‹ L'Instruction publique en Maurienne avant la râevolution (volume 2)Chapitre 18 sur 18 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Grâce à tous ces établissements qui s'ouvraient gratuitement aux étudiants peu aisés, le nombre des hommes possédant une instruction supérieure était, dans notre pays, beaucoup plus considérable autrefois qu'aujourd'hui.

Si nous parcourons l'histoire de l'ancien clergé de Maurienne, nous sommes étonnés d'y rencontrer des légions de docteurs ayant conquis leurs grades en théologie et en droit canon, soit à l'université de Turin, soit au grand collège des Savoyards à Avignon.

Pour ce qui concerne spécialement le Chapitre de la cathédrale, lld Jacques Damé, qui rédigea au xvne siècle une chronique restée manuscrite, le louait « d'avoir compté dans son sein, à toutes les époques, beaucoup de personnages non moins remarquables par leur science que par leur piété, qui ont été élevés à la dignité épiscopale ou méritaient cel honneur ».

Au lendemain de la Révolution, Verneilh, dans la Statistique du Mont blanc, constatait que dans ce département « le nombre des hommes ayant des connaissances au delà des premiers éléments avait diminué pendant l'intervalle de 1789 à 1801 ».

L'infériorité est surtout évidente, si nous considé-

rons l'instruction professionnelle. Avant 1789, la Maurienne avait ses architectes, ses peintres, ses sculpteurs, ses ouvriers de tout genre. Nos églises, avec leurs grands rétables dorés, leurs colonnes torses enguirlandées de branches de vigne, leur peuple de statues, leurs antiques tableaux, ont été construites et ornées par des artistes mauriennais ; les vêtements de nos ancêtres étaient faits d'étoffes fabriquées dans le pays (1) ; les outils en fer ou en acier pour l'agriculture et les autres industries sortaient des usines d'Argentine, d'Epierre ou des Fourneaux. En un mot, la Maurienne se suffisait à elle-même.

Depuis la Révolution, si notre province a continué à produire des hommes qui se sont distingués dans leur profession, ils l'ont généralement exercée dans d'autres pays où ils trouvaient plus de facilité pour faire valoir leurs talents. C'est ainsi que la centralisation a fait sentir son influence jusque dans le domaine intellectuel, appauvrissant les petites villes au profit des grandes agglomérations urbaines.

Il est vrai que l'instruction primaire était beaucoup moins prospère que l'enseignement secondaire ou supérieur ; que certaines paroisses, surtout dans la basse Maurienne, comptaient encore une forte proportion d'illettrés. Mais nous avons vu que cette situation tendait à s'améliorer d'année en année ; qu'au cours du xviii^ siècle, des écoles gratuites avaient été fondées dans toutes les communes, presque dans tous les hameaux où il n'en existait pas encore ; que des résultats remarquables avaient été

(1) En 1791, un rapport de l'intendant de Maurienne constate dans cette province l'existence de 225 métiers pour la fabrication des draps grossiers à l'usage des paysans.

obtenus dans beaucoup de Localités; que ce développement de L'instruction populaire fut brusquement arrêté |>ar la Révolution, qui dispersa les maîtres, traités comme suspects et confisqua les fondations

scolaires.

Au lendemain de la dévastation jacobine, l'Eglise, perpétuelle recommenceuse, se remit à L'œuvre et fonda de nouvelles écoles. Mais il fallut plus d'un demi-siècle pour reconquérir le terrain perdu et reconstituer celte admirable organisation scolaire qui, plus tard, servira de modèle à ceux qui, en France, entreprendront de réformer l'enseignement primaire.

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