‹ L'instruction publique en France pendant la révolutionChapitre 8 sur 42 · PREFACE XXI · texte numérisé non relu

PREFACE XXI

Après la proclamation de ta Constitution de 1 792,achevée la 23 juin,Iue dans la séance du 24, et envoyée à la sanction du peuple, la Commission d*instruction publique fit présenter par Lakanal un antre plan d'éducation qui rencontra une vive opposition de la part de plusieurs députés et entre autres de Gouppé de TOise et de Lequinio. Mais les partisans outrés de Tégalité devaient trouver, dans Michel Le Peletier Saint-Fargeau, l'interprète le plus complet de leurs idées. Ce fut Robespierre qui présenta à la Convention le 13 juillet 1793, Tœuvre posthume du député assassiné, comme on sait, quelques jours après son vote dans le procès de Louis XVL

Ce plan d'éducation, l'un des plus curieux qu'ait produits l'époque révolutionnaire, est tout entier dans l'article qui porte que <( tous les enfants depuis l'âge de cinq ans jusqu'à douze pour les garçons, jusqu'à onze pour les filles, seront élevés en commun aux dépens de la République, sous la sainte loi de Végalité. »

Appuyé par Léonard Bourdon et par Danton et Fourcroy, avec certaines réserves de la part de ce dernier, le projet fut combattu par Grégoire et Thibaudeau, et adopté par la Convention, qui le rapporta plus tard.

L'année 1793 qui, plus que celle qu'a racontée notre grand poète, mérite le nom d'année terrible^ est précisément celle où se produit le Contraste étrange que j'ai déjà signalé, où, dans son désir de régénérer par l'instruction et les lumières une nation qui voyait avec horreur se dresser les échafauds, la Convention travail ait avec une ardeur fébrile à la création des écoles de tous les degrés. Jamais l'enseignement ne fut l'objet d'un plus grand nombre de rapports, de discours, de décrets qu'à cette époque. On a remarqué avec raison qu'en comparant l'activité des douze comités de la Convention, il n'en est point qui approche plus du Comité

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da Salât public qae le Comité d'instruction publique.

Pendant toutes les périodes de la Révolution, les membres des Assemblées ont donné une légitime attention à Téducation et à Tinstruction des femmes. Si Gondorcet dans son rapport, semble se contenter pour elles d*un enseignement peu élevée il a exposé dans un de ses mémoires dontle rapport était accompagné, une théorie complète, qui sur ce point est d'accord avec celle qu'ont pratiquée les Etats-Unis. Le seul discours dans lequelles orateurs de la Convention aient traité directement ce siyet, a été prononcé par le député Calés.

La mort de Robespierre ne suspendit ni les luttes des factions, ni le courage avec lequel^ au milieu même des plus grands périls, la Convention poursuivit la tâche qu'elle s'était imposée. Lakanal présentait le 9 brumaire an m, son rapport sur la création des Ecoles normakSf et le 26 frimaire de la même année, un autre rapport sur la création des écoles cerUraies (1).

La Constitution de Tan lil renfermait plusieurs articles relatifs k l'organisation des divers établissements d'instruction. Daunou fut chargé par la Commission des Onze et par le Comité d'instruction publique de proposer une loi générale dont il exposa les motifs dans la séance du 27 vendémiaire anlY.

On lira avec plaisir ce rapport élégant et substantieli ainsi que celui de Fonrcroy, surrorganisation dé l'école polytechnique^

Mais déjà nous arrivons aumoment où les institutions ré*

(1) Né à Serines (Ariège) U 14 jnillet 1862, Lakanal est mott à Paris le 17 février 1845, à l'âge de 82 ans. Âa moment oa je publie les rapports de cet excellent citoyen, de ce zélé promoteur de l'instruction à l^époque révolutionnaire, je suis heureux de pouvoir m*aâsocier à Fhommage public que la France reconnaissante se dispose à rendre k sa mémoire dam le département qui l'a va aattra»

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publicaines vont céder la place à un nouveau régime;où ce ne serontplus des assemblées délibérantes qui auront à examiner et à proposer à la sanction du peuple français leurs systèmes d*éducation. Organe de Theureux soldat devenu le dominateur de la France avec le titre de premier Consul, Fourcroy fera connaître (1802), dans le rapport qui termine cette publication, que le futur empereur conservera des institutions républicaines, jusqu'au moment où il croira trouver (et fort heureusement ne trouva pas,) dans la corporation laïque, créée sous le nom d'Université, le plus solide» soutien de ses doctrines ' autoritaires.

Je n*ai publié dans ce volume que les discours et les rapports dus aux membres des diverses assemblées qui ont eu sur leurs décisions la plus grande part d'influence. Il en est d'autres en grand nombre qui offriraient un incontestable intérêt et fourniraient sur Tinstruction publique pendant la Révolution, et surtout sous la Convention, les renseignements les plus précieux. On peut se faire une idée de Futilité qu'aurait leur publica* tionen y voyant figurer parmi les orateurs des hommes tels que Barère, Rabaut-Sai ut-Etienne, Thibaudeau, Grégoire, Fouché, Ducos, Deleyre, Chénier, Dulaure, Barbé- Marbois, Boissy-d'Anglas, Chaptal, Daru et d'autres membres plus ou moins célèbres.

J'ofiEre aujourd'hui à ceux de mes confrères et de mes amis qui s'occupent de l'instruction publique en France, un ample sujet d'études. Ils trouveront conmie moi sans doute que c'est en s'inspirant des grands orateurs de la Révolution que l'on réalisera les améliorations et les ré* formes auxquelles la génération présente travaille avec une si louable ardeur.

15 mars 1881.

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