ÉCOLES POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION
L'état de ministre de la religion est un de ceux auxquels la nation destine des établissements particuliers. Celui où les élèves trouveront l'instruction qui leur est nécessaire sera placé, ainsi que
VOUS Tavez ordonné près de l'Église Cathédrale, et sous les yeux de Tévêque. Nous n^en déterminons pas le nombre.
Chaque département aura le droit de se réunir en tout temps pour cette partie d'instruction à un département voisin.
Quant à l'enseignement, il convient qu'il soit divisé de la manière suivante:
1° Les titres fondamentaux de la Religion Catholique, qu'on sera tenu de puiser dans leur source.
2° L'exposition raisonnée des divers articles que doit comprendre explicitement la croyance de chaque fidèle.
3® Le développement de la morale de TE vangile.
4® Les lois particulières aux ministres du Culte Catholique.
5° Les principes ainsi que les objets habituels de prédication.
6** Les détails qui appartiennent à un Ministère de consolation et de paix, soit dans l'administration des Sacrements, soit dans le gouvernement des Paroisses. En circonscrivant ainsi cet enseignement, vous usez d'un droit incontestable, celui de renfermer tous les genres de pouvoirs dans leurs véritables limites.
Je vais parcourir ces divers points d'instruction. —Qu'on ne s'étonne pas de trouver ici un langage qui ne peut être familier: c'est avec la sévérité et l'exactitude de ses propres expressions qu'un tel sujet doit être traité.
1* C'est un principe Catholique que la croyance est un dou de Dieu ; mais ce serait étrangement
RAPPORT DE fALLEYRAND-PERIGORD 75
abuser de ce principe que d'en conclure que la raison doit se regarder comme étrangère à l'étude de la religion car elle est aussi un présent de la Divinité et le premier guide qui nous a été accordé par elle pour nous conduire dans nos rerecherches ; et c'est à vous, surtout, qu'il appartient de la rétablir dans ses droits. Or si^ suivant les principes de la Religion Catholique, la raison individuelle n'a pas le droit de se constituer juge de chaque article isolé de la foi, et surtout de pénétrer ses incompréhensibles mystères, il est non moins incontestable que c'est à la raison qu'il appartient de reconnaître les titres primordiaux de la Religion, les caractères dîstinctifs de l'Eglise. Mais ces titres, ces caractères doivent nécessairement se trouver, et dans le codé de la révélation, et dans les monumetits des premiers siècles de la religion ; la raison doit donc les chercher là comme à leur source. Que si chaque fidèle, pour être en état de rendre à la Religion cet hommage raisonnable qui seul est digne d'elle, doit examiner attentivement les titres de sa croyance, combien plus y est obligé le ministre de la Religion qui doit toujours être prêt aies opposer au doute ou à l'erreur? Cette partie de la théologie, qui en est en quelque sorte la partie philosophique doit être complètement enseignée dans les écoles où se formeront les élèves du sacerdoce, en même temps que les bons esprits travailleront à la perfectionner et à Tépurer par une grande sévérité dans le choix des preuves ; car, on l'a dit souvent, les mauvaises preuves en faveur de la
religion ont plus nui à la croyance publique que les plus fortes objections par lesquelles on s'est efforcé de la combattre.
2** Dès que les titres de la Religion sont reconnus, que le fondement de la foi catholique repose sur une révélation divine, et qu'il est de principe que les points révélés nous sont transmis par une autorité toujours visible, il devient plus qu'inutile de se rengager dans des discussions interminables qui étaient Taliment de l^ancienne théologie, et qui semblent remettre sans cesse en problème ce qui est déjà décidé. Il ne s'agit plus que de bien connaître ces objets révélés pour les présenter aux peuples de la manière la plus propre à être saisie par leur intelligence. Une exposition raisonnée est donc tout ce qu'il faut pour le grand nombre des Ministres chargés de cette fonction. Peut-être même serait-elle plus qu'il ne faut, si elle embrassait l'universalité des points décidés; car, si l'église catholique, dépositaire de la tradition, a dû s'élever, à diverses époques, contre toute altération du dogme ou de la morale évangélique ; si ses décisions se sont multipliées avec les erreurs, il n'est pas moins vrai que le dépôt de la révélation n'a pas dû se grossir en traversant les siècles, et que les fidèles de nos jours ne sont pas tenus de croire davantage que ceux de l^église des premiers siècles. L'exposition des points révélés, qui doit être enseignée à tout élève du sacerdoce, pour qu'il l'enseigne à son tour, peut donc être réduite à ce qu'il était nécessaire à tout chrétien de croire et professer avant la nais-
sancedes hérésies; c'est-à-dire, à ce qui constitue la pratique journalière de la Religion. Chacun pourra sans doute, à son gré, étendre plus loin et ses recherches et ses études particulières : il lui sera libre de parcourir, s'il le veut, tous les canaux de la tradition, de charger son esprit ou sa mémoire des longs débats de la théologie, et de s'armer contre les plus anciennes erreurs, de tous les arguments employés pour les combattre ; mais aussi la nation, qui retrouve, à chaque page de son histoire, la trace profonde des maux qu'ont enfantés tant de querelles religieuses, a le droit non moins incontestable de chercher à s'en défendre pour l'avenir, en écartant de l'enseignement public qu'elle protège, tout ce qui n'est pas indispensable à un Ministre de la Religion. La théologie d'ailleurs ne doit point être regardée comme une science. Les sciences sont susceptibles de progrès, d'expériences, de découvertes : la théologie, qui ne peut être que la connaissance de la Religion, est étrangère à tout cela ; immuable comme elle, elle est comme elle ennemie de toute innovation. Il faut quelle soit aujourd'hui ce qu'elle était d'abord. On doit donc s'occuper non pas à l'étendre, mais à la renfermer dans ses limites, que trop souvent d'ambitieuses subtilités s'efforcèrent de lui faire franchir dans des siècles d'ignorance. L'assemblée nationale, en même temps qu'elle encourage les progrès des sciences et les inventions de Tesprit humain doit donc, par le même principe,s'opposer à toute extension de la théologie, à toute invasion des théologiens :
car, puisque la reli^on commande à la pensée, c'est-à-dire, à ce qu'il y a de plus libre en nous, il est du devoir des fondateurs de la liberté publique de retirer de renseignement religieux, et tout ce qu'il est permis de ne pas croire, et tout ce qu'on a le droit d'ignorer. Concluons que l'assemblée nationale doit enjoindre à tous les évêques, comme étant les premiers surveillants de la doctrine religieuse, de travailler avec leur conseil à réduire les objets dogmatiques qui entreront dorénavant dans l'enseignement public des ministres du culte, aux seuls points indispensables à l'instruction des fidèles, par conséquent à en bannir et les vaines opinions qui divisent les esprits, et les discussions oiseuses sur des articles dès longtemps décidés, et même aussi un développement trop étendu de ceux de ces articles qui ne font point partie essentielle de l'instruction des peuples; de telle sorte que, du concours de ces travaux ép aratoires, résulte enfin un enseignement complet, uniforme et réduit à ses véritables bornes,
3*» La morale évangélique est le plus beau présent que la divinité ait fait aux hommes ; c'est un hommage que la nation française s'honore de lui rendre. On ne peut donc trop pénétrer de ses bienfaisanles maximes les ministres de la religion, pour qu'ils en nourrissent les peuples qui leur sont confiés. Les principes de la morale naturelle leur auront été développés dans les écoles précédentes : ils en seront d'autant plus disposés à en goûter la perfection dans Tévan-
gile ; car c'est là qu'elle existe avec toute la force d'une sanction qui lui donne sur les âmes une puissance surnaturelle. L'assemblée nationale ne dictera point ici les règles d'un tel enseignement, quoi qu'elle ait le droit de s'affliger des vues des anciennes méthodes où l'onction évangélique disparaissait sous la sécheresse des discussions: elle se borne à recommander cette réforme au nouveau clergé qui s'élève de toutes parts. Cependant, comme il lui appartient de reconnaître ce qui importe le plus au bien général de la nation, elle peut, et sans doute aussi elle doit, ordonner que l'on s'attache surtout à enseigner aux élèves du sacerdoce la partie de la morale évangélique qui consacre en termes si énergiques la parfaite égalité des hommes, et cette indulgence religieuse que les philosophes eux-mêmes n'osaient appeler que tolérance, mais qui doit être un sentiment bien plus pur, bien plus fraternel, bien plus respectueux pour le malheur.
4** Les lois sur l'organisation du clergé forment tout le droit canonique. C'est là que tout ministre de la religion doit s'instruire de ses droits, d'une partie de ses devoirs et de ses rapports avec la nouvelle organisation sociale ; les lois nouvelles doivent donc faire partie essentielle des études ecclésiastiques.
50 La prédication est une des fonctions ecclésiastiques qui appelle le plus l'attention des législateurs. Il faut que, ramenée à son but, qui est de rendre les hommes meilleurs par les motifs que la religion consacre, elle devienne ce qu'elle
ikAt Hre; mais fl Cmt aussi qo'eOe ne pokse |ias aljfuer de son iofloenee, et qœ dlnTinelbLes barfii^n^ s opr^osent à ses éearis. Le prenûer objet S4^a le fruit de rînstraetioa ; le second doit être ïoarrzge des lois. Jusqu'à te jour les éeoles les plus célèbres n'étaient que des arènes dogmatîqœs : on j apprenait longnement à deTeoir de Tains et dangereux disputeors: on dédaignait d'y apprendre à être d'utiles propagateors de la morale de rEvangile. Cela ne doit plus subsista. Les nouveaux instituteurs des écoles ecclésiastiques seront obligés de montrer à leurs élèves les principes, les sources, les modèles, les objets, comme aussi Textrème importance de la prédication; ils auront le courage d enseigner avec persévérance ce qui est bon, ce qui est utile, et de n*enseigner que cela. Mais rassemblée nationale ne peut borner là sa sollicitude : elle sait que la prédication est un des grands moyens que le fanatisme de tous les temps employa pour égarer les peuples ; elle la regarde comme une sorte de puissance toujours redoutable, lorsqu'elle n'est pas bienfaisante; et dont par conséquent il importe de régler et de circonscrire Faction. Cet objet sera rempli, autant qu'il peut l'être, lorsque rassemblée nationale aura déclaré que toute atteinte portée au respect dû à la loi dans l'exercice de cette fonction sera mise au rang des plus grands délits. Et cela doit êlre; car quoi de plus criminel aux yeux d'une nation, qu'un fonctionnaire qui se sert de ce qu'il y a de plus saint pour exciter le peuple à désobéir à ses lois.
6° Dans le régime journalier des paroisses, dans radminislration des sacrements, il est une foule de détails qui échappent à rindifférence, mais qui sont précieux à la piété. C'est par eux surtout que les pasteurs se concilient cette tendre vénération, qui est la plus douce récompense de leur ministère. Il faut que rien de ce qui est propre à adoucir les souffrances, à consoler les malheureux, à prévenir les dissensions, à calmer leshaines,ne soit étranger à un ministre de la religion: car ce sont des fonctions bien dignes d'elle. Ainsi les règles de l'arpentage et du toisé, plus développées que dans les écoles primaires, la connaissance des simples, quelques principes d'hygiène et quelques-uns de droit, etc., nous paraissent devoir faire dorénavant partie de Tinstruction ecclésiastique. Il faut que la religion, que les peuples confondent si facilement avec ses interprètes, se montre toujours à eux ce qu'elle est véritablement, l'ouvrage sublime de la bonté divine; et en la voyant toujours attentive à leur bonheur, toujours consolatrice dans leurs peines, ils aimeront à en bénir l'auteur, et à l'honorer par rhommage et la pratique de toutes les vertus.
Écoles de Médecine.
La médecine vous demande aussi un établissement particulier.
C'est après avoir combiné ensemble les rapports de cette belle partie de la physique avec
Thomme, et las vices des anciennes méthodes d'enseignement, et les vues particulières qui nous ont été communiquées par des hommes célèbres, que nous vous proposons avec confiance de régler renseignement de cette science, d'après les principes suivants :
D'abord les écoles seront partout organisées de la même manière ; dans toutes, on enseignera les mêmes objets; on communiquera les mêmes pouvoirs; on imposera les mêmes épreuves; car c'est manquer essentiellement à l'homme que de requérir plus de savoir pour un lieu que pour un autre, pour les cités que pour les cf^mpagnes.
Jusqu'à ce jour on a divisé cet art en trois : la médecine, la chirurgie, la pharmacie, et il en est résulté un désaccord funeste et à Tart et aux hommes. Il est clair que ce sont les parties d'un même tout : elles doivent donc être réunies dans les mêmes écoles. Cet art doit sa naissance aux Grecs ; jamais chez eux la pharmacie et la chirurgie ne furent séparées de la médecine.
Tout collège de médecine, pour être complet, comprendra désormais daps son enseignement : 1» la physique connue sous le nom de médicale, c'est-à-dire appliquée dans toutes ses parties à l'art de guérir ; car c'est en elle que résident tous les principes sur lesquels peut se fonder cet art; 2* l'analyse ou la connaissance exacte de toutes les substances que les trois règnes de la nature lui fournissent ; 3° l'étude du corps humain dans rétat de santé ; 4® celle des maladies, quant à leurs symptômes, à leur traitement, au
RAPPOKT PE TALLEYîlAND-PÉllIGORD 8?
mode de les observer et d'en r^clleilli^ l'iiisloire ; 5' les connaissances requises pour être pn état d'éclairer, dans des circonstances djfflcil^s, le jugement de ceux qui doivent prononcer sur la vie et rbonneur des citoyens ; 6« enfin, car c/est là que tout doit aboutir, renseignement de la médecine pratique. Pour faciliter toutes ces parties d'un même enseignement, vous jugerez que les écoles doivent être établies dans Tenceinte même des hôpitau^ç: ; car on ne peut trop rapprocher les institutions de ceux pour qui elles sont plus nécessaires. C'est là que le bien des malades est toujours d'accord avec les progrès de rinstruction ; que la théorie ne marche point au hasard, et que souvent un seul jour rassemble tous les bienfaits de l'expérience d'un siècle ; c'est là que les élèves commenceront par soigner les pa^lades pour être mieux en état de les traiter un jour, qu'ils apprendront presque en même tepips à ordonner, à préparer, à appliquer les rpmè4!BS, et que par là cejix qui se destineront particulijferement à une des branches de l'art, se trouveront, partapit, suffisamment instruits sur toutes.
Tel sera J'ftnseignement.
Il serait sans doute à désirer que tout département eût son école ; mais cette convenance doit ici fléchir devant la nécessité. Il est clair que des écoles de médecine trop multipliées, ne pourraient se soutenir, soit parce qu'on manquerait de profe3seur.s, soit parce qu'on manquerait d'élèves.
En mfiUère d'enseignepiej^t, c'eçtîjiv^nt tout, la
médiocrité qu'il faut qu'on éloigne : elle nuit de plusieurs manières, et parce qu'elle n'apprend pas, et parce qu'elle apprend mal, et parce qu'elle ne communique point aux élèves ce zèle, cet enthousiasme créateur que les grands talents peuvent seuls inspirer.
Quatre collèges complets ont paru suffire au besoin de tout le royaume.
Cependant, pour rapprocher le plus possible l'instruction de chaque lieu, on a pensé que tout corps administratif pourrait utilement établir, dans son arrondissement, une espèce d'école secondaire qui serait placée dans l'hôpital le mieux organisé du département. Là tousles jeunes gens peu favorisés de la fortune, mais annonçant des dispositions particulières pour l'état de médecin, seraient nourris et logés à peu de frais. Ils rendraient des services à la maison, et ils en recevraient en retour les premiers éléments de l'art, et par de bons livres élémentaires, et par des leçons pratiques de tous les jours. Leur éducation médicale ainsi commencée, quelquefois même terminée, ils n'auraient plus qu'à se transporter au collège de médecine le plus prochain pour y subir les examens requis, et y être, bientôt après, proclamés médecins.
La nécessité de ces examens doit être rigoureusement maintenue : car il faut ici surtout défendre la crédule confiance du peuple contre la séduction du charlatanisme. Il faut donc donner une caution publique à la profession de cet état ; mais en même temps vous voudrez que les an-
ciennes lois coërcitives, qui fixaient Tordre et le temps des études soient abolies. Vous ne souffrirez pas qu'aucune école s'érige en jurande ; ainsi ce ne sera plus le temps, mais le savoir qu'il faudra examiner ; on ne demandera point de certificats; on exigera des preuves; on pourra n'avoir fréquenté aucune école et être reçu médecin ; on pourra les avoir parcourues toutes, et ne pas être admis : par cette double disposition, on accordera parfaitement, et dans cette juste mesure qui est à désirer en tout, ce qu'exige la justice, ce que demande la liberté, et ce que réclame la sûreté publique.
Nota. — Il reste à pourvoir aux progrès de la science médicale, par le moyen des correspondances et par des travaux concertés, ainsi que fout aujourd'hui les sociétés savantes et les corps académiques Cet objet fera partie du grand Institut où il doit être traité dans la section des sciences.