V Minéralogie
2<> Chimie générale;
3"* Arts chimiques ou chimie appliquée;
4<* Botanique (dans le Muséum) 3
b* Botanique (au dehors) ;
6* Culture;
7* et 8* Deux cours de zoologie:
9^ Anatomie humaine;
10* Anatomie des animaux;
11* Géologie;
12* Iconographie.
Lakanal, dans sa confiance, ajoutait même : « Il viendra sans doute un temps où Ton élèvera au Jardin national les espèces de quadrupèdes, d'oiseaux etd'autres animaux étrangers qui peuvent s'acclimater sur le sol de la France et lui procurer de nouvelles richesses. » C'était déjà l'idée de notre Jardin d'Acclimatation.
Le rapport insistait encore sur la nécessité de donner au nouvel établissement un nom plus scientifique, celui de Muséum, et une constitution républicaine*. «L'arbre de la liberté, disait-il, serait-il le seul qui ne pût être naturalisé au Jardin des Plantes ! » Un tel argument devait être irrésistible et fut, en effet, couronné d'un plein succès. La convention vota, sans même le discuter, le projet de Lakanal. Un mois plus tard, elle achevait son œuvre en nommant aux chaires nouvellement créées» des hommes dont les uns étaient déjà célèbres et dont les autres étaient destinés à le devenir bientôt; au nombre de ces derniers, Geoffroy Saint-Hilaire, alors à peine âgé de vingt et un ans.
L* École révolutionnaire de Mars. — Lorsqu'en 1787, la célèbre école militaire fondée par Louis XV à l'instigation de M"* de Pompadour et aux applaudissements des encyclopédistes*, avait été fermée, les six cents élèves qui
1. « Tous les officiers du Muséum porteront le titre de professeur et jouiront des mêmes droits.
« La place d'intendant sera supprimée, et le traitement attaché cette place sera également réparti entre les professeurs.
« Les professeurs nommeront chaque année, au scrutin, un directeur et un trésorier, choisis parmi eux j le directeur ne pourra, à l'expiration de Tannée, être continué que pour un an ; il présidera l'assemblée et sera chargé de faire exécuter les délibérations.
« Lorsqu'une place de professeur sera vacante, les autres professeurs y nommeront le savant qu'ils jugeront le plus propre à la remplir. >
2. • C'est à peu près, dit V Encyclopédie (voir le mot École) , le plan du plus bel établissement du monde. Il est digne de toute la grandeur du monarque. La postérité y reconnaîtra le fruit le plus précieux de sa bonté et de son humanité... > Et plus loin : « Personne ne connaissait mieux les
y étaient entretenus aux frais du roi avaient été répartis dans les collèges militaires provinciaux S de sorte que le recrutement des officiers de terre n'avait eu presque aucune atteinte à subir. En 1793, la situation élait bien différente : rémigration d'une part, la suppression des collèges militaires de l'autre, avaient entièrement désorganisé les cadres, et cela, dans un moment où le besoin d'officiers instruits et disciplinés se faisait cruellement sentir.
Dans ces conjonctures, il semble qu'il n'y avait qu'un parti raisonnable à prendre, c'était de rétablir au plus vite soit l'école, soit les collèges militaires. Le comité de salut public eut malheureusement une autre idée ; il crut possible de former en quelques mois, par une éducation et des procédés sommaires, un grand nombre d'officiers de toutes armes, et l'École révolutionnaire de Mars naquit.
Cette école, ou plutôt ce camp retranché, fut établie dans la plaine des Sablons, non loin du bois de Boulogne. On y appela de tous les points du territoire quatre mille jeunes gens environ choisis, par les agents nationaux, « parmi les fils de sans-culottes » ; pour les aguerrir et les habituer aux privations, on les soumit au régime de la vie en commun sous la tente et du lard rance ^ et on les maintint à
dispositions et la volonté du roi que M"* la marquise de Pompadour. L'idée ne pouvait que gagner beaucoup à être présentée par elle... Touchée d'un projet qui s'accordait si bien avec son cœur, elle se chargea du soin glorieux de présenter au roi les moyens de soulager une noblesse indigente.... Pour tout dire, en un mot, c'est à ses soins généreux que l'Ëcole royale militaire doit son existence.... >
1. A Auxerre, Beaumont, Brienne, Dôle, Effiat, Pont-à-Mousson, Pontlevoy, Rebais, Sorèze, Tournon, Tyron et Vendôme.
2. I Notre régime alimentaire se composait de pain de munition qu'on nous fournit longtemps noir, malsain et indigeste, et pendant longtemps encore de lard racce provenant d'un convoi de vivres enlevé aux Prussiens, et dont l'armée avait rerusé de se nourrir, tant la putréfaction de cette viande se décelait & l'odorat et au goût. 11 est vrai que le quintidi on substituait de la chair fraîche à cet aliment délétère. Quant à notre boisson, elle consistait en eau acidulée de vinaigre ou corrigée d*un peu de réglisse. {Souvenirt de l 'ÊeoU de Man^ par LangloLs.)
Tétat de réclusion absolue, « parqués dans une enceinte de palissades dont les intervalles étaient garnis de chevaux de frise et de sentinelles. »
Là, du matin au soir, ces jeunes gens devaient être exercés au maniement des armes, aux manœuvres de Tinfanterie, de la cavalerie et de l'artillerie, et recevoir rapidement quelques notions de tactique, de fortification et d'administration militaire. La fraternité, Tamour de la patrie et la haine des rois faisaient également partie des matières obligatoires. Tantôt, entre deux exercices, la centurie (groupe de dix tentes) était convoquée pour entendre une instruction patriotique de la bouche de son chef le centurion, qui était en général « un vieux soudard * i ; tantôt toute l'école se réunissait dans la baraque qui servait de salle d'étude, et c'était quelque membre de la Convention, venu tout exprès de Paris, qui la haranguait « à l'ombre d'une statue cojossale de la Liberté. » Quelquefois l'action remplaçait la parole. L'école était admise à parader dans les fêtes nationales ; elle y paraissait dans le costume ridicule* imaginé pour elle par David et elle y jouait sa partie.
Au 10 août, on lui fit attaquer à la bayonnette et à grand fracas d'artillerie, une redoute dont les défenseurs semblaient obéir à plusieurs mannequins éclatants d'oripeaux qui représentaient le pape, l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse, le roi d'Angleterre, le roi d'Espagne, Pitt et Cobourg.
C'est par de tels hauts faits que les élèves de l'école ré-
1*. Langlois.
2. Une tunique à la polonaise avec deux nids d'hirondelles en guise d'épaulettes ; un pantalon collant garni de cuir entre les jambes; la demiguétre et le shako à plumet; un sabre à la romaine, enfermé dans un fourreau rouge et supporté par un baudrier noir, rehaussé d'ornements en Cuivre et d'emblèmes révolutionnaires, entre autres une épée nue dominant une rangée d'épées et fauchant toutes celles qui s'élevaient au-dessus des autres.
volutionnaire de Mars préludaient à leurs futurs exploits, a prouesses puériles, a dit un témoin oculaire, et que la Convention, qui les ratifiait, ne rougissait pas de consigner dans les feuilles officielles. »
A la fin cependant, Tinutilité, le danger môme de Tinstitution apparut à tous les yeux : les plus obstinés se rendirent. Mais il n'y fallut pas moins que le 9 thermidor. Dans cette fameuse journée, l'école avait été singulièrement hésitante ; appelée en toute hâte à Paris pour défendre l'assemblée, il s'en était fallu de bien peu qu'elle ne tournât du côté d'Hanriot. La Convention ne lui pardonna pas ce crime. Elle avait eu peur : elle fut implacable. Le 2 brumaire an III, un décret prononçait la dissolution de « cette armée de séides réunie pour servir le tyran qui venait d'être anéanti. » L'expérience n'avait pas duré six mois ! Pas une voix pourtant ne s'éleva pour en demander la prolongation.
V École polytechnique, — Il n'existait sous l'ancien régime aucun établissement d'éducation commun aux divers corps d'ingénieurs. Ces corps se recrutaient au moyen de plusieurs Écoles spéciales tel les que l'École du génie militaire, l'École d'artillerie, l'École des ponts et chaussées*, l'École des mines, etc. Mais les cours établis dans ces maisons avaient un caractère absolument technique, et si les jeunes gens qui les suivaient en sortaient avec des connaissances spéciales suffisantes, ils n'en emportaient le plus souvent qu'un bagage scientifique assez léger. En général, aucune règle, aucune condition d'âge ni d'examen ne leur était imposée ; on était admis et l'on se maintenait par la faveur seule. Bref, l'organisation, aussi bien
1. Fondée en 1747 par Perronet, sous le ministère Trudaine, elle avait I un mode d'admission tout différent de ceux qui étaient en usage dans les autres écoles. La faveur décidait seule du choix des candidats. > Fourcy, Histoire de VÉcole polytechnique.
i LES ŒUVRES. 125
que renseignement de ces écoles, avait .toujours été fort défectueuse ^
En 1794, cette organisation était plus que défectueuse: elle n'existait plus; un décret avaitniis à la disposition du ministre de la guerre les élèves du génie militaire et des ponts et chaussées. Quant à TËcole d'artillerie, établie à la Fëre en 1756, transférée deux ans après à Bapaume, supprimée en 1772, rétablie par un décret du 15 octobre 1790 et installée à Ch&lons, dans une ville dénuéede toute espèce de ressources, après tant de vicissitudes, elle végétait assez misérablement. Tout son matériel d'études se composait de quelques pièces de siège et de campagne, et elle ne possédait ni cabinet de physique, ni laboratoire de chimie, ni bibliothèque, ni collection d'aucune sorte.
La Convention se trouvait donc fort dépourvue et placée dans cette alternative rendue chaque jour plus impérieuse par le développement que prenait la guerre, ou de revenir à l'ancien état de choses ou de faire du neuf. C'est à ce dernier parti qu'elle s'arrêta sur la proposition et grâce à Ténergique initiative de son comité de salut public, qui eut dans cette circonstancei — il ne faut pas craindre de le dire, — une véritable inspiration de génie.
1. Excepté .cependant TÉcoIe du génie militaire. Fondée à Mézières en 1748, cette école Jouissait d'une grande et légitime réputation. Elle ne comptait que vingt élèves, tous nobles et se renouvelant chaque année par moitié| mais on n*y entrait qu'après avoir subi, devant un membre de PAcadémie des sciences, un examen fort sérieux, et «la méthode d'instruclion qu'on y suivait était, malgré quelques imperfections, — c'est Fourcroy qui parle,— la meilleure que Ton eût dans ce genre. » Monge y avait longtemps professé la géométrie descriptive. Elle possédait une bibliothèque de 5 à 6000 volumes, des modèles en relief de fortification et de coupe de pierre, un laboratoire de chimie où se donnaient les leçons, et dans lequel les élèves pouvaient s'exercer aux manipulations, etc. L'école de Mézières dura jusqu'en mars 1794. A cette époque, un décret de la Convention la transféra à Metz; mais l'enseignement en fut complètement désorganisé, et elle n'eut guère plus de succès, avec les méthodes de préparation h&tive qui y furent appliquées, que l'École de Mars.
Créer à Paris, sous le nom d'École centrale des travaux publics, un vaste établissementdestiné à former toute une pépinière d'ingénieurs civils et militaires ; donner pour maîtres à ces jeunes gens les plus illustres savants dé l'époque, et, comme objectif à leurs études, non seulement les connaissances pratiques nécessaires à l'exercice de leur future profession, mais encore une forte et complète éducation scientifique, tel fut le dessein que le comité de salut public eut l'honneur de concevoir et la Convention celui de réaliser sur le rapport de Fourcroy*. Organisée par un décret du 7 vendémiaire an 111, l'École centraledcs travaux publics s'ouvrit le 10 frimaire suivant. Trois mois après, le 15 fructidor, elle prenait le nom d'École polytechnique. « L'originalité de cette création, a dit un écrivain, c'est d'avoir senti qu'avant de parquer les jeunes gens dans des spécialités particulières, il fallait, suivant Texpression d'Arago, leur enseigner les principes généraux des sciences également indispensables aux ingénieurs civils et militaires'. »
Cette idée si féconde appartient en effet bien en propre à la Révolution, et c'est elle incontestablement qui a fait le succès de l'institution. L'Ecole polytechnique n'était pas née qu'elle avait déjà réussi ; elle n'avait pas un an d'existence qu'elle était déjà fameuse dans toute l'Europe.
La Convention, du reste, n'y épargna rien : la jeune école fut littéralement comblée. Concours public ouvert dans les vingt-deux principales villes de la république pour l'examen des candidats, gratuité de l'enseignement, traitement de 1200 francs par anaux élèves, maltresémi-
1. « L'institution de PËcole centrale des travaux publics n'a pas seule ment pour but de former des ingénieurs de tout genre, mais de rétablir renseignement des sciences exactes, suspendu par les crises de la Rérolution. > (Fourcroy.)