PROGRAMME DES ETUDES
Nous ne connaissons pas le programme des études suivi au collège Lambert.
Mais, depuis l'introduction de la Reforme en 1729, ce programme ne devait pas beaucoup différer de celui qui était imposé par l'Université de Turin aux collèges royaux.
Le règlement des collèges royaux contenait d'excellentes instructions dont les éducateurs modernes pourraient faire leur profit.
« Peu et bien », telle était la devise de l'ancienne pédagogie.
Classes de grammaire. — Les enfants devaient apprendre, pendant une année ou deux, selon leur capacité, le Rudiment, c'est-à-dire le mécanisme des déclinaisons et des conjugaisons latines.
Quand ils y étaient suffisamment exercés, ils passaient à la syntaxe, réduite aux règles essentielles, qu'on leur expliquait par des exemples. Cette étude ne devait durer (pie deux ou trois mois.
Aussitôt après, on exerçait les élèves à la traduction des auteurs latins, afin de les initier au génie de la langue latine et de leur rendre familière la construction des phrases, si différente de celle des langues modernes.
Ce n'est qu'après qu'on passera au thème. On
devra éviter de prolonger ou de compliquer cet exercice, car les règles s'apprendront bien mieux et avec moins de peine par l'explication des livres latins. Dans celte explication, le professeur montrera l'application des règles de la syntaxe qui, par ce moyen, s'imprimeront plus profondément dans l'esprit.
On donnera ensuite aux élèves des sujets ou arguments faciles tirés des textes expliqués, afin de les habituer à la composition.
Humanités. — Le maître enseignera la mythologie et les institutions romaines, « dont la connaissance est absolument nécessaire pour la parfaite intelligence de la langue latine ». Il fera apprendre un Recueil de phrases, tirées des auteurs du bon siècle, afin que les élèves apprennent le tour et l'expression latine.
Les élèves ne devront pas seulement faire des amplifications en latin, mais encore s'exercer de temps en temps à parler cette langue.
Le cours d'humanités durait de deux à trois ans.
Rhétorique. — L'enseignement de la rhétorique se faisait en latin. Les sujets de discours, tirés de l'histoire grecque ou romaine, mettaient en scène quelque personnage célèbre, dans des cas arrivés ou qui auraient pu facilement arriver.
On voit que cet enseignement avait pour but la culture de l'esprit, et non l'acquisition d'une somme plus ou moins grande de connaissance. L'étude de la langue latine, qu'on apprenait comme une langue moderne, était l'instrument principal de celte culture.
Dans ce programme, il n'est pas question de sciences, parce que celles-ci n'étaient enseignées
qu'on philosophie. La philosophie était encore alors la science universelle.
Nous possédons un cours manuscrit de philosophie enseigné au collège Lambert, vers la tin du wiu siècle. 11 est en Latin, et, malgré les nombreuses abréviations, il ne renferme pas moins de jio pages in-8°, d'une écriture fine et serrée. Et encore il manque les deux premières parties.
Dans la troisième partie, l'auteur traite des corps inanimés. Il y parle d'abord du ciel et des astres dont il explique la nature et les divers mouvements : phases de la lune, éclipses, influences sur les marées et sur la végétation, etc. Il expose les divers systèmes de Ptolémée, de Copernic et de Tycho-Brahé. Notons, en passant, qu'il soutient encore la thèse de la terre, immobile autour de laquelle évolue les planètes.
L'étude consacrée aux quatre éléments : l'eau, la terre, l'air et le feu, résume toutes les notions de la chimie et de la physique de l'époque.
La quatrième partie a pour objet les corps animés. L auteur y décrit la structure et les fonctions du corps humain, d'après les données de l'anatomie et de la physiologie d'alors, entre autres le système de la circulation, découvert par Hervey. Dans l'âme, il étudie successivement les phénomènes des vies végétative, sensilive et intellectuelle, avec les multiples organes par lesquelles s'exercent les diverses fonctions de cette triple vie.
Les deux dernières parties du cours, beaucoup moins développées, sont consacrées à l'Ethique et à la Métaphysique.
Cette méthode synthétique, qui a l'avantage de ne pas isoler ce que nous trouvons uni dans la réalité,
est beaucoup plus concrète et objective que la méthode analytique généralement suivie de nos jours. La philosophie restait ce qu'elle élait dans l'antiquité, « la somme des connaissances humaines » (i). A en juger par les cahiers de rédaction, « il fallait bûcher fort en ce temps-là, et l'on ne se contentait pas d'étudier vaille que vaille un auteur tout imprimé » (2).
Promotion. — Relativement à la promotion, le règlement des collèges rovaux portait que « les élèves devaient passer par tous les degrés des études et produire, comme garantie, un certificat de leur maître. A l'ouverture des classes, les professeurs devaient examiner les jeunes gens qui se présentaient et renvoyer aux classes inférieures ceux qui n'étaient pas jugés suffisamment instruits.
Au collège Lambertin, la promotion des élèves était soumise au contrôle non seulement du conseil d'aministration, mais même du conseil municipal. Voici, en effet, ce que nous lisons dans une délibération des administrateurs en date du 4 octobre 1^20:
« Il a été représenté que les escoliers qui ont étudié cette année en philosophie n'ont pu se fortifier dans cette étude, par rapport à l'interruption qu'on a été obligé de souffrir pour obéir aux ordres de la Cour (3). Ce qui est cause que les mêmes esco-
(1) Dans les archives du comte d'Arves, qui appartiennent aujourd'hui à M. le chanoine Brunet, il y a les cahiers de philosophie de Joseph-Hippolyte-Martin Sallière d'Arve, étudiant au collège royal Lambertin en l'année 1771. Il était âgé de 19 ans et avait pour professeur un nommé Empiaz. Ce cours est en latin comme le précédent.
(2) Chanoine Truchet, Récits Mauriennais, 2e série.
(3) Allusion probable aux mesures sanitaires prises à l'occasion de la peste de Marseille, dont on redoutait l'invasion en Savoie.
liers craignant de ne pas profiter en physique, désirenl de recommencer leur Logique. El le K1 Sr Lany qui les a enseignés ayant été appelé pour dire son Bentimenl à la présente assemblée, nous a rapporté qu'il sérail nés à propos (pie l'on recommence la dite classe, par rapport à la faiblesse générale de tous les écoliers qu'il a pris soin d'enseigner.
a D'ailleurs on a remarqué qu'il y a très peu de rhétoriciens et très peu parmi eux qui soient capables d'entrer en logique. En sorte qu'ils ne pourraient suffire eux seuls pour composer raisonnablement une classe. Le tout mûrement considéré par les administrateurs, il a été conclu que l'on recommencerait, Tannée qui vient, la logique. »
Dans une autre circonstance, le conseil s'opposa à ce qu'on fît répéter les classes.
« Les nobles syndics ayant fait part qu'il leur est revenu que le réformateur des études de cette province, sur le rapport de quelques professeurs, devait faire rétrograder la plupart des écoliers dans lesquels lesdils professeurs ont allégué avoir trouvé bien peu de principes, et que cette opération qui parait d'ailleurs assez praticable pourrait néanmoins causer un plus grand mal par le dégoût de la plupart des écoliers qui seraient exposés à subir ce sort et même par l'éloignement de quelques-uns d'iceux ou l'abandon total de leurs études; les nobles syndics ont été priés de faire au seigneur réformateur telles représentations qu'ils croiront convenables sinon pour empêcher, du moins pour modifier ladite opération »(i).
(1) Délib. du 14 janvier 17G8.