EXERCICES PUBLICS REPRÉSENTATIONS DRAMATIQUES
Dans un article des Royales Constitutions pour l'Université de Turin (1729), il est dit que « les professeurs seront obligés de faire de temps en temps, pendant le cours de l'année, quelques exercices publics de littérature, afin que les applaudissements que recevront les écoliers qui donneront dans cet essai des preuves de leur application inspirent aux moins studieux une vertueuse émulation, et un juste contentement aux parents et à la patrie de ceux-là. »
Ces exercices publics étaient très en honneur dans les collèges de la Savoie bien avant les Royales Constitutions (1). Outre qu'ils étaient un puissant moyen d'émulation, ils avaient l'avantage d'associer le public à la vie du collège et de propager au dehors le goût des choses de l'esprit.
Dans la séance du 7 août 1714» le syndic Paraz fait part à l'assemblée que les sieurs Beaune des Echelles et Rossât de Fontcouverte, qui ont fait leur cours de philosophie au collège Lambert, ont dédié leurs thèses générales de philosophie aux nobles syndics et conseil de Saint-Jean.
(1) Fr. Mugnier, La Comédie au Collège, Soc. sav. d'hist., t. XXYI.
La soutenance de ces thèses aura lieu le 9 courant. Le conseil décide que les nobles syndics y assisteront en manteau noir, accompagné de tous les conseillers qui pourront s'y rendre.
La Société d'histoire de Saint-Jean-de-Maurienne possède un spécimen de ces thèses générales, dont la soutenance attirait l'élite intellectuelle de la ville.
Le programme est imprimé sur soie et orné d'un portrait de saint Augustin écrivant à la lumière d'un rayon que lui projette une Bible ouverte à côté de son pupitre.
Il porte cette dédicace : « Beato principi Heraldo, Guillemi comilis Burgundiae tilio, ex Garthusia ad sedem Maurianensis episcopatus olim evecto,ejusque dignissimo successori D. D. illustrissimo Herculi Berzelto, Maurianensi nunc antistiti ae principi, atque insigni ejusdem ecclesiœ antiquissimse sanclissimai que Gapitulo, se et suam philosophiam dicat, vovet, ae consecrat Joannes Franciscus Togniet, Maurianensis ».
Suit l'énumération d'une quarantaine de thèses sur toutes les parties de la philosophie.
Enfin, le programme annonce que la soutenance
solennelle est fixée au du mois d'août, à 3
heures du soir, 16*79.
Les élèves de philosophie n'avaient pas le monopole de ces séances publiques et solennelles. Nous lisons dans le livre de raison de noble Claude-François de Ha pi n :
«Le 17 septembre 1757, plusieurs écoliers de Rhétorique ont soutenu des thèses d'éloquence dans la salle de l'évcché, entre autres Laurent tils de M. Jean-Baptiste Frasse, notaire, notre châtelain des
Villards; et le lendemain, ils ont représenté la tragédie de la Mort de César, au collège, en présence de l'évêque (i). »
Voulant encourager cette initiative, Mer de Martiniana invita les rhétoriciens et les philosophes à donner dans son palais épiscopal, des représentations dramatiques, dont il fit lui-même les frais. Une première représentation, dont nous ignorons le sujet, eut lieu le 27 décembre 1760. Vers la fin du carnaval, on y a joué la comédie du Malade imaginaire (2).
En 1770, le chanoine Louis-François Truchet, professeur d'éloquence, docteur in ut roque jure, fit donner par les élèves de rhétorique une représentation d'un caractère très original. C'était un débat judiciaire en latin : Accusation portée devant le roi Tullus contre Mar eus Horatius, à raison du meurtre de sa sœur.
Le sujet est imprimé chez Gay, imprimeur et libraire à Saint- Jean-de-Maurienne, sur une grande feuille en tête de laquelle sont les armoiries de M&v de Martiniana. La représentation eut lieu au palais épiscopal, sous la présidence de l'évêque, auquel la pièce est dédiée.
(1) Ces séances avaient été données en l'honneur de M&r de Martiniana, récemment nommé évêque de Maurienne, qui avait fait son entrée dans sa ville épiscopale le 11 septembre 1757.
(2) Livre de raison de Claude-François de Rapin.
Les acteurs sont au nombre de dix .