‹ L'instruction publique en France pendant la révolutionChapitre 35 sur 42 · SECONDE QUESTION · texte numérisé non relu

SECONDE QUESTION

Que doit être Tinstruction publique?

L'instruction publique doit embrasser dans son organisation tout ce qui peut aider à renseignement complet des sciences, des lettres et des arts* Prise dans son ensemble, elle doit être universelle; aucune connaissance ne doit être rejetée ou négligée; toutes sont utiles ou peuvent le devenir davantage. Source de lumières et de vertus, elle comprend et ce qui appartient à Tinstruction proprement dite, et ce qui appartient à l'éducation.

L'instruction éclaire Tesprit, exerce toutes les facultés intellectuelles, étend le domaine de la pensée»

L'éducation développe le caractère, imprime à Tâme une impulsion salutaire, en règle les affec-^

lions, dirige la volonté, fait passer dans la conduite et met en action les conceptions de Tesprit ; et, conservatrice des mœurs, elle apprend à soumettre au tribunal de la conscience, les actions et les pensées.

L'instruction recueille les fruits de l'expérience et des méditations des hommes de tous les temps et de tous les lieux.

L'éducation en fait un choix et en fortifie l'homme physique et moral, suivant le degré de perfectibilité et la position de chaque individu.

L'instruction, sans Téducation, donne des talents et de Torgueil, des moyens et de la jactance; et peut devenir pour Thomme qui n'a ni le frein de la raison ni celui de Texemple, l'instrument funeste de ses passions désordonnées.

L'éducation, sans l'instruction, ne peut former que des habitudes et conduire à tous les préjugés; bornée dans ses moyens, sa marche est incertaine et lente ; avec des intentions pures, elle méconnaît le vrai, le juste, retient l'esprit dans d'étroites limites, et emploie à faire triompher l'erreur toutes les forces physiques et intellectuelles de rindividu qui, dans son égarement, prend son ignorance même pour une vertu.

Les villes ont tous les vices d'une instruction déréglée; les campagnes, toutes les erreurs d'une éducation superstitieuse et ignorante.

Pour purger le sol de la liberté, de cette fange de corruption et de sottise, dans laquelle le despotisme plonge les hommes pour mieux les asservir, associons désormais Tinstruction et l'édu-

cation : Tune sera le guide et l'autre le flambeau de la vie sociale.

C'est deTindissolubilitéde cette union, que nous désignerons désormais sous le nom d'instruction publique, que dépendront la généralité des mœurs, des progrès, des sciences, des lettres et des arts, et leur juste application à la prospérité publique. Une bonne instruction publique assurera à la société de bons fils, de bons époux et de bons pères ; à la liberté et à l'égalité, des amis ardents et des défenseurs fidèles ; au corps politique des fonctionnaires éclairés, courageux et dévoués à leurs devoirs. Elle apprendra au riche à faire un bon emploi de sa fortune et à établir son bonheur sur le bonheur d'autrui; au pauvre, à dominer l'adversité par son travail et la pratique des vertus qui conviennent à une âme flère et élevée. Elle répandra dans les campagnes le sentiment de la dignité de l'homme, combattra les préjugés en leur substituant des vérités utiles, attaquera partout cette routine barbare qui engourdit toutes les facultés de Thomme. Elle apprendra qu'en observant, qu'en exerçant sans cesse sa raison, sans cesse on se perfectionne, on étend son industrie, on multiplie ses moyens de bonheur.

L'instruction publique éclairera Topinion, aidera à la volonté générale, et par elle améliorera toutes les institutions sociales.

Elle doit répandre surtout cet amour sacré de la patrie qui vivifie, unit tout, pour tout embellir et tout fortifier, et assurer aux citoyens, par la

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concorde et la fraternité, tous les avantages d'une grande association.

La constitution donnera à la nation une existence politique et sociale, Tinstruction publique lui donnera une existence morale et intellectuelle. Ainsi que le corps humain, le corps social aura Torgane de ses pensées, de ses conceptions, qui produira partout des ramifications vivifiantes, et Torgane de ses mouvements, de ses actions, qui portera partout la vie et le bonheur.

Représentons-nous les différentes professions et fonctions de la société, les plus nécessaires à nos besoins naturels et politiques, ordonnées dans un système général^ selon le degré d'intelligence^ la nature et le degré d'instruction qu'elles supposent.

L'art de Tinstruction consiste à présenter toutes les connaissances humaines ordonnées dans un système général et correspondant, selon leur nature et leur développement graduel, qui doit s'étendre autant que les progrès de Tesprithumain.

C'est entre ces deux échelles de nos connaissances et de nos besoins, que tous les citoyens de tout âge et des deux sexes exerçant les forces qu'ils ont reçues de la nature, et avançant librement et graduellement, pourront, à chaque pas^ acquérir, d'un côté, de nouvelles forces intellec<tuelles et physiques, pour les appliquer, de l'autre, à leur utilité propre ou à l'utilité publique.

Le degré où chacun s'arrêtera dans cette carrière, sera celui que la nature marqua elle-même dans ses facultés comme le terme de ses efforts. Tout autre obstacle serait un attentat au droit de

tout citoyen, d'acquérir toutes les perfections dont il est susceptible.

L'enseignement général doit être gradué, distribué de manière qu'un citoyen d'une intelligence ordinaire, ait parcouru, à l'époque fixée par la loi, pour la majorité,une assez grande partie de l'échelle instructive pour pouvoir se suffire à lui-même dans la continuation de ses études, et pour commencer à servir utilement la société qui a pris soin de son enfance, en lui consacrant l'emploi de sa force, de ses talents et de ses vertus.

DIVISION DE l'instruction PUBLIQUE EN PLUSIEURS DEGRÉS

Dans l'ordre social l'ignorance et l'instruction, par la confiance que l'une inspire et que l'autre repousse, tendent à rendre illusoire ou réelle réligibilité aux fonctions publiques, qui est cependant dans les droits de tous les citoyens.

Pour que cette éligibilité fût réelle et la même pour tous, il faudrait que les moyens d'appeler la confiance publique fussent également accessibles à tous les citoyens, et le fussent au même degré.

Considérée comme le plus puissant de ces moyens, l'instruction strictement nécessaire pour toutes les fonctions qui font l'oblet de l'éligibilité, devrait donc être établie de manière à être à la portée de tous.

Mais sous ce rapport l'éligibilité, pour avoir toute sa plénitude, demanderait que chaque

citoyen pût être universel dans ses connais sances, ce qui n'est pas possible soit parce que tous les individus ne reçoivent pas de la nature les mêmes dispositions, et ne les reçoivent pas au même degré, soit aussi parce que la différence des fortunes ne permet pas à tous, à des positions égales, d'employer aux mêmes études la même quantité de temps.

L'éligibilité ne peut donc être, pour aucun individu, ni universelle, ni entière. Elle a pour chacun les limites que la nature et les événements de la vie ont mises à son intelligence et à sa fortune.

Il serait donc superflu de multiplier également toutes les branches de l'instruction, puisque tous ne peuvent pas également en profiter.

D'une autre part, il n'est pas absolument nécessaire à la société que tous les individus qui la composent, soient également propres à tous les emplois, car elle ne peut en occuper qu'un petit nombre ; et alors, pour la presque totalité des citoyens, cette universalité de connaissances serait un luxe insensé, s'il n'était impossible.

L'instruction perdrait d'ailleurs en profondeur ce que Tuniversalité gagnerait en étendue, et pour vouloir être propre à tout, on' courrait risque de n'être propre a rien.

Ce serait un calcul politique important que celui qui déterminerait, pour une fonction publique, le nombre de citoyens d'un mérite égal qui serait nécessaire pour que toutes les places de cette fonction fussent bien remplies et que le

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renouvellement pût s'opérer aussi souvent que rintérêt public le demanderait, sans éprouver de disette d'hommes et sans en laisser aucun dans l'oubli.

La solution de ce problème conduirait à la détermination du nombre d'élèves qu'il faudrait former dans les branches d'instruction, correspondantes ou analogues à la fonction, du nombre des professeurs, de celui des établissements et de leur placement, en introduisant pour ces dernières questions les autres éléments nécessaires.

Ces réflexions peuvent s'appliquer aux professions de la société^ nécessaires à nos besoins ou à nos jouissances.

L'organisation de l'instruction publique serait alors calculée sur l'organisation politique, comme celle des arts d'industrie serait calculée sur l'étendue du sol, la population et les besoins des hommes.

En attendant la solution de ces problèmes, nous pourrons dire, sur la question qui nous occupe :

lo Que rinstruction publique doit être considérée, ou par rapport à la société, ou par rapport aux individus ;

2o Que sans ce double rapport elle est également utile et indispensable, mais il n'est pas nés cessai re qu'elle soit également répandue dantoutes ses branches ;

3o Que la partie des connaissances humaines, qu'exigent les besoins du corps politique, n'est nécessaire à tous que pour ce qui regarde les

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droitd de tous, Texercice de la souveraineté dans les assemblées primaires, la connaissance des lois qui concernent immédiatement Tun et l'autre, et des lois qui établissent les relations du citoyen avec les fonctionnaires publics, lorsqu'il a une réclamation à faire, des intérêts à pour« suivre, une surveillance utile à exercer ;

40 L'instruction qu'exigent les différentes professions de la société doivent également être partagées en deux parties, celle qui peut n'être suivie que par quelques-uns, celle qui doit être connue de tous.

Quoique tous ne doivent pas connaître toutes les professions, chaque citoyen devrait en connaître au moins une. L'individu, riche ou pauvre, qui Jouissant d'une bonne santé ne travaillerait pas ou pour une société entière ou pour une portion ou pour lui-même, serait un être méprisable qu'il faudrait rejeter de son sein, si on le pouvait, sans violer le droit des gens, ou imposer triplement si sa fortune pouvait payer son inutilité.

Ces principes incontestables ont conduit le comité à diviser l'instruction publique en quatre degrés sous les dénominations : iodes écoles primaires; 2o des écoles secondaires; 3o des instituts;. 4© des lycées. Nous allons développer les motifs et l'objet de chaque degré.

1° Des écoles primaires.

Les écoles primaires seront ouvertes aux enfants qui auront atteint l'âge de six ans ; elles

présenteront deux sortes d'instruction, Tune journalière l'autre hebdomadaire. Dans la première l'enfant apprendra ce qu'il doit indispensablement savoir pour ses propres besoins pour l'exercice de ses droits et la pratique de ses devoirs, pour n'être pas un être inutile à la société. Les facultés physiques et morales y recevront leur premier développement, le corps s'y formera au travail Qt Tâme à la pensée.

La jeunesse, en apprenant à lire et à écrire, recevra les premières notions grammaticales de notre langue. On lui enseignera les premières règles de l'arithmétique et des méthodes simples de mesurer et de toiser. On y joindra une description très élémentaire des productions les plus usuelles du pays, des procédés les plus faciles de l'agriculture et des arts.

Une fois par semaine, le jour où les travaux pénibles des champs ou des ateliers permettront quelques délassements, l'instituteur ouvrira une conférence où se rendront les citoyens de tout âge de l'un et l'autre sexe ; on y rappellera les objets principaux présentés dans les leçons journalières, en leur donnant un peu plus de développement en faveur de ceux dont l'intelligence serait plus formée; on y expliquera les lois de la république, utiles à connaître pour le maintien de nos droits, et l'exercice des fonctions publiques les plus simples. L'agriculture et les arts, les découvertes nouvelles qui les concernent, les événements les plus importants pour la République, seront successivement présentés à l'atten-

tiou et à la curiosité des citoyens. Eacouragemcnt pour la jeunesse, consolations et jouissances pour les pères de famille qui seront témoins des succès de leurs enfants, leçons de conduite pour la vie domestique, occupation douce et utile pour l'esprit pendant le délassement nécessaire du corps, développement de l'esprit public, fraternisation entre tous les citoyens ; voilà les fruits que nous devons attendre de ces conférences.

2« Des écoles secondaires.

Les écoles secondaires, dans lesquelles on n'entrera pas avant Tâge de dix ans, offriront une instruction plus nourrie, plus développée, plus analytique que celle du premier degré ; elle sera proportionnée à Fâge de ceux qui viendront la recueillir.

Plusieurs objets non approfondis y seront présentés à Tenfant qui s'essaiera sous l'œil observateur de l'instituteur avant de fixer son choix sur aucun.

Là morale y sera éclairée par l'histoire.

A l'explication des principales lois, on joindra quelques connaissances sur les transactions et les contrats.

La géographie guidera dans l'étude des premiers éléments du commerce et de l'histoire naturelle ; les notions les plus simples de l'arithmétique, de la géométrie et de la physique, serviront dans les arts mécaniques et l'économie rurale.

Ainsi on y enseignera ce qui sera nécessaire pour remplir les fonctions les plus rapprochées de tous les citoyens, les professions et les emplois les plus recherchés de la société ; on s*y préparera au degré supérieur de Tinstruction.

Les écoles secondaires auront aussi leurs conférences hebdomadaires ouvertes à tous les citoyens; en répandant des connaissances utiles, et revenant périodiquement après le travail mécanique de la semaine, elles accoutumeront les citoyens à exercer alternativement leur corps et leur esprit, elles affermiront Tesprit public sur une base solide, et introduiront dans le sein des familles, une instruction qui en bannira les préjugés.

Mais si Ton considère :

1* Que les écoles secondaires dont il est question, ne sont pas pour les deux sexes;

2° Que plusieurs familles ne pourront pas, à raison de leurs travaux domestiques, se priver de leurs enfants assez longtemps pour qu'ils puissent suivre avec fruit ce second degré d'instruction;

3° Qu'un plus grand nombre seront dans l'impuissance de supporter les frais d'un déplacement nécessaire pour les loger dans le lieu même où seront établies ces écoles ;

4° Que rétendue de renseignement demande deux instituteurs, et par conséquent quatre-vingts ou cent élèves par école,

L'on sentira que les arrondissements des écoles secondaires doivent nécessairement être plus

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étendus et par conséquent moins nombreux que ceux des écoles primaires.

La distribution doit donc s'en faire sur d'autres principes.

A mesure que l'instruction se simplifiera, que le sort des familles et les ressources de TÉtat s'amélioreront, les écoles secondaires pourront être plus suivies et plus multipliées.

3« Des instituts.

Les sciences mathématiques et physiques^ mo« raies et politiques, l'agriculture et les arts mécaniques, la littérature et les beaux-arts, compose* ront l'enseignement des instituts où l'on pourra suivre, dans leurs éléments, Téchelle entière des connaissances humaines.

Il convient qu'il y ait, auprès de chaque institut, une bibliothèque, un cabinet de physique et d'histoire naturelle, un laboratoire de chimie, un jardin de botanique et d'agriculture.

Le succès de quelques parties de cet enseignement demande quil y ait dans le voisinage un hôpital et quelques ateliers dans différentes branches d'industrie, où les élèves puissent recueillir les leçons de la pratique et de l'expérience, qui, en occupant à la fois le corps et l'esprit, en offrant l'application directe des principes, donneront un nouveau degré d'intérêt et d'utilité aux leçons du professeur.

Tous les cours seront publics. Les citoyens de tout âge pourront y assister, soit pour ajouter à

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leur instruction, soit, comme pères de famille, ponr être témoins des progrès de leurs enfants. Cette publicité sera un puissant stimulant pour les élèves, et un encouragement pour les professeurs.

Des conférences publiques entre tous les professeurs réunis, formeront le lien de toutes les parties de renseignement. On y communiquera les découvertes les plus importantes dans les sciences, les expériences les plus saillantes, les procédés nouveaux les plus utiles dans les arts. Leur objet sera de nourrir le goût de l'instruction, de la répandre, et de faire fraterniser ensemble toutes les branches des connaissances humaines.

Après cinq ans d'institut, l'élève pourra être en état de faire seul de nouveaux progrès, et de se préparer aux professions et aux emplois qui demandent le plus de lumières.

C'est de là que doivent sortir des médecins, des sages-femmes et des artistes vétérinaires pour les campagnes, des instituteurs pour les écoles primaires et secondaires.

L'enseignement des instituts doit donner une supériorité de lumières et de raison qui pourra faire disparaître de nos assemblées l'art funeste de donner à l'erreur le manteau de la vérité ; et aux desseins de l'ambition et de l'intrigue, le ton, les formes de la loyauté et de la franchise.

L'étendue de la série des objets enseignés dans le troisième degré, demande un grand nombre de professeurs, un grand concours d'élèves, et par conséquent un grand arrondissement pour cet établissement*

Quelques élèves borneront leurs études aux écoles secondaires, pour prendre un métier, se préparer à un état, ou pour se livrer à des soins domestiques dans leur famille. ,

Les professions et les emplois de la société pour lesquels l'instruction des écoles secondaires sera suffisante, sont, d'ailleurs, trop multipliés pour ne pas devenir, pour quelques citoyens, le terme de leurs vœux. ' "

Ainsi, les considérations présentées dans l'article précédent, et qui font sentir la nécessité d'établir moins d'écoles secondaires que d'écoles primaires, acquièrent une nouvelle force pour les instituts qui devront être en moindre nombre que les écoles secondaires, pour être proportionnées à nos besoins.

Pour remédier en partie à l'inégalité qui résulte du petit nombre de ces établissements, dans la répartition des moyens d'instruction ; pour trouver plus sûrement les leçons pratiques que nous Voudrions ajouter à celles des instituts, et augmenter leur influence pour la propagation des lumières, il convient de les placer ^iiïant qu'il sera possible, dans le^ lieux qui offriront le plus de population rassemblée. Un plus grand nombre ^e personnes peu fortunées pourront alors, sans' se déplacer, en suivre l'enseignement qui deviendrait le patrimoine des riches seuls dans les les lieux peu peuplés.

4° Des lycées.

Les lycées seront l'école des gens instruits : ils

embrasseront les sciences, les arts et les lettres dans toute leur étendue.

C'est de là que sortiront des ingénieurs, des médecins pour la France, des professeurs pour les différentes branches d'enseignement des instituts, et des hommes qui cultiveront la science par goût, en reculeront les bornes, et/én deviendront comme les conservateiïrs. ^^

Ce quatrième degré ne servira qu'à un petit nombre de professions ; mais ces professions serviront elles-mêmes, par leur importance, à toute la République.

Chaque l^cée aura une bibliothèque, un jardin et des cabinets de physique et d'histoire naturelle .

Les lycées répondent aux universités ^et leur seront supérieurs. Elles sont restées ien arrière du progrès des art^etdes sciences, et les lycées seront toujours à leur niveau ; ils offriront aux étrangers des ressources qu'ils ne trouveraient pas chez eux, et, avec les leçons de la philosophie, ils leur présenteront les leçons de la liberté républicaine. En répanâant notre langue et nos principes, ils étendront nos conque t^$, les seules dignes de nous, celles qui affranchissent l'homme des erreurs et des préjugés.

Un petit nombre de lycées suffisent en France. Un seul ne pourrait fournir tous les hommes utiles que l'instruction publique en attend ; plusieurssont nécessaires pour mettre plus d'égalité dans la répartition des avantages qui doivent en résulter, pour faire disparaître les préférences dont Pa-

ris a joui jusqu'à présent, et pour conserver dans Je s différentes parties de la France des hommes éclairés, qui ne manqueraient pas d'adopter Paris pour leur résidence, si Paris était encore le centre unique de l'instruction et des lumières.

Les lycées formeront le deçré le plus élevé de renseignement : placés auprès du génie qui crée, du philosophe qui observe^ étudie, médite l'homme et la nature, ils ifëcueilleront les pensées, les vérités utiles auxquelles ils seront parve^nus dans leurs recherches; ils les feront passer de lacohceptio'n dans l'enseignement,, ot en rendront la propagation rapide et féconde, en leur donnant tous les développements nécessaires pour les rendre accessibles et usuelles;

Les écoles primaires et secondaires présenteront une instruction utile à tous les citoyens; les instituts et les lycées offriront des connaissances plus élevées, et essentiellement utiles au corps social.

Dans celles-là le citoyen trouvera de quoi suffire à ses propres besoins ; et dans ceux-ci^ des lumières assez étendues, assez variées, asse2 approfondies, assez choisies pour pouvoir servir utilement ses concitoyens et sa patrie, soit dans des postes difficiles où la confiance publique l'appeJlera, soit dans ses relations particulières.

Les écoles secondaires prépareront à recevoir l'instruction des instituts; et ceux-ci, à recevoir celle des lycées.

Les degrés intermédiaires, en rendant les idées plus élémentaires, les méthodes plus simples et

plus familières, serviront à les faire descendre jusqu'au dernier degré de Téchelle ; ils diminueront, pour ainsi dire, la distance qui sépare les deux extrêmes.

Liés tous par une dépendance réciproque et nécessaire, les instituts et les lycées en seront plus utiles, les écoles primaires et secondaires moins bornées dans leurs moyens. Le succès de celles-ci, leur perfectionnement graduel, dépendront essentiellement des degrés supérieurs où se formeront les instituteurs, où se simplifieront les méthodes, où les conceptions du génie deviendront graduellement plus élémentaires et plus expansives.

Pour encourager les talents naissants, et assurer à la république un plus grand nombre de citoyens utiles, votre comité vous proposera de décerner tous les ans, le titre honorable d'élèves de la patrie à un certain nombre d'enfants qui auront eu des succès dans les premiers degrés, et de leur donner un secours annuel, pour aller chercher loin de la maison paternelle, une instruction plus élevée, ou pour entrer en apprentissage dans un art utile.

Cette belle institution coûtera peu, honorera la patrie et assurera aux sciences et à l'industrie des progrès rapides.

Tel est le système complet d'instruction publique que vous présente votre comité : les parties, étroitement liées entre elles, offrent une organisation qui demande un régulateur, une surveillance générale, qui, en laissant aux autorités

constituées tout ce qui appartient à l'administration publique et à la police, maintienne renseignement dans la plus grande activité. Le comité s'occupe d'un modo qui réunisse ces deux caractères.

L'instruction publique doit comprendre, dans les développements que nous vous présenterons successivement, tout ce qui appartient à l'éducation morale et à l'éducation physique. Par l'une, l'enfant acquerra, dans un régime gymnastique, la santé, la force, l'adresse, l'agilité du corps. Par l'autre, on développe les mœurs et les habitudes du républicain ; on apercevra dans Tenfant ce sens précieux qui fait trouver tant de charmes dans la pratique des vertus qui nous lient à nos semblables, à nos devoirs et à la patrie.

C'est par leur propre expérience et par une pratique journalière que les enfants se formeront à toutes les vertus domestiques et sociales. Leur éducation morale se développera à raison des besoins, et par conséquent toujours à propos, toujours avec fruit.

L'éducation des femmes doit avoir aussi une place dans le système général d'instruction publique.

1* Pour elles-mêmes;

2* Pour que plusieurs, en perdant leur mari,restent chargées de toutes les affaires delà famille;

3^* Parce que la première éducation de l'enfance jusqu^à, six ans leur est confiée;

4*» Parce que les enfants qui suivront les écoles, en rentrant chaque jour chez leurs parents seront sous une surveillance particulière, à laquelle les femmes auront toujours beaucoup de part;

5° Parce que la nature veut que les femmes terminent l'éducation des hommes.

Elles ne doivent pas être étrangères aux vertus sociales, puisque, outre qu'elles en ont besoin pour elles-mêmes, elles peuvent les développer ou les fortifier dans le cœur de l'homme.

Si dans Tordre naturel et social, l'homme est appelé à exécuter et agir, la femme, par une influence impérieuse et nécessaire, est appelée à imprimer à la volonté une impulsion plus forte et plus véhémente.

Pour que cette influence, qui ne peut jamais être nulle et qui fut souvent corruptrice et funeste au bonheur de l'espèce humaine, prenne un caractère vraiment social et utile, il faut qu'il y ait dans l'éducation des deux sexes ces rapports, cette harmonie par lesquels l'une apprendra à discerner, à vouloir, à inspirer le bien, et l'autre à le faire.

Les orphelins et les sourds-muets doivent trouver dans l'instruction publique des secours que la nature refusa aux uns, que le malheur et le libertinage enlevèrent aux autres. Enfin le traitement des professeurs et les autres dépenses de renseignement, la composition des livres élémentaires, les examens, les encouragements et récompenses, les fêtes nationales, seront l'objet de rapports particuliers qui vous seront présentés par le comité.

La Dation doit-elle dans ses institutions embrasser tous les degrés de Tinstruction publique?

Nous avons distingué rinstruction publique en deux parties ; celle qui est nécessaire à tous les individus, et celle qui est nécessaire à la société ; mais qui ne doit pas être nécessairement cultivée par tous.

Ainsi, pour prendre un exemple dans le plan qui vous est soumis, les écoles primaires et secondaires présentent la première partie; les instituts et les lycées présentent la seconde.

La question générale peut alors se traduire dans ces questions plus précises :

La nation doit-elle établir la partie de Tinstruc* tion publique nécessaire à tous les citoyens?

Doit-elle établir celle que réclament l'utilité générale et les besoins de la société entière?

Changer ainsi renoncé de la question générale, c'est la résoudre ; car c'est demander si la société se doit à elle-même tout ce qui convient à ses besoins, à son bonheur, ou aux besoins et au bonheur des citoyens qui la composent.

L'instruction publique n'est ni une dette, ni un bienfait de la nation ; c'est un besoin. Sans l'instruction publique, le corps social serait bientôt dans le cas d'un homme dont l'enfance aurait été négligée, et qui, pour avoir fait un mauvais usage de ses forces naissantes, n'aurait pas acquis tout l(^ développement dont il est susceptible.

Le système de rinstruction publique doit être établi en son entier, puisqu'il doit correspondre

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au système entier des fonctions et des professions les plus indispensables au corps politique et social. Qu'on retranche une partie de Tinstruction, une partie des fonctions seront privées des lumières, des secours, sans lesquels elles seront mal remplies et incomplètes.

Rompez la chaîne de l'instruction, ou ne la prolongez pas jusqu'au terme de nos besoins, et vous violez les droits politiques d'une portion de citoj'ens qui, ayant reçu de la nature des forces suffisantes pour fournir k une longue carrière, seraient arrêtés par la médiocrité de leur fortune pour payer le complément d'instruction qui leur sera nécessaire, ou parce que cette instruction ne serait donnée nulle part, ou serait mauvaise. Vous divisez les citoyens en deux classes : ceux qui seront assez riches pour aller recueillir dans des établissements particuliers les lumières que la nation refuse, et qui pourront ainsi se rendre propres aux fonctions, aux professions les plus difficiles ; et ceux qui pour n'être pas les favoris de la fortune, seront condamnés à végéter dans une affligeante nullité. L'inégalité des fortunes deviendrait alors parmi nous une cause d'inégalité de savoir, de capacité, et l'on serait exclu des places publiques parce qu'on serait pauvre. C'est ainsi que Tinstruction des écoles militaires pour la noblesse excluait des grades élevés de l'armée tous ceux qui n'étaient point de cette caste privilégiée.

Cette injustice, cette erreur politique ne peut pas souiller les travaux des représentants du

peuple français. Législateurs, vous devez esquisser à grands traits l'organisation de Tinslruction publique, afin qu'elle embrasse tous nos besoins et toutes nos ressources, et que le perfectionnement de la raison aille d'un même pas dans tous les degrés des connaissances humaines.

La nation nous reprocherait avec justice une parcimonie étroite et misérable, qui la priverait de l'emploi des trésors littéraires qui existent au milieu de nous, tant en choses qu'en hommes instruits.

Disons plus : cette parcimonie compromettrait la liberté et donnerait à l'esprit public une marche rétrograde; car si vous n'organisez pas l'instruction publique dans toute leur étendue, les collèges se relèveront de leurs décombres ; chaque commune réorganisera le sien selon ses lumières et ses opinions plus ou moins révolutionnaires ou les laissera dans toute sa décrépitude; et ces créations discordantes de l'erreur et du préjugé empoisonneront dans sa naissance l'instruction des écoles de nouvelle création.

Ce n'est pas tout. Ou vous laisserez à ces collèges les biens qui leur sont affectés , et alors vous vous privez d'une grande ressource ; ou vous réunirez ces biens au domaine national, et dès lors les collèges seront à la charge de l'État, car vous n'auriez pas le droit de prendre ces biens sans vous charger du traitement des professeurs. Or, il y a en France deux fois plus de collèges que nous vous proposons d'instituts. Ainsi vous paieriez plus pour ces méchantes écoles que pour

les instituts qui les remplaceraient. Il y a donc tout à gagner à instituer toute Téchelle instructive, qui doit s'étendre sans interruption depuis Tenfant qui épèle, jusqu'au philosophe qui médite des vérités nouvelles, afin que le canal qui doit répandre et faire circuler l'instruction, soit toujours près de la source qui doit l'alimenter.

Ce sont les instituteurs de la jeunesse et les écrivains philosophes qui font marcher les nations à la liberté, comme c'est le faux savoir, le bel esprit et l'ignorg^nce qui les précipitent dans l'esclavage.

Hâtez- vous, législateurs ; partout le besoin de l'instruction est senti. Plusieurs sociétés des amis de la République, gémissant de l'état d'abandon où est le peuple à cet égard, ont établi dans leur sein un comité d'enseignement. Les départements du Bas-Rhin, de Rhône-et-Loire et de la Loire-Inférieure., animés d'une pareille sollicitude, ont organisé un de leurs collèges sur le modèle des instituts en suivant le plan imprimé du comité de l'Assemblée législative, et nous^ nous empressons de dire à la Convention que le nombre dos étudiants s'est accru considérablement depuis cette nouvelle organisation. Le moment est venu d'imprimer à toute la République une impulsion commune, uniforme et entière sur cet objet, afin qu'il n'y ait partout qu'une même instruction et un même esprit et que les communes pauvres comme celles qui sont riches participent également à toutes les ressources qu'elle présente. -

DEUXIÈME QUESTION l'enseignement sera-t-il aux frais de la république,

DANS tous les DEGRÉS DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE ?

Quelques personnes, en pensant que la puissance publique doit établir rinstruction publique dans toute son étendue, pensent aussi qu'elle ne doit pas être payée en entier par TEtat. Votre comité pense, au contraire, que, soit que rinstruction soit offerte aux citoyens pour leurs besoins individuels, soit qu'elle soit établie pour la société entière et pour l'utilité commune, elle doit ètrô, dans tous ses degrés, aux frais de la République :

lo Parce que d^ns ces deux cas elle est utile h tous;

2® Parce qu'offerte par la société elle-même, elle sera recherchée plus sûrement par le citoyen peu fortuné qui y trouvera des moyens d'amé* liorer son sort en perfectionnant sa raison, et qui ne retrancherait rien de sa pénible existence pour acheter des espérances nécessairement tardives et incertaines ;

3o Parce qu'en la rendant accessible à tous, l'inégalité des fortunes disparait, tous les citoyens se mêlent pour jouir, sans distinction, des avantages d'une éducation commune. Dans le cas contraire, le riche serait nécessairement séparé du pauvre, et Ton verrait, du côté de la fortune un accroissement de moyens et d orgueil, et du côté

de l'indigence, la privation d'une ressource précieuse et rhumiliation ;

40 Que les professeurs soient tous payés par TEtat et ils seront traités avec plus d'égalité dans tous les établissements. Au lieu de calculer leurs intérêts sur le nombre de leurs élèves et de mesurer leurs soins sur l'accueil des parents, ils ne compteront que sur leur aptitude, leur zèle, l'assiduité et le succès de ceux qui les écouteront, quel qu'en soit le nombre;

5* L'homme riche est rarement celui qui donne le plus d'enfants à la société ; et, sous ce rapport, la gratuité est un avantage offert au pauvre plus qu'au riche ;

6* Dans le cas d'une gratuité partielle, vous appelleriez des citoyens à une première instruction nécessairement insuffisante, pour les abandonner au moment oti ils auraient besoin d'une instruction plus étendue et plus solide. Vous condamneriez ainsi la majeure partie des citoyens ou à l'ignorance, ou à une instruction trèsbornée ;

70 L'instruction publique payée par l'Etat le sera réellement par le riche bien plus que par le pauvre, les contributions étant proportionnées aux fortunes ; tandis que l'instruction recueillie également par tous, fructifiera surtout pour le pauvre qui est plus pressé du besoin d'acquérir des ressources pour la vie ;

80 Les instituts et les lycées formeront environ le quart de la dépense totale, ce qui, réparti sur toute la France, serait pour le citoyen d'une for-

tune moyenne d'environ 50 sols par an, tandis que, par la non-gratuité l'a dépense supportée par le petit nombre des élèves pour ces deux degrés, serait pour chacun de 77 à 80 livres;

9o Les trois quarts de la dépense totale seront en écoles primaires et secondaires, sur la gratuité desquelles il ne peut pas s'élever de doute : et la non-gratuité pour les degrés supérieurs, outre qu'elle serait une parcimonie honteuse et indigne d'une nation puissante et libre, elle serait encore onéreuse au riche comme au pauvre, àrun,parce qu'il percevrait pour l'instruction au delà de ce qu'il paierait en surcroît de contribution ; à l'autre, parce que les contributions n'en seraient pas diminuées et que les écoles publiques lui seraient fermées;

lOo Les biens des collèges et universités seront plus que suffisants pour le traitement des professeurs qui leur correspondront dans la nouvelle organisation : ainsi une partie tournera au profit des degrés inférieurs;

Ho D'ailleurs, en faisant payer les professeurs par leurs élèves, dans les degrés supérieurs, l'Etat devrait toujours surveiller et protéger tous les établissements qui ne manqueraient pas d'être regardés par le peuple comme privilégiés puisqu'ils ne seraient point ouverts à ceux qui ne paieraient pas ;

\2o Enfin, par la, gratuité absolue, l'instruction sera plus étendue, plus égale, plus libre, plus indépendante de l'opinion ; les arts et les sciences seront mieux cultivés, et la patrie mieux servie.

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