‹ L'instruction publique et la démocratie 1879-1886Chapitre 2 sur 39 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

Il ne faudrait pas chercher dans ces pages écrites en plein combat plus de calme et de sérénité qu'on ne s'est flatté d'y en mettre. J'admire ceux qui ont pu garder leur sang-froid dans un conflit où sont engagés tant et de si hauts intérêts. Je ne partage pas leur quiétude et je n'ai pas leur philosophie.

Le droit violé, la justice et la liberté de conscience outragées, l'athéisme officiel installé dans nos écoles à la place de la vieille morale spiritualiste, Dieu lui-même expulsé; nos belles études classiques mutilées, soumises à de désastreuses expériences, au nom d'une pédagogie d'importation étrangère et souverainement antipathique à l'esprit français; ce clair et vif esprit lui-même altéré par de mauvais alliages, le triomphe de l'érudition prétentieuse et le règne des pédants; enfin et par-dessus tout le déchaînement réfléchi de la guerre religieuse sur ce pays livré d'ailleurs à de si funestes divisions : de tels griefs ont pu laisser froids la masse des indifférents et des satisfaits ; il n'est pas une âme un peu sensible au côté moral des choses qui n'en ait ressenti l'inoubliable outrage. Je suis du nombre et je m'en honore. Quand la conscience parle, il ne faut écouter qu'elle et la suivre. Tant pis si le chemin par où elle vous mène n'est pas toujours sans épines et sans douleur.

Page 1