‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 10 sur 110 · VVniversitéde Totdowe au seizième siècle · texte numérisé non relu

VVniversitéde Totdowe au seizième siècle

pour recevoir ses grades. Ses diplômes s'achetaient également. »

11 est clair qu'une telle corruption de la discipline devait avoir pour conséquence un notable affaiblissement des études supérieures. Elle appelait en tout cas une énergique intervention de TÉlat, et, là comme dans l'ordre des petites écoles, on doit regretter que la royauté n'ait pas eu plus tôt le sentiment des devoirs et des responsabilités qui lui incombaient.

Sauf rinstitution, en 1745, du concours général des collèges de Paris, c'est en effet de la seconde moitié du dixhuitième siècle que datent les premiers et seuls efforts sérieux d'organisation qui soient à l'honneur de l'ancien régime, tels que l'affectation à l'Université des vastes terrains naguère occupés par ses rivaux; la réunion au collège Louis-le-Grand de vingt-sept petits collèges et de leurs bourses, l'établissement d'unchcMieu de l'Université dans une partie des bâtiments de ce collège, en 1763; la création de soixante places d'agrégés près la faculté des arts et d'un concours d'agrégation, en 1766 ; enfin le règlement du 4 décembre 1769 pour les exercices intérieurs du collège Louis-le-Grand.

L'honneur de ces premiers essais d'organisation revient au Parlement, surtout à celui de Paris, qui donna l'impul* sion, et cet honneur est réôl. Toutes ces mesures étaient bonnes; l'institution du concours d'agrégation surtout eût certainement produit avec le temps les meilleurs résultats. Gardons-nous cependant d'exagérer. Si judicieuse qu'ait été l'initiative des parlements, il ne faut pas oublier, en stricte équité, qu'elle leur était en quelque sorte imposée par le rôle décisif qu'ils avaient joué dans le plus grand événement scolaire du temps. On a beaucoup disserté sur l'expulsion des jésuites, et le sujet n'est malheureusement pas, il s'en faut, épuisé. Il n'entre pas dans le cadre de cette étude d'apprécier les causes et la moralité de cette

révolution moitié pédagogique et moitié politique ; une telle digression nous entraînerait beaucoup trop loin.

Mais, quelque opinion qu'on professe sur le fond même de la question, une chose certaine, c'est que la supression des deux cents collèges de la Compagnie de Jésus dut porter un grand trouble dans les études. Les jésuites, en disparaissant, après une possession d'état de deux siècles, laissaient un vide immense. Ce vide, il fallait le combler. Or, qui y était plus directement intéressé que les parlements ? A qui revenait plus particulièrement la t&che de réparer, dans la mesure du possible, tant de ruines accumulées en un instant? A qui, si ce n'est à ceux qui les avaient faites? Que si, après avoir soulevé l'opinion contre la Société de Jésus, avoir instruit son procès, l'avoir dis« soute et chassée, les parlements s'étaient croisé les bras, à quels reproches d'impuissance et d'étourderie ne se seraient pas exposées ces graves compagnies? C'était bien le moins, en vérité, qu'ayant détruit, ils aient tenté de restaurer.

Et notre observation ne vise pas seulement les quelques mesures conservatoires énumérées plus haut, elle s'applique avec non moins de f rce aux projets beaucoup plus vastes élaborés en particulier par plusieurs parlementaires. L'expulsion des jésuites devait, par une suite toute naturelle, amener leurs adversaires au dessein d'une éducation nationale et civile dirigée par l'État, dans le sens de ses principes et de ses intérêts. Tel est en effet le fond commun des projets de La Ghalotais, de Guyton de Morveau, de Rolland. Sans doute, on n'y trouverait pas la pure conception de l'État enseignant, encore moins l'idée du monopole et de la centralisation universitaires. Il faudra du temps et singulièrement de génie pour tirer de leurs prémisses cette large et puissante conclusion. Mais le germe est né, il vit; vienne qui le féconde, et il sQ développera.

C*est surtout le plan de Rolland qu'il faut étudier si Ton veut bien se rendre compte du mouvement des esprits en matière d'instruction publique dans les derniers temps de la monarchie. Le Mémoire de La Chalotais n'avait guère été qu'une furieuse et brillante charge contre les collèges : les vues de réorganisation n'y abondent pas. De même, chez Guyton de Morveau la partie critique est de beaucoup la plus importante. Avec Rolland, au contraire, nous sommes en présence d un esprit très net et très positif, allant droit à la solution pratique, et l'indiquant toujours. Il y a d'incontestables qualités de style chez La Chalotais : du mouvement, delà chaleur, une grande vivacité; il y avait surtout un administrateur chez Rolland, et, naturellement, un centralisateur. Il eût voulu que Paris devint \g cheflieu de l'instruction publique et l'université de Paris la supérieure hiérarchique des universités provinciales. Audessus, un conseil assez mal nommé bureau de correspond dance, et un directeur supérieur de Péducation, placé sous les ordres immédiats du ministre de la justice auraient été chargés de maintenir l'unité de renseignement. Ajoutez des visiteurs délégués par la faculté des arts pour l'inspection des collèges, la création d'une maison d'institution pour les maîtres, sorte d'école normale, enfin la subordination des établissements privés aux collèges et à l'autorité de TÉtat, et vous aurez les grandes lignes d*un système qui ne manquait assurément pas de largeur.

Si large qu'il fût pourtant, ce projet ne laissait pas d'être bien incomplet. En fait d'instruction primaire, Rolland se bornait à de platoniques déclarations et ne précisait rien ; en fait d'enseignement supérieur, ses vues étaient également bien confuses. Manifestement, ce qu'il avait le mieux observé, le seul ordre d'études qui rintércssât vraiment, c*étaientles humanités. Le dix-huitième siècle, il est vrai, n'allait guère au delà etle plan de Rolland peutèlre considère comme le testament du dix^huitième siècle en matière d'in^

stroction publique, comme l'eipression la plus achevée des aspirations de Tancien régime à la veille de 1789. La Révolution peut venir à présent; elle trouvera le terrain préparé. Son rôle est bien nettement marqué : achever la réforme commencée par les parlements, élaborer un nou*veau plan d'études comprenant les trois degrés d'enseignement, rattacher rinstrjaction publique à l'État, réaliser enfin cette idée d'une éducation nationale et cependant respectueuse des droits et de la liberté d'autrui, civile sans irréligion, laïque sans fanatisme, voilà la tâche qui s'offrait aux méditations des trois ordres réunis pour le bien du royaume à Versailles ^

Grande et belle tâche s'il en fut jamais et pour laquelle heureusement, les matériaux ne manquaient pas. «Avant 1789, il y avait en France, a dit excellemment H. Guizot', une grande et active concurrence entre tous les établissements' particuliers, toutes les congrégations, toutes les fondations savantes, littéraires» religieuses, qui s'occupaient d'instruction publique. Cette concurrence était très active, très efficace, et c'est à cette concurrence qu'ont été dus en grande partie les bienfaits du système d'éducation de cette époque et la vitalité, celle vitalité énergique, qu'il a manifestée à différentes époques.»

En effet, beaucoup de vitalité parmi beaucoup d'incohérence, d'excellentes fondations, mais une construction vicieuse, de très nombreux établissements d'instruction de tout ordre : petites écoles, collèges, universités, disséminés sur toute la surface du territoire, mais sans ordre et sans relation, et, pour compléter ce vaste ensemble, dés sociétés savantes, des académies, des jeux floraux, des écoles spécialesy en un mot un état déjà très avancé de culture, tel

1. Voir plus loin, page 52, le résumé des cahiers et pouvoirs remis par les bailliages et sénéchaussées à leurs députés aux États généraux.

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