‹ L'instruction publique et la réforme universitaire en ItalieChapitre 8 sur 18 · UN RÉVEIL LIBÉRAL EN PROVINGE · texte numérisé non relu

UN RÉVEIL LIBÉRAL EN PROVINGE

ditions nos municipalités, 4ios départemens peuvent-ils sortir de tutelle? Ce sont là encore des questions que tous peuvent agiter de concert sans toucher même de loin aux points, qui divisent, car, quelle que soit l'organisation supérieure de l'état, il est toujours important de savoir si tout doit procéder de ce sommet unique, si par conséquent le moindre arrêté de police doit tomber sur nous d'une hauteur qui, suivant la loi des corps graves, en triple ou quadruple le poids naturel, ou bien si nous aurons à traiter avec des autorités plus voisines de nous et plus accessibles. Démocrates ou constitutionnels, nous avons tous intérêt à apprendre si nous devrons toujours adresser nos vœux à un dieu suprême qui se cache dans les nuages, ou bien s'il nous sera permis de nous faire des demi-dieux à notre image, qui sachent de quoi nous sommes faits, et dont l'autel, plus près de terre, soit d'un abord plus facile.

On voit quel nouveau et vaste champ s'offre ici aux réflexions des publicistes libéraux. Les articles de Varia sur la Réforme judiciaire «t de Francs Propos sur Y autonomie de l'université sont des exemples des questions qui peuvent être posées et même des solutions <iui peuvent être proposées en ce genre, abstraction rigoureusement faite de questions politiques d'un autre ordre. Tout dans ces travaux ne nous parait pas sans doute également acceptable, mais tout nous parait utile, principalement la patience méritoire avec laquelle les auteurs n'ont pas craint de descendre dans certains détails et de rédiger presque des articles de projet de loi ; car ici encore, nous en avons la conviction, il faut que l'étude soit détaillée pour être proû table. Des généralités vagues sur la décen^ tralisationj comme celles qui remplissent les journaux depuis que le Moniteur en a donné le modèle, ne suffiraient pas. C'est de pratique que nous avons besoin, car c'est à la pratique que les difficultés nous attendent. Il ne faudrait pas qu'un mouvement de réaction superficiel nous fit illusion sur la profondeur de la révolution qu'il s'agit d'opérer et du sentiment qu'il s'agit dô combattre. La France tient beaucoup plus qu'on ne pense à son unité administrative, dans laquelle, bien à tort, elle voit le symbole de l'unité morale dont elle est fière. Elle s'effraie et se cabre dès qu'on touche à l'image, comme si la réalité était en péril. Cette grande nation, chez laquelle les sentimens, la langue, les mœurs portent à tel point l'empreinte de l'unité, qu'il en résulte même un peu de monotone uniformité dans les caractères, a la faiblesse de croire qu'elle tomberait en dissolution, si tous les préfets n'envoyaient à la même heure la même circulaire dans toutes les mairies. C'est im fantôme qu'on ne peut dissiper qu'en marchant sur lui d'un pas tranquille et résolu, le flambeau des faits à la main. C'est peu à peu, en prévoyant

toutes les objections et en préparant réponse à tout, qu'on peut arriver à convaincre un lecteur français que, si les communes étaient libres de s'administrer à leur gré, elles n'enverraient pas à nos armées des recrues animées d'un sentiment moins national, que si nos cours impériales dépendaient moins étroitement du garde des sceaux, elles n'en appliqueraient pas moins le code civil, et ne songeraient nullement à faire revivre les droits coutumiers, que des établissemens d'instruction assujettis à un régime moins uniforme n'enseigneraient ni le picard ni le breton au lieu de la langue de Bossuet et de Racine, — en un mot que le corset qui enserre les membres de la France n'est pas son corps, encore moins son âme, et qu'on en peut relâcher les mailles sans porter atteinte à l'unité même de l'être moral.

Ainsi émancipation de l'individu, substitution du concours de plusieurs autorités indépendantes à l'unité hiérarchique qui a tout jusqu'ici, telles sont déjà les deux vastes tâches qui s'offrent à l'action commune des partis libéraux ; ce sont deux faces de la liberté que nous pouvons tous envisager du même œil. Je le sais bien pourtant, ce n'est pas tout : au-dessus de l'individu émancipé, de la com^ mune ou de la province restaurée, à côté de la justice et de la religion rendues à l'indépendance, il y a encore, — il faut bien en venir là, — ce qui proprement s'appelle gouvernement. Si réduites que soient la part de l'état et dans l'état celle du pouvoû- central, encore faut-il que ce pouvoir existe. Si libres qu'on fasse les membres, encore, pour vivre et se tenir debout, leur faut-il une colonne vertébrale et une tête. C'est ici que prennent naissance ces débats constitutionnels de funeste mémoire qui ont fait couler tant de sang et noirci tant de papier sans que nous soyons, après soixante ans, plus avancés que le premier jour. Quel doit être, dans l'origine ou l'exercice de la souveraineté, le rôle du principe de l'élection ou de tel autre, celui de l'hérédité par exemple? Quels rapports le pouvoir qui fait les lois doit-il soutenir avec celui qui les exécute? Faut-il un ou deux corps législatifs issus d'origine diverse ou pareille? Questions sur lesquelles tout homme qui réfléchit a son parti pris , mais dont la discussion tant de fois renouvelée a laissé dans les esprits de la foule plus d'éblouissement que de lumière, questions toujours brûlantes pourtant, pleines d'émotions et de tempêtes. Proposons- nous de les ressusciter, on dirait des blessures toujours saignantes dont on ne peut approcher la main sans que les chairs frémissent. Ces plaies sont aujourd'hui plutôt bandées que fermées par une constitution qui, au mérite déjà grand d'être toute faite et d'exister, joint celui de n'avoir pas la prétention d'enchaîner définitivement l'avenir. 11 y aurait des dangers de plusieurs sortes

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à essayer de lever ou même de secouer trop fortement ce frêle appareil.

Heureusement, pour constituer l'union des esprits libéraux, rien de pareil n'est nécessaire. Précisément parce que nous avons fait répreuve de presque toutes les formes possibles de gouvernement, nous avons appris par la comparaison qu'aucune n'est tout à fait essentielle à la liberté, aucune non plus complètement incompatible avec elle. Nous avons gémi sur plus d'une tyrannie républicaine, comme nous avons vu fleurir plus d'une liberté sous le droit divin. L'expérience fort coûteuse qui a fait passer au creuset des révolutions toutes les sortes d'institutions imaginables nous a permis de dégager, si l'on ose ainsi parler, les conditions élémentaires et comme les degrés minimum de température et de pression atmosphérique sous lesquelles la liberté peut se produire. Ce minimum se réduit, je crois, à des termes très simples auxquels toute constitution, celle de 1852 comme toute autre, peut aisément se prêter.

Toute constitution en effet qui ne veut être ni la tyrannie avouée ni l'anarchie pure (or quelle constitution n'a la prétention d'éviter ces deux extrêmes?) fait toujours, au moins en apparence, deux parts dans la direction des affaires politiques d'une nation. Elle en réserve une à l'intervention du pays lui-même, appelé à se prononcer par un mode d'élection quelconque; une autre est laissée à la discrétion du gouvernement, sur quelque principe qu'il soit établi. Ce partage est l'essence même de toute constitution, car si la nation n'était consultée sur rien, elle serait ouvertement asservie; si le pouvoir n'avait le droit de rien décider, toute autorité serait mise à néant et toute force manquerait à la loi.

Ces deux élémens sont donc toujours, au moins nominalement, en présence. Or du moment qu'ils existent, dans quelque mesure qu'Us soient répartis et quelque proportion qu'on ait établie entre eux, la liberté peut s'en emparer : il suffit qu'elle exige chez Fun la sincérité et qu'elle impose à l'autre le contrôle de la discussion et le frein de la responsabilité. Si petite que soit la part faite à l'intervention du pays, pourvu que cette intervention soit sincère et que ce soit réellement le pays qui l'exerce par ses véritables organes, c'est un germe que la liberté peut couver patiemment, en attendant de l'avenir l'éclosion inévitable. Une chambre sincèrement élue, quelles que soient d'ailleurs ses attributions, c'est la liberté dans la place. Fiez-vous, pour s'y loger à l'aise, à son invincible élasticité. Si faible que soit l'organe laissé à la voix du pays, si le son en est pur, la liberté lui trouvera des échos. Si grande d'autre part que soit la puissance discrétionnaire laissée par la loi au gouvernement^ si l'usage de cette puissance peut être librement discuté, et si ceux

qui en disposent peuvent être sommés à un jour donné d'en rendre compte, la liberté fera la garde à Fentour et les empêchera d'empiéter. Le plus vaste pouvoir du monde^ s'il demeure soumis à la critique pendant qu'il s'exerce et peut être pris à partie pour répondre de ses œuvres, est plus efficacement borné par ce contrôle et cette menace que par aucun article de loi écrite. Au fond, il n'y a pour la liberté que trois poisons destructeurs qui sont les alimens mêmes dont le despotisme se nourrit : le mensonge, le silence et l'impunité. Le pouvoir absolu périt du jour où l'on peut quelque part, fût-ce à ses pieds, parler et juger.

Ceci revient à dire que la liberté n'a au fond que trois demandes indispensables et sine qua non à faire à une constitution : sincérité dans les élections, droit de discussion à la tribune et dans la presse, responsabilité sérieuse des dépositaires du pouvoir. Une fois rassuré sur ces exigences, tout homme sensé lui conseillera d'être beaucoup plus coulante et moins chicanière que par le passé sur des questions de préséance et de point d'honneur, de s'inquiéter moins par exemple de grandir les attributions du corps électif aux dépens des prérogatives du souverain. Encore un coup, le partage même importe peu: ce qui importe, c'est qu'une fois fait, on s'y tienne, qu'il ne soit pas subrepticement faussé, et que chacun dans sa sphère soit justifiable devant l'opinion de sa conduite. Donnez-moi cette assurance, la liberté vous tient quitte du reste.

Mais aussi tant que la sécurité n'existe pas sur ces points capitaux, U y a, on le voit, même dans l'ordre politique le plus élevé, des conquêtes urgentes à poursuivre, auxquelles peuvent se consacrer de concert tous les libéraux en ajoi(mant après la victoire leurs dissentimens de moindre valeur. U y a comme un symbole en trois articles que chacun peut signer et défendre, réservant pour soi-même son franc parler, et accordant à autrui la tolérance sur les points douteux. C'est la règle catholique en matière de foi. Je n'imagine pas que personne ait, en fait d'orthodoxie, la prétention d'être plus difficile que l'église. Le bon sens d'ailleurs, la règle de ménage la plus vulgaire indique assez qu'il est ridicule, quand on n'a pas le nécessaire, de se quereller sur les conditions du superflu. Que si cette campagne à soutenir pour obtenir le modeste nécessaire de la liberté devait être longue et laborieuse , si elle devait retenir plus de temps qu'on ne le pense sous le même drapeau des gens qui s'étonnent un peu de s'y trouver ensemble, il n'y aurait peutêtre pas lieu de trop s'en affliger, car ces gens y gagneraient de se connaître, peut-être de s'apprécier même les uns les autres plus qu'ils n'ont fait jusqu'aujourd'hui. Rien ne fait tomber les préjugés et ne dissipe les malentendus comme une lutte commune soufferte

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pour un but généreux. Peut-être à la longue, le rapprochement dea hommes venant en aide à celui des opinions, l'avenir verrait poindre enfm cet accord complet des nobles cœurs dont Tespoir toujours trompé a lassé la patience des générations présentes.

En attendant, Tunion, même bornée et temporaire, servira toujours à réveiller, à échauffer ces cœurs libres là où ils existent et à les former où ils n'existent pas. C'est là, avant tout plan d'institution à rédiger, avant même toute garantie à obtenir, l'œuvre présente et pressante d'un nouveau parti libéral. En prononçant le mot ^éducation politique de la France^ on a tracé le véritable programme : l'éducation prend des enfans et en fait des hommes. Ce sont des hommes qui nous manquent et qu'il nous faut. Il en faut à toute constitution pour la mettre en œuvre, à toute liberté pour en jouir, en user et la défendre. L'homme libre, c'est-à-dire celui qui connaît à la fois l'étendue et la limite de son droit, qui craint la loi, mais ne veut pas concevoir d'autre crainte, c'est là vraiment, pour parler le langage de l'école, la matière de la liberté, dont les institutions diverses ne sont que la forme. Préparez hardiment la matière : la forme viendra à son heure. A quelque couche du sol que se trouve le métal précieux dont on fait l'homme libre, osons l'extraire et le porter au jour, sans nous inquiéter si plus tard, mis en fusion par la chaleur de la vie publique, il ira remplir ou déborder le moule que nos préférences personnelles peuvent lui préparer.

Hélas! même en les cherchant ainsi à tous les points de l'horizon et sous tous les dra]»eaux, où sont-ils et combien sont-ils, cea hommes libres tels que je viens de les définir, ayant voué à la loi un culte jaloux qu'ils ne veulent offrir à aucune autre puissance de ce monde, ni à la force, ni au nombre, ni à la fortune, ni à la faveur ? En vérité, l'espèce en est assez rare, et dans notre état social la croissance assez difficile, pour que nous n'ayons pas la tentation d'éclaircir encore leurs rangs par d'inopportunes exclusions. Tout semble conspirer dans notre atmosphère pour empêcher de tels hommes soit de naître, soit de grandir. Une société où chacun a besoin de travailler pour vivre, mais dans laquelle les trois quarts au moins des emplois possibles ou fructueux de l'activité humaine sont convertis en fonctions publiques dont il faut demander l'investiture à un supérieur, — toutes les voies de la vie ainsi dominées à leur seuil par une voûte basse sous laquelle tout passant doit commencer par courber la tête , — de plus à chaque pas de chaque carrière, même soi-disant libre, des myriades de règlemens inconnus de ceux-là mêmes qui sont tenus de les observer, et dont une administration paternelle peut à son gré faire à ceux qui lui plaisent ou déplaisent la remise ou l'application, — cette administration péné-^

trant par mUIe issues toujours ouvertes dans Tenclos de la propriété privée et jusqu'au foyer domestique, voilà l'école que la sagesse tant vantée de nos aïeux a préparée pour former chez les générations naissantes l'indépendance des caractères. Joignez-y un complément d'éducation que le passé ne connaissait pas et que les temps modernes ont inventé, je veux dire une révolution périodique revenant à peu près tous les vingt ans en moyenne, qui change les maîtres sans relâcher aucun des liens du pouvoir, mais enlève à l'obéissance l'honneur de la fidélité et le prétexte du dévouement. En vérité, quand je songe à ce rouleau qui passe régulièrement sur toutes les têtes pour broyer tout ce qui résiste ou s'élève, bien loin de m'étonner qu'il y ait si peu d'hommes indépendans en France et de me montrer difficile sur le choix, je m'étonne qu'il en reste encore. 11 y a, dit quelque part l'Écriture sainte, trois choses difficiles à rencontrer et une quatrième que je n'ai jamais aperçue : Tria sunt difficiUa mihi et quartum peniins ignora. Ces trois choses infiniment rares m'ont toujours paru pour la France être un homme qui n'a jamais demandé ou désiré un emploi public, — un homme qui connaisse assez bien tous les règlemens de sa profession pour ne pouvoir être pris en faute, s'il vient à déplaire à son maire ou à son préfet, — un homme enfin qui n'ait prêté qu'un seul serment à un seul pouvoir. Quanta la quatrième, tout à fait introuvable, c'est à mon sens un homme qui n'ait pour lui ni pour les siens, rien en aucun genre à craindre ou à espérer du gouvernement. Dans une société ainsi faite, tout acte d'indépendance est au fond un acte de désintéressement et de courage. Or le nombre des héros est toujours limité et ne forme en aucun pays la majorité du suffrage universel. * Que si quelques-uns ont réussi, au milieu de tant de séductions et d'écueils à conserver intacte la fermeté de leur âme, j'estime que ceux-là ont mieux à faire que de se chercher querelle les uns aux autres sur leurs faits passés ou leurs projets ultérieurs et de soumettre à l'épuration leur bataillon déjà si restreint. En fait de motifs d'exclusion d'ailleurs, j'en tiens d'excellens contre tout le monde au service de tout le monde. Je me charge, si on ouvre la porte aux récriminations, d'excommunier au nom de la liberté tous les libéraux. Si les démocrates par exemple refusent la communion libérale à ceux qui n'ont pas de tout temps juré foi et hommage au suiTrage universel, ceux-ci ne seront pas embarrassés de répondre que la souveraineté du nombre, plus sujette qu'aucune autre à s'enivrer d'elle-même, a toujours, partout où elle a régné sans partage, dégénéré en tyrannie, et que les pires despotismes qui aient aflligé la mémoire des hommes ont eu à leur origine une délégation populaire. Au nom de la raison émancipée, si on traite la foi d'es-

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clavage, les croyans vont se souvenir que chez tous les peuples Fincrédulité a frayé les voies à la servitude. Rien ne manquera à ces dénonciations réciproques, ni les exemples historiques, ni les épithètes provoquantes propres à soulever Tesprit des masses. Aux souvenirs peu goûtés de l'ancien régime on opposera les visions plus redoutées encore du régime révolutionnaire, — aux excès de 1815 les fautes de 18&8, au fantôme blanc le spectre rouge. Poursuivi des noms de féodal ou de clérical, on répondra par celui de socialiste. Chacun aura ainsi le plaisir de satisfaire son ressentiment; mais que deviendront dans ce conflit les droits que la liberté pleure, et qu'elle ne peut reconquérir que par les efforts communs de ceux qui s'associent à ses regrets?

Nous remercions les rédacteurs des deux recueils provinciaux d'avoir donné l'exemple d'un libéralisme plus intelligent; nous les remercions d'avoir pensé que, dans l'œuvre de réparation commune qu'il s'agit d'entreprendre en France, tous les partis qui ont essayé sans succès de lui donner la liberté peuvent apporter les qualités qui leur sont propres, et les consacrer à l'expiation des torts dont aucun d'eux n'est exempt. Us s'applaudissent déjà sans doute du mélange de forces diverses qu'ils puisent dans ce concours. Ils ont bien fait d'emprunter aux démocrates ce que la foi et la démocratie peuvent seules donner, la confiance dans l'avenir, aux constitutionnels les ressources variées de leur intelligence politique, aux représentans d'un passé dont les formes ne renaîtront pas les traditions de respect de soi-même et de dignité personnelle qui sont attachées à l'héritage de la gloire et des vertus. Nous ne leur ferons pas un mérite de ne pas opposer un ostracisme ridicule aux hommes religieux qui pensent que les devoirs delà conscience chrétienne sont le corollaire et le contre-poids indispensable des droits civiques, et que la loi divine est nécessaire pour suppléer aux défaillances de la loi humaine; mais nous ne leur ferons pas non plus un reproche d'avoir ouvert leurs rangs à d'autres que l'esprit d'examen seul anime, pourvu que ceux-ci consacrent leur libre pensée, non pas seulement à secouer le joug de toute autorité morale, mais aussi à se dégager des routines et des préjugés administratifs. Nous félicitons en un mot ces généreux écrivams d'avoir compris que l'œuvre essayée était assez difficile pour ne repousser aucun instrument. En souhaitant beaucoup de succès à leur tentative et beaucoup d'imitateurs à leur sagesse, nous croyons former, dans l'intérêt de la liberté, le seul vœu qui soit encore permis après quatre-vingts années de luttes stérile» et d'efforts sans résultat.

Albert de Brogue.

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