.

GRAND-DUCHÉ DE BADE; 8 écolcs, 1 300 élèvcs, 57 maître?*

30 maîtresses.

GRAND DUCHÉ DE HESSE-DARMSTADT .’ H éCOlCS, 1 601 élèveS,

57 maîtres, 49 maîtresses. \

mecklembourg-schaverin ; 1 école, 40 élèves, 4 maîtres, \

5 maîtresses.

MECKLEMBOURG-STRÉLiTZ ; 2 écoles, 390 élèves, 10 maîtres, 7 maîtresses.

OLDENBOURG : URG écçle, 329 élèves, 8 maîtres, 8 maîtresses.

saxe-weymar-eisenach: une école, 195 élèves, 13 maîtres, 9 maîtresses.

ANHAI.T : 5 écoles, 814 élèves, 40 maîtres, 21 maîtresses.

BRUNSWICK : 2 écoles, 630 élèves, 21 maîtres, 19 maîtresses.

SAXE-coBOURG-GOTHA : 2 écoles, 303 élèves, 17 maîtres, 7 maîtresses.

SAXE-MEiNiNGEN-niLDBURHHAUSE:ifc : uRc école, 48 élèves, 6 maîtres, une maîtresse.

lippe: 2 écoles, 130 élèves, G maîtres, 3 maîtresses.

VILLE de brème: 3 écoles, 803 élèves, 19 maîtres, 18 maîtresses.

Hambourg: 2 écoles, 497 élèves, 22 maîtres, 22 maîtresses.

LUBECK." 2 écoles, 233 élèves, 13 maîtres, 7 maîtresses.

Ces divers États ont donc 47 écoles supérieures de jeunes filles, réunissant 7 800 élèves, 308 maîtres et 203 maîtresses.

lOTAL GÉNÉRAL.

Écoles, Élèves. Maîtres. Maîtresses

Royaume de Prusse . . 260 36 421 1 192 791

États allemands .... 47 7 800 308 203

Total pour la Prusse et

les Etats allemands. . . . 307 44 221 1 300 994

La question de l’extension que doit prendre l’éducation des femmes se lie essentiellement à celle qui a pour résultat l’amélioration de leur condition

sociale. Partout où l’on a songé à leur ouvrir l’entrée des écoles jusqu’à présent réservées exclusivement aux jeunes gens, on a vu dans cette aspiration à des études plus hautes et plus sérieuses le désir naturel d’exercer des fonctions que l’insuffisance de leur instruction ne leur permettait pas d’aborder. Rien ne semble plus légitime que ce besoin d’assurer leur indépendance, de relever leur dignité morale et d’augmenter le respect qui leur est dû. On a compris que la mère de famille, chargée le plus, souvent de présider à la première éducation de ses fils et de ses filles, ne peut accomplir ce devoir sacré qu’autant qu’elle y est préparée par une forte éducation, c’est-à-dire par une éducation fortifiant à la fois son intelligence et son cœur.

« Les femmes, a dit de Maistre, n’ont inventé ni l'algèbre ni le télescope, mais elles font quelque chose de plus grand que tout cela; c’est sur leurs genoux que se forme ce qu’il y a de plus excellent dans le monde : un honnête homme et une honnête femme. Si la jeune fille s’est laissé bien élever, elle élève des enfants qui lui ressemblent, et c’est le plus grand chef-d’œuvre du monde. »

Ce n’est pas seulement à ce point de vue que se. placent ceux qui demandent aujourd’hui une in- ^struction supérieure pour les femmes. Si elles ont toujours, et dans quelque condition que ce soit, le devoir de bien élever leurs enfants, elles sont, de

plus, bien souvent forcées de demander au travail les moyens d’assurer leur existence et leur bien-être. Filles ou veuves sans enfants, elles ont à fournir à leurs propres besoins, et la justice exige que l’on multiplie les carrières auxquelles des études spéciales peuvent les rendre propres. Tel est le double but que se proposent d’atteindre les nombreuses associations qui se forment pour ce que l’on appelle l’émancipation des femmes par l’éducation.

A l’exemple d’un grand nombre de pays par lesquels elle a été devancée, la Prusse a compris le besoin d’abord de donner aux femmes une instruction plus étendue, puis de songer à leur assurer des positions sociales que cette instruction même leur permettrait d’occuper. C’est ainsi que, sous le patronage de la princesse de Prusse, il vient de se fonder un nouvel institut qui portera le nom de Victoria hjceiim^ afin de fournir aux jeunes filles, ayant terminé leurs études scolaires, l’occasion d’étendre et de perfectionner leurs connaissances. On y a institué des conférences sur l’histoire naturelle , l’histoire générale , l’histoire de l’art et la littérature des principaux peuples. Ces conférences devront, autant que possible, se faire dans la langue du peuple dont elles auront à traiter. On a nommé un Comité directeur, composé de professeurs trèsconnus et de quelques membres de la noblesse.

Une demoiselle écossaise, mademoiselle Archer,

3oO L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE.

qui prête son concours à cet institut, a fondé également à Berlin une association pour l’éducation des femmes. Mesdames Louise Otto et Augustine Schmidt publient à Leipzig une revue bi-mensuelle dans laquelle mademoiselle Minna Pinoff réclame énergiquement pour son sexe le partage égal de l’instruction, et, de plus, sa participation aux fonctions publiques. Mademoiselle Archer demande un salaire égal pour les travailleurs des deux sexes. Il est probable que les efforts tentés dans ce sens seront assez longtemps infructueux et qu’ils ne recevront pas du gouvernement et de l’opinion publique l’accueil favorable qui leur est fait ailleurs. Mais le mouvement ne s’en produit pas moins, quel qu’en puisse être le résultat. C’est ainsi que plusieurs femmes qui ont étudié la médecine en Russie, où les écoles leur sont ouvertes, ont demandé leur immatriculation dans l’université de Kœnigsberg. Cette autorisation ne leur a pas été accordée, quoiqu’elles se fondent sur l’exemple donné par l’université de Zurich.

C’est, en effet, en 1864, que les deux premières étudiantes se sont fait inscrire pour suivre les cours de cette université. Depuis cette époque le nombre des dames qui suivent les cours s’est considérablement accru. On comptait dans le semestre d’été de 1872, sur ,S.53 inscriptions, 63 prises par des demoiselles, dont Si pour la Faculté de médecine,

et 12 pour la Faculté de philosophie. Six dames depuis 1864 ont subi avec honneur les épreuves du doctorat. Le chiffre des étudiantes est aujourd’hui considérable, puisque les cours de l’université sont suivis par 107 dames appartenant seulement à la Russie.

La Hongrie a aussi sa société pour l’instruction supérieure des femmes. On y a organisé des cours sur toutes les branches des sciences et des lettres. SO femmes ont été déjà admises dans l’administration des postes, et 30 dans celle des télégraphes . Trois dames ont subi dernièrement l’examen supérieur de sténographie. Enfin, des discussions ont eu lieu relativement au suffrage des femmes.

Une dame russe, madame Catherine Dikhova, a obtenu de l’empereur de Russie la fondation, à Saint-Pétersbourg, d’un collège pour les femmes. Elle voudrait, de plus, doter son pays d’un collège médical, analogue au célèbre établissement de ce nom à Philadelphie. Jusqu’à présent les jeunes filles de Russie qui veulent étudier la médecine se rendent à Zurich pour suivre les cours de l’université. Madame Dikhova a voulu visiter les États-Unis pour y faire une étude particulière des établissements

d'instruction publique destinés aux femmes. Elleavait à peine vingt ans lorsqu’elle a entrepris ce voyage. Après quatre mois de séjour en Amérique, elle avait appris la langue anglaise, elle parlait déjà six langues, le russe, le polonais, le français, l’allemand, le grec, le latin. Elle avait pris ses grades avec grand honneur à l’université de Kasan, lorsqu’elle n’avait encore que quinze ans. Peu satisfaite de l’éducation qu’elle avait reçue dans les écoles ordinaires, elle s’était adressée à des professeurs particuliers; pendant quatre ans, elle s’était livrée à l’étude des sciences mathématiques et physiques et elle avait subi de brillants examens à l’université de Moscou.

Un journal de Philadelphie [Philadelphie Ledger) qui nous donne ces détails ajoute que madame Catherine Dikhova était allée à Oneida étudier la question de la femme [woman question).

C’est le conseil des ministres, présidé par l’empereur de Russie même, qui a décidé que les femmes devront recevoir toute Tinstruction qui leur sera nécessaire pour être admises dans certains emplois publics. Elles sont fortement encouragées à se livrer surtout à l’enseignement pour lequel leur aptitude est reconnue. Elles sont employées dans le service des télégraphes, et en qualité de secrétaires dans les administrations publiques. Les mêmes tentatives sont faites avec succès en Italie pour faire partici-

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per les femmes aux bienfaits de l’instruction supérieure. A Florence, à Milan, à>Bologne, on a organisé pour elles des cours et des conférences scientifiques et littéraires ; c’est madame Torriana qui s’est chargée de prendre à Milan l’initiative de ces cours.

La plupart des villes de France ont maintenant des cours d'enseignement supérieur pour les jeunes filles. On sait que ce n’est pas sans peine qu’on a pu les instituer. Lorsque M. Duruy organisa ceux de la Sorbonne, il rencontra la plus vive opposition de la part de plusieurs évêques, à la tête desquels s’était placé un prélat qui, dans tous ses ouvrages, avait proclamé avec éloquence le droit des femmes à une haute culture intellectuelle, et fait remarquer que leur rôle dans la famille et dans la société dépend de l’éducation qu’elles ont reçue. Mais la nouvelle institution avait le tort de confier à des professeurs laïques, à des professeurs de l’université, un enseignement dont le clergé avait la prétention de s’attribuer exclusivement la direction. Les dangers chimériques qu’il signalait n’ont pas arrêté ceux des pères et des mères de famille, malheureusement encore trop peu nombreux, qui, se faisant une juste idée des devoirs de la femme et de l’influence qu’elle doit exercer, profitent pour leurs filles des cours organisés à Paris et dans les départements.

L’Angleterre, qui entre toujours tardivement et

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après de mûres réflexions dans la voie des.innovations, mais qui y marche résolument quand elle en reconnaît Tulilité, a, plus que toutes les nations de l’Europe, obéi à ce sentiment de justice qui porte les hommes les plus éclairés à faire sortir les femme» de l’infériorité où elles ont été si longtemps retenues au point de vue de l’instruction. C’est par centaines que se comptent les associations fondées, soit pour les instruire, soit pour leur venir en aide, aussi bien pour leurs besoins physiques que pour leurs besoins intellectuels.

Parmi les femmes distinguées qui se sont vouées à la défense des intérêts et des droits de leur sexe, je mentionne avec plaisir mademoiselle ÉUsabetb Blackwell. Reçue en 1849 doctoresse à Genève, État de New-York, elle a organisé dans celte ville un hôpital pour les femmes indigentes, que dirige aujourd’hui sa sœur la doctoresse Emily Blackwell. Depuis son retour en Angleterre, elle y a constitué une Société nationale pour la santé ; elle a commencé un enseignement général dans le but d’initier les femmes, aux Lois -de la vie. Elle engage avec les plus vives instances les mères de famille à s’occuper de l’éducation de leurs enfants, non-seulement au point de vue pédagogique, mais d’abord et avant tout au point de vue physiologique*.

1. La lecture de miss Blackwell sur la santéy faite dans la première séance de la société qu’elle a entrepris de fonder à Londres^

L’éducation générale que reçoivent les jeunes filles anglaises, l’esprit de liberté dans lequel elles sont élevées, les portent naturellement à tout ce qui peut accroître leur importance, et elles ont saisi avec empressement les facilités qui leur ont été offertes pour prendre part à Renseignement supérieur. Depuis que les syndicats des diverses universités les ont admises à subir les examens auxquels sont astreints les étudiants, elles ont été prises d’une noble émulation, et elles étudient avec la môme ardeur les langues et les littératures anciennes et modernes, la philosophie, l’histoire, l’économie politique et même la théologie ‘ .

Cette méthode des examens est excellente. C’est à elle que l’on doit les meilleures institutrices françaises du 1" et du 2* degré qui subissent avec succès ceux de l’hôtel de ville. Les examens qui ont lieu pour les jeunes filles qui suivent l’ensei-

a élë traduite en français par madame Hippol^le Meunier et fait partie de la précieuse Bibliothèque Franklin à 25 centimes.

1. L’université de Cambridge faisait connatire tout récemment le résultat de ces examens. Cent cinquante-quatre étudiantes s’étaient fait inscrire pour les subir. C’est pour l’histoire, et principalement pour l’histoire d’Angleterre, qu’elles ont eu le plus de succès. Les trois quarts ont été admises, et un dixième avec la mention bien. Pour la langue latine, sur treize qui se sont présentées, onze ont été reçues. Le grec a produit des résultats moins satisfaisants. En logique et en économie politique, quatre sur sept ont été reçues. Les examens sur la langue française ont élë fort satisfaisants.

goement supérieur de la Sorbonne attestent aussi d’une manière non équivoque leur aptitude et leur intelligence.

Si l’instruction est par elle-même un immense avantage pour les jeunes filles qui la reçoivent, elle est surtout désirable pour les heureuses conséquences qu’elle doit avoir. Pour la plupart des hommes poliliques et des penseurs de l'Angleterre qui ont pris au sérieux, comme M. Stuart Mill, l’éducation des femmes, l’instruction n’est pas un but^ mais un moyen. Elle confère des droits, elle impose des devoirs. Non-seulement les grandes associations anglaises s'occupent de multiplier les professions auxquelles une éducation soignée prépare naturellement les femmes, mais elles ont encore en perspective le moment où les fonctions publiques, les professions libérales, le droit, la médecine, leur seront ouvertes. Comme conséquence naturelle se pose la question de savoir si, participant aux charges de l’État, elles auront le droit d’exercer des fonctions politiques, et, avant tout, si la société pourra leur refuser le droit de suffrage.

Cette question, plus ou moins agitée en Europe, semble être résolue aux États-Unis.

La nation qui, la première, a voulu que tous les

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enfants des deux sexes reçussent le même degré d’instruction, qui n’a pas craint de réunir dans les mêmes établissements les garçons et les filles, devait être aussi la première à accorder le droit aux fonctions à celles qui possédaient déjà le droit au savoir. La légitimité du premier ne fait pas l’ombre d’un doute. Ceux des États qui n’ont pas admis jusqu’à présent les jeunes filles à suivre les cours des universités paraissent de plus en plus disposés à leur en ouvrir l’entrée. Comme ce sont ellesmêmes qui partout réclament avec énergie contre les inégalités sociales et politiques dont elles se disent victimes, elles constituent une puissance morale qui a déjà exercé une grande influence sur Topinion publique. Elles ont offert 1 2o0 000 francs à l’université Cornell, à Ithaca, pour avoir le droit de prendre part à ses cours. L’université de Vermont a accueilli favorablement la même demande. On sait déjà qu’un grand nombre de femmes, après avoir subi dans plusieurs facultés de médecine l’épreuve du doctorat, pratiquent la médecine et la chirurgie avec le plus grand succès, et personne ne trouve étrange dans ce pays que ce soit une femme plutôt qu’un homme qui donne des soins aux femmes et aux enfants. Dans l’Illinois, une loi dernièrement votée permet aux femmes d’exercer la médecine, le droit, la théologie, en un mot toutes les professions civiles, au même titre que

les hommes. Parles journaux qu’elles rédigent et par leurs prédications, elles défendent avec ardeur la cause de leur émancipation. A Chicago, M“'Mira Bradwell publie le journal Legal News ; Miss Dyot en rédige un autre, intitulé le Pionnier, à New- Rochelle. On compte par centaines les femmes instruites qui fout des conférences ou des prédications.

Quant aux fonctions publiques, il y a déjà un grand pas de fait dans certains États. A New-York, au Cooper Institute, des jeunes filles sont spécialement préparées pour des fonctions dans les télégraphes; plusieurs ont été nommées inspectrices des écoles. La ville de Montpellier (Yermont) a fait plus : elle a donné à une femme les fonctions, jusqu’à présent réservées aux hommes seuls, de surintendante des écoles.

C’est en 1 8G8 que le congrès général de la Société pour le suffrage des femmes en Amérique se réunit dans l’État de New-Jersey. 150 déléguées y représentèrent les femmes américaines. Quelquesunes, entre autres madame Trial, réclamèrent pour leur sexe , non-seulement l’égalité en toutes matières politiques, mais encore la domination, la suprême direction dans l’État. L’assemblée ne suivit pas jusqu’à cette extrémité les prétentions du sexe féminin ; elle vota néanmoins plusieurs résolutions en faveur de l’attribution aux femmes de tous les droits politiques.

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Durant la session de la même année, le sénat fut •saisi de plusieurs propositions sur le même sujet. Les sénateurs Wilson et Pomeroy soutinrent les demandes adressées par les pétilidnnaires. Ils ne réclamèrent pas seulement pour les femmes le droit de voter : ils établirent qu’elles pouvaient être éligibles pour tous les emplois remplis par les hommes. En attendant, le sénat adopta la résolution d’attribuer à celles qui seraient employées dans les bureaux du gouvernement un salaire égal à celui des hommes remplissant les mêmes fonctions.

Cette année même, le gouverneur du Massachusetts a recommandé dans son Message de conférer aux femmes, par un amendement à la Constitution, le droit de suffrage et l’aptitude aux fonctions publiques. Cette proposition a été appuyée par le clergé au sein de l’assemblée. Un adversaire du projet ayant dit qu’avant d’entamer toute discussion il était convenable d’attendre que la majorité des femmes, ofQciellement consnltées dans chaque municipalité, se prononçât en faveur de la mesure, il a été décidé que la question serait soumise à cette •épreuve décisive. Quel sera le résultat de ce plébiscite d’un nouveau genre? 11 serait assez difficile de le prévoir.

Il ne faut pas demander au pays où la liberté illimitée des opinions peut donner accès aux excentricités les plus inattendues, les solutions que doivent

recevoir les questions politiques ou sociales qui s’agitent dans nos pays européens. Elles s’accorderaient peu avec nos mœurs, nos habitudes et nos usages. Mais ce qui ressort de cette exposition sommaire des débats auxquels l’éducation des femmes donne lieu dans l’ancien et le nouveau monde, c’est que le besoin de les associer aux progrès de la science et d’élever leur niveau intellectuel et moral, en leur ouvrant l’entrée des cours d’enseignement supérieur, préoccupe tous les esprits sérieux. Après avoir vu toutes les nations civilisées de l’Europe attacher le même prix aux améliorations que réclament les écoles destinées spécialement à l’éducation des jeunes filles, la Prusse et l’Allemagne sont à leur tour entrées dans la même voie, et c’est un progrès dont il faut les féliciter.

APPENDICE

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