NOMBRE DES HOMMES
sachant lire et écrire sans
ayant des connaissances au-
d'autres connaissances.
delà des premiers éléments.
En 1789
En 1801
En 1789
En 1801
Chambéry
Annecy
Moûtiers
St-Jean-de-Maur'16 . .
Avec quelque soin qu'ait été faite l'enquête, nous croyons que les résultats sont incomplets et faux, du moins en ce qui concerne la Maurienne. On remarquera d'abord que ce pays (il en est de même de la Tarentaise) accuse une augmentation du nombre des lettrés, alors que ce nombre a diminué dans les autres arrondissements du Montblanc et dans le reste de la France. La Maurienne (ainsi que la Tarentaise) ferait donc exception à la décadence générale ?
Verneilh explique cette augmentation particulière à la Maurienne et à la Tarentaise par la protection hospitalière qu'un grand nombre d'ecclésiastiques trouvèrent dans les montagnes de ces deux arrondissements frontières des grandes Alpes, où ils cherchèrent à se rendre utiles en instruisant la jeunesse dans la famille et dans le voisinage de leurs bienfaiteurs.
Pour élogieuse qu'elle soit au clergé et aux populations de nos montagnes, cette explication ne paraît guère fondée. Nous savons que la plupart des prêtres
de la Maurieime émigrërent en 1793. Quel que soit le nombre de ceux qui restèrent à leur poste ou revinrent l'occuper, il ne suffisait pas aux besoins du ministère paroissial (1). Il ne pouvait donc combler le déficit causé par l'exode des vicaires régents ou par l'interdiction des anciens instituteurs laïques. Nous avons cité plusieurs documents révolutionnaires accusant « une pénurie de sujets propres à l'enseignement ».
Il y a d'autant moins de raisons d'admettre cet accroissement exceptionnel du nombre des lettrés, que l'instruction primaire avant la Révolution était déjà passablement développée en Maurienne (et en Tarentaise) et qu'il eût été difficile, à une époque aussi troublée, même de conserver la situation acquise.
Que l'instruction primaire, loin de progresser, ait notablement reculé après 1792, en Maurienne comme ailleurs, c'est ce qui ressort de nombreux documents officiels, signalant « l'ignorance crasse où croupit la jeunesse », « la pénurie des instituteurs », l'insufli-
(1) Cependant, le clergé mauriennais ne se désintéressa pas de la question de l'enseignement primaire, comme le prouve le passage suivant des Souvenirs de la Persécution, par M. l'abbé Molin : « Le 10 novembre (1799), j'ai été à Saint-Rémy parler à un nommé Augustin Rostaing pour l'engager à venir faire l'école à Epierre l'hiver prochain... Le 24, j'ai annoncé l'ouverture de l'école pour le lendemain ; j'ai fait sentir aux parents la nécessité et le devoir d'y envoyer leurs enfants ».
Autre témoignage d'une portée plus générale. La première décade de ventôse an VI, le commissaire du pouvoir exécutif près l'administration centrale du Montblanc écrit, dans un rapport officiel: « Les prêtres insoumis ont eu l'adresse de s'emparer de l'instruction et de la tourner toute à leur vue... (Arch. Nat. Fie. III. — Montblanc, 3.)
sance du nombre d'écoles, dont beaucoup de communes sont dépourvues ». Ajoutons un dernier témoignage qui ne laisse rien à désirer sous le rapport de la précision et de l'autorité. Le 4 fructidor an X (21 août 1802), le maire de Saint-Jean, Borgé, écrivait au souspréfet Bellemin : « L'instruction, dès ce moment (1793), resta nulle dans ce pays jusqu'en l'an IX, où, par votre sollicitude bienfaisante, l'instruction commença à se rétablir et à procurer à la jeunesse des moyens de se soustraire à cette ignorance crasse dont elle était enveloppée » (1),
Après avoir lu une déposition aussi catégorique, est-il possible de croire à l'exactitude de la statistique de M. Yerneilh accusant un progrès de l'instruction primaire en Maurienne pendant la Révolution?
(1) Arch. dép. de la Savoie.