Voir la circulaire du 22 septembre
très médiocres maîtres surveillants, et l'éducation proprement dite y est négligée. La seule que nos enfants y reçoivent est celle qu'ils puisent eux-mêmes dans les leçons de leurs professeurs et dans le commerce des grands écrivains. C'est déjà beaucoup sans doute, car l'enseignement n'est pas seulement affaire de gérondif et de supin, et tout ne s'y réduit pas à de simples exercices dé style, comme on l'a prétendu. L'Université, grâce à Dieu, vise plus haut, et nous avons connu plus d'un professeur dont les leçons avidement recueillies constituaient de véritables cours de morale en action. Malheureusement, quelque élevé, quelque fécond que soit un tel enseignement, il n'est pas également accessible à toutes les intelligences. S'il suffit aux esprits d'élite, il n'a pas la même action sur les sujets moins bien doués, à plus forte raison sur les natures perverses ou simplement réfractaires. Il ne saurait, pour celles là, tenir lieu d'une bonne pédagogie, c'est-à-dire de cette vigilance et de ce redressement de tous les instants que nos maîtres surveillants pratiquent si mal. Qui n'a vingt fois entendu des pères ou des mères adresser à nos lycées cette critique devenue presque banale, et qui ne la trouve un peu justifiée? Pas n'est besoin pour cela d'avoir médité les livres de M. Bréal ou de M. Jules Simon : il suffît de se souvenir et de se comparer. Or, nous le demandons, si tel est vraiment l'état des choses, s'il est démontré que le régime intérieur de nos lycées est mauvais, s'il est prouvé que nos méthodes d'enseignement sont défectueuses, de quel
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droit provoque-t-on les Chambres à fermer des maisons qui, sous un rapport au moins, sont supérieures aux nôtres? La conclusion manque de logique en vérité. On serait venu dire à la tribune : Nous avons de grands efforts à faire pour mettre nos lycées en état de supporter la redoutable concurrence des congrégations enseignantes. Ces congrégations ont fait d'énormes progrès depuis dix ans : le nombre de leurs élèves a presque doublé; elles ont su gagner la confiance de beaucoup de familles; un parti puissant les soutient et les appuie ; elles ont la vogue, la mode, elles ont le succès, nos examens le montrent, nos concours le prouvent. Bref, nous sommes menacés, et, si vous ne venez pas à notre secours, il est à craindre que nous ne soyons bientôt tout à fait dépassés. Donnez-nous donc de l'argent, beaucoup d'argent pour agrandir et restaurer nos vieux lycées, et pour en construire de nouveaux *. Louis-le-Grand tombe en ruine; Saint-Louis n'est qu'une devanture ; on y manque d'air et tf espace, on y étouffe. Ouvrez-nous de larges crédits pour bâtir au Vésinet, à Vincennes, à Choisy-le-Roi, dans toute la banlieue de Paris, des établissements modèles, comme Vanves, dont le succès est si grand. Les jésuites seuls ont fondé depuis dix ans douze maisons, et nous l'Université, nous l'État, nous n'en avons pas une de plus à Paris qu'en
1. Nous pourrions ajouter : et pour augmenter les traitements des professeurs de renseignement secondaire, qui sont demeurés, au moins à Paris, stationnaires, tandis que les professeurs de facultés ont vu leur situation sensiblement améliorée depuis quelques années.
1820. — Ah ! si Ton était venu dire ces choses aux Chambres, quelle unanimité d'approbation n'eût-on pas rencontrée ! Et si Ton s'était contenté de réclamer en même temps la restitution de la collation des grades à l'État, quelle écrasante majorité n'eût-on pas encore obtenue! Quelques voix isolées se seraient peut-être élevées pour la forme; mais elles seraient bien vite retombées sans force et sans écho.
Au lieu de cela, qu'a-t-on fait? On est venu, sans autres preuves que quelques méchantes citations, sans autre enquête qu'une inspection superficielle et sans autre raison que la raison du plus fort invoquée brutalement, dénoncer et flétrir les congrégations. Au lieu d'étudier des réformes que le corps universitaire est le premier à réclamer et de se présenter devant les Chambres avec un projet réfléchi, on s'est lancé dans une politique de violence et d'oppression. On n'essaye pas de lutter contre la concurrence; on trouve plus simple de la supprimer. On ne cherche pas à s'amender, on aime mieux proscrire. On est un ministre de l'instruction publique et l'on voudrait d'un seul coup éteindre cent cinquante ou deux cents foyers d'enseignement !
C'est pourquoi nous sommes bien rassuré ; une telle politique a pu trouver une majorité de circonstance et de passion, elle ne prévaudra jamais devant une assemblée calme et posée. Le Sénat s'est contenté jusqu'à ce jour d'un rôle modeste. Il aurait pu, dans plus d'une circonstance déjà, modérer Taflure des deux autres pouvoirs publics. Il ne l'a pas essayé,
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soit que les questions sur lesquelles il se trouvait en dissentiment avec la Chambre et le gouvernement ne lui parussent pas assez importantes, soit qu'il voulût mettre de son côté la patience et la modération. Tant de réserve était peut-être excessive; beaucoup l'ont dit, un plus grand nombre l'ont pensé. Tel n'est pas notre avis : si le Sénat avait abusé des droits qu'il tient de la Constitution, il aurait eu quelque peine à entraîner l'opinion. A Theure qu'il est, elle le précède, elle l'attend. C'est le 16 mai renversé. Quand le Sénat vota la dissolution en 1876, ce fut sans grande conviction ; il eut le sentiment qu'il commettait une faute, et la suite a prouvé qu'il ne se trompait pas. Bien différente est aujourd'hui sa situation : la France a protesté contre les projets de M. Ferry par dix-sept cent mille signatures et par la voix de quarante-cinq conseils généraux. Avec un pareil effectif derrière soi, la haute assemblée peut envisager froidement toutes les éventualités dont on la menace. Quoi qu'il arrive, elle n'a pas à craindre d'aller contre le vœu du pays en se plaçant résolument sur le terrain de la liberté d'enseignement. Elle est sûre en tout cas d'y rencontrer ceux qui ont encore quelque souci de la justice et du droit, et cela seul importe à son honneur.
U POUTIQUE CONCORDATAIRE
Il n'est pas toujours facile de distinguer les éléments très divers dont se forme l'opinion publique dans un pays qui, comme le nôtre, a traversé tant de révolutions et successivement acclamé des régimes si contraires. Depuis près d'un siècle, la France a fait, on peut le dire, toutes les expériences, connu toutes les extrémités. Il y a des nations privilégiées, dont la marche semble obéir à des lois naturelles, qui se développent harmonieusement, dans le sens de leurs intérêts traditionnels, tantôt avec une sage lenteur, tantôt avec l'irrésistible puissance que donne aux sociétés, comme aux individus, le sentiment de leur force matérielle joint à l'orgueil de race. Telle la Prusse depuis plus d'un demi-siècle et même, en remontant au delà, depuis le grand Électeur; telle TAngleterre depuis l'heureuse révolution qui l'a délivrée des sectes et des factions; tels dans tous les