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L'Instruction publique en Maurienne avant la râevolution

C'est au xvie siècle qu'oui été fondés la plupart des collèges de la Savoie. Mais on aurait tort de croire que renseignement secondaire chez nous date de cette époque ; car ces fondations ne sont, ordinairement, que des réorganisations d'écoles plus rudimentaires ou tombées en décadence.

Dans une ordonnance du 7 janvier 1670, où il expose son projet de création d'un collège à St-Jeande-Mauricnne, Méf Pierre de Lambert constate avec tristesse que « les chaires des écoles de cette ville sont depuis longtemps muettes ; que les exercices littéraires, si utiles à la formation de la jeunesse, sont complètement négligés : situation qui, si elle venait à se prolonger, causerait incontestablement un préjudice considérable à l'Eglise et à la société civile, parce que l'élite intellectuelle du pays ne tarderait pas à être diminuée ».

Sans parler de la maîtrise des enfants de chœur

fondée en i45o par le cardinal de Varambon et spécialement destinée aux futurs ministres du sanctuaire, il y avait donc, à Saint-Jean-de-Maurienne, antérieurement au collège Lambert, des « cours de littérature » fréquentés par « l'élite intellectuelle du pays ». La qualification de « recteur des écoles de grammaire » donnée à un certain nombre de maîtres nommés dans nos archives locales, indique qu'ils avaient sous leur direction plusieurs écoles ou plusieurs classes dans la même école. L'un d'eux, François Monier, faisait représenter en i56^, avec l'autorisation du Sénat, le mystère du Sacrifice d'Abraham. Une représentation de ce genre suppose chez les acteurs une culture plus que primaire.

Cette école secondaire se tenait dans une maison de la rue Bonrieux, en face de l'ancien hôpital de la Miséricorde. On y voyait encore, il y a quelques années, des traces de peintures et des inscriptions qui rappelaient son ancienne destination (i). C'est là que, au dire de ses biographes, le bienheureux Jean de Maurienne, de l'ordre des Capucins, a fait ses éludes de latin, d'humanités et de philosophie, qu'il doit avoir terminées avant l'année 1570 (2). C'est aussi de là que sortirent les nombreux hommes de lois, notaires, procureurs, avocats, que nous trouvons établis à Saint-Jean bien avant la création du collège Lambert et dont les offices ou bureaux encadraient la place Mauconseil (Platea mali consilii).

Mais au moment où M&r de Lambert prit possession de son siège, les écoles de Saint-Jean-de-Mau-

(1) Rambàud, Histoire du Collège. (Travaux de la Société d'histoire de Maurienne, VIe vol.)

(2) Chanoine Truchet, Saint-Jean-de-Maurienne au XVIe siècle.

rienne étaient, comme nous L'avons dit, en complète décadence. Il y avail près de vingt-quatre ans qu'aucun évéque n'avait résidé en Maurienne, et pendant ce quarl de siècle les événements les plus malheureux, occupations étrangères, propagande calviniste, peste et famine, s'étaient succédé presque sans interruption.

M ! de Lambert s'était donné pour mission « de relever les ruines accumulées par le malheur des temps et aussi par l'incurie des pasteurs oublieux du devoir de la résidence ; il voulait n'être inférieur à aucun de ses confrères dans lepiscopat pour la bonne volonté et le zèle dans la culture de la portion de la vigne du Seigneur qui lui était confiée o (i). Il songea d'abord à donner une meilleure et plus complète organisation aux études classiques trop longtemps délaissées.

L'histoire du collège Lambert a été écrite par M. l'abbé Rambaud et publiée dans le VIe volume des Travaux de la Société d'histoire de Maurienne. Au risque de céder à une tentation trop commune à ceux qui écrivent, celle de critiquer les travaux de leurs devanciers, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que celte histoire est une œuvre hâtive et indigeste, où les documents, assemblés au petit bonheur, sont reproduits intégralement dans le corps même du récit et couvrent parfois deux ou trois pages de textes latins sans traduction.

Nous essayerons de coordonner ces matériaux et d'en dégager la substance utilisable, en y ajoutant le résultat de nos recherches personnelles.

(1) Ordonnance de l'Union de la chapelle de Saint-Roch au séminaire projeté (7 janvier 1570).

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