Rapport cité, p
L’instruction obligatoire, sanctionnée par les mesures administratives prescrites, qui sont en vigueur dans les autres États d’Allemagne, l’avertissement, l’amende et la prison, existe dans le royaume de Wdrtemberg, ayant une population de 1,822,926 habitants, tous de race allemande.
Le clergé de ce petit État, auquel le concordat de 1807 donne de grands pouvoirs, possède 9 établissements d’instruction religieuse, 6 séminaires ordinaires dont 4 protestants et 2 catholiques, 2 séminaires supérieurs, l’un protestant, l’autre catholique. ,
L’instruction y est répandue uniformément 'dans toutes les classes de la société, et les instituteurs y ont une position meilleure que dans les autres pays de l’Allemagne. Il possèdes realschulen du premier ordre, 46 du second ordre et 2, .337 écoles primaires, parmi lesquelles 1,455 protestantes, 870 catholiques et 12 israélites.
Le Wurtemberg a de plus, outre sa célèbre université de Tubinge, 1 école polytechnique, 1 école des beaux-arts, 1 école forestière, 1 école d’architecture, 1 école vétérinaire, 3 lycées sans cours de , philosophie, 4 lycées complets, 3 écoles normales,
4 d’agriculture et 7 gymnases, 60 écoles latines ou progymnases.
En Autriche, l’instruction primaire est obligatoire et presque gratuite. C’est une charge essentiel-
lement communale, comme dans les autres États d’Allemagne. La pénalité attachée à l’infraction de l’obligation scolaire y est plus sévère que partout ailleurs, car l’autorité a droit non-seulement de donner des avertissements, de faire des réprimandes, d’imposer des amendes qui peuvent être converties en prestations au profit des communes et même d’infliger plusieurs jours de prison, mais encore de faire du certificat d’instruction une condition nécessaire pour entrer en apprentissage et pour se marier.
Aucun fabricant, restaurateur, brasseur, etc.^ ne peut employer dans son établissement des enfants au-dessous de dix ans, et par conséquent soumis encore à l’obligation scolaire, à moins qu’ils n’aient suivi pendant un an l’école du peuple ; et ceux qui occupent des enfants âgés de dix ans doivent les envoyer aux cours du soir.
Les pays allemands (Autriche propre, Salzbourg, Styrie, Carinthie, Carniole, etc.), ont en moyenne une école par 100 enfants; par conséquent toutes les communes d’environ SOO âmes ont une école. Mais dans les provinces slaves et romanes, qui sont un peu éloignées de la capitale, un grand nombre de paroisses n’en n’ont pas encore, malgré le zèle que le gouvernement autrichien déploie depuis quelques années pour étendre partout l’instruction élémentaire.
ORGANISATION GÉNÉRALÉ.
Le grand-duché de Bade, dont la population est de 1,357,200 habitants, possède, outre les universités célèbres de Fribourg et de Heidelberg, l’école polytechnique de Carlsruhe, et un nombre considérable d’établissements de tout genre. Mais, jusque dans ces derniers temps, les progrès de l’instruction primaire avaient été loin de marcher de pair avec ceux de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, bien que, dès 1835, cette instruction eût été déclarée obligatoire.
Le gouvernement, surpris de voir que, malgré sa sollicitude pour les écoles primaires et les encouragements qu’il leur prodiguait, ses efforts étaient frappés d’impuissance, nomma en 1862 une Commission chargée d’en étudier la cause. A la suite d’un lumineux rapport du président de cette Commission, M. Kniess, la chambre des députés vota, à l’unanimité moins deux voix, le 6 juin 1 864, une loi qui a déjà porté ses fruits et singulièrement amélioré l’instruction populaire. Si l’enseignement primaire avait, suivant l’énergique expression du rapporteur, végété dans une humiliante médiocrité, tandis que l’enseignement moyen avait fait depuis vingt ans des progrès remarquables, c’est que les écoles primaires, entièrement soumises au clergé.
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n’avaient été traitées que comme des écoles élémentaires de religion, et non comme des écoles publiques destinées à instruire le peuple et à former des citoyens. Dans chaque commune, le curé étant inspecteur local, tenant l’instituteur sous sa dépendance immédiate, se trouvait être le vrai chef, le seul maître d’école. Il s’ensuivait que, sur huit ou douze heures (d’après le plan d’étude) de leçons par semaine données aux enfants, l’enseignement religieux en prenait plus de la moitié. Cet état de choses a cessé, par suite des considérants présentés par la Commission, et dont il est utile de reproduire ici les termes ;
ft Tout village qui a une école primaire, y est -il dit, a aussi deux sortes d’inspecteurs ; le Conseil d’école, composé de quelques habitants et l’inspecteur d’école, c’est-à-dire le curé (ou le pasteur) du village. Il résulte de la simultanéité de ces deux autorités égales dans la même localité des dissensions intestines, souvent des querelles ouvertes et des tiraillements administratifs qui troublent l’instituteur, dépeuplent l’école et abaissent graduellement le niveau de l’instruction. En effet, l’instituteur, nommé par l’État, doit obéir au maire qui représente l’autorité civile dans la commune ; mais en même temps il est obligé de tout faire pour conserver les bonnes grâces du curé qui, en sa qualité d’inspecteur, peut le destituer sans appel possible à
l’inspecteur du district, attendu que celui-ci est toujours un des curés du district et par conséquent un des amis du curé de la commune. Le pauvre instituteur, placé entre ces deux pouvoirs jaloux de leur influence locale et toujours rivaux, même quand ils s’entendent, est préoccupé, non pas de faire faire de rapides progrès à ses élèves, mais de louvoyer prudemment entre les deux, pour ne se heurter ni à l’un ni à l’autre. Ne vaudrait-il pas mieux laisser le curé tout entier aux soins de son église et charger de l’inspection locale le maire et les plus intelligents parmi les habitants du village?
Mais s’il est urgent de changer l’organisation de l’inspection locale, il ne l’est pas moins de changer celle de district.
Les fonctions d’inspecteur de district, en effet, sont gratuites, et c’est un des curés du district qui en est chargé.
Aux inconvénients que je viens de signaler et que l’on retrouve dans la paroisse de l’inspecteur de district, viennent s’en joindre de nouveaux. L’inspecteur de district, avons-nous dit, doit visiter les écoles du district, présider les conférences des instituteurs, examiner les élèves des écoles normales, adresser des rapports fréquents à l’autorité centrale, etc., etc., or il est matériellement impossible qu’il puisse suffire à l’accomplissement de tant de devoirs. S’il s’occupe consciencieusement de
la direction de sa paroisse, de faire son catéchisme, de dire ses offices, de rédiger ses instructions, de \isiter ses malades, il n’aura pas le temps de parcourir le district en tous sens pour inspecter les écoles, de présider les conférences, etc.
Le gouvernement, obligé de former de bons citoyens, des hommes capables d’apporter un jour leur part d’action à la direction générale des affaires communes, ne peut donc laisser subsister plus longtemps l’organisation actuelle et doit remettre l’inspection à des hommes spéciaux qui consacreront tout leur temps à leurs importantes et difficiles fonctions.
C’est dans ce sens que la question a été résolue dans la loi remarquable à tous égards qui régit aujourd’hui l’instruction primaire dans le grandduché de Bade,
Le clergé, dépossédé de l’influence qu’il avait exercée depuis longtemps, s’opposa de tout son pouvoir à l’exécution de cette loi. Il déploya une activité infatigable pour empêcher la mise en pratique de l’article 20, qui lui enlevait l’inspection des écoles. Il déclara qu’il refuserait les sacrements à ceux qui oseraient élire les inspecteurs scolaires. L’archevêque de Fribourg publia aussi plusieurs lettres pastorales pour dénoncer à l’opinion publique l’impiété de la nouvelle loi, et le Saint-Siège mémo crut devoir menacer d’excommunication la
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Commission avec son président et le gouvernement lui-même ! Les habitants du grand-duché s’empressèrent d’user du droit que leur conférait une loi, qui devait avoir pour résultat de.relever l’enseignement primaire et de développer avec l’instruction populaire la prospérité du pays, et sur 1720 communes 60 seulement refusèrent d’élire les comités et les inspecteurs scolaires.
Un grand nombre de citoyens éclairés et recommandables appartenant à différentes confessions auraient désiré que l’on allât plus loin. Ils sollicitèrent le gouvernement d’enlever tout caractère confessionnel aux écoles primaires, de fondre les diverses écoles en une seule, dont tout enseignement religieux fût exclu, et dans laquelle par conséquent les pères de famille, à quelque religion qu’ils appartinssent, pussent envoyer leurs enfants.
La Commission n’a pas cru devoir proposer une mesure qui, partout où il existe différents cultes, sauvegarde la liberté de conscience et qui a généralement été adoptée par les pays chez lesquels la religion est le plus en honneur'.
L’enseignement primaire n’a été rendu obligatoire pour tous dans les provinces rhénanes qu’en 1825;
I. J’aurai l’occasion de traiter plus spécialement, dans le cliapilre consacré aux écoles primaires, la question des rapports qui existent entre l’Église cl l’État, d’une part, et les établissements d’instruction publique, de l’autre.
34 L’INSTRUCTION PüBLIODE EN ALLEMAGNE.
et pendant longtemps l’intervention de l’État rencontra une opposition qui rendit difficile l’application de la loi scolaire. L’instruction est donc moins développée dans les provinces rhénanes que dans la partie septentrionale du'royaume, et l’unité de l’enseignement y est aussi moins parfaite.
Il résulte de ce qui précède que partout où l’enseignement a été déclaré obligatoire les progrès de l’instruction et le développement moral, qui en est la conséquence, se sont produits d’une manière éclatante; et sur ce point, le spectacle que nous offre l’Allemagne est identique à celui que présentent le Danemark, la Suède, la Suisse et les autres pays chez lesquels ce principe salutaire a reçu une consécration légale. Si l’on compare ces résultats avec ceux que l’on peut constater en Belgique, en Angleterre, dans le canton de Genève, et (je le dis avec un profond regret) en France, ainsi que dans tous les pays qui reculent devant l’adoption de ce principe, il sera, ce me semble, impossible de ne pas reconnaître que les plus puissantes considérations militent en faveur de l’instruction primaire obligatoire.
Il ne faut pas se dissimuler que, partout où elle est combattue, ses adversaires cèdent, souvent sans le vouloir, à des préoccupations politiques que le temps seul fera disparaître. 11 est môme fâcheux que les débats suscités en ce moment en France
par cette question fassent perdre un temps précieux que l’on pourrait consacrer à l’amélioration des écoles elles-mêmes et à l’étude des moyens de faire apprécier l’utilité de l’instruction à tous ceux qui malheureusement ne la comprennent pas encore. Notre enseignement public à tous les degrés réclame des modifications importantes et nombreuses. Les familles, si intéressées dans la question, se sont tenues jusqu’à présent'dans un état d’indifférence dont il faut à tout prix lés faire sortir. L’insuffisance des ressources que le budget de l’État peut mettre au service de l’instruction publique, quelle que soit sa bonne volonté, exige impérieusement que partout il soit fait appel à l’initiative privée et qu’une large part soit assurée aux communes et aux départements dans l’organisation des écoles et des collèges.
C’est à ce point de vue que la connaissance de ce qui se pratique en Allemagne, la manière dont sont divisées et réparties les différentes branches de l’enseignement, l’emploi des méthodes, le choix des maîtres, l’organisation des établissements pédagogiques, offrent un degré d’intérêt et d’utilité que personne ne pourra, je pense, révoquer eu 'doute.
Sf» L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALLEMAGNE.
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L’inslruclion populaire se compose, dans les États allemands, de trois séries par lesquelles passent les enfants, depuis le premier âge jusqu’à 15 ans : de 2 à 6, salles d'asile; de 6 à 10, écoles primaires ; de 10 à 15, écoles bourgeoises. L’enseignement complet comprend la reUgion,* la langue maternelle, l’écriture, l'arithmétique, la géographie, la physique, l’histoire naturelle, le dessin, la gymnastique, le travail manuel et le chant.
Ce*système d’éducation, pratiqué depuis soixante ans sous la surveillance des autorités municipales chargées par la loi de pourvoir avant toute autre dépense aux besoins des écoles, a porté ses fruits. Toute la nation, qui les connaît et les apprécie, en 3St justement fière ; en présence de la prospérité croissante des établissements non moins célèbres par leur nombre que par l’excellence des méthodes et le mérite de leurs professeurs, les autres peuples ont dû nécessairement tourner leurs regards vers un pays où l’instruction est si répandue et l’amour de l’étude si universel.
Il faut bien le reconnaître, ce zèle pour l’instruction*^ populaire, ce désir de savoir répandu dans toutes les classes de la société, cette haute culture intellectuelle , cet esprit d’investigation qui a permis de pénétrer
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librement dans le vaste domaine de la science, ont été singulièrement aidés par la révolution religieuse du XVI® siècle. Le libre examen, qui est Tessence même du protestantisme et qui impose l’obligation de lire, d’étudier et de commenter les livres saints, a fait naître partout la nécessité de s’instruire, et les ministres du culte, loin de se trouver sur ce point en désaccord avec la société laïque, loin de redouter la diffusion des lumières et le développement de 'la raison individuelle, ‘ont été les premiers intéressés à multiplier les écoles, à condition toutefois qu’ils les dirigeraient* euxmemes, comme nous le verrons.
On connaît la lettre, àdressée par Luther, en 1624, aux conseils de toutes les villes d’Allemagne :
« Chers Messieurs, puisqu’il faut annuellement tant dépenser .pour arquebuses, routes, escaliers, digues, etc., afin qu'une ville ait la paix et la commodité temporelles, à plus forte raison devons-nous dépenser en faveur de la pauvre jeunesse nécessiteuse, pour entretenir un habile homme ou deux comme maîtres d’école. Toute la force et la'puissance de la chrétienté est dans sa postérité, et si l’on néglige la jeunesse, il en sera des églises chrétiennes comme d’un jardin qui est négligé au printemps. On trouve des gens qui servent Dieu par beaucoup de pratiques étranges; ils jeûnent, portent des cilices, et font mille choses par piété ;
mais ils manquent au vrai service divin qui est de bien élever'leurs enfants, et ils font comme autrefois les juifs qui abandonnèrent le temple de Dieu pour sacrifier sur les hauteurs.
« Crois-moi, il est bien plus nécessaire que tu prennes soin de bien élever tes enfants que d’obtenir l’absolution, de prier, d’aller en pèlerinage et d’exécuter des vœux.
« Mon opinion est que l’autorité est tenue de forcer les sujets d’envoyer leurs enfants h l’école. Si elle peut obliger les sujets valides à porter l’arquebuse, à monter sur les remparts et à faire tous les services de la guerrre, à plus forte raison peutelle et doit-elle forcer les sujets d’envoyer leurs enfants àl’école, parce qu’ici il s’agit d’une guerre bien plus terrible avec le satané démon.
« Et moi-même, si je pouvais ou si je devais renoncer à mon ministère de prédicateur et à mes autres occupations, il n’est pas de métier que je ferais plus volontiers que celui de maître d’école ou d’instituteur. Car je crois qu’ après la prédication c’est là le ministère le plus utile, le plus grand et le meilleur, et encore ne sais-je pas lequel des deux doit passer le premier. »
Encouragée et fondée en quelque sorte à la voix du réformateur par le clergé protestant, héritier de la toute-puissance et des privilèges du catholicisme, l’instruction populaire a été depuis cette époque
presque exclusivement placée sous sa direction;
L’instruction en Allemagne, comme dans tous les pays protestants, est donc essentiellement reli- * gieuse. « Le clergé, dit M. Cousin, se montre constamment zélé, passionné même, pour l’instruction publique; en revanche les laïques ont une déférence naturelle pour l’autorité ecclésiastique ; une nautuelle confiance enracinée dans les mœurs met à la fois la religion sous la protection des lumières et les lumières sous celle de la religion. »
M. Cousin s’abandonnerait moins sans doute à son optimisme en présence de la lutte qui existe ■ maintenant entre les deux autorités qui se disputent et se disputeront longtemps encore, en Allemagne, comme partout ailleurs, le gouvernement de l’enseignement populaire.
Dans presque toutes les réunions d’instituteurs qui ont lieu fréquemment en Prusse , cet antagonisme se manifeste quelquefois d’une manière assez violente. Le bulletin de la société Franklin, du 15 octobre 1871 , a rendu compte d’une de ces réunions qui avait lieu à Berlin et à laquelle assistèrent plus de 3,000 instituteurs appartenant à tous les cultes et à tous les pays allemands. Les représentants de l’enseignement libre et laïque déclarèrent qu’il leur était impossible de supporter plus longtemps le joug de la réglementation prussienne, assurant à l’Église une prépondérance qui pèse au-
jourd’hui plus que jamais sur l’instituteur. Le clergé trouva un champion ardent et convaincu ^ dans la personne d’un instituteur missionnaire de Berlin qui, après avoir accusé les instituteurs laïques d’avoir insulté « notre mère Eglise allemande et évangélique», déclara nettement que l’Église allemande étant l’aînée de la pédagogie, celle-ci ne pouvait exister en dehors d’elle, et que par conséquent l’école et l’église étaient liées par un nœud indissoluble.
Nous sommes accoutumés en France à trouver en général chez nos ministres protestants un libéralisme et un esprit de tolérance qui les rapprochent étroitement de la société laïque, à laquelle d’ailleurs leur titre de pères de famille les attache encore plus entièrement, au nom de leurs intérêts les plus chers. Mais le spectacle qu’offre la France, à cet égard, nous sommes obligés d’avouer que nous le chercherions en vain dans les pays où les religions dissidentes se trouvent en majorité, comme elles le sont en Angleterre, en Prusse et dans d’autres contrées de l’Allemagne. En France, le clergé protestant partage bien volontiers la direction de l’instruction populaire avec la société laïque ; mais dans les pays dont je parle, ce n’est qu’au prix des plus grands efforts que cette société parvient à s’y assurer une place ardemment disputée. Ce n’est pas se hasarder beaucoup que de dire qu’en
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Prusse, l’autorité ecclésiastique n’a pas d’autre idéal que celui de s’attribuer exclusivement le droit d’enseigner. Ce sont là des tendances qu’il est impossible de ne pas reconnaître et dont on ne saurait trop déplorer les effets.
En France, le clergé catholique' plus disposé à placer l’enseignement religieux sous l’autorité de la foi q'ue sous celle de la science, n'a jamais attaché autant d’importance que le protestantisme à l’instruction populàire : l’exemple de l’Italie, de FEspagne et de tous les pays où il a exercé un pouvoir non contesté atteste suffisamment son peu de souci pour combattre dans les masses l’ignorance qu’on l’a même plus d’une fois accusé de favoriser systématiquement. Depuis que les progrès de la société laïque ont eu pour résultat un immense besoin d’instruction, jl a tout naturellement cherché à diriger le mouvement, auquel nulle opposition n’était possible et, à côté des écoles laïques, il a érigé des établissements inspirés et dirigés par lui.
Il avait le droit d’engager une lutte loyale contre les établissements fondés par l’État, et de s’efforcer même de les surpasser par l’excellence de ses méthodes et de son enseignement. Il pouvait exiger de ses instituteurs congréganistes un degré de savoir constaté aux yeux du public par l’obligation de subir les épreuves imposées aux instituteurs laïques. C'est ainsi que l’ont entendu les hommes in-
telligents qui ont créé des écoles préparatoires des hautes études dirigées par des ecclésiastiques pourvus de tous les grades universitaires. - Mais les mêmes précautions n’ont pas été prises à l’égard de l’instruction populaire. Les lettres d’obédience ont été jugées suffisantes, et l’on a dédaigné les diplômes délivrés par les jurys d’examen. Personne n’ignore, d’ailleurs, qu’en attaquant par toué les moyens l’enseignement laïque et universitaire, on n’a cessé de faire entendre aux familles qu’une instruction religieuse et morale ne pouvait être donnée aux enfants que dans les écoles entièrement soumises à la surveillance du clergé.
Comment serait-il possible qu’en présence des prétentions si souvent manifestées de rendre l’enseignement exclusivement ecclésiastique, il ne se fût pas élevé partout des prétention^ opposées, réclamant un enseignement exclusivement laïque ?
Lorsqu^à une époque comme la nôtre deux éléments sociaux égaux en nombre, en force, en influence, se trouvent en lutte, animés l’un et l’autre du désir de supplanter l’élément rival, il est profondément triste de voir que celui qui triomphe n’établit sa domination passagère que pour se la voir enlever au moindre revirement de la fortune. 11 faudrait, dans un pareil état de choses, qu’un pouvoir modérateur, fort de l’appui national, pût ouvrir à la liberté une carrière assez large, pour
que les deux éléments rivaux renonçassent à des prétentions exclusives, et concourussent en commun ' aune œuvre dans l’accomplissement de laquelle est engagé le salut du pays. Mais ce n’est pas ici le lieu d’énumérer les conditions d’un accord si désirable et malheureusement si difficile à réaliser. Ce qu’il y a de certain c’est que la lutte existe, sans que l’on puisse en prévoir la fin ; car ce n’est pas seulement dans le domaine de l’éducation publique que se manifeste l’antagonisme qui divise la société en deux partis, dont l’un ne voit le salut du pays que dans un retour vers le passé et dont l’autre -est plein d’espérance pour les destinées nouvelles que lui ouvrent les aspirations du monde moderne.
Quoi qu’il en soit, le bien produit en Allemagne par cet accord entre le clergé, qui n’a pas hésité à déclarer l’instruction obligatoire, et la société laïque, quiluien a jusqu’à présent confié la direction presque exclusive, n’a pas été perdu. Quelque puissants, en effet, que soient les motifs sur lesquels se fonde la raison pour établir la nécessité de l’instruction, ils ne sauraient avoir autant d’autorité que ceux qui s’imposent au nom de la religion. Maintenant, quand bien même la foi cesserait d’être pour l’Allemagne le mobile qui l’a engagée à fonder des écoles, elle n’en apprécierait pas moins les bienfaits de l’instruction dont elle a appris à connaître les effets civilisateurs. « Il en est, dit très-spirituelle-
ment M. Bréal, de la nécessité de l’enseignement comme de ces prescriptions de la morale qui ont été placées, à l’origine des sociétés, • dans la bouche même des dieux et qui ont pénétré assez profondément dans les esprits pour qu’elles puissent aujourd’hui se maintenir au nom de la raison et de l’utilité générale, »
L’instruction publique en Prusse et en Allemagne comprend les établissements suivants ;
I. — Les salles d’asile, ou écoles gardiennes, désignées sous le nom gracieux de jardins d’enfants, Kmdergàrten, occupant des bâtiments entourés de jardins où sont reçus les enfants de deux à six ans.
IL — Les écoles primaires ou élémentaires, ouvertes à tous les enfants obligés par la loi de les fréquenter, lorsqu’ils ont atteint leur sixième année.
III. — Les écoles bourgeoises, Bürgenchulen^ continuant l’enseignement de l’école primaire et fréquentées pendant trois ou quatre ans par les enfants qui doivent en suivre tous les cours j usqu’à l’âge de quinze ans accomplis.
(Dans les villages pauvres ou trop petits pour avoir une Bürget'schule, les enfants restent à l’école primaire jusqu’à la confirmation. On doit en-
\oyer dans ces petites localités des instituteurs assez instruits pour dqnner un enseignement équivalent autant que possible à celui des écoles bourgeoises. )
IV. — Les écoles réelles, Realschulc7i, dont le nom, quoi qu’en disent les Allemands, n’indique pas très-clairement la nature, donnant un enseignement qui correspond en plusieurs points à celui des établissements fondés récemment en France sous le nom à' enseignemejit secondaire spécial. Elles sont destinées principalement aux jeunes gens qui se préparent à entrer dans les professions commerciales et industrielles, dans certaines branches de l’administration, ou dans les écoles supérieures qui y conduisent.
V. — Les établissements d’enseignement secondaire classique, ceux qui rendent les jeunes gens aptes à suivre les cours publics des professeurs de faculté nommés gymnases, gymnasmi, et correspondant aux classes d’humanités et aux classes supérieures de nos lycées.
VI. — Les écoles professionnelles, techniques, commerciales et industrielles.
VII. — Au-dessus de tous ces établissements, les universités^ réunissant les quatre facultés de
théologie, d’e droit, de médecine et de philosophie.
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Je passerai rapidement en revue ces différentes bi-anches de l’instruction publique, en montrant leurs rapports avec chacun de nos établissements du même degré et les différences qui les eu distinguent. Je consacrerai un chapitre spécial aux écoles d’enseignement pour les jeunes filles.
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