‹ L'instruction publique en ItalieChapitre 18 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le titre V de la loi du 13 novembre 1859 déterminait le but et l'objet de l'instruction primaire, et imposait aux communes l'obligation d'entretenir au moins une école élémentaire du premier degré, l'une pour les garçons et l'autre pour les filles. L'instruction du degré inférieur comprenait l'enseignement religieux, la lecture, l'écriture, l'arithmétique élémentaire, la langue italienne, la connaissaoee du système métrique. L'instruction du degré supérieur comprenait de plus les règles de la composition, la calligraphie, la ténue des livres, la géographie élémentaire, l'exposition des événements les plus remarquables de l'histoire nationale, les éléments des sciences physiques et naturelles et leurs principales applications aux usages de la vie. On y joignait dans les écoles de garçons l'enseignement de la géométrie et du dessin linéaire ; dans les écoles de filles les travaux propres à leur sexe. Le coûts tffe-

38 L'IKSTRUCTIOX PUBLiOCK ES ITALIE.

tudes était de quatre années, deux pour le degré inférieur, deux pour le degré supérieur. Toute commune avant 4000 habitants devait établir une école de ce degré.

L'instruction élémentaire devait être donnée gratuitement dans toutes les communes. Elles devaient y pourvoir dans la proportion de leurs propres ressources et selon les besoins de leurs habitants. Les écoles étaient placées sous la direction et la surveillauce.des autorités municipales. Aucune école ne devait réunir ensemble plus de 70 élèves : si ce nombre était dépassé, il y avait lieu, soit d'établir une seconde école, soit de répartir les élèves dans des classes séparées. Dans aucun cas l'instituteur ne pouvait avoir à instruire plus de cent élèves.

Les écoles de filles devaient être exclusivement confiées à des institutrices. Le nombre des écoles devait être eu rapport avec celui des enfants entre six et douze ans.

Les pères et ceux qui tiennent légalement leur place étaient obligés d'envoyer aux écoles leurs enfants ou leurs pupilles, et devaient en cas de désobéissance être traduits par citation du syndic devant le juge du Mandement ou canton et punis selon les lois de l'État.

Tout instituteur ne pouvait être appelé à la direction d'une école s'il n'était pourvu d'un certificat do moralité et d'un diplôme, constatant son aptitude

mSTRUCTlON PRIMAIRE. 39

et qu'il n'obtenait qu'après avoir subi les épreuves d'un examen spécial; les maîtres d'écoles communales étaient nommés par le conseil municipal. Toute nomination devait être faite pour trois aus.

Les peines disciplinaires, en cas de négligence ou de fautes graves, ne pouvaient être prononcées, après information, que par le conseil provincial des écoles, l'inculpé ayant toujours le droit d'en appeler au ministre.

La loi distinguait, en ce qui concerne les traitements assignés aux instituteurs, des écoles urbaines et des écoles rurales^ divisées elles-mêmes en trois classes, en raison du plus ou moins de ressources possédées par la commune et du nombre des habitants. Le classement était fait par le Préfet sur Tavis des municipalités, des sous-préfets et des conseils provinciaux. Les traitements affectés aux instituteurs d'après la classe à laquelle ils apparte-

naient ne pouvaient être inférieurs au minimum fixé par la loi. Ces traitements étaient déterminés ainsi qu'il suit.

Pour les écoles urbaines du degré supérieur : l'« classe, 1 200 livres ; 2* classe, 1 000 ; 3* classe, 900 ; pour le degré inférieur : 900, 800 et 700.

Pour les écoles rurales. Degré supérieur : 800, 700 et 600; degré inférieur : 650, S50, SOO.

. La députation provinciale devait inscrire d'office au budget communal les dépenses ob^galcÂve.^ ^<^

t4i L INSTRUCTION PU3LI0UE EN ITALIE.

renseignemeot primaire, scolaire *et proyincial, sur Tavis de la commission.

Les communes devaient faire face aux dépenses qui leur étaient imposées au moyen du fonds destiné à rinstruction élémentaire, de leurs revenus particuliers, et de TimpAt communal ordinaire. Enfin, sous le titre de Monte délie pensiom pet maestri elementari^ était instituée une caisse de retraite pour les instituteurs.

La loi de 1859 reconnaissait à tous les citoyens le droit d'établir des écoles libres des différents degrés, en faisant preuve de leur aptitude légale et de leur moralité. La licence des lycées et des instituts techniques dispensait de produire un certificat d'aptitude. 11 en était de même pour les personnes ayant fondé à titre gratuit des écoles du dimanche pour l'enseignement des enfants pauvres. Enfin, des écoles normales pour les instituteurs et les institutiices devaient être établies.

11 était plus aisé d'écrire dans une loi les dispositions dont je viens de résumer les plus importantes, que de les faire exécuter et surtout de créer les ressources dont les communes auraient eu besoin pour se conformer à ses prescriptions. Elle tranchait résolument les trois questions de l'obligation, de la gratuité, et de l'enseignement religieux. Les nombreux règlements publiés depuis cette époque et les projets de loi qui jusqu'à ces derniers temps ont été

soumis aux chambres par les ministres de rinstruction publique prouvent que les questions difficiles que soulève l'organisation de Tinstruction populaire sont loin d'être résolues. On va voir du moins que le zèle et le dévouement n'ont pas fait défaut chez les hommes éminents qui avaient été chargés d'en faire une étude approfondie et d'indiquer aux législateurs les mesures qui devaient contribuer le plus efficacement aux progrès de l'enseignement public.

Le gouvernement italien a trouvé beaucoup plus de facilités pour la réorganisation de ses universités et ses établissements d'instruction secondaire que pour celle de l'enseignement élémentaire. Là tout était à créer en quelque sorte : c'est à peine si la société laïque s'en était sérieusement occupée. Les gouvernements l'avaient abandonné au clergé, qui, malheureusement, n'avait pas accompli plufe sérieusement cette tâche qu'il ne l'avait fait dans les autres pays de l'Europe catholique.

Dans son savant ouvrage : L'instruction du peuple^ M. de Laveleye fait remarquer que dans le royaume de Naples les membres de la commission supérieure de l'enseignement public étaient des dignitaires de l'Église ou des personnes alliée'» ^

4t> L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.

quelque congrégation religieuse, «i Le grand conseil de Tuniversité [conseglio universitario) était composé de membres appartenant aux ordres monastiques, et c'étaient ces ordres qui fournissaient presque tous les maîtres aux écoles primaires. Renseignement secondaire était aux mains des Jésuites.

c< A Parme, la duchesse avait confié l'enseignement primaire aux frères et l'enseignement secondaire et supérieur aux Jésuites. A Modène, c'était la congrégation de Saint-Philippe de Néri qui dirigeait l'instruction.

« En Toscane, les lois anciennes avaient consacré l'indépendance du pouvoir civil et contribué à répandre l'instruction laïque ; mais pendant la réaction qui suivit 1849, un décret du 30 juin 1852 avait abandonné l'enseignement à la direction suprême de l'épiscopat. En Lombardie,le fameux concordat autrichien de 18S5 avait donné à l'Église les mêmes prérogatives.

c< Ainsi donc dans tous les États italiens, successivement réunis au Piémont, le nouveau gouvernement trouva l'enseignement abandonné à la direction du clergé séculier et régulier, et il est à remarquer que l'ignorance était d'autant plus générale et plus épaisse que celte domination était plus ancienne et plus exclusive. »

Quelques indications empruntées soit à trois lettres écrites, en 1864, au marquis Gino Capponi,

INSTRUCTION PRIMAIRE. i3

par M. C. Matteuccî, soit à un important rapport adressé , en 1 865 , au roi Victor-Emmanuel par le ministre Natoli, montreront combien il a déjà fallu et combien il faudra encore d'efforts pour élever l'enseignement populaire de l'Italie au niveau de celui des autres nations européennes, et pour combattre la profonde ignorance où étaient plongées les populations des provinces annexées au Piémont, surtout celles de l'ancien royaume de Naples.

M. Mdtteucci comptait, sur mille individus, 350 illettrés dans le Piémont et la Lombardie ; 470 dans l'Emilie, la Toscane, les Marches et l'Ombrie ; 802 dans le royaume de Naples et de Sicile.

La proportion pour les femmes était bien plus effrayante : 450 sur mille dans le Piémont et la Lombardie; 593 dans l'Emilie, la Toscane^ les Marches et rOmbrie ; 938 dans le royamne de Naples et de Sicile, 93 p. 100!

Il y avait à la même époque, en Piémont et en Lombardie (ayant une population de 7 106211 habitants), 1 école pour 521 habitants; Marches, Ombrie, Emilie et Toscane (5 338 149 habitants), 1 école pour 1 407 habitants ; provinces de Naples et de Sicile, 1 école pour 2 484 habitants.

Sur 747 083 enfants des deux sexes, de 5 à 10 ans, appartenant aux provinces du Piémont et de la Lombardiç, 547 432, c'est-à-dire 1 enfant pour 13 habitants, fréquentaient les écoles.

ti L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.

Sur 620164 enfants des deux sexes, dans les Marches, TOmbrie, l'Emilie et la Toscane, 127654 enfants, c'est-à-dire 1 sur 42 habitants, fréquentaient les écoles.

Enfin, sur 977846 enfants des deux sexes, dans le royaume de Naples et de Sicile, 120260, c'està-dire 1 enfant sur 73 habitants, fréquentaient les écoles.

M. Natoli avait constaté, en 1865, que dans la Basilicate 912 habitants sur 1 000 étaient • complètement illettrés.

Comment les Italiens ne se seraient-ils pas estimés heureux d'être délivrés d'un régime qui n'avait fait reposer son autorité que sur la grossière ignorance dans laquelle il laissait croupir les populations, croyant pouvoir ainsi les dominer plus complètement? Le mal causé par la poUtique imprévoyante et fausse des gouvernements, qui supposent que les peuples les plus ignorants sont les plus faciles à gouverner, ne pouvait être combattu que par une intervention active , infatigable du gouvernement nouveau. Abandonnées à elles-mêmes, les riches et fertiles provinces qu'habitent des populations intelligentes , mais incapables de faire le moindre effort pour sortir de leur torpeur traditionnelle , auraient été pendant de longues années condamnées à l'ignorance, et l'instruction populaire aurait couru risque d'offrir longtemps à la statistique des chiffres tout

INSTRUCTION PRIMAIRE. Vô

aussi affligeants. Le gouvernement, en créant partout des écoles au nom de la société laïque devenue prépondérante, n'a pas eu seulement à encourager partout les efforts de l'initiative privée ; il lui a fallu soutenir une lutte obstinée contre le clergé, qui considérait comme une usurpation criminelle, comme une violation de ses droits, les prétentions de l'autorité civile déterminée à prendre désormais en main la direction de l'instruction publique.

Dans le troisième congrès pédagogique italien, qui eut lieu à Milan , on avait émis les vœux suivants : étendre la circonscription actuelle des communes en les réunissant en une sorte d'association qui leur donnera les moyens d'ouvrir de bonnes écoles ; obliger toutes les communes à fonder des écoles gratuites; astreindre celles qui, par l'étendue des circonscriptions, pourront réunir 4000 habitants à établir des écoles primaires supérieures; former dans chaque province une caisse des écoles destinée à fournir des subsides aux communes pauvres ; augmenter les subsides donnés par l'État et les employer principalement à encourager les écoles les plus fréquentées et les mieux dirigées ; donner plus d'autorité et de pouvoir aux autorités provinciales ou locales pour que leur surveillance s'exerce d'une manière plus efficace sur l'instruction populaire; former une Société nationale ayant pour mission de donner des subsides aux éeoW?i

Î4 L'l5S7Brcn05 PUBLIOrE n ITALIE.

rurales les plus nécessiteuses et de fooniir, à Texemple de ce qui se passe en Angleterre, le mobilier, les liTres , les prix d>ncouragement et les subsides de tout genre aux meilleures écoles.

L^ Conseil supérieur de Tinstniction publique, chargé dVxaminer les modifications qu^il était utile d'introduire dans la loi de 1859, ne se borna pas à émettre des vœux ; il fit une étude approfondie de la législation, établit d*abord la nécessité d'une législation uniforme ayant un caractère de généralité approprié à Tétat poUtique de Tltalle, et pouvant ouvrir la voie à tous les perfectionnements désirables. La loi de 1859 avait été promulguée dans quelques-unes des provinces, repoussée dans d'autres ou acceptée avec des modifications plus ou moins heureuses. Elle réalisait certainement un grand progrès siu* les législations précédentes ; elle n'était pas néanmoins exempte d'imperfections. Elle compliquait et multipliait les autorités préposées à la surveillance des écoles; elle enlevait au corps enseignant une des prérogatives qui devaient encourager et récompenser ses efforts , car elle lui fermait l'accès aux fonctions administra^ tives. En second lieu, les autorités secondaires s'embarassaient les unes les autres et ne jouissaient pas dans les provinces de la haute considération dont leurs fonctions devaient être entourées. Enfin, la liberté des instituteurs privés n'était pas

suffisamment respectée par certains fonctionnaires de rinstruction publique, jaloux de faire preuve d'activité el de zèle. L'unité de la législation devait se concilier avec la variété des moyens, comme cela se pratique dans les pays véritablement libres. Loin donc de gêner et d'entraver les établissements d'instruction privée , le gouvernement devait les encourager tous, aussi bien ceux qui étaient dus à l'initiative des particuliers ou des associations, que ceux qui étaient fondés par l'État.

Sur ce point, l'Italie ne pouvait mieux faire, disait la commission, que de suivre l'exemple de l'Angleterre, qui s'efforce de répandre l'instruction privée à tous les degrés et surtout l'instruction populaire, en accordant des subventions à ceux qui fondent de nouvelles écoles.

Ce système avait été appliqué déjà avec succès en Italie. Ce sont des particuliers qui, à la fin de Tannée 1848, avaient créé la belle école normale de Turin, laquelle, en 1850, comptait cent cinquante jeunes aspirantes au titre d'institutrices, dont le tiers, en vertu d'examens subis avec succès, avait pu trouver place dans les provinces. Le gouvernement avait accordé à cette école une subvention de 3000 livres, qui, ajoutées aux 7000 résultant des rétributions payées par les élèves et les actionnaires de l'école élémentaire qui lui était annexée, avaient créé avec l'addition d'une faible coïilT\\i\3L\Àû\i ôj;^

48 L*INSTRUCTIO!l PUBLIQUE BK ITALIE.

TËtat UQ excellent établissement. Placé au milieu d'une capitale offrant plus d*un gra^e danger pour les jeunes filles, elle avait complètement réussi et n avait donné lieu à aucune plainte quant à ce qui concerne la conduite et la moralité de ses élèves.

On peut dire à plus forte raison la même chose de Vlnsiiiui paient qui, sans rien coûter au gouvemement, était devenu une maison d'éducation réunissant des internes et environ 300 externes parfaitement insmiits et dirigés de manière à mériter les éloges de Tautoritè municipale qui Tavait encouragée, et la reconnaissance des familles qui IV vaient fondée à leurs frais. Les mêmes remarques s'appliquent aux anciennes institutions libres, fondées en grand nombne à Turin « et aux asiles établis en Lombardio sans le concours du gouvernement^ établissements florissants qui se sont multipliés dans toute Tltalie, grjice au lele de quelques hommes cénéxvHix.

La Uberté de renseignement, telle que fexige la nature même des gouvernements libres, doit avoir pour condition que celui qui pnètend avoir la capacité d enseigner en donne U pnnipe à Tautorité qui a entrée ses mains Tadministration de Tinstruction publique, c'est-à-dine se soumette à subir les examais pnL>scrits ou mette Tautoritè compétente à iDême do juger s'il possède une aptitude suffisante.

Le conseil supérieur déclarait qu'il n'adoptait pas la liberté de renseignement comme on Tentend en Turquie et aux États-Unis. L'expérience lui avait fait apprécier les résultats produits par le monopole absolu et par la liberté illimitée. Il pensait que Ton devait ajourner cette liberté jusqu'au moment où la nation serait assez instruite pour se gouverner ellemême, disceiiier sûrement et choisir les instituteurs qui réunissent les meilleures conditions de savoir et de moralité , de préférence à ceux qui mettent leurs services au rabais et se contentent de la plus faible rétribution.

<( C'est ainsi, ajoutait-il, qu'un principe évident du droit public pourra recevoir sa sanction, et que satisfaction sera donnée au désir universel du pays; c'est ainsi que l'éducation populaire pourra s'étendre et que l'ensemble des établissements privés permettra de lui donner toute l'extension possible sans augmenter les charges publiques. »

Mais il ne suffira pas pour alléger le trésor public de multiplier les écoles libres ; il faudra résolument attaquer le mal dans sa racine et retrancher toutes les dépenses superflues. C'est ainsi qu'à la fin de l'année 1861 les frais d'administration de rinstruction publique furent diminués d'un demimillion au moyen de légères modifications apportées à la loi Casati.

Parmi les améliorations proposées çax \e ÇxWv-

oO L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.

seil supérieur, remarquons le rétablissement des comités locaux gratuits, qui avaient autrefois rendu à l'éducation d'importants services en prêtant à l'administration un concours efficace.

La commission du Conseil supérieur pensait qu'il était impossible que l'on ne trouvât pas, même dans les plus petites villes, des hommes disposés à se consacrer gratuitement à l'inspection et à la surveillance des écoles de leur circonscription.

Tout bon citoyen est dans l'obligation de faire le plus de bien possible à son pays. Tel qui n'accepterait pas un emploi rétribué se chargera volontiers d'une fonction honorifique. Rien n'est plus désirable qu'un pareil concours dont le résultat est de rapprocher les classes riches et les classes indigentes.

Quant à Yobligation, l'article 326 de la loi du 13 novembre 1859, et toutes celles qui l'ont prise pour modèle, l'ont imposée aux communes et aux pères de famille, en proposant d'attacher une peine et une amende à l'infraction de cet article.

Le Conseil faisait remarquer à ce sujet que les pères ne se décident à se priver des services que leurs fils leur rendent, dans leur industrie, leur commerce ou dans l'intérieur de leur famille, que s'ils y sont engagés par la perspective d'un avantage supérieur, même éloigné, dont leurs fils pourront profiter. Quand la société est composée de classes séparées et fermées, et que l'on n'en sort qu'ex-

ceptionnellement ; quand on ne comprend pas à quoi sert rinstruction, et qu'on se dit : Mon père, mon grand-père ont vécu et se sont enrichis dans leur profession sans pouvoir lire une syllabe ; alors plusieurs siècles pourraient s'écouler sans que les peuples songeassent , comme les serfs des steppes russes, à apprendre quelque chose de plus que ce que l'on ne savait avant eux.

Mais quand le commerce s'est étendu, et qu'il devient évident que dans les diverses professions l'avancement est assuré dans un cas et l'insuccès certain dans l'autre, alors les pères se réveillent. Ils ne disent plus : Je ne veux pas que mon fils soit plus savant que moi; si je n'ai pu apprendre moimême, disent-ils, je veux au moins que mon lils soit plus heureux que je ne l'ai été. Si, de plus, l'école ne coûte rien au père de famille ; si elle est à sa portée ; si , grâce aux moyens imaginés par les savants du pays, les travaux des champs sont simplifiés ; si les mères ne sont pas obligées de garder la maison pour veiller sur leurs petits enfants, recueillis pendant le jour par la salle d'asile, où ils apprennent les premiers rudiments de la lecture, pouvant plus tard fréquenter les écoles d'hiver, les classes du soir et celles du dimanche; si toutes ces Jiypothèses se réalisent et que chaque jour les parents soient mis en état de s'en assurer par eux-mêmes, il ne sera plus évidemmewV. \\feç>vi.%-

52 L'INSTRUCTIO!! PUBLIQUE BN ITALIE.

saire de leur imposer une obligation deyenue inutile, tous ou presque tous les habitants envoyant avec empressement leurs enfants aux écoles.

Nous appelons de tous nos vœux le temps où tout cela deviendra possible, puisque cela est nécessaire.

A propos du grand nombre d'illettrés que l'on compte en Italie , le Conseil supérieur pensait qu'il ne faut pas prendre à la lettre les reproches que lui adressent les nations étrangères en traitant de barbare une tcirre qui a été si longtemps à la tête des peuples civilisés.

Les gouvernements précédents ont négligé sans doute réducation populaire ; la souplesse naturelle des esprits, l'influence de l'enseignement oral qui est un des moyens de propagation dont la religion catholique s'est toujours servi, enfin les antiques traditions de famille, y ont suppléé grandement. Certes, ils n'étaient pas dépourvus d'instruction, ces marins génois, qui, il y a quelques années, firent sur de frôles barques le tour du globe, et qui, dans une rencontre au milieu de l'océan avec un vaisseau anglais, furent montrés à l'équipage par le capitaine et salués comme les premiers marins du monde fMal- 4rro cotte remarque flatteuse pour le patriotisme italien, lo Conseil n*en piH>clame qu'avec plus de fim\^ la UiHvssitô do donner à un peuple, sur lequel IHMuont so fonder do grandes espérances, tous les

moyens de s'instruire et de faire appel pour qu'ils aient plus de puissance à l'initiative des familles et à la générosité des riches.

Le Conseil était d'avis que l'obligation devait être toute morale et que c'était là le point auquel devaient s'attacher les législateurs.

Cette contrainte morale^ dont l'Assemblée nationale de France parait disposée à se contenter, n'a pas semblé cependant au gouvernement italien pouvoir suffire pour arriver au but que l'on désire atteindre. La loi présentée au mois de décembre 1873 par M. Scialoja donnait à Tobligation imposée aux communes de fonder des écoles, et aux parents d'y envoyer leurs enfants, une sanction pénale.

Les mémorables discussions qui ont eu lieu pendant le mois de janvier 1874, dans le parlement italien, donnent une idée des questions qu'embrassait le projet de loi de M. Scialoja. Très-énergiquement soutenue par le ministre de l'instruction publique et par le rapporteur, M. Correnli , la loi a été repoussée à une faible majorité (140 voix contre 107) par suite de l'impossibilité où s'est trouvé le gouvernement de donner une égale satisfaction aux deux fractions de la chambre , partant l'uuvi ^

oi L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.

l'autre d'idées diamétralement opposées sur les principes mêmes de la loi. Il faut espérer que plusieurs de ses dispositions reparaîtront dans les projets de loi que le successeur de M. Scialoja ne peut manquer de soumettre prochainement au parlement italien. Elle introduisait dans l'organisation de l'enseignement primaire des améliorations qui avaient reçu de la chambre une approbation unanime ; un de ses bienfaits les plus notables était l'élévation des émoluments des instituteurs et des institutrices dont il est impossible de ne pas déplorer la modicité. Dans tous les cas, il est utile de les reproduire ici afin de faire voir dans quel esprit étaient conçues les dispositions sur lesquelles se sont produits d'intéressants débats. En voici les principaux articles :

c( Dans chaque mandement, un ou plusieurs délégués veilleront sur les écoles élémentaires , en exerçant individuellement, ou unis en comité, toutes les attributions que le gouvernement jugera à propos de leur conférer, dans les limites de l'ingérence administrative consentie par la loi.

c( La nomination des délégués sera faite par le ministre sur la proposition du Conseil provincial scolaire.

c( Les délégués pourront faire directement des remontrances aux communes et les inviter à l'observation des lois et des règlements sur l'instruc-

tioQ élémentaire. Hs devront, en outre, pour les mesures à prendre, en référer à l'autorité scolaire d'arrondissement.

a Ils resteront en charge cinq ans et pourront être réélus.

«( Les délégués de mandement qui se rendent à leur résidence , soit en vertu d'une disposition de la loi, soit par ordre de l'autorité scolaire secondaire, pourront exiger le remboursement des frais dans la mesure du traitement journalier [Diaria) et de l'indemnité de route alloués aux inspecteurs d'arrondissement.

a Dans le chef-lieu d'arrondissement aura lieu chaque année, sous la présidence du sous- préfet, ou, à son défaut, sous celle de l'inspecteur scolaire, une conférence des délégués de mandement, pour étudier les conditions de l'instruction élémentaire dans leurs commîmes respectives, prendre ensemble les arrangements pour la marche régulière des affaires scolaires, et demander au Conseil les résolutions convenables à cette fin.

a Les syndics des communes de l'arrondissement auront aussi la faculté d'assister à la conférence ou de s'y faire représenter par un membre du Conseil conunuual. Les conférences ne dureront pas plus de trois jours.

<c Dans la première séance , les délégués des mandements constitués en collèges spèdavw ^\^-

&0 L'INSTRUCTIOH PUBUQUE «tl'iTÂLIE.

poseront un candidat pour la surintendance de l'éducation populaire.

(( Dans les provinces formant un seul arrondissement, les délégués de mandement proposeront deux candidats.

a Le surintendant provincial de Téducation populaire sera choisi parmi les candidats proposés par les délégués de mandement.de la province et nommé par décret royal.

« Dans les chefs-lieux d'arrondissement où le ministère ne croira pas nécessaire la nomination d'un inspecteur titulaire , sera chargée de l'inspection une personne de l'endroit, réunissant les conditions nécessaires de moralité et de culture; il lui sera alloué une rémunération annuelle non supérieure à 1 500 fr., outre les indemnités de tournée.

« L'inspecteur, ou la personne chargée de l'inspection , rendra compte directement au Conseil scolaire de l'arrondissement du résultat de ses visites , et provoquera les mesures convenables pour améliorer les écoles élémentaires.

« Dans les chefs-lieux de province, cet office près le Conseil provincial sera rempli par l'inspecteur qui assistera aux séances que le président déterminera sur sa demande. Dans ces séances, l'inspecteur aura voix délibérative sur les questions relatives à l'instruction élémentaire. »

La chambre avait décidé que les fonctions de

INStRUCTidN PRIMAIRE. ôT

riospecteur bénévole, et non officiel, devaient être gratuites.

« Près le ministère est instituée une junte de cinq commissaires centraux pour Tinstruction élémentaire.

« Cette junte examine et résume les rapports des Conseils d'arrondissements, et recueille par le moyen de visites , de vérifications et d'inspections locales exécutées par mandat spécial du ministère, toutes les données servant à mettre en évidence la situation comparée de la culture et de Téducation populaire dans le royaume; elle avise aux moyens les plus efficaces d'accroître et d'améliorer l'instruction élémentaire, et cherche à provoquer les associations privées tendant à cette fin ; donne son avis et délibère sur l'équivalence des diplômes d'aptitude pour la concession des patentes de maîtres élémentaires. »

Un article spécial remédiait aux inconvénients résultant de la situation faite aux instituteurs qui devaient être nommés chaque année.

Toute élection d'instituteur devait être faite pour

cinq ans.

Cette disposition devait s'appliquer aux instituteurs nommés avant la publication de la présente loi.

Toute stipulation pour une durée inférieure à cinq ans était déclarée illicite, à moins que\a icwi-

bS L'INSTRUCTION PUBLIQUE £N ITALIE.

Dicipalité n'en eût obtenu Tautorisatioii du Conseil d'arrondissement ou dans le cas où il existerait des motifs exceptionnels.

<c A Texpiration du terme du traité , Tinstituteur pourra être confirmé pour cinq ans ou plus et même à vie si la municipalité le juge à propos.

« Si le maître n'a pas été licencié dans les six mois, qui sont le terme fixé par la loi, sou élection sera considérée comme renouvelée pour cinq ans.

« Les instituteurs pris à titre d'essai ou comme suppléants, s'ils ont les qualités requises par la loi et par les règlements pour exercer l'enseignement, et s'ils ont effectivement exercé pendant deux ans consécutifs dans la même commune , seront assimilés aux instituteurs de nomination régulière tant pour les appointements que pour le droit de rester cinq ans en office. »

L'article suivant offrait aux instituteurs des garanties qu'il serait fâcheux de voir définitivement supprimées :

c( Les maîtres et les maîtresses qui auront enseigné pendant cinq ans dans la commune ne pourront être licenciés que par une délibération motivée du Conseil communal, à laquelle devront prendre part deux tiers des conseillers. Ce licencienoient n'aura pas lieu, en effet, sans l'approbation scolaire du Conseil provincial qui pourra apposer son veto suspensif. En ce cas, le licenciement ne deviendra

INSTRUCTION PRIMAIRE. 5i>

effectif que lorsqu'après l'expérience d'une nouvelle année scolaire, le Conseil communal persisterait dans son yote. »

De toutes les questions relatives à l'organisation de l'instruction publique, il n'en est pas de plus importante et en même temps de plus délicate que celle de l'enseignement religieux dans les. écoles. M. Coppino, ministre de l'instruction publique, avait en 1867, dans un rapport adressé au roi Victor-Emmanuel sur les programmes de l'instruction primaire, exposé quelques-unes des difficultés que soulève la solution de ce problème. « Les principes qui président aujourd'hui à l'organisation et au développement de la société civile et à la vie politique de la nation, disait-il, font envisager cet enseignement tout autrement qu'on ne l'a fait dans les siècles passés. Il s'est opéré une grande révolution dans les rapports qui existaient autrefois entre l'Église et l'École. Nous croyons que la société civile doit elle-même développer ses principes et les mettre en pratique, et qu'elle est peu propre et par sa préparation et par son office à enseigner la religion. Mais après avoir affermi le principe de la séparation entre les choses qui regardent l'État et l'Église, reste, d'un côté, à rechercher les moyeus

00 L*lK8TRtJCTI0M PUBLIQUE EK ITALIE.

d'assurer le respect de la liberté, et de Fautre à donner satisfaction aux aspirations des populations qui lui semblent opposées : le parlement seul pourra concilier tous les intérêts.

L'article 16 de la loi Scialoja, substituant dans les écoles une sorte d'enseignement moral et politique à celui de la religion, devait soulever et a soulevé, en effet, de vives controverses :

a Dans toutes les écoles primaires devront, conjointement avec les premières notions des plus essentielles institutions de TËtat, être enseignées les maximes de justice et de morale sociale sur lesquelles celles-ci sont fondées.

c( A cet effet, sera rédigé et rendu obligatoire dans tout TËtat un petit manuel , approuvé par le gouvernement, ouï le conseil supérieur. »

M. Bortolucci avait proposé la Suppression des mots : <c et de morale sociale. r>

(( Si par morale sociale, a-t-il dit, on entend celle que contient le Catéchisme chrétien, qui doit être le vrai manuel à adopter dans l'enseignement, il est inutile qu'il y ait dans l'article les mots dont je demande la suppression.

« Que s'il ne s'agit pas de la morale du Catéchisme, comment peut-on approuver un article qui parle d'une morale inconnue? La proposition du ministre et de la commission est au moins étrange, et, pour ma part, je voterai contre elle.

INSTRUCTION PRIMAIRE. Ul

« En résumé, que veut-on? On veut substituer à la religion le rationalisme, et il est bon que tous le sachent. Sans la concurrence du clergé, il n'y aurait pas, en Italie, 43000 écoles; sans tant de bons prêtres, les communes se trouveraient dans rimpossibilité d'exécuter la loi sur l'enseignement. Que les syndics répondent et disent si, sans le clergé, tant d'écoles auraient pu être ouvertes ? »

M. Cairoli, se plaçant à un point de vue tout opposé, avait proposé l'amendement suivant :

« Les communes sont libres de supprimer l'enseignement religieux dans les écoles. »

a Après avoir proclamé la séparation de l'Église et de l'État, a-t-il dit, comment peut-on maintenir l'enseignement religieux dans les écoles? Devant l'État libre, il n'y a pas des croyants, mais uniquement des citoyens. C'est ce qu'affirmait M. le baron Ricasoli lui-même. Au Catéchisme cathoUque, on devrait substituer un manuel de morale simple. Le Catéchisme épouvante les enfants par la description de l'enfer. L'honorable Cantoni a dit, l'année dernière, que la morale de l'Église romaine est contraire aux principes les plus fondamentaux de l'État. Dans l'Évangile, on trouve des maximes de charité et d'amour ; mais le Catéchisme de l'ÉgUse romaine ne s'impose que par la violence. On doit laisser le Catéchisme dans les églises et dans les {a\m\!L^'s>.

Quand on proclame un principe, on doit en subir aussi les conséquences. y>

n est facile de voir pourquoi les députés de Tltalie se sont trouvés dans Fimpossibilité de s'entendre sur ce point délicat. Il est probable que la même question posée aujourd'hui dans une chambre française n'amènerait pas un résultat différent et qu'il ne serait pas plus facile de mettre d'accord monseigneur Dupanloup, par exemple, et M. Littré, que dans le parlement italien MM. Bortolucci et Cairoli.

Il faut remarquer qu'aucune prescription légale n'a abrogé ni l'article 3i S de la loi du 13 novembre 18S9 qui indique renseignement religieux comme devant faire partie de l'instruction prûnaire au premier degré , ni l'article 2 du règlement du 15 septembre 1860 portant que les parties du Catéchisme qui devront être étudiées dans chaque classe seront déterminées selon les différents diocèses du royaume par le Conseil provincial. Quelques communes ayant plus tard supprimé dans leurs écoles l'enseignement de la religion, le gouvernement a déclaré à plusieurs reprises que, tout en respectant la liberté de conscience, on devait se conformer aux dispositions de la loi et des règlements , et que c'était, non aux communes, mais aux pères de famille qu'appartient le droit de sauvegarder pour leurs enfants la liberté de conscience ; qu'en con-

séquence, c'était à eux de déclarer si leurs enfants doivent ou non prendre part à renseignement religieux.

Voici maintenant les propositions faites par le ministre relativement à la gratuité et à Tobligation.

La loi déclarait d'abord que riostruction devait être gratuite :

c( Toutefois, dans les communes dont le budget scolaire serait tellement accru par l'exéculion de cette loi, que les moyens accessoires pour soutenir leurs dépenses obligatoires viendraient à manquer, le Conseil communal pourra établir, avec l'approbation de la députation provinciale, une rétribution scolaire non supérieure à 8 francs par an pour chaque individu non pauvre qui fréquente les écoles primaires du degré inférieur, ni supérieure à 10 francs pour celles du degré supérieur. — Dans les villes dont la population est au-dessus de 40 000 habitants, cette limite pourra être dépassée.

a L'inspecteur scolaire pourra s'opposer tant à l'établissement de la rétribution qu'au chiffre auquel elle aura été portée. Le Conseil scolaire provincial prononcera sur ses réclamations ; la commune pourra toujours en appeler au ministre de l'instruction publique. »

La Commission avait proposé pour les écoles la gratuité absolue et la suppression de toute rétribution scolaire. M. Macchi avait défendu le principe de la gratuité, soutenu par la Commission, a II n'est pas sage, avait-il dit, de mettre une taxe sur les écoles primaires communales ; elles serontdésertées. Les parents enverront leurs enfants aux écoles privées ou à celles des cléricaux. Il ne faut pas oublier que ce parti épie tout ce que nous faisons. Il sera enchanté de cette taxe qui attirera les enfants à ses écoles. Les cléricaux , loin de faire payer des taxes , fournissent gratis le papier et les livres aux écoliers , et, quelquefois même, ils poussent la libéralité jusqu'à donner à manger à leurs élèves. C'est qu'ils attachent une grande importance à avoir entre leurs mains l'éducation des enfants. »

« En France, a-t-il ajouté, les évoques se sont opposés énergiquement à la gratuité de l'enseignement primaire.

d Si à la gratuité nous ajoutons l'obligation nous obtiendrons un excellent résultat : en cas contraire, nous ferons les affaires du clergé. »

M. Ubaldino Peruzzi, aujourd'hui syndic de Florence, dans un discours qui a fait une vive impression sur la chambre, a combattu la gratuite absolue et soutenu la nécessité d'exempter seulement de la rétribution scolaire les familles nécessiteuses. Il a établi d'abord que le principe de la gratuité est

mSTRUGTIOlf PRIMÂIBB. 60

parfaitement distinct de celui de Tobligation , Tinstruction primaire pouvant fort bien être obligatoire sans être gratuite et réciproquement. Il cite à Tappui de son opinion les discours de MM. Simon et Duruy, en France; de MM. Tommasi, Bargogni et Prato, en Italie. Des considérations de justice et d'économie doivent faire admettre le principe de la taxe scolaire. Elle n'est ni illibérale ni antidémocratique , comme on Ta prétendu : la vraie démocratie veut (Jue tout service soit rétribué. On objecte qu'il peut y avoir des inconvénients à réunir dans une même école des élèves payants et des élèves qui ne payent pas. M. Peruzzi ne voit à cela aucun inconvénient , il y trouve même un grand avantage; il pense qu'il est utile de mettre de bonne heure les enfants aux prises avec les réalités de la vie. Il n'approuve nullement la défense faite aux enfants, dans certaines écoles, d'y prendre leurs repas, sous le prétexte qu'il est bon que ceux qui mangent mal ne voient pas ceux qui mangent bien. Si Ton voulait pousser jusqu'à la dernière limite l'amour de l'égalité, il faudrait aussi que tous les enfants fussent habillés de la même manière , afin que ceux qui ont des chemises grossières ne fussent pas humiliés d'être assis à côté d'élèves ayant des chemises fines. Il se souvient de ce qu'il a vu lui-même bien souvent dans les écoles qu'il fréquenta dans sa première jeunesse : c'est que les écoliers les ^\\vSi i\^^'s>

66 L'INSTRUCTION PUBLIOUB BN ITALIE.

partageaient volontiers avec ceux qui étaient les plus pauvres ; c'était là l'apprentissage de la vraie fraternité.

a La taxe ne fera pas, ajoute M. Peruzzi, ainsi qu'on Ta dit, la fortune des écoles cléricales.

a Si, en efifet, l'enseignement primaire devient gratuit, toutes les écoles libres laïques , dont le nombre diminue tous les jours, finiront par être abandonnées. Mais alors qui profitera de leurs élèves ? Il n'y aura plus que deux sortes d'écoles : les écoles communales et celles du clergé ; les une» et les autres étant gratuites , il n'y aura aucune raison pour que les familles préfèrent les premières aux secondes. La gratuité, funeste aux écoles libres laïques, ne pourra donc qu'accroître le nombre des écoles cléricales : ce n^est pas sans doute ce qu'ont désiré les partisans de la gratuité ! »

M. Peruzzi, outre la question de justice, qui exige, selon lui, que tous ceux qui peuvent payer la taxe y soient soumis et que l'on en exempte seulement les familles qui sont dans l'impossibilité de le faire, a fait valoir les raisons financières qui militent en faveur du maintien de la rétribution scolaire.

« La gratuité imposera aux communes une dépense qui dépassera les ressources que possèdent le plus grand nombre d'entre elles ; mais cette charge ne pèsera pas seulement sur les petites localités, les

graDdes cités seront, avec raccroîssement probable du nombre des élèves, impuissantes à la supporter, n n expose à ce propos ce qui s'est produit dans la ville de Florence qu'il connaît si bien. En 1869-1870, la ville comptait 132 écoles réunissant 5 609 élèves des deux sexes; 2S0 enfants n'avaient pu, faute de place, y être admis. En 1870-1871, le nombre des écoles s'éleva à 165, celui des élèves inscrits à 6264, celui des refusés, faute de place, fut de 300. En 1871-1872, il y eut 181 écoles, 6283 élèves inscrits, 570 refusés. En 1872-1873, 201 écoles, 6976 élèves inscrits, 900 refusés. En 1873-1874, 223 écoles, 7 838 inscrits, 1600 refusés: résultat étonnant, sans doute, mais perspective financière effrayante ! On compte à Florence 18 000 enfants de 6 à 12 ans, sur lesquels 6 900 seulement sont admis aux écoles communales.

D'après les calculs auxquels M. Peruzzi se livre , la commune de Florence aura à payer une somme tellement considérable qu'elle devra exciter parmi les contribuables un mécontentement général . ot Faisons donc payer tous ceux des habitants qui sont assez riches pour le faire : sans cela, la ville de Florence sera obligée de faire face à ses dépenses au moyen de contributions qui frapperont tout aussi bien sur les pauvres que sur les riches. »

Je termine cette analyse par l'exposé des prescriptions qui imposaient aux familles el a\xx e-ota-

os L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.

muaes Tobligation de donner ou de faire donner rinstruction primaire à tous les enfants en âge de fréquenter les écoles , et des pénalités attachées à l'infraction de la loi.

<c Les parents et ceux qui en tiennent légalement place ont l'obligation de donner à leurs enfants ou pupilles des deux sexes , ayant 6 ans révolus , l'instruction primaire, conformément aux articles 326 et 327 de la loi du 13 novembre 1859. S'ils ne les envoient pas aux écoles publiques, ils doivent prouver à la junte municipale du lieu qu'ils pourvoient à leur instruction soit en les envoyant à des écoles non communales ou privées, soit en les faisant instruire dans leurs maisons.

c( Les parents et ceux qui en tiennent légalement la place , lesquels n'ont pas fait inscrire les enfants dont ils répondent, seront mandés par devers le syndic et exhortés par celui-ci à rempUr l'obUgation qui leur est imposée par la loi. S'ils ne comparaissent pas ou laissent écouler trois jours après Tadmonestation reçue, sans faire inscrire et présenter les enfants à l'école, ils seront passibles d'une amende de 2 livres qui sera doublée en cas de récidive.

« Les chefs des fabriques ou des ateliers où le travail n'est pas de sa nature interrompu périodiquement, ni restreint à peu de mois de l'année, sont obligés, solidairement avec les familles, de

procurer aux enfants employés par euxTinstruclion primaire, soit en les envoyant aux écoles d'externes, soit en instituant des écoles spéciales.

« Les communes qui, au jugement du Conseil d'arrondissement, n'auraient pas, trois ans après la publication de la présente loi, préparé des locaux convenables ou suffisants pour y accueillir toute leur population scolaire et y loger les instituteurs, seront contraintes à verser dans la caisse scolaire de la province une redevance de concours à raison de 2S centimes pour chaque habitant de la commune.

« Les communes qui auront inscrit sur leur budget, pour les instituteurs de leurs écoles , des appointements qui dépassent d'un dixième le minimum fixé par la présente loi, ne seront pas tenues à prouver qu'elles ont pourvu aux locaux pour le logement des maîtres. »

Il est bon de faire observer ici qu'en Italie ce sont les communes qui supportent tous les frais de l'instruction primaire. Sur les 25 796 688 livres qui figurent au budget des dépenses de tout genre pour ce service, en 1873-1874, l'État n'y participe que pour la somme de 2 781 879 livres, les Conseils provinciaux et les communes pour 23 014 809.

En imposant aux communes de nouvelles charges la loi présentée par le ministère devait nécessairement rencontrer une vive opposition.

« Chaque maître devra tenir un journal légalisé par le syndic, sur lequel, jour par jour , il notera, à côté des noms des écoliers inscrits, les retards et les absences, et notifiera à la municipalité, à la fia de chaque mois, le nom des élèves qui n*ont pas fréquenté l'école et le nom des absents.

<c Le journal scolaire ne sera pas assujetti à la taxe du timbre.

« Les juntes communales formeront, à l'aide du registre de la population communale , la liste des enfants par raison d'âge obligés à fréquenter les écoles, en y ajoutant l'indication des chefs de famille qui en répondent. La liste de la congrégation scolaire sera publiée quinze jours avant l'ouverture des écoles, et contrôlée ensuite avec le registre des enfants régulièrement inscrits et admis dans les écoles. A la fin de chaque trimestre, 'le syndic fera publier, pour qu'ils soient de nouveau soumis à l'amende, les noms des chefs de famille qui persisteraient à résister aux lois scolaires.

c( A la fin de chaque trimestre , le syndic avisera pour contraindre les transgresseurs au payement en les mandant par devers soi, dans les formes et pour les effets établis par l'article 148 de la loi commU' n aie et provinciale .

« En cas de non comparution ou de non transaction, le syndic di^essera la liste des transgresseurs qui ont encouru l'amende et la fera publier.

INSTRUCTION PRIMAIRE. 7i

« Aux personnes comprises dans la liste est réservé le droit d'opposition par deyant le Préteur dans le délai de dix jours ^ à partir de celui de la publication de la liste par acte notifié au syndic.

a Le Préteur auquel, avec la liste, seront transmises toutes pièces prouvant la transgression, prononcera, sans ultérieure opposition, appel ou pourvoi, selon les règles de procédure établies dans les articles 338 et suivants du Code de procédure pénale.

c< Le délai pour l'opposition expiré, ou celle-ci rejetée, la liste deviendra définitivement exécutoire , en tant qu'elle n'aura pas été modifiée par les mesures du prêteur, et le percepteur communal percevra les sommes indiquées dans la liste selon les formes prescrites pour le recouvrement des impôts communaux.

« Les prisons judiciaires, les maisons d'arrêt et de peine , et les institutions d'œuvres pies , à l'exception de celles qui ont soit des vieillards , des infirmes et des invalides, pourvoiront, moyennant des écoles intérieures , à l'instruction primaire des enfants et des adultes qui y sont détenus ou renfermés en suivant les disciplines spéciales de l'instruction.

« Un an après le jour où la présente loi deviendra obligatoire, seront préférés , à parité de titres, ceux qui savent lire et écrire pour la nom\t\a\.\ou k

tout poste OU emploi auquel est attribué uq salaire ou un traitement à la charge de l'État, d'une province, d'une commune ou de toute autre corporation subventionnée ou surveillée par le gouvernement, ainsi qu'à la collation de tout subside appartenant à des œuvres pies, lorsque des dispositions spéciales des fondateurs ne s'y opposent pas.

« Cinq ans après le jour où la présente loi deviendra obligatoire, les dots de mariage et les subsides de placement dont la collation appartient à des œuvres pies devront être accordés de préférence a ceux qui savent lire et écrire , pourvu que le but que s'est proposé le fondateur ne s'y oppose pas. »

La loi présentée par M. Scialoja au sujet de l'instruction obligatoire était moins sévère que ne l'avaient été les articles 63 et 67 du Code pénal pour les États Sardes, promulgué à Turin le 20 novembre 1867. Ils déterminaient les amendes à payer par les pères ou les tuteurs qui refuseraient de se soumettre à l'obligation de faire instruire leurs enfants ou leurs pupilles. Cette amende ne pouvait être moindre de deux livres ni supérieure à cinquante. Entre ces deux termes extrêmes, la peine se graduait, selon la gravité des infractions, de 2 à 5 livres, de 5 à 15, de 15 à 30, de 30 à 50 : cette graduation permettait au magistrat de tenir compte des cas de récidives, des diverses conditions des fa-

LNSTRUCTION PRIMAIR!-. 7'i

milles, de la profession, du degré d'édnealioii des contrevenants. L'article 67 prononçait en outre la prison de 4 à 45 jours contre ceux qui avaient refusé de payer l'amende à laquelle ils avaient été condamnés et Surimposait de plus l'obligation de payer 2 francs, pour chacun des jours pendant lesquels devait durer leur peine.

Les articles du Code pénal n'ont jamais été appliqués, et la loi Scialoja ayant été repoussée, les pénalités proposées par lui ont été par cela môme annulées.

Dans le cours de la discussion plusieurs députés opposés à l'instruction obligatoire ayant dit qu'ils la considéraient comme une véritable conscription scolaire : «Vous avez raison, a répondu un autre député, mais c'est précisément pour cela que nous devons la voter. M. de Bismark n'a-t-il pas dit, en 4865, que deux choses ont fait la Prusse, la conscription militaire et la conscription scolaire?

L'instruction obligatoire et sa sanction pénale ont trouvé dans le parlement plus d'un contradicteur. M. Lioy, qui a combattu le plus vivement la plupart des dispositions nouvelles introduites dans la loi de 1859, a soutenu que l'obligation était une

:i L'INSTRUCTION PUBLIQUE ES ITALIE.

violation de la liberté et de l'iadépendance du père de famille. M. Castiglia a fait observer que les familles pauvres, sur lesquelles pèserait particulièrement cette contrainte (car toutes les familles aisées tiennent à ce que leurs enfants soient instruits), ont besoin avant tout de faire apprendre un métier aux leurs. Il faut qu ils produisent et qu'ils produisent de bonne heure. C'est leur faire perdre un temps précieux que de les envoyer aux écoles. Avant de déclarer l'enseignement primaire obligatoire pour tous , il faudrait s'assurer que les écoles sont assez nombreuses, les maîtres suffisamment instruits, et les communes assez riches pour faire les frais de l'instruction primaire et se passer d'une rétribution ; il faudrait trouver sur-le-champ 4 5000 instituteurs et fonder 13 000 écoles nouvelles. Le ministre instituera très-facilement une caisse, mais il trouvera moins facilement de quoi la remplir.

M. Merzario a fait remarquer que dans les dix années précédentes le nombre des écoles, des maîtres et des élèves, s'était accru dans une proportion surprenante, sans .que les familles eussent été con-' traintes par la loi d'y envoyer leurs enfants.

Les écoles élémentaires publiques ei privées étaient en i 802 au nombre de 28 490 ; en 1872, de 43380; les élèves qui les fréquentaient étaient en 1862 au nombre de 801 202, en 1872 de 1 717 331 ; les instituteurs et les institutrices qui en 1862

INSTRUCTION PRIMAIRE. Tù

étaient au nombre de 28 473 étaient, en 4872, de 43S05 : de sorte qu'en dix années les écoles so sont accrues de 14890, les maîtres de 15 331 et lesélèYesde916179.

M. Merzario ajoutait que les écoles du dimanche et celles du soir, très-rares en 1862, comptaient en 1872, les premières, S 000 maîtres et 150000 élèves; les secondes 1 1 000 maîtres et environ 400 000 élèves.

Cette splendide et pacifique victoire sur l'ignorance avait été remportée sans qu'on eût besoin de recourir à une contrainte légale que Ton doit considérer comme attentatoire aux droits et à l'indépendance des familles.

Supposons, disait-il encore, qu'en 1877 la loi ait produit son effet : nous aurons 50 000 écoles, au lieu de 38 000, et 4 millions d'élèves au lieu d'un million et demi. Mais où trouvera-t-on les instituteurs et les institutrices? Quel sera le degré de leur instruction et que vaudra alors l'enseignement?

MM. Scialoja, Correnli, Cairoli et plusieurs membres de la chambre ont répondu, souvent avec beaucoup d'éloquence, à ces différentes objections.

Ils ont d'abord établi que, s'il faut respecter la liberté du père de famille., on ne doit le faire que dans les limites de la justice et de l'utilité sociale, comme cela a déjà eu lieu dans un grand TvomVye^^^

7fi 1/lNSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.

cas. On ne voit pas une seule nation civilisée qui ait sanctionné ce principe que l'enfant est la propriété du père ; Ja civilisation moderne ne l'admet pas. Ils ne pensent pas que l'ouvrier puisse considérer son enfant comme un outil qu'il peut briser si cela lui convient. Il ne lui est pas permis de tuer l'intelligence de son enfant. L'art. 326 de la loi de i 839 et le Code civil imposent l'obligation de l'instruction; cette loi doit être appliquée. L'État a récemment fait disparaître par son utile intervention le trafic honteux, déshonorant pour l'Italie, dont étaient l'objet de malheureux enfants Hvrés par leurs parents eux-mêmes pour être transportés à l'étranger, où ils couraient les rues en mendiant au profit de leurs indignes acheteurs ! Son ingérence n'est donc pas tout à fait inutile. Forcer les pères à faire instruire leurs enfants, c'est rendre aux uns et aux autres ainsi qu'à la société un immense service. La loi proposée concilie l'obligation avec la liberté, puisqu'elle laisse aux familles le choix des écoles. L'État n'impose nullement celles qu'il fonde. A côté des écoles qu'établissent les communes, tous les citoyens ont le droit d'en fonder d'autres. Quant à l'insuffisance des ressources financières, M. Scialoja soutenait qu'elle est moins réelle qu'on ne l'avait prétendu. L'on ne créera pas tout d'un coup 15 000 écoles et autant de maîtres. C'est avec l'aide du temps que devaient, selon lui, se réahser les amé-

lioratioDs dont la nouvelle loi contenait déjà le germe. En attendant, il fallait accepter toutes celles gui sont possibles.

Les arguments tirés de Tinsuffisance des ressources financières de l'Italie sont ceux qui ont fait sur la Chambre le plus d'impression. 11 est évident, en effet, que la gratuité de l'enseignement, augmentant considérablement le nombre des écoles et celui des élèves, exigera de la part des communes des dépenses plus considérables et de la part du gouvernement de plus fortes subventions. Mais l'immense bienfait qui résultera de la diffusion des connaissances utiles ne mérite-t-il pas d'être acheté au prix des plus grands sacrifices et n'y a-t-il pas une foule de dépenses moins urgentes qu'il serait possible de restreindre? Ne pourrait-on trouver dans le budget des économies à faire sur plusieurs services pour les appliquer à l'éducation intellectuelle et morale du peuple?

« L'Italie, a dit M. Cairoli, dépense 60 million pour la sûreté publique, c'est-à-dire quatre fois plus que pour l'instruction publique; elle dépense plus que l'Autriche dans celles des provinces où elle fait tout son possible pour étouffer le réveil de la nationalité, plus que la France qui peut être considérée comme la maltresse de tous les gouvernelûents par l'organisation de sa police, qui étend par ses espions sa vigilance jusque dans les aulvvif^

États. Le ministre Cadorna était d'avis que Ton pouvait faire sur ce chapitre seul une économie de 15 millions. Quelle ressource pour rinstructioa publique si ces iS millions pouvaient lui être appliqués ! )»

Un député , M. de Sanctis, s'est attaché particulièrement à combattre les dispositions qui confèrent aux communes des attributions considérables. Il ne faut, dit-il, compter ni sur leur zèle ni sur leur intelligence : elles ont besoin d'être dirigées. Si, en Prusse, chaque commune s'occupe activement de la surveillance de l'instruction primaire, c'est qu'elles sont puissamment secondées par les ministres du culte.

Le ministre de Tinstruction publique a répondu à M. de Sanctis qu'il y avait sur ce point, entre l'Italie et la Prusse, une grande différence. Si le clergé prussien favorise et a toujours favorisé le développement de l'instruction populaire, il n'en est pas ainsi du clergé catholique en Italie. Le gouvernement ne peut compter sur son appui puisqu'il trouve, au contraire, en lui une opposition systématique à tous ses efforts pour combattre l'ignorance en multipliant les écoles. La société laïque est donc obligée de se passer d'un concours qui lui est refusé et que, d'ailleurs, elle ne demande pas. Elle sait que le clergé, qui, aujourd'hui, réclame la liberté illimitée de l'enseignement , ne la désire

INSTRUCTION PRIMAIRE. 7fl

que pour reprendre la direction de rinstruclion publique et l'enlever à cette société laïque, qui est heureusement bien déterminée à ne plus s'en dessaisir.

Le sentiment exprimé par M. Scialoja s'est manifesté de la manière la plus accentuée, non-sculcment dans les chambres, mais encore dans toute l'Italie. M. Correnti a été jusqu'à dire, en répondant à M. Lioy : «Moi ausji, je suis parlisfan de la liberté, mais je n'admets pas la liberté laissée aux membres du clergé de corrompre les âmes et les corps de nos enfants, de jeter dans leurs esprits les germes de la superstition, de leur inspirer la haine de nos institutions et le mépris des plus nobles choses et des principes les plus saints ! » La chambre a couvert ces paroles d'applaudissements.

M. Correnti avait établi, dans un rapport fait au parlement le 10 juin 1873, qu'il y a encore en Italie 9 000 écoles tenues par le clergé. Plusieurs communes ont confié les leurs aux Frères, aux Sœurs converses, à des chapelains, à des curés. Les 360 mille élèves que ces écoles réunissent reçoivent une éducation bien inférieure à celle des écoles laïques.

« Outre ces 9 000 écoles, il y a, sans compter celles de la province de Rome, 570 pensionnats de filles au pouvoir des congrégations religieuses, 2 723 maîtresses, 17 188 pensionnaires et 11 937 externes*

Dans tous ces établissements la discipline est mauvaise, renseignement des plus médiocres et, ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que Ton y professe hautement un grand mépris pour les nouvelles institutions politiques qui régissent l'Italie.

Lors de la discussion de la nouvelle loi, le rapporteur a cru pouvoir s'autoriser de l'exemple de la France pour constater la funeste influence de l'éducation cléricale.

Dans les années qui ont suivi, en France, la révolution de i830, a-t-il dit, la population des écoles laïques s'était accrue à tel point qu'elle était plus que doublée. Mais à partir de 1845, époque à laquelle venait au monde la génération qui a vu le désastre de 1870, la population des écoles laïques a été de plus en plus décroissante tandis que s'augmentait celle des corporations religieuses.

« Je ne voudrais pas, a ajouté M. Correnti, tirer de ce fait des conséquences exagérées, mais il m'est impossible de ne pas remarquer que si les 1 610 000 élèves inscrits dans les écoles cléricales (on n'en comptait en 184S que 700,000) avaient été confiés à des maîtres demeurés fidèles aux traditions nationales, cette jeune génération aurait pu sauver la France et se montrer digne de celle de 1790. »

C'est donc en Italie, dans un pays oii il semble que le clergé devrait exercer une influence sans bornes, que l'État, les représentants de la nation, la

nation elle-même travaillent avec le plus d'ensemble à assurer dans l'enseignement public la prééminence de Télément laïque.

A propos de la question de gratuité, sur laquelle il serait très-facile de s'entendre, il ne me semble pas inutile de rappeler ce qui se pratique aux Ëtats-Unis. Là, on ne se fait aucune illusion sur ce que Ton appelle la gratnité de renseignement. La gratuité, à proprement parler, n'existe pas. et ne peut exister. On a bien supprimé la rétribution scolaire, c'esl>-à-dire les rate-bills^ payés directement par les familles pour les enfants qu'elles envoient aux écoles publiques. Les maîtres sont payés par les communes qui pourvoient également aux dépenses considérables qu'entraînent l'acquisition et la conservation du matériel des écoles. Elles subviennent à ces écoles au moyen d'un fonds scolaire, school'fund ; en sorte que les familles, riches ou pauvres, ne payent rien directement à l'instituteur. Mais s'en suit-il que l'instruction soit gratuite ? Non certainement ; car d'où provient le schoolfund? Des taxes payées par tous les habitants et proportionnées aux revenus de chacun d'eux; et comme cet impôt n'atteint que ceux qui possèdent, les écoles qui, en apparence, sont gratuites pour tous les enfants sans exception , ne le sont réellement que pour les pauvres. L'Italie et la France sont d'accord pour l'admission du principe de la

gratuité en faveur des familles qui sont hors d'état de payer la rétribution scolaire. Mais il faut, pour arriver à ce résultat , que Ton dresse la liste des familles exemptées, ce qui établit entre les enfants de la môme école une différence dont les élèves gratuitement admis ont souvent à souffrir.

Le même inconvénient n'existe pas dans les écoles des États-Unis , grâce à ce fonds scolaire, produit par rimpôt spécial, auquel sont soumis toiês les habitants de la commune.

On dit encore quelquefois, pour combattre la gratuité dans les communes rurales comme dans les villes : les parents n'attachent d'importance à l'enseignement donné par l'école que lorsqu'ils le payent. 11 est facile de répondre que si la commune fait les frais de l'école ce sont toujours les parents qui payent. L'établissement d'un fopds d'école produit par des taxes locales est considéré, aux États-Unis, comme le moyen le plus sûr et le plus libéral à la fois. 11 dispense de toute enquête ayant pour but de rechercher ceux dés habitants qui peuvent ou ne peuvent pas payer de rétribution scolaire. Les enfants de toutes les classes sont admis à l'école au même titre, avec les mêmes droits et sans être l'objet de distinctions offensantes pour l'amour-propre. Le système suivi aux États- Unis, et que l'Europe ferait bien d'adopter, a cependant été l'objet d'une objection à laquelle les Amé-

ricains ont répondu d'une manière victorieuse. Si tous les habitants , a-t-on dit , contribuent pour la taxe scolaire, elle sera payée aussi bien par les célibataires et les parents qui n'ont point d'enfants que par les pères de famille. Mais l'instruction publique étant considérée comme une des premières nécessités sociales , répondent les Américains, personne ne peut être dispensé d'y contribuer. Il n'y a d'exception possible que pour les malheureux qui sont dans l'impossibilité de Is faire. Toutes les dépenses ayant un intérêt général sont absolument dans le même cas.

L'instruction populaire a pour but de former des citoyens plus éclairés et par conséquent plus moraux et plus utiles. Ce ne sont pas seulement les parents envoyant leurs enfants aux écoles qui en profitent ; tous les citoyens y gagnent quelque chose et il est juste que tous y contribuent dans la mesure de leur fortune.

Les Italiens pensent avec raison que le peu de progrès accompli dans un grand nombre d'écoles rurales est dû en grande partie à la difficulté de se procurer de bons maîtres. Cette difficulté a pour cause la malheureuse condition dans laquelle se

trouvent et se sont toujours trouvés les instituteurs publics et privés.

La loi organique sur Tinstruction publique avait cherché à améliorer leur situation. Elle avait fixé à 334 livres le minimum de leur traitement : l'État devait le compléter par des subventions annuelles dans le cas où les conseils provinciaux n'y auraient pas déjà pourvu.

La loi paraissait les considérer comme des ouvriers. Elle laissait à la commune la faculté de les prendre pour un temps déterminé, et lorsqu'aucun temps n'était fixé, leur service devait être accepté pour trois ans. Cet état précaire rendait la condition de l'instituteur et de l'institutrice tellement instable , qu'il leur enlevait tout désir de bien faire. Ils n'étaient jamais certains du lendemain.

Quelques municipalités, sans doute, comme celles de Milan, de Turin, de Gênes et de Païenne, ne s'étaient pas laissé enchaîner par les prescriptions étroites de la loi ; et soit en élevant les salaires, soit en établissant des pensions de retraite, elles avaient trouvé le moyen d'offrir une position convenable aux éducateurs de la jeunesse. Cet exemple n'a trouvé malheureusement qu'un petit nombre d'imitateurs , et la plus grande partie des communes rurales, après avoir payé avec une parcimonie déplorable les maîtres pendant le temps que leurs forces leur permettaient de remplir leur pénible tâche, le,s

abandoonaient lorsque la irieillesse et la maladie les avaient mis dans l'impuissance de la continuer.

La loi sur Tinstruction publique avait aussi promis d'instituer pour eux une caisse de retraite au moyen d'un fonds assigné sur le budget de TÉtat ; mais jusqu'à présent cette promesse est restée à l'état de désir, et les pauvres maîtres ont été obligés de former entre eux des sociétés de secours mutuels afin de s'assurer au moins, en mettant de côté une partie de leurs émoluments, une bien faible ressource pour leurs vieux jours.

Les instituteurs devraient être traités comme tous les employés de TÉtat. A moins qu'ils n'aient démérité, ils devraient conserver leurs fonctions tant qu'ils sont en état de les remplir convenablement. La loi sur les pensions civiles, bien qu'elle soit encore fort dure et qu'elle ne récompense pas suflisamment ceux qui consacrent leur existence au service de l'État, devrait leur être appliquée.

Une circulaire ministérielle engageait, en 1860, les conseils municipaux h récompenser les maîtres et les maltresses qui se distinguaient par leur mérite et leur conduite. L'État, donnant l'exemple, avait mis à la disposition de chaque province une certaine somme consacrée à cet objet. C'était bien le moins que l'on pût faire en faveur de ces hommes que le môme ministre appelait les c< soldats de la science et de la liberté, »

nfi L i5STaccno5 publique K5 Italie.

A ces eDCOura^ements pécaniaires on a pensé qu'il était cooTenable d'ajouter des attributions qui élè¥eraîent leur eoûdition comme citoyens. La Id électorale a refusé aux maîtres les droits àTélection politique qu'elle accorde aux plus humbles boutiquiers. Elle accordait le droit d'élection communale seulement aux maîtres autorisés pour renseignement public; elle refusait aux maîtres privés ce droit qui est attribué à qui paye 3 francs d'impositions annuelles. Les maîtres les plus méritants devraient pouvoir prétendre , comme tous les citoyens qui rendent service à la nation, aux récompenses honoriiiques données par TÉtat. Jusqu'à présent cette faveur n'a été accordée qu'à trois ou quatre instituteurs publics du royaume, ce qui a conféré à ces vétérans de l'enseignement l'exercice des droits électoraux que la loi refusait encore à plus de 15000 instituteurs.

L'article de la loi présentée au parlement par M. Seialoja avait pour but d'assurer aux instituteurs Texercice du droit le plus honorable dont puisse jouir le citoyen d'un État libre. Cet article était ainsi conçu :

(( La qualité de maître primaire dans une école communale donne droit au titulaire d'être inscrit parmi les électeurs politiques. »

L'adoption de cet article aurait eu une importance réelle, 11 devait exercer une grande influence

sur la législation qui tAt ou tard élargira le cercle des électeiu*s. Malgré des aspirations libérales que Ton ne peut méconnaître sans injustice, il est certain que ritalie est encore aujourd'hui TÉtat le plus oligarchique de TEurope. Elle compte six millions d'habitants au moins qui posséderaient toutes les conditions de l'électoral, et l'on n'y trouve, sur une population de 26501454 habitants, que 528932 électeurs*, c'est-à-dire 2,2 sur 1 000 habitants; On en compte en France 12,76 surmille; en Suisse, 10,17; en Allemagne, 9,9. M. Cairi proposa résolument, le 16 décembre 1873, Tadoption du suffrage universel. L'article soumis par lui à la Chambre des députés italiens était ainsi conçu :

a Sont électeurs tous les Italiens domiciliés dans le royaume, ayant 21 ans, etsachant lire et écrire. »

Il est plus que probable que le parlement ne passera pas tout à coup du système restreint au sufrage universel, au moment où quelques-uns des pays où il est en vigueur sont à la recherche des moyens d'en corriger les inconvénients en modifiant les conditions requises pour la capacité électorale.

Les dépenses votées pour l'enseignement populaire, et dont tous les Italiens comprendront la né-

1. Voir à ce sujet l'article publié dans le DirUi& (27 janvier tS74).

cessité, ne peuvent aujourd'hui se faire que dans une mesure assez restreinte ; elles ne deviendront pos* sibles qu'à la longue, c'est-à-dire lorsque le permettront les finances de l'Italie , dont une partie considérable est absorbée, comme dans toutes les nations de l'Europe , par le budget de la guerre. Les communes qui contribuent pour la presque totalité aux frais de l'instruction primaire sont tellement surchargées qu'il leur est difficile d'augmenter leur contribution. Le gouvernement italien, qui regarde l'instruction populaire comme le plus ferme appui des nouvelles institutions, avait proposé d'élever le traitement des instituteurs ruraux, qui aurait été d'après la nouvelle loi, pour ceux du premier degré, de 900, 800 et 700 francs; et pour ceux du deuxième degré, de 700, 6S0 et 600 francs.

A cette amélioration devait s'ajouter plus tard l'organisation d'une caisse de retraite.

Les hommes valides ont de la répugnance pour les fonctions d'instituteurs primaires, quand la rétribution qu'ils reçoivent est à peine suffisante pour le présent et n'offre aucune ressource pour l'avenir. 11 est difficile qu'un mattre conserve toujours un esprit ferme et s'élève à des idées généreuses, quand il est pénétré de cette pensée que lorsque l'âge et l'affaiblissement de sa santé le forceront de renoncer à l'école, -il tombera dans une pauvreté lamentable. Cette pensée avait engagé, en 1852, le

parlemeût à examiner un projet de loi accordant sur le budget des communes, des provinces et de l'État, des pensions de retraite aux instituteurs.

Ce projet, accueilli avec faveur par la Chambre des députés , n'obtint pas l'approbation du Sénat, qui crut que les compagnies privées pourraient assurer des pensions de retraite aux instituteurs au moyen de retenues proportionnelles et progressives mesurées sur le chiffre de leur traitement. Ce moyeu reçut l'approbation de ceux qui y étaient le plus intéressés.

Le professeur Rulfi, alors député du collège de Biella et inspecteur des écoles , fit un chaleureux appel aux instituteurs, les engageant à former entre eux une grande association, afin de s'assurer des moyens d'existence pour leur vieillesse. C'est ainsi que se constitua la Société des instituteurs^ qui compte aujourd'hui plus de 2 300 associés et une somme de 450 000 francs pour les pensions inscrite au livre de la dette publique d'Italie, offrant un revenu annuel de 30 000 francs. C'est l'institution la plus florissante parmi toutes celles du même genre qui existent aujourd'hui en Italie.

Mais la Société avait, à l'époque de sa fondation,

commis deux fautes : la première était de trop

Promettre à ses membres en leur assignant lors de

W retraite une pension de 600 francs; la seconde

^*^\oir placé ses fonds dans des entceçn^^'à \vv

dustrielles. En 1860, le professeur Bianchi fit approuver les résolutions suivantes : 1*" que les'fonds seraient retirés du commerce, où ils pouvaient être exposés à de grands dangers, et placés sur FÉtat; 2* que l'on se réglerait sur les principes scientifiques qui servent de base à la détermination du chiffre des pensions. Il fut donc très-sagement décidé que le lynnimum de la pension pour chaque ussocié serait établi en tenant compte du capital fourni, de l'intérêt composé à 5 p. 100 de ce même capital, et de la probabilité de mort présumée d'après les tables de Deparcieux. Comme les trois éléments avaient été déjà, par l'ordre du gouvernement, calculés pour la caisse de la vieillesse par la loi du 19 juillet 1859, la Société des instituteurs ne pouvait faire mieux que de se conformer aux calculs dont il vient d'être fait mention pour établir les bases d'un minimum de retraite.

On ne peut s'empêcher de le constater avec tristesse : les chiffres, plus éloquents que les désirs, démontrent que la pension de retraite que l'on peut obtenir au moyen de 12 francs payés annuellement, de 41 ans à 61, n'est que de 59 francs. Et c'est encore un minimum supérieur à celui que promettent toutes les compagnies d'assurances. Mais» même en ajoutant au chiffre déterminé lesbénéficeft éventuels qui, grâce à une administration clai«^' voyante et à un emploi utile des fonds publics, poU''^-

raient être retirés du fonds social et qui sont fixés de 1 à 4 p. 100, la peusioa correspondante au payement ci-dessus ne monterait guère qu'à un peu plus de 70 francs dans les conditions d*âge indiquées.

On peut mentionner une autre association d'instituteurs, V Institut de secours mutuels, ayant son siège à Milan, et à laquelle le professeur Ignazio Cantù a donné un concours utile, et la Société de secours mutuels de Gênes et de TOmbrie.

Si , après a\oir rappelé ce qu'a essayé l'initiative privée, on se demande ce qu'a fait l'État qui avait suscité tant d'espérauces, la réponse peut se résumer ainsi : beaucoup de paroles et très-peu d'actes. En 1859, la loi Casati portait qu'il serait institué aux frais des communes et du gouvernement une caisse de retraite sous le nom de Monte délie pensioni pei maestri elementari.

La loi promettait aux instituteurs un minimum

de pension fixé à SOO francs !

Mais l'institution resta à l'état de lettre morte.

D'ailleurs, en considérant le cas le plus favorable

pour la caisse, c'est-à-dire en supposant qu'aucun

maître ne reçût une pension qu'après 35 ans d'âge

et pour 30 années de services continus, après une

retenue de 15 livres par an faite sur ses émoluments,

'ô maximum de la pension n'aurait été que de

2O0 fr.

92 L'INSTRUCTION PUBLIQUE BN ITALIB.

Or, la loi Casati eo ayant promis 500, le gouyernement aurait dû ajouter pour chaque fooctionnaire pensionné la somme de 300 francs. En supposant un personnel de 20 000 enseigoants, TÉtat se serait engagé pour six millions. Certes la somme était bien peu considérable eu égard à Timmense bien qu'elle aurait produit : mais si Ton fait attention que la caisse aurait dû commencer par payer des pensions de retraite après dix années de retenue, qu'elle promettait en outre qu'après IS années de service les maîtres hors d'état de remplir leurs fonctions recevraient au moins 170 francs; qu'elle accordait la moitié de la pension dont le maître aurait joui ou qui lui aurait été due au jour de son décès, à sa veuve, ses fils et ses filles, on ne s'étonnera nullement que le gouvernement ait reculé devant une dépense trop élevée pour ses ressources financières. Mais alors l'État ne fera donc rien 9 s'est demandé le conseil supérieur, et la loi du 13 novembre devra-t-elle être considérée comme non. avenue? Cette question, qu'il a cru devoir poser aOministère, attend encore une solution.

Le conseil supérieur a demandé que l'on accordât du moins des subventions aux écoles privéequi réussissent dans leurs entreprises, afin de 1<^ * soutenir et les rendre de plus en plus florissantes^

Il a proposé en second lieu que, pour former fonds des retraites, les communes fussent obligéi

INSTRUCTION PRIMAIRE. m

de payer une quotc égale au minimuni di^ celle que payent les instituteurs. De plus, il a imité toutes les petites sociétés à se réunir à la grande Société de Turin.

En attendant les mesures générales, que Ton obtiendra tôt ou tard des législateurs, un coniité a été fondé, en 1861, à Turin, pour distribuer des titres de rente de cent francs donnant un revenu de 5 francs aux instituteurs les plus méritants. Plusieurs personnages éminents, MM. Buoncompagni, Cadorna, Matteucci, les gymnases, les lycées, les écoles de l'État ont aussi accru par leurs dons volontaires les sommes à distribuer. De 18G1 à i864, 7400 livres ont été partagées entre les meilleurs instituteurs et institutrices; des encouragements et des mentions honorables ont été décernés en grand i^ombre à des instituteurs de mérite.

la loi Casati n'a été exécutée ni en ce qui con- ^^rne Tobligation, imposée aux pères de famille, ^6 donner à leurs enfants Tinstruction élémentaire, ^^ en ce qui regarde les pensions de retraite. Les Prescriptions pour le choix des livres classiques ^ ^nt pas été mieux observées.

Eu 1852 et à la date du 16 mars y sous kvKvv

9i L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.

nistère Farini, on distribua aux membres d'une commission spéciale un rapport sur les livres employés dans les classes. En reconnaissant la nécessité de choisir des livres de textes pour les écoles primaires, livres qui sont, a\ec les bons maîtres et les bonnes écoles , la partie la plus importante de l'enseignement, on a pensé que l'on devait distinguer les livres destinés aux élèves de ceux qui sont à l'usage particulier des maîtres.

Il fallait déterminer les prix auxquels ils seraient vendus, puis les choisir de manière à ce qu'ils constituassent une sorte d'unité et d'harmonie. Cette harmonie consistait à les faire adopter dans les mêmes écoles ou dans les écoles différentes où se donne le même degré d'enseignement, en sorte qu'un livre ne démentît pas ce qui s'enseignait dans un autre, que l'un servît de préparation au suivant et que tous répondissent aux besoins de l'enseignement. Pour les différents degrés, chacun d'eux ne devait pas être considéré isolément, mais dans son rapport avec tous les autres livres employés dans l'école.

Le comité dont M. Farini exposait les pensées énumérait et classait les diverses écoles pour les deux sexes; il indiquait pour chacune les livres nécessaires, en mentionnant ceux qui étaient déjà publiés et approuvés, et ceux qui manquaient encore ; il signalait enfin au ministre les moyens d'améliorer

INSTRUCTION PRIMAIRE. tf5

ceux qui seraieut jugés défectueux et de les mettre en harmonie ayee les meilleurs déjà existants.

Les éditions choisies devaient être très-courtes, très-châtiées, et se vendre au prix le plus modique. Les premières seraient confiées aux presses de rÉtat, les autres seraient abandonnées aux imprimeurs-libraires. Malheureusement cette commission ne put, par suite du changement des ministres, accomplir sa tâche.

En 18S6, rien ne fut fait par le Conseil supérieur au sujet des livres classiques techniques et philosophiques ; mais on établit un texte unique pour un grand nombre des matières enseignées dans les écoles élémentaires.

Depuis la fondation du royaume d'Italie on a dû renoncer au système d'un texte unique, car il y avait eu un grand nombre de livres adoptés dans les différents États, et quelque dévoué que Ton fût à l'unité italienne, il n'eût pas été possible de bannir des écoles primaires du royaume de bons livres pour en introduire de nouveaux. On pouvait re- Diarquer, d'ailleurs, que le livre jugé comme le îûeiileur dans une province pouvait paraître moins l^on dans une autre» L'adoption d'un texte unique aurait donc soulevé les plus vives réclamations.

Le ministre Mamiani proposa de laisser aux écoles le choix de leurs livres ; son successeur l'at- Wbuaaux autorités scolaires locales.

im L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.

En dernier lien, le Conseil supérieur a décidé que le choix des livres pour les écoles serait laissé aux conseils provinciaux qu'il considère comme les meilleurs juges des sentiments et des besoins des familles.

Il s'agit ici, bien entendu, uniquement des écoles de l'Ktat, car les institutions privées libres jouissent d'une complète indépendance en ce qui touche le choix et l'adoption de leurs livres.

L'importante question du choix des livres scolaires a donc été résolue, en Italie, comme on le voit, dans le sens de la décentralisation administrative.

Lorsqu'elle s'est présentée tout récemment, en France, au Conseil supérieur de l'instruction pubKque (session de janvier 1874), c'est la solution contraire qui a prévalu.

Le Conseil se chargera d'examiner ou de faire examiner tous les livres, et l'usage de ceux qu: n'auront pas reçu son approbation sera interdit, non-seulement dans les écoles publiques, mais encore dans les écoles libres.

Quand il a été question d'organiser les écolei normales et magistrales dont le Conseil supérieur avait signalé toute l'importance, plusieurs ques tions ont été soumises à des discussions publiques La Société de pédagogie a émis plusieurs idées dont quelques-unes ont pris place dans la loi q^ régit ces écoles.

INSTRUCTION PRIMAIRE. i»7

Con\ient-il de simplifier les matièros des roiirs destinés aux maîtres ou d'exiger d'eux, au contraire, un plus haut degré d'instruction ? — Est-il nécessaire d'établir, à côté de toute école normale ou centrale, une classe élémentaire modèle confiée aux soins d'un bon instituteur, et devant être réglée et dirigée comme les bonnes écoles rurales ? — Contient-il d'augmenter le nombre des écoles normales d'instituteurs ou d'institutrices du degré inférieur et de diminuer celui des écoles normales pour le degré supérieur ? — La surveillance et la direction de la discipline doivent-elles appartenir au directeur de l'école ou à la maîtresse assistante? ■^Les pensionnaires admis dans les écoles normales doivent-ils prendre part à l'éducation intellectuelle et morale des élèves? — Enfin , les écoles normales et les pensionnats doivent-ils être placés de préférence dans les villes populeuses ou dans les plus petites communes jouissant d'un climat plus salutaire et d'une existence plus tranquille?

La Société pédagogique a résolu ces diverses questions de la manière suivante :

Les programmes des cours magistraux doivent avant tout être non-seulement simplifiés , mais entièrement refondus. Tous les savants en pédagogie remarqueront qu'il manque dans tous ces cours un oi'dre véritablement scientifique. On s'y attache P^^tôt à la partie didactique qu'à l'enseigtVOTvevxV

des méthodes. Les aspirants à la tanière de renseignement primaire se présentent aujourd'hui pourvus d'une instruction si incomplète qu'il devient nécessaire de s'occuper d'abord de leur fournir ce qui leur manque. Il faudrait donc que le temps qu'ils doivent consacrer à leurs études préparatoires fût prolongé et que leur programme fût divisé en deux parties.

La première partie devrait être dirigée de manière à ce que les leçons devinssent le germe de renseignement pédagogique qui doit être la clef de la seconde. Quant aux matières qu'embrasseraient leurs études, elles devraient être choisies et réparties de manière à mettre les maîtres en état de développer convenablement l'intelligence et la moralité de la jeunesse, et de faire naître en elle le sentiment du vrai et du bien.

On ne saurait donner trop de soins à l'enseignement pédagogique , et , pour qu'il fût réellement utile et fructueux, il serait indispensable d'établir auprès de chaque école normale une école primaire modèle, ayant un cours complet d'études, et confiée à des maîtres et à des maltresses d'une aptitude éprouvée, connaissant les meilleures méthodes et sachant les appliquer. Ils devraient être placés sous la dépendance du directeur ou de la directrice de l'école normale.

La Société pédagogique est d'avis que la néces-

IIISTRUGTION PRIMAIRE. 00

site de former ua grand nombre de nouveaux maîtres doit engager à conserver les établissements actuellement existants, sauf à en restreindre plus tard le nombre ou à le proportionner aux besoins des écoles.

La direction des écoles normales d'institutrices, en ce qui concerne la discipline, doit appartenir aux maîtresses qui possèdent les qualités requises pour l'accomplissement de cette importante fonction; quant aux études et à l'enseignement des méthodes, la direction doit en être confiée aux professeurs.

La majorité de la Société pense qu'il n'est pas convenable d'obliger les aspirants instituteurs à vivre ensemble, Tinternal répugnant aux jeunes gens adultes ; il est plus utile de les habituer aux usages de la société que de les assujettir à la monotonie de la vie claustrale. Pour les écoles normales déjeunes filles, quoiqu'elles puissent recevoir des élèves externes vivant dans leurs familles , ^ a paru utile de réunir dans la môme maison ^Ues qui ne peuvent jouir de cet avantage. Elles ne auraient trouver une situation plus convenable que ^^Ue d'un internat placé sous une direction éclairée . C*est dans les villes plutôt que dans la campagne î^e doivent être établies ces écoles ; les jeunes S^os et les jeunes filles y trouvent plus l'occasion de ^^ir et de connaître le monde, et de s'm\\\w ^\v\'ià

iOO L'INSTRUCTION PUBLIQUE SN ITALIE.

intimement aux nouvelles institoifioâs politiques qui régissent la nation. Là ils peuvent avoir sous les yeux les plus beaux modèles artistiques, recevoir les leçons de maîtres éminents, et enfin se familiariser avec la pratique des meilleures méthodes dans des établissements possédant des ressources que ne pourraient offrir les communes rurales, même les plus importantes.

En général , fait observer la Société de pédago- (jie, le gouvernement s'est souvent occupé plus qu'il n'aurait été nécessaire de multiplier les règlements et les programmes. Ici , comme ailleurs, le mieux est souvent l'ennemi du bien. L'exagération a été poussée jusqu'aux dernières limites. On a transformé la fonction de l'instituteur qui enseigne ea une sorte d'exercice fait pour le soldat qui manœuvre et qui combat. On a cherché à régler minutieusement chacune des évolutions de sa pensée- On a marqué sur le calendrier, et quelquefois sur l'horloge, les doses de savoir qui devaient, pour chacune des heures de la journée, être administrées aux enfants ; on a imposé aux maîtres des méthodes qui , bonnes en elles-mêmes, ne peuveat avoir d'efficacité que lorsqu'elles sont libremeat et progressivement appliquées ; on a imposé les livres que l'expérience des instituteurs avait fait considérer comme les moins parfaits. En un mot, Ton a converti renseignement, qui ne vit q^^*-*

INSTRUCTIOiN PRIMAIRE. 101

des iDspiraticMOS de la libre pensée, en une machine à rouages compliqués et ne pouvant donner qu'un savoir imparfait dans son uniformité.

Les instincts du peuple italien, doué d'une puissance remarquable de spontanéité et dlnitiative, se sont révoltés contre cette réglementation officielle. Les autorités préposées aux écoles ont, avec un sentiment qui les honore, laissé le choix des méthodes et de la meilleure disposition des matières d'enseignement à ceux des instituteurs en qui elles ont reconnu une capacité suffisante. Il est du devoir des ministres d'exposer d'une manière générale les principes qui président à l'enseignement, de déter- Dainer les limites dans lesquelles se renferme l'instruction primaire à ses différents degrés ; de si- Sûaler les meilleures méthodes consacrées par l'expérience, sans les imposer comme des lois absolues ; d'encourager les auteurs des meilleurs ouvrages classiques en laissant aux instituteurs la faculté de les choisir sous leur responsabilité personnelle, ^ûfinde provoquer chaque année, comme cela se Pi*atique dans plusieurs pays, des conférences pu- Wques présidées par le Conseil supérieur de l'induction publique, pour y soumettre à la discussion ^ut ce qui peut contribuer aux progrès des bonnes éludes.

i02 L'INSTRUCTION PUBLIQUE Uf ITALIE.

ÉCOLES N0BMALE8 — ÉCOLES KAOISTRALES

L'enseignement des Écoles normales de l'État est gratuit pour les instituteurs et les institutrices.

Il comprend : 1^ la religion et la morale ; 2** la pédagogie ^ 3° la langue italienne et les règles de la composition ; 4** la géographie et l'histoire nationale ; S*' Tarithmélique et les notions élémentaires de géométrie ; 6° les principes des sciences physiques et naturelles, et les éléments de Thygiène; T la calligraphie; 8^ le dessin linéaire; 9® le chant. On y joint pour les élèves institutrices les travaux féminins et pour les élèves-maîtres les exercices militaires et la gymnastique.

Le Cours d études est de trois années et dirigé de telle sorte que les deux premières préparent à renseignement élémentaire du degré inférieur et la troisième à celui du degré supérieur. A chacune de ces écoles sont attachés trois professeurs titulaires divisés en trois classes, avec un traitement de 2,200 fr. pour la première; de 1,800 fr. pour la seconde et de 1,500 fr. pour la troisième. Le professeur-directeur ajoute 500 francs à son traitement ordinaire.

Toute École normale est placée sous la surveil-

INSTRUCTION PRIMAIRB. 103

lance d*un comité directeur, composé de Tinspecteur des écoles primaires^ du syndic de la commune, du directeur de TÉcole et de deux membres élus pour trois ans par le conseil provincial. Les écoles normales d'institutrices sont placées, en outre, sous la surveillance particulière d'un comité de dames inspectrices qui Tiennent prêter tour à tour une assistance maternelle aux classes.

Pour être admis à l'école normale il faut : 1" être âgé, les garçons de 16 ans accomplis, et les jeunes filles de 15 ans; 2" présenter un certificat du conseiller délégué de la commune où l'aspirant réside depuis trois années, attestant sa moralité et son aptitude à l'enseignement ; 3® un autre certificat du médecin attestant qu'il n'est atteint d'aucune inflr- Diité qui le rende impropre à l'enseignement ; 4" enfin avoir subi un examen d'admission. L'examen de sortie, donnant droit à un diplôme du premier ou du second degré, porte sur toutes les matières enseignées à l'école.

La circulaire du 10 octobre J867, exposant et commentant les différentes parties du programme, msiste avec raison sur une des branches de l'enseignement qui doit être considérée comme une ^es plus importantes, la pédagogie. C'est malheureusement celle qui presque partout est la plus négligée. L'art d'enseigner est cependant, on ne peut kpier, soumis à des règles cju'U est nécessaire d'é-

tudier sérieusemeut. Il est donc indispensable que le maître futur soit initié à la connaissance et à ia pratique des meilleures méthodes. L'habitude prise d'annexer une école primaire à toute école normale et d'y faire faire la classe par les aspirants aux brevets d'instituteurs ou d'institutrices est excellente. En Italie, où il a fallu presque tout improviser en fait d'éducation populaire, il a été plus facile de trouver des écoles et des élèves que des maîtres et des maîtresses. C'est avec le temps seulement que pourront se former les personnes pourvues d'une instruction convenable. On s'est occupé avec un 'louable empressement de fonder des écoles normales et à leur défaut des écoles magistrales pour l'enseignement le plus élémentaire. Plus tard le niveau de l'instruction donnée aux enfants des deux sexes devra s'élever, ce qui exigera dans les maîtres une plus grande étendue de savoir. Plusieurs écoles normales ont déjà élargi les programmes de leur enseignement. On peut signaler comme une des cités qui travaillent avec le plus d'ardeur au progrès de leurs écoles la ville de Florence, administrée par ses autorités municipales avec une rare intelligence - L'année dernière il a été décidé que des cours com^ plémentaires seraient, dans l'école normale des institutrices, ajoutés à l'enseignement ordinaire- L'histoire et la littérature y prendront un plus? grand développement et ce qui mérite d'être re^

marqué, c'est un cours dliistoire de la pédagogie singulièrement propre à faire comprendre aux aspirantes l'importance de Tart dont elles auront à appliquer les principes. Elles s'en formeront une idée d'autant plus élevée qu'elles y verront quel prix les peuples ont de tout temps attaché à Téducation*.

11 serait difficile de faire connaître d'une manière précise l'état de ces diverses écoles quant au matériel et aux instruments de travail. Les locaux qu'elles occupent sont plus ou moins étendus, salubres et appropriés à leur destination, le mobilier scientifique plus ou moins complet, en raison de l'activité et des ressources des communes auxquelles

incombe l'obligation d y pourvoir. Plusieurs écoles possèdent des instruments de physique, des cartes ïïiurales, des modèles de dessin, des plâtres, des livres à l'usage des maîtres et des élèves ; mais il en est beaucoup d'autres ou qui en sont totalement dépourvues ou qui n'ont que des instruments en mauvais état. Les mieux pourvues et les mieux ordon-

^' On trouvera à l'Appendice le programme délaillé de ce cours ^nisloire de la pédagogie chez les différente peuples dans Tantî- 'l^Ue, le moyen âge et les temps modernes.

i06 L'INSTRUCTION PUBLIQUE BN ITALIE.

nées sont celles de Brescia, de Gènes, de Lucques et de Milan. Celles qui laissent au contraire le plus à désirer sont les écoles normales de Bari, de Cagliari et de Messine. Il est juste de dire que dans les dernières années plusieurs de ces importants établissements, ceux de Lodi et de Chieti par exemple, ont reçu de notables améliorations.

Les écoles normales ne diffèrent pas moins les unes des autres quant à la discipline, les méthodes d'enseignement, l'application des programmes, les règles suivies pour l'admission aux examens et les promotions, le travail et les progrès des élèves. Dans certaines localités le petit nombre des élèves et le désir de l'augmenter sont cause que, malgré les re- . commandations réitérées du ministère, on accepte tous ceux qui se présentent, et que pour les mômes motifs on fait passer à la fin de l'année dans la section supérieure tous ceux qui étaient inscrits. On entre donc dans les écoles et l'on en sort avec la même facilité. C'est ainsi que les choses se passent à Aquila, à Ascoli et à Forli. Par compensation, une louable sévérité aussi profitable à la durée, à la dignité, et à l'accroissement même du nombre des élèves, préside aux examens d'admission et de sortie à Parme, à Brescia, à Gênes, à Bologne, à Florence et principalement à Milan et à Palerme.

La facilité avec laquelle sont admises les élèves

miTRUOTION PRIMAIRI. 107

dans les provinces méridionales détruit en grande partie les avantages que pourrait offrir une instruction étendue et solide. Les jeunes filles qui y sont reçues sans avoir parcouru tous les dcgrùs de renseignement primaire y arrivent sans être suffisamment préparées. Les matières qu'on leur enseigne étant souvent au-dessus de leur intelligence, elles passent d'un cours à l'autre, entassant dans leur mémoire une foule de connaissances superficielles et fugitives qu'elles seront incapables de transmettre aux autres. On a remédié à ce grave inconvénient en instituant des écoles préparatoires à l'enseignement des écoles normales; mais le meilleur moyen d'en maintenir le niveau serait de n'y admettre les élèves qu'après un examen sérieux, conforme aux exigences du programme.

Les rapports des inspecteurs sont unanimes pour

reconnaître qu'il y a une grande différence quant à

la discipline, l'assiduité au travail et les progrès,

entre les jeunes gens et les jeunes filles des écoles

normales primaires.

Malgré les causes d'infériorité qui résultent pour

^Iles-ci de l'âge auquel elles sont admises, l'insuffî-

ance en certaines provinces de leur instruction

rimaire incomplète et souvent interrompue, elles

onnent les maîtres par la rapidité de leurs pro-

"fes. D'une nature plus patiente, plus docile et

«ttx ordonnée, elles se donnent à l'élude aseç.

un véritable amour. Stimulées par une émulation spontanée et puissante, elles y appliquent toutes leurs pensées. Elles prêtent aux leçons une attention silencieuse, accomplÎBsent avec exactitude et ponctualité les devoirs qui leur sont assignés; elles lisent avec le désir de s'instruire. Lorsque Ton compare leurs compositions pour les examens de sortie avec celles des jeunes gens, on ne peut, quelque opinion que l'on se forme sur l'éducation des femmes, révoquer en doute leur supériorité. Les examens pour Tobtention des diplômes présentent les mêmes résultats ; elles font pour les obtenir de plus grands efforts. L'enseignement public est en effet pour elles la plus honorable et la plus avantageuse des carrières; il leur assure une position flatteuse pour Tamour-propre, et qu'il leur serait difficile de trouver dans tout autre emploi. Les jeunes gens y attachent moins d'importance, d'autres carrières plus lucratives leur sont ouvertes et trèssouvent celle de l'enseignement n'est pour eux qu'un pis-aller. D'ailleurs, on peut reconnaître que les femmes sont naturellement douées de toutes les aptitudes qui font d'elles les plus parfaites institutrices. Elles ont la douceur, la simplicité, la patience qui font souvent défaut chez les maîtres. H est donc probable qu'en Italie comme aux Etats- Unis, je voudrais pouvoir dire comme en France» le nombre des institutrices dépassera de beaucoup

celui des iustituteurs. C*est à elles qu'appartient de droit réducation de l'enfance. Lorsque Ton pense à l'influence qu'exercent sur toute la vie les premières impressions reçues, on ne peut s'empêcher de faire des vœux pour que les enfants ne soient confiés aux mains des hommes qu'après avoir revu des femmes qui doivent remplacer leurs mères des leçons qui, en passant par leur bouche, arrivent au cœur des jeunes enfants, plus douces, plus persuasives, et par cela même plus efficaces. Déjà cette pensée a fait son chemin en Italie, et tout récemment M. de Lucca, assesseur pour l'instruction publique, proposait formellement, au conseil communal de Naples, de confier exclusivement aux femmes tous les enfants des deux sexes de 2 à 7 ans, qu'elles prépareraient à l'enseignement des écoles primaires.

La question de l'internat (convitto) pour les écoles normales donne lieu à des appréciations diverses. Mais si les opinions sont partagées au sujet des instituteurs, il n'en est pas ainsi en ce qui concerne les institutrices, pour lesquelles l'externat et la vie commune offrent de sérieux avantages.

11 existe aujourd'hui dans le royaume d'Italie 23 . . écoles royales normales, 17 écoles magistrales pour ^sinstituteurs,26écolesroyalesnormaleset38écoles .. ïûagisirales pour les institutrices : en tout 104 écoles, 'M pour les instituteurs et 64 pour les institutrices,

Les 23 écoles royales normales pour les instituteurs sont établies à Aquila, Ascoli, Bari, Casale, Cosenza, Crema, Florence, Forli, Lodi, Messine, Naples, Oneglia, Padoue, Palerme, Pérouse, Pinerolo, Pise, Reggio (Emilie), Rome, Sassari, Treyiglio, Urbino et Velletri.

Les 17 écoles magistrales pour les instituteurs sont à Ârezzo, Ayellino, Bologne, Brescia, Campobasso, Como, Foggia, Gènes, Lodi, Mantoue, Milan, Novare, Reggio (Calabre), Saluées, Torre-Pellice, Vérone et Vicence.

Les 26 écoles normales pour les institutrices sont à Alexandrie, Ancône, Bari, Bellune, Bologne, Brescia, Cagliari, Camerino, Catane, Catanzaro, Chieti, Como, Florence, Gênes, Girgenti, Lucques, Mantoue, Milan, Mondovi, Naples, Panne, Pérousc, Rome, Venise, Vercelli et Vérone.

Les 38 écoles magistrales pour les institutrices ont été établies à Aquila, Arezzo, Ascoli, Avellino, Bergame, Campobasso, Capoue, Caserta, Castelnuovo-Monti, Cosenza, Crémone, Foggia, Guastalla, Lecce, Lodi, Messine, Mugnano del Cardinale, Nolo, Novare, Padoue, Palerme, Pavie, Pesaro, Plaisance, Potenza, Ravenne, Reggio (Calabre), Rovigo, Salerne, San Remo, Solmone, Spolète, Teramo^Turin, 'Trapani, Trévise, Udine et Vicence.

Plusieurs de ces écoles magistrales sont de véritables écoles normales.

Il a été établi pareiUement sur plusieurs points du royaume des conférences pour faire counattre les meilleures méthodes aux instituteurs existant actuellement.

Parmi les écoles pour les instituteurs, on citait, en 1872, celle de Palerme, réunissant 80 élèves, comme occupant le premier rang, qu'elle avait enlevé à celle de Lodi, descendue de 88 à 70. Reggio, dans TÉmilie, en avait 57, Pise 56, Padoue 54, Crema 52, Messine et Gosenza 45. Les moins nom-» breuses étaient Urbino et Ascoli^ ayant 23 élèves, Bari et Florence 22, et enfin Sassari 19.

Plusieurs écoles pour les institutrices dépassaient le nombre de 100. C'étaient : Parme, avec 161 élèves, la plus nombreuse de tout le royaume ; Milan 168, Naples 140, Bologne 127, Gênes et Florence 124, Corne 113, Brescia 109, Lucques 100. Les trois dernières quant au nombre des élèves étaient : Chieti, qui en avait seulement 46, Cagliari 42 et CatanzaroSl.

U se présente chaque année, pour l'admission aux écoles normales et magistrales, environ 700 jeunes filles et 1 600 jeunes gens.

Les 104 écoles normales et magistrales réunissaient, en 1873, 6130 élèves : 4090 pour les pre- Qiières, et 2 040 pour les secondes.

Les dépenses pour leur entretien s'élevaient, à la même époque, pour le personnel et le matértel^ k

1 103760 livres; soit 738368 pour les écoles normales, et 377 392 pour les écoles magistrales.

Les documents officiels publiés par ordre du Gouvernement italien, de 1863 à 1873, sur l'instruction primaire, m'ont permis de faire apprécier Tétat où se trouvaient les écoles dans les provinces du nord, du centre et du midi de l'Italie, au moment où un concours merveilleux de circonstances aidées (les Italiens ne l'oublieront jamais, je l'espère) par l'épée victorieuse de la France a changé les destinées de la Péninsule. J'ai constaté les dé" veloppements qu'y a reçus, depuis cette époque mémorable, rinstruction populaire. L'Italie a sans doute beaucoup à faire pour arriver, sur ce point, à la réalisation de ses espérances. Mais en songeant à l'état déplorable dans lequel se trouvait l'éJucation publique au moment où elle est deveuue maîtresse d'elle-même, on ne peut méconnaître dans les progrès déjà accomplis le présage assuré de ceux qui doivent se réaliser encore.

C'est, comme je l'ai fait remarquer, dans le royaume Lombard- Vénitien que l'éducation populaire avait été le mieux organisée, dans les année» qui ont précédé l'affranchissement de l'Italie. L'Au-

iche, subissant presque malgré elle Tinfluence îrmanique, avait partagé, à la fin de 1818, Tinruction primaire en trois classes correspondant IX trois degrés de l'enseignement élémentaire, férieur et supérieur. Cet enseignement se cométait, comme en Allemagne, dans les écoles réelles^ i les jeunes gens recevaient pendant deux années 1 enseignement qui les préparait aux arts, au ^mmerce et à l'industrie. Ces études élémentaires, lalogues à celles que comprennent aujourd'hui en alie les écoles techniques^ donnaient aux enfants 3 la classe moyenne une instruction solide dont à pouvaient recueillir plus tard les fruits.

De 1822 à 1830, la Lombardie vit se créer 3 écoles supérieures et 2267 inférieures pour les arçons, 14 supérieures et 1 044 inférieures pour les lies. Ces écoles purent réunir, les premières 107 457 lèves, et les secondes 48 135. Un homme de bien, ont la mémoire est révérée dans ce pays, Mgr Feranti Aperti, en fondant des asiles et des écoles )our la première enfance, rendit à l'enseignement alémentaire un service dont on reconnut promptement Timportance. Le Piémont subit l'exemple de ces deux grandes provinces. Charles-Albert appela

^ Turin le créateur des salles d'asile.

L'enseignement primaire prit alors de larges

proportions, grâce aux efforts des Buoncompagni,

desBerti et des Troja : des conférences magistrales

furent organisées, et plus tard furent établies des écoles normales. L'.expulsion des jésuites fit donner une direction nouvelle aux écoles de jeunes filles, jusqu'alors élevées dans des couvents où elles ne recevaient qu'une instruction des plus médiocres.

Mais, en favorisant l'enseignement populaire, le gouvernement autrichien, qui savait jusqu'à quel point les progrès de l'instruction contribuent à élever les âmes et à y faire naître l'amom' de la liberté et de l'indépendance, fit tous ses efforts pour en détourner les effets. Il permettait bien au peuple de lire, mais il prenait soin de lui imposer uniquement les livres dont la lecture pouvait seconder sa politique. Il se proposait, non de former des citoyens éclairés ou pensant par eux-mêmes, mais de s'assurer des sujets obéissants et soumis.

C'est dans un tout autre esprit qu'ont été conçues les lois successivement proposées par les ministres de l'instruction publique. Elles ont été toutes inspirées par le plus ardent libéralisme et par un sentiment profond des besoins de la société moderne. Tous les partis sont d'accord pour reconnaître la nécessité d'étendre et de propager l'instruction populaire, jusqu'à ce qu'elle ait atteint sa dernière limite, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul enfant qui soit soustrait à l'action bienfaisante de l'école. On peut dire que le principe de l'instruction obligatoire s'est posé, pour les

Italiens, en même temps que s'inaugurait leur unité nationale, et que, dès lors, ils ont considéré Tinstruction comme le moyen le plus sûr, ou plutôt conmie le seul moyen de donner aux membres de la société politique la connaissance des droits qu'ils devaient être appelés à exercer et des devoirs qu'ils auraient à remplir. Un autre sentiment, dû à la persistance de l'esprit communal et municipal dans les provinces ayant eu longtemps une existence séparée et indépendante, s'est manifesté dans toutes les propositions ayant pour objet la réorganisation de rinstruction publique : c'est qu'au lieu de tout demander au gouvernement, il était indispensable de faire partout appel à l'initiative privée. Aux provinces, aux communes, aux familles devaient être réservés la fondation, l'entretien, l'administration et la surveillance des écoles, le rôle de l'État se bornant à donner l'impulsion première, à raffermir les volontés, à combattre l'indifférence, à donner enfin des subsides aux communes nécessiteuses.

(( Ce ne sont ni les prescriptions de la loi , disait fort bien M. Correnti dans son rapport, ni les menaces d'amendes, ni l'activité des inspecteurs, ûi les récompenses prodiguées par les ministres, qui suffiront pour accomplir l'œuvre désirée. Il n'y ^ que la conspiration générale, unanime et persistante de tous ceux qui savent ce que c'est que la

patrie qui puisse faire une guerre efficace à l'ignorance. Toutes les lois que nous pouyons proposer ne doivent être considérées que comme des réclames adressées aux forces vives de la nation, aux magistratures électives, au concours de toutes les volontés. Ces fréquents appels paraîtront peutêtre, à quelques personnes, importuns et intempestifs ; mais tout Italien comprendra que, tant que la nation n'y répondra pas, il y aura peu d'espoir de résoudre heureusement et promptement le difficile problème qui se pose devant elle et qui consiste à guérir en trois ans un mal de trois siècles. »

M. Correnti avait fait un brillant tableau des avantages que procureraient à l'Italie les progrès de l'instruction publique et quelqu'un avait traité ses espérances d'exagérées. « Oui, j'espère, a-t-il dit. Je ne puis oublier les années pendant lesquelles on traitait de folie, on considérait comme un sentiment d'orgueil, comme une abstraction ridicule, le désir de voir s'établir un jour tout ce qu'aujourd'hui nous voyons accompli ! Quiconque a vu, et vous êtes tous dans le même cas que moi, se produire au milieu de nous de si grandes merveilles, ne pourra se persuader facilement que réunir dans les écoles un plus grand nombre d'enfants et améliorer l'instruction populaire, par laquelle nous avons combattu et vaincu, puisse être une entreprise désespérée et qu'il faille ren-

voyer à je ne sais quelle époque plus favorable ! J'espère dans la libre initiative du pays, qui commence à goûter les fruits de la liberté, et j'espère ausâ en l'action active et prévoyante du Gouvernement, qui commence à comprendre que tout retard est dangereux, qu'il est ridicule de proroger et d'attendre, qu'il faut se résoudre, et que gouverner ne signifie pas vivre au jour le jour, mais prévoir et agir. »

Les matières qu'embrasse l'enseignement élémentaire des différents degrés sont celles que présentent les programmes des divers pays. L'important n'est pas de savoir ce que l'on enseigne, mais la manière dont on l'enseigne. C'est avant tout une question de méthode. La pédagogie est un art encore bien peu répandu, et il est nécessaire d'indiquer aux maîtres la marche qu'ils ont à suivre. Les conseils ne leur manquent pas. On les engage d'abord à s'efforcer de donner une bonne prononciation aux enfants, qui apportent de leurs provinces des dialectes plus ou moins caractérisés. Certaines lettres, telles que l'w français, par exemple, l's, se, z et les doubles consonnes, offrent des difficultés dont on ne peut triompher qu'avec beaucoup de soin. Les fautes de prononciation deviennent, pour ceux qui écrivent, des fautes d'orthographe. Les lectures à haute voix sont un des meilleurs exercices; mais il est nécessaire de les rendre

il8 L'INSTRUCTION PUBLIQUE BN ITALIE.

attrayantes, en choisissant des livres en rapport avec le jeune âge, et surtout en se servant des textes pour en tirer des observations utiles, et adresser aux enfants des questions qui les rendent attentifs. On y trouve tout naturellement Toccasion de parler à leur cœur et d'y déposer des germes qui, en se développant, leur inspireront Tamour du bien et du vrai. Ces questions habituent les élèves à exprimer leurs idées dans un langage correct et pur. C'est par les mêmes procédés qu'ils apprennent les règles de la grammaire qu'on les habitue à déduire eux-mêmes des ouvrages mis entre leurs mains. On doit toujours préférer, pendant cette première période de l'enseignement primaire, les exercices oraux aux analyses écrites, dont on a trop longtemps abusé et qui imposaient aux élèves un labeur ingrat et improductif. Les meilleurs maîtres sont ceux pour lesquels l'instruction n'est qu'un moyen d'éducation. Ce n'est pas par l'étude des mots qu'ils développeront l'inielligence, c'est par celle des choses. Ces leçons de choses, cet enseignement par l'aspect, adopté dans les pays qui entendent le mieux l'éducation de l'enfance, commencent à s'introduire aussi dans les écoles d'Italie. « En admettant, est-il dit dans une circulaire ministérielle du 10 octobre 1867, que lire, écrire et compter soient la partie essentielle de l'instruction élémentaire, on peut toujours y faire entrer dans

une certaine mesure des connaissances utiles, soit sur le monde physique, soit sur le monde moral, habituer ainsi les enfants à s'élever, par la contemplation des merveilles de la nature, jusqu'à leur créateur . »

Les instituteurs ignorent trop souvent que les enfants ne comprennent pas toujours ce qu'ils ont appris par cœur ; ce n'est qu'en leur adressant questions sur questions que l'on peut s'assurer que ce qu'ils récitent n'est pas pour eux autre chose qu'une suite de mots qui n'ont éveillé aucune idée.

« J'ai trouvé peu d*écoles, dit un des plus anciens inspecteurs anglais, où les paroles d'un livre lues et répétées même avec la plus grande facilité signifiassent une idée bien gravée dans l'esprit de l'élève. Un très-gentil enfant, par exemple, venait de lire le premier verset du ix* chapitre de saint Mathieu : a II monta sur une petite barque, repassa le lac et retourna à sa ville. » Je lui demandai : a Où est-il entré? » L'enfant me répondit fort, poliment : « Monsieur, je ne le sais pas. » Je lui fis relire le verset et lui demandai encore : « Où est-il entré? » et il me répondit avec la même pohtesse: a Monsieur, je ne le sais pas. »

Il est un autre point que l'on ne saurait trop recommander aux instituteurs de l'enfance, c'est la nécessité de varier autant que possible les leçons et les exercices et surtout de ne consacrer à l'ensei-

gnement que de courtes séances : rien ne se fatigue plus vite que Tattention d'un enfant.

Un des plus habiles inspecteurs établit ainsi, diaprés une longue expérience personnelle, la mesure de l'attention que peut donner sans interruption et volontairement un enfant à ses difiërents âges :

De o à 7 ans i5 minutes

De 7 à iO ans 20 —

De 10 à 12 ans 25 —

De 12 à 16 ans 30' —

Avant douze ans les heures de leçons ne peuvent être phis de 24 heures par semaine : le mieux serait de n'y consacrer que 18 heures, en employant les autres aux exercices gymnastiques et aux travaux manuels appropriés à leur âge.

Quant à l'organisation de l'enseignement dans les écoles, on voit que c'est sur l'éducation donnée au premier âge que doit reposer toute réforme sérieuse.

J'ai dit quelques mots de la méthode Frœbel et de ses Jardins d'enfants dans mon livre sur l'Instruction publique en Allemagne. Ils ont été introduits en Italie par la baronne de Marenholtz-Bulow, auteur d'un ouvrage consacré à l'exjJosition des principes appliqués dans ces sortes d'établissements. C'est à Venise qu'a été établie, avant Tan 1868, la première école-modèle, qui est encore aujourd'hui une des meilleures de TUaiie. Eu 1868,

l'honorable George P. Marsh, ministre américain, attira Tattention des Italiens sur les Kindergàrten^ en répandant plusieurs ouvrages qu'il avait publiés à New-York et à Chicago. Ayant pris connaissance du livre de M°* de Marenholtz, il engagea vivement cette dame à venir fonder pour les enfants une école à Florence. M"' de Marenholtz n'ayant pu répondre alors à son appel, le zélé ministre essaya de fonder lui-même un assez grand nombre de Jardins d'enfants qui n'eurent qu'un succès médiocre, par la raison très-simple qu'il n'existait alors en Italie qu*un très-petit nombre d'institutrices en état d'appliquer la méthode Frœbel. Ce fut seulement en 1871 que la baronne de Marenholtz, étant venue à Florence, y put fonder, comme elle l'avait fait quelques années auparavant à Venise, une école modèle, où elle voulut bien elle-même former des maltresses et les initier à la théorie et à la pratique des moyens dont elle pouvait mieux que personne faire l'application. Cette école eut aussitôt un grand succès, et c'est d'elle que sont serties la plupart des directrices des salles d'asile où la méthode Frœbel a été introduite.

A Naples, la municipalité a décidé que le Kindergarten serait le premier degré de l'éducation des enfants.

A Rome, une dame américaine. M"* Emilie B.

Gould, qui habite depuis longtemps cette ville où

132 L'INSTRUCTION PUBLIQDB BN ITALIE.

elle a SU se créer des relations avec les membres les plus distingués du parti libéral, a fondé aussi une école du même genre. Elle a été secondée dans l'accomplissement de ses généreux desseins par les Américains et les Anglais qui visitent la nouvelle capitale de l'Italie. Une riche demoiselle de Boston, partant admirablement bien la langue italienne, après s'être familiarisée, dans sa ville natale, avec tous les procédés employés dans les jardins d'enfants, est venue s'établir dans celui que H*"* Goutd avait fondé à Rome, et se mettre ft la tête du mou' vement qui, dans sa^tétiBée, doit régénérer l'éducation de la première enfance et par suite réformer tout le système de l'enseignement public. Cette mission, elle croit que c'est surtout à Rome qu'elle peut être remplie avec le plus d'avantage, et que c'est dans cette capitale du monde chrétien qu'U appartient de posséder une école qui puisse servir de modèle h celles de toutes les nations.

Les Américains des États-Unis, ces grands maîtres en fait d'écucation populaire, attachent beaucoup d'importance aux établissements qui, comme les Kindergûrten, appliquent pour la première enfance la méthode naturelle qui, grâce & l'instinct admirable des mères, préside à l'éclosion et au développement des facultés intellectuelles et des sentiments moraux de l'enfant.

Ils pensent, avec Frœbel et Pestalom, ou plu-

INSTRUCTION PRIMAIRE. i23

tôt avec notre Montaigne et notre J.-J . Rousseau, ailx^els appartiennent les idées fondamentales sur lesquellet reposent tous les systèmes pédagogique» ia TAUemagne, que les facultés humaines ne se développent jamais mieux que lorsqu'elles s'exercent librement et dans Tordre indiqué par la nature elle-même. L'enfant commence par percevoir les formes et les propriétés des objets extérieurs ; les faits que lui révèlent ses sens sont autant de connaissances sur lesquelles il réagit ensuite par la réflexion. L'éducation consiste à multiplier autour de lui les objets sur lesquels se portera son attention, pour offrir autant de matières à ses observations et l'habituer ainsi à comparer, à juger par lui-même, c'est-à-dire à s'élever progressivement des faits particuliers à leurs lois générales. Toute éducation qui intervertit cet ordre est mauvaise, toute éducation qui s'y conforme est rationneUe et bonne. De là l'importance attachée à ces leçons de choses^ à ces object lessons qui jouent un si grand rôle dans l'éducation américaine, et qu'il serait si désirable de voir adopter dans toutes nos écoles primaires.

L'établissement des salles d'asile, de ces asili infantili qui depuis plusieurs années ont pris un si grand développement, exercera sur les écoles d*enseignement élémentaire une influence décisive. On ne saurait trop féliciter les hommes distingués.

qui s'occupent des questions d'éducation, d'avoir donné à ces écoles enfantines toute Tattentioa qu'elles méritent. C'est en visitant les salles d'asile que l'on peut se faire une juste idée du râle pr^ pondérant que l'avenir doit donner aux femimBi dans la première éducation de l'enfance. On comprendra de plus en plus combien il serait utile qu'à elles seules appartînt aussi la direction d'une grande partie de l'instruction primaire. Jamais les hommes ne posséderont les qualités qu'exigent les soins donnés aux enfants du premier âge. L'institutrice, je ne saurais trop le répéter, est pour les enfants une seconde mère, c'est-àdire une véritable éducatrice, affectueuse et patiente. Son langage, ses douces remontrances, ses leçons ont d'autant plus d'efficacité qu'elle sait leur parler et proportionner avec plus d'habileté que les instituteurs son enseignement à l'âge de ses petits élèves. Pour la maîtresse, d'ailleurs, l'enseignement est une vocation ; pour le maître c'est le plus souvent un métier. La première se croit suffisamment payée par la modique rétribution qu'elle reçoit ; le second est rarement content de sa position et songe presque toujours à en chercher une meilleure.

« Il est essentiel, dit très-bien M. Matteucci, que les institutrices soient à la fois très-honnétes et trèssatisfaites de leur état. Les meilleures sont celles

qui exercent leurs modestes et cepeDdaut si iinpor* tantes foQctioDs dans le pays même où elles ont été élevées et auprès de leurs familles. Les institutrices qui sont mécontentes de leur sort sont celles qui dumgent souvent de résidence et d*école. En restant dans leur propre commune, elles ont peu de besoins ; elles ont dans leurs parents des surveillants naturels ; eUes ne changent pas leur costume a6n de paraître plus riches qu'elles ne sont. »

On comprend donc en Italie que le rôle important assigné aux femmes dans l'éducation' du premier âge se lie essentiellement à celui qui leur appartient dans la famille. Jusqu'à ces dernières années, Tinstruction des jeunes filles, presque partout fort négligée, ne s'élevait guère au-dessus de l'enseignement primaire. On verra que les opinions, à ce sujet, se sont singulièrement modifiées et-que dans la plupart des villes se sont fondés à leur usage des établissements d'enseignement secondaire et même d'enseignement supérieur.

i n après Y Annuaire publié par le ministère de l'In-

^ ^tPuciion publique pour 4873-1874, le nombre to-

f W des élèves des écoles primaires publiques et çri-

vées était de 1 6S9 4 07 . La population du royaume d'Italie étaut de 26789 008, le nombre des enfants de 4 à 12 ans devait donc être de 4 millions environ. A ce compte, il y aurait encore plus de 2 millions d'enfants qui ne fréquentaieiA pas les écoles.

D'après le dernier recensement, le nombre des enfants de 6 à 12 ans qui ne savaient ni lire ni écrire était de 72 pour 100. Pour ces 4 millions d'enfants de 6 à 12 ans, il faudrait, à raison de 70 élèves pour chaque école, 57142 écoles. Or, il n'en existait en 1873 que 43380 : il eût donc été nécessaire, pour que la loi sur l'enseignement / obligatoire pût être exécutée, que l'on créât 13761 • écoles nouvelles : ce que la situation financière des communes ne leur permet nullement de faire.

11 est aisé de voir que ces calculs, malgré les efforts éloquents des défenseurs de la loi présentée par M. Scialoja, ont en grande partie déterminé les votes qui l'ont fait rejeter.

Mais cette raison n'est pas la seule. Le but qu'ont poursuivi depuis 1859 tous les ministres de l'Instruction publique, et qui consiste à substituer ua système général et uniforme aux diverses législations appliquées à chacune des provinces de l'Ita-lie, est d'une réalisation bien difficile. On est accablé sous la multitude des lois, des règlements, des informations, des enquêtes, et des projets succès-

siveraent mis en discussion; et ce n*est pas un mince travail que de jeter quelque clarté au milieu de ce chaos de propositions contradictoires. Quand il s'agit de mettre toute une législation en harmonie avec un nouvel ordre de choses produit d'une grande révolution poUtique et sociale, on ne peut faire table rase des institutions qui ont laissé dans les pays qu'elles ont régis pendant plusieurs siècles une profonde empreinte. La loi présentée par M. Scialoja essayait, comme toutes celles de ses prédécesseurs^ de réunir et de concilier les éléments les plus contradictoires.

Les amendements introduits par les députés, ^l iont quelques-uns ne possédaient pas en cette matière une compétence réelle, n'avaient fait qu'augmenter la confusion. On voulait multiplier les écoles et augmenter le salaire des maîtres, sans demander à TÉlat d'accroître les subsides accordés aux communes. Le louable désir de ne pas porter atteinte aux attributions des Conseils provinciaux et à l'autonomie municipale avait fait abandonner à chacune des communes du royaume, aux plus petites comme aux plus grandes, la décision des deux questions les plus importantes de Tinstruction priûiaire : la gratuité et V enseignement religieux. Les esprits les plus sérieux ont reculé devant cet excès de décentralisation : ils ont pensé sans doute que si la fondation, l'administration, l'entretien des écoles

12^ L*IXSTBCCTI05 FCBLIQUB BH ITALIE.

devaient continuer à appartenir aux communes, c'était par une loi générak, émanée des grands pouvoirs de FKtat, que devaient être décidés les deux points qui ont donné lieu dans la Chambre aux débats les plus animés. Mais le rej^ de la loi Scialoja ne peut être qu'un ajournement. Les discussions, dont j*ai rendu compte, ne seront perdues ni pour Fltalie, qui les reprendra tôt ou tard, ni pour les autres pays, dans lesquels Faccord n'est pas encore fait au sujet des mesures que réclame une organisation rationnelle de renseignement populaire'.

Voici, d'après V Annuaire de f Instruction publique, la statistique de l'enseignement primaire en 1873-1874:

]. La loi organique da 13 novembre 1859 a été le point de départ de tous les projets ayant eu pour but soit d*en généralis^er l'application, soit de la modifler en certaines parties. Elle n'avait psi* été publiée dans toutes les provinces : en Vénétie, en Toscane et dans l'Emilie, par exemple. Le gouvernement provisoire eo avait reproduit en 1860 les principales dispositions pour le ro.vaume de Naples et la Sicile, mais il y avait introduit une imporlante modlQcation en laissant à la charge de l'État le» gymnases et les écoles techniques. Le Provéditorat central, dont J'ai fait connaître les principales allributions, n'est pas, comme je l'ai dit (p. 2t), un conseil supérieur, mais une section administrative du ministère de l'instruction publique. Il doit son organisation au ministre Coppino. La commission consultative pour les études hitiloriques, instituée par M. Correnti, a été supprimée par la Chambre comme faisant double emploi avec une des commissions du conseil supérieur. Le nombre des inspecteurs est d'en* viron 120, et celui des arrondissements du royaume est de 294. Il n'y a donc pas un inspecteur dans chacun des arrondissements.

Page 1