‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 32 sur 110 · Décrets du 29-30 septembre · texte numérisé non relu

Décrets du 29-30 septembre

société populaire. » Dès lors et jusqu'au 9 thermidor, la « conquête jacobine » s'était poursuivie sans relâche : du centre elle avait gagné les extrémités, et pris, l'un après l'autre, à l'exception de ceux de l'Ouest, tous les départemens. Encore un peu et la prédiction de Camille Desmoulins se fût accomplie : « Le grand arbre planté par les Bretons aux Jacobins a poussé de toutes parts des racines qui lui promettent une durée éternelle ^ »

La chute de Robespierre, heureusement, l'abattit. Il se produisit alors un véritable changement à vue : du jour au lendemain, spontanément, presque toutes les sociétés populaires s'évanouirent. A la rigueur, la Convention aurait pu se dispenser de les frapper : bien avant le décret de dissolution du 6 fructidor % elles étaient rentrées sous terre. Le chef mort, les bandes avaient pris peur et s'étaient licenciées d'elles-mêmes. Rien de bas et de hideux comme cette panique, rien de plus édifiant surtout. Jamais, en aucun temps, la démagogie n'a mieux donné la mesure de sa vilenie. Il faut avoir lu, pour s'en faire une idée, ce qu'il nous reste à la Bibliothèque nationale de procès-verbaux de ces dernières séances. L'intensité de platitude et de couardise qui ressort de ces documents dépasse toute vraisemblance. Là, ce sont des injures au tyran tombé et à ses acolytes; là, de lourdes adulations à « l'auguste », à la « sublime » Convention qui, «e armée de la massue d'Hercule et de la tête de Méduse », a pétrifié l'hydre du despotisme après l'avoir terrassée. Parfois, à cet encens grossier s'ajoute une autre fumée, celle des portraits de Robespierre et de Couthon

1. Camille Desmoulins, les Révolutions de France et de Brahant.

2. « Toute assemblée connue sous le nom de club ou de société populaire est dissoute; en conséquence, les salles où lesdites assemblées tiennent leurs séancej, seront fermées sur-le-champ et les clefs en seront déposées ainsi que les registres et les papiers dans le secrétariat des maisons communes. »

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qui brûlent^ Les dieux sont au feu et la société danse autour!

Rendons cependant aux Jacobins la justice qui leur est due : cette orgie n*eut qu'un temps. Ils reprirent assez vite leur assurance et reparurent dès qu'ils virent qu'on ne guillotinait plus. Le cas s*est souyent présenté depuis ; la démagogie ne change pas : d'une extrême pusillanimité devant qui lui résiste, d'une rare audace aussitôt qu*on lui cède. Quoi qu'il en soit, les clubs, qu'on croyait bien morts avec Robespierre, ne tardèrent pas en fait à se reformer, malgré la loi de fructidor et malgré la Constitution de Tan IIP. On n'a pas assez noté ce phénomène : pour la plupart des historiens de la Révolution, le rôle des sociétés populaires fînit au 9 thermidor ; en réalité, il

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