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Extrait des registres de la Société populaire dlssoire

« Le bureau fait lecture des bulletins de la Convention qui annoncent ta découverte de la plus infâme conjuration ourdie par les traîtres Robespierre, Couthon, Saint-Just. La société applaudit unanimement au sage décret qui a délivré la patrie de ces traîtres et arrête une adresse de félicitations à la Convention sur son énergie républicaine. Un membre observe que, dans Terreur où était la société sur les manœuvres criminelles du scélérat Couthon, et le croyant un ami du peuple, elle avait eu la faiblesse de lui écrire par le dernier courrier, pour lui demander son portrait; il fait la proposition, en rétractant cette lettre, de témoigner, de la manière la plus formelle, son repentir sur une telle demande; il fait la motion qu*i Tinstant môme on réalise ce qu'on ferait de ce portrait si on l'avait en son pouvoir, et qu'il en soit fait autant de tous ceux des traîtres démagogues.

« La société arrête à l'unanimité que, sur-le^bamp et au milieu de la salle, les portraits des traîtres Robespierre, Couthon, etc., que quelques membres avaient cbez eux et qu'ils ont remis sur le bureau, soient livrés aux flammes, ce qui a été exécuté aux applaudissements universels d'un grand concours de citoyens présents à la séance. »

2. «Art. 360. Il ne peut être formé de corporations ou d'associations contraires à l'ordre public. Art. 361. Aucune assemblée de citoyens ne peut se qualifier de société populaire. Art. 362. Aucune société particulière s'occupant de questions politiques ne peut correspondre avec aucune autre, ni s'affilier à elle , ni tenir des séances publiques composées de sociétaires et d'assistants distingués les uns des autres, ni imposer des conditions d'admission et d'éligibilité, ni s'arroger des décrets d'exclusion, ni faire porter à ses membres aucun signe extérieur de leur association. >

ne cesse qu'au 18 brumaire* Pendant toute cette période, après le coup d'État de fructidor surtout, la France est encore dans la main des associatioi\3 populaires. Elles ne s'intitulent plus de noms aussi pompeux qu'auparavant, elles sont moins « patriotiques et moins régénérées », moins bruyantes surtout. Mais leur action dissolvante n'a rien perdu de sa force S et Ton comprendrait mal ce temps, on risquerait de ne pas assigner aux évé* nements leur véritable cause, si Ton négligeait un tel facteur.

1 . On trouverait aisément la preuve de ce fait daua les messages du Directoire et dans les travaux du comité des Cinq-Cents, qui, à plusieurs reprises, essaya de mettre un frein aux entreprises des sociétés populaires. Dans la pensée du Directoire, ni la constitution de l'an III ni le décret du 6 fructidor n'avaient tranché d'une façon suffisamment nette la question des associations politiques. « Des questions de la plus haute importance, écrivait-il au conseil des Cinq-Cents dans un message, — il venait de fermer le club du Panthéon, -* se présentent soit sur le nombre dont les sociétés populaires peuvent être composées sans danger pour la sûreté du gouvernement et pour la tranquillité individuelle des citoyens, soit sur les lieux et les heures où elles peuvent tenir leurs séances, soit enfin sur les peines à prononcer contre ceux qui violeraient ou éluderaient les dispositions de Tacte constitutionnel, n Et le message concluait au vote d'une loi qui statuât « d'une manière positive sur la nature des sociétés ou réunions politiques de ci« toyens autorisés par la constitution. »

En conséquence, le conseil, sur la proposition de Chénier, vota la nomination d'une commission de cinq membres chargés de faire un rapport sur le message du Directoire, et de rédiger un projet de loi qui fut ajourné (le 27 germinal an IV).

Cependant, les excès des sociétés populaires continuaient et, dans la séance du 24 messidor an V, un membre, Duplantier, vint les dénoncer à la tribune et présenter un projet qui ne fut encore pas volé, mais auquel on substitua peu de temps après une proposition de Siméon, laquelle devint la loi du 7 thermidor an V, ainsi conçue : « Toute société particulière s'occupant de questions politiques est provisoirement défendue. Les individus qui se réuniraient dans de pareilles sociétés seront traduits devant les tribunaux de police correctionnelle pour y être punis comme coupables d'attroupements. » Mais il ne parait pas que cette loi ait produit beaucoup d'effet; car la question des sociétés populaires revient encore en l'an VII, sous la double forme d'une proposition émanée de Kollin (16 thermidor an VU), et d'un message du Directoire (26 thermidor), pressant le conseil d'émeltre enfin une loi qui « rappelle aux citoyens leurs devoirs. »

154 L'INSTRUCTION PUBLIQUE BT LA BÊVOLUTION.

Au point de vue de Torganisation des écoles, en tout cas, rimportance en est grande. Eu effet, de toutes les fonctions que les sociétés populaires s'étaient attribuées, aucune ne rentrait mieux dans l'esprit de leur institution que la surveillance de renseignement. Après la délation^ peut-être, elles n'eurent pas de plus grande affaire. Pour agir sur l'esprit public, pour le propager, comme on disait alors, l'école ^tait un admirable levier. C'est pourquoi; de très bonne heure, les clubs tendirent à s'en emparer. Compulsez leurs règlements, et vous verrez que beaucoup d'entre eux s'étaient, à l'exemple de la Convention, donné le luxe dun comité d'instruction publique. A Rouen, entre autres, ce comité se composait de membres choisis parmi les hommes de lettres et les artistes de la société. Quant à ses attributions, elles comprenaient : « tout ce qui concerne les écoles publiques, les principes qu'on y professe, la discipline qu'on y observe, les livres élémentaires et autres ouvrages mis entre les mains des élèves, les plaintes portées contre les instituteurs concernant les mœurs ou le talent, les jeux, les spectacles, les pièces qui y sont représentées, la police intérieure qui y est exercée, enfin tout ce qui a trait à l'éducation publique* ». A Périgueux, c'est le comité d'instruction publique qui préside la distribu-

1. « Les dénonciations occupent des séances entières, et souvent on n*obbieni aucun résultat. Sans doute il faut surveiller, i\ faut dénoncer les conspirateurs; il faut leur faire une guerre à mort; mais il faut éloigner de vos discussions les dénonciations vagues qui ne sont appuyées sur aucun fait... » (Extrait du règlement de la Société populaire et montagnarde de Vilry-sur-Marne. Bibl. nat., L. 40.)

2. Règlement particulier pour l'organisation des comités de la Société populaire et républicaine de Rouen. Ces comités étaient au nombre de onze : 1* comité de correspondance; 2" comité de bienfaisance; 3* comité de présentation ; 4* comité d'agriculture, commerce et subsistances; 5** comité des pétitions; 6* comiié d'instruction publique; 7* comité de surveillance; 8* comité des défenseurs des opprimés; 9^ comité militaire et d'épuration de la garde nationale; 10* comité d'administration; 11* comité des certificats de civisme.

tien des prix; à la Châtre, c'est lui qui rédige, à Tusage des écoles, cet arrêté :

« Art. l*'. — Les instituteurs et institutrices publics de la commune de la Châtre seront tenus de ne plus mêler dans rinstruction publique les éléments d'aucun culte religieux.

« Art. 2. — L'ouverture de chaque classe se fera par le chant de la strophe chérie de Thymne des Marseillais contenant l'invocation à la liberté, et la clôture par cette autre strophe de la même ode : « Nous entrerons dans la carrière, etc. »

Mais voyez la complication : ce n'est pas seulement au gouvernement des écoles que prétendent les sociétés populaires. Dès le principe, elles eurent la prétention d'être elles-mêmes « une branche essentielle de Tinstruclion publique' ». C'est ainsi que l'auteur d*un des projets d'éducation soumis à la Convention, et l'un des membres influents du comité d'instruction publique de cette assemblée, Lanthenas, envisageait leur rôle et leur but. « Pour conserver Tégalité, ce don précieux que nous tenons de la nature, et pour la transmettre à la postérité, disait-il, l'Assemblée nationale ne doit donc pas balancer de provoquer elle-même dans chaque canton les sociétés populaires, les seules qui puissent instruire tous les citoyens et rendre vains tous les efforts de l'intrigue. Elle doit lier â l'éducation cette seconde branche de l'éducation publique, et consacrer par le nom même qui désignera ces sociétés, l'esprit d'égalité et de fraternité qui doit être désormais la base de toute réunion... » Aux Jacobins, dès le mois de septembre 1791, on ne parlait pas un autre langage, c^ N'en doutons pas, messieurs, disait un orateur', le dernier

1. Des Sociétés populaires considérées comme une branche esserUielle de Vinsiruciion publicité, par Lanthenas.

2 Discours sur Tutilité des Sociétés patriotiques et populaires, prononcé le 28 septembre 1791 i la Société des amis de la Constitution, séante aux Jacobins.

degré de perfectionnement de la raison humaine et de Tinstruction publique sera dans l'institution universelle, et jusque dans les moindres villages, de ces clubs populaireSy de ces sociétés fraternelles. Voyez le bien qu'ils ont opéré à Lyon : Taristocratie y dominait; elle a disparu ou a été forcée de se cacher depuis l'établissement des sociétés populaires... »

<c On demande quel est le meilleur système d'éducation nationale dans un régime libre. Il doit être simple, économique : des écoles gratuites pour le peuple enfant, des clubs pour le peuple homme. Voilà ce que la nation doit établir, doit payer; pour le reste, laissez l'industrie privée à elle-même... »

Le club maitre de l'école et maître d'école lui-même, voilà donc, prise sur le fait, la pure doctrine révolutionnaire. En matière d'instruction publique, comme dans le reste, la seule autorité souveraine, indiscutable, antérieure et supérieure à tous les autres pouvoirs, c'est lui, lui seul et c'est assez. Dès lors à quoi bon tous ces rouages : municipalités, jurys d'instruction, assemblées départementales ? Cette machine si compliquée, si laborieusement agencée, n'a plus de raison d'être. La force motrice lui manquera toujours, et d'avance elle est frappée d'inertie.

Si, du moins, à défaut de pouvoirs compétents capables de traiter avec un peu de suite et de prudence une matière aussi délicate que l'éducation de la jeunesse, le législateur avait respecté les vieilles méthodes I Depuis un temps immémorial, en France, les matières d'enseignement comprenaient, outre la lecture et l'écriture, un peu d'histoire sainte et le catéchisme. L'école, avait toujours été confessionnelle; c'était même, à dire vrai, le seul côlé

par où la royauté et le clergé s'intéressaient à elle. L'idée de la nécessité de l'instruction pour Tinstruction n'existait pas encore sous l'ancien régime, et personne alors ne se fût avisé de se plaindre que la religion eût sa part dans l'éducation. On n'aimait pas les moines, mais le bon Dieu n'avait pas d'ennemis personnels; on ne le trouvait nullement gênant, et l'on ne demandait pas mieux que de laisser venir à lui les petits enfants; s'ils n'en étaient pas plus sages, à coup sûr ils n'en étaient pas plus méchants. D'ailleurs^ où le bon Dieu ne réussissait pas, on avait la ressource du fouet, cet autre grand moyen de l'ancienne pédagogie.

La Révolution ne se contenta pas de supprimer le fouet» malgré ses longs états de service : dans son respect exagéré de la personnalité humaine et de la liberté de conscience, elle imagina cette chose inouïe jusqu'à elle, un système d'éducation indépendant de tout dogme. En quoi sans doute elle était parfaitement conséquente. Ayant pris pour but Taflranchissement universel de l'espèce, elle ne pouvait guère admettre d'exception; sa doctrine absolue n'en comportait pas et, de fait, elle n'en flt point, si ce n'est pour la femme. Après les protestants, les juifs, les nègres et les détenus de la Bastille ou de l'Abbaye, il lui parut qu'elle devait émanciper aussi l'enfant. Or, pour l'enfant, le maitre, l'oppresseur, c'était Dieu. N'était-ce pas au nom de « cette hypothèse » que, dès le berceau, par le baptême, on lui confisquait son libre arbitre, et qu'un peu plus tard, on le soumettait à des pratiques qui parlaient à son cœur avant que sa raison fût éveillée : le signe de la croix, la prière, la messe? Autant d'actes, autant d'engagements qu'on lui faisait prendre avant qu'il fût en état de les discuter, et de liens dans lesquels on emprisonnait son esprit. De même et bien pis 'à l'école; déjà déprimée dans la famille, asservie par elle à de vaines observances, l'intelligence de Tenfant était là par surcroit

soumise au régime le mieux fait pour achever de Tatrophier. On ne lui demandait que des efforts de mémoire ; on négligeait absolument ses autres facultés. On lui faisait prendre T habitude de balbutier des mots et d'exprimer des idées abstraites ou figurées sans les entendre : « Qu'estce que Dieu? — Dieu est un pur esprit. » « Qu'est-ce que le mystère de la sainte trinité? — Le mystère de la sainte trinité est le mystère d'un seul Dieu en trois personnes. » Quelle nourriture pour de jeunes esprits I Et quelle force, quel profit pouvaient-ils en tirer? Aucun, en vérité. C'était déjà l'opinion de Rousseau^ dans YÉmile. « Toutes les réponses du catéchisme, disait-il, sont à contresens, c'est Técolier qui instruit le mattre; elles sont même des mensonges dans la bouche des enfants, parce qu'ils expliquent ce qu'ils n'entendent point et qu'ils affirment ce qu'ils sont hors d'état de croire... Je voudrais qu'un homme qui connaîtrait bien la marche de l'esprit des enfants voulût faire pour eux un catéchisme. Ce serait peut-être le livre le plus utile qu'on ait jamais écrit. »

C'avait été de même, on Ta vu, la pensée de Condorcet et de tous les auteurs de plans et projets d'éducation qui étaient venus après lui. En condamnant le catéchisme, le législateur de l'an IV était donc à la fois dans la logique révolutionnaire et dan§ la tradition de ses prédécesseurs. Il s'en fallait malheureusement qu'il fût dans la mesure et dans la vérité. Si la logique lui donnait raison, les mœurs étaient contre lui. En effet, proscrire l'enseignement religieux, ce n'était pas seulement blesser dans leurs convictions la grande majorité des Français, c'était aller à l'en* contre d'habitudes invétérées. On a pu, de nos jours, considérer cet enseignement comme un accessoire et réduire beaucoup la place qu'il tenait dans les études. A l'époque de la Révolution, c'en était encore le principal.

î. ÉmilB, i. V.

DES ÉCOLES PRIMAIRES SOUS LE DIRECTOIRE. 15p

Sauf de rares exceptions, on n'envoyait pas son fils à l'école pour qu'il apprit ses lettres et subsidiairement les commandements de Dieu. On voulait avant tout qu'il fût mis en état de faire sa première communion. Nos pères ne voyaient guère au delà; ils croyaient beaucoup plus, dans leur innocence, à la vertu de TÉvangile qu'à celle de rinstruction, et ne concevaient, n'admettaient même pas Tune sans Tautre. Il leur élait aussi fort indifférent qu'il y eut dans le catéchisme quelques parties obscures et quelques définitions ardues; ils s'en tenaient à l'ensemble, au fond de la doctrine et à l'admirable morale qui s'en dégage. Le reste leur échappait. Aussi fut-ce une grave erreur législative, une faute capitale au point de vue politique, que la suppression de renseignement religieux. Dans l'état de ropinion, rien n'était plus propre à discréditer la nouvelle organisation des écoles. Elles avaient déjà contre elles, aux yeux de beaucoup de gens, le vice de leur origine. Quand on connut qu'on n'y ferait même plus dire aux enfants leur prière, elles furent jugées. Encore si la loi s'était contentée de cette supression, si elle n'avait pas imatçiné d'y suppléer par une nouvelle morale de fabrique et de marque républicaines I On conçoit déjà mal un système d'éducation exclusif de toute idée religieuse. Que penser d'une pédagogie fondée sur un certain état de la société, sur une manière d'être politique, relative à la nature et à la forme du gouvernement! Évidemment cette pédagogie pécherait par la base, et vous chercheriez vainement un principe, un point fixe où la rat^ tacher. Dirigée par les événements, soumise à leurs fluctuations, réduite à les suivre dans leur mobilité, préoccupée d'intérêts purement humains, quelle suite et quelle méthode pourrait-elle apporter à sa tâche et d'où tirerait-elle sa doctrine? Il est clair qu'elle ne la tirerait pas de son propre fonds, —la matière lui manquerait, — qu'elle serait dans la nécessité de l'emprunter, et» naturellement, à l'Ëtat.

Telle la pédagogie du législateur de Tan IV. Ne lui demandez ni quelle estsa philosophie ni quelle est sa morale. Elle n*en a pas qui lui soient propres; elle a celles que lui fournit le gouvernement. Or^ considérez cette morale de provenance officielle et pesez-la, demandez-vous ce qu'elle embrasse et ce qu'elle contient. Le compte sera vite fait : de Tidée de Dieu, pas un mot; de l'idée de la vie future et de l'immortalité de l'âme, rien ; des peines et des récompenses, rien ; du devoir en général, rien. Dans l'homme, elle ne voit qu'une chose : le citoyen actif, l'électeur. Le devoir, elle le fait consister uniquement dans l'amour de la République et dans l'observation des commandements républicains. Son évangile, sa loi, son idé«il, son tout eniin, c'est la constitution; elle et rien qu'elle. Maintenant, prenez l'enfant, et demandez-vous si l'ancien régime ne convenait pas mieui à son esprit, s'il n'en recevait pas une plus durable et salutaire empreinte. Comparez les deux systèmes : d'un côté, le culte étroit et borné d'une forme de gouvernement, c'est-à-dire d'un objet essentiellement incertain, contingent, un culte abstrait, incapable de parler aux sens et par eux à l'imagination, sec et froid comme un théorème de géométrie ; d'autre part, une doclrine immuable, embrassant dans sa généralité tout l'homme intellectuel, lui préchant toutes les formes du devoir, tantôt ouvrant à son imagination l'éblouissante perspective des félicités éternelles, tantôt lui montrant par delà cette vie les horreurs de la damnation ; ici, de solennelles déclarations, de pompeuses formules, des généralités et des mots vides de sens pour déjeunes cerveaux : le contrat social, la souveraineté du peuple, l'unité et l'indivisibilité de la République ; là, partout des images et des formes concrètes, tangibles, partout le mouvement, la couleur et la vie, le bon Dieu dans les nuages, Jésus rédempteur sur sa croix, la Vierge dans une gloire, un ciel peuplé d'anges roses, et un enfer tout rempli de petits garçons

qui n*ont pas été sages. Qaei contraste et combien concluant, péremploire I Avec quelle force il fait éclater la supériorité de Tancienne pédagogie ! Gomme elle était plus haute et cependant plus accessible, plus large et néanmoins plus compréhensible ! Comme elle prenait mieux la mesure de l'enfant et comme elle savait mieux l'intéresser, l'émouvoir I J'accorde qu'elle ne se donnait pas beaucoup de peine pour former le citoyen, mais entre ce défaut et l'erreur fondamentale consistant à traiter l'homme comme une espèce d'animal politique, à l'élever uniquement en vue de sa future condition d'électeur et de garde national ou de fonctionnaire public, en vérité l'écart est grand. J'aperçois bien un sectionnaire, un clubiste, surtout un bavard, dans ce bambin nourri d'emphase et de lieux communs révolutionnaires; je cherche en vain le brave et l'honnête homme que faisaient les petites écoles.

Mais poussons plus loin cette comparaison ; de la théorie passons à la pratique ; étudions les documents. Car si la valeur d'un système d'éducation dépend beaucoup des idées dont il s'inspire, elle se mesure encore plus exactement peut-être aux instruments qu'il emploie, c'estàrdire, dans l'espèce, aux livres de classe et de lecture. Sous l'ancien régime, les ouvrages les plus suivis dans les petites écoles étaient, après le Catéchisme et l'Évangile, l'Histoire sacrée, l'histoire de l'Église, les Devoirs du chrétien, l'Histoire des Quatre Fils Aymon, la Civilité puérile et honnête et les Conus de Perrault. Ces quelques ouvrages formaient à peu près tout le fonds des bibliothèques scolaires, et ce n'était pas à vrai dire un fonds bien riche. L'élément religieux, le surnaturel y tenait manifestement une place excessive, au détriment de Thistoire nationale et de ces premières notions d'économie rurale et domestique si nécessaires à répandre. Mais si le nombre et la variété des livres qui entraient dans les écoles étaient insuffisants, leur innocence au moins ne laissait rien à désirer, l'ensei-

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gnement qui s'en dégageait, en somme, était irréprochable, très moral et très élevé. La Civilité puérile elle-même, dont on s'est tant moqué, comme de beaucoup de choses, sans la connaître, sur son titre seul, n'était pas sans mérite. Elle contenait bien quelques longueurs et quelques superfluités, des détails oiseux ou par trop enfantins, mais en même temps que d'indications pratiques et de recommandations judicieuses I quel utile manuel des bonnes manières et du bon ton, du maintien et de la politesse à observer en société ! On attachait autrefois beaucoup d'importance à cette partie de l'éducation, — à preuve que la première Civilité puérile est signée d'un des plus grands noms de la Renaissance, Érasme. — On ne trouvait pas suffisant que l'enfant reçût une forte instruction religieuse et morale, on voulait encore qu'il apprît à se tenir convenablement avec ses égaux, avec ses inférieurs et surtout avec ses supérieurs. On tenait à le familiariser avec ces formes extérieures du respect qui ne sont pas toujours le respect lui-même, mais qui contribuent singulièrement à le maintenir, et, sous ce rapport, la Civilité puérile était le meilleur et le plus sûr des guides.

Dans un autre ordre d'idées, les Contes de fées rendaient aussi de singuliers services. Sans doute, on pouvait leur reprocher d'abuser du merveilleux et de surexciter à l'excès les facultés Imaginatives par des récits fantastiques et souvent terribles. Hais comme ils attachaient l'enfant, comme ils savaient lui rendre la morale attrayante, et sous quelles riches couleurs ils lui peignaient la vertu 1 Comme ils faisaient travailler son esprit surtout! Prenez le Petit Poucet par exemple, et cherchez dans toute la littérature un morceau comparable à ce chef-d'œuvre, aussi pathétique et aussi mouvementé; cherchez un héros qui, pour des gamins de huit à douze ans, vaille ce bonhomme de leur âge. Vous ne trouverez nulle part, même dans Homère, ni un drame aussi rempli de péripéties, ni un personnage aussi

complet et aussi extraordinafre, réunissant en soi plus de qualités, le courage, le sang-froid, la sagesse, l'amour fraternel. Le duel de l'Ogre et du Petit Poucet est cent fois plus palpitant que celui d'Ulysse et du Cyclope. Entre Ulysse et le Cyclope, la partie n*est pas douteuse. Polyphème est plus fort, mais il n'a qu'un œil et pas beaucoup de malice; Ulysse est un héros fameux par son adresse; il a déjà fait entrer le cheval de bois dans Troie, il saura bien faire sortir ses compagnons et lui-même de Tantre du monstre. Au contraire, entre l'Ogre et le Petit Poucet, toutes les chances sont pour le premier; c'est la lutte entre Tépervier et la colombe, entre le loup et l'agneau, lutte désespérée, pleine d*angoisses, et dont le dénouement fatal fait d'autant plus horreur qu'il tarde davantage. Aussi quelle joie profonde, intense, lorsque, après mille dangers, au lieu d'être dévoré par le loup, l'agneau s'échappe enfin et rentre sain et sauf au bercail ! Quelle grande et salutaire leçon de morale en même temps!

Tout au rebours, dans les livres de classe ou de lecture postérieurs à 1789 et publiés la plupart par les soins de la Convention, quelques-uns même à ses frais. N'y cherchez pas d'inspiration supérieure ou de vues générales et désintéressées. Faire connaître aux enfants la constitution et les principes sur lesquels elle repose, l'organisation politique, administrative, religieuse et judiciaire en même temps, et surtout leur inspirer l'amour de la République et du peuple, la haine des rois, des aristocrates et des prêtres, voilà le fond de cette littérature ofQcielle. Elle n'enseigne pas seulement à l'enfant qu'il est né libre et qu'il a des droits ; que ces droits il les tient de la nature et de la constitution ; qu'une déclaration solennelle du peuple français les a consacrés ; elle ne se contente pas de lui mettre sous les yeux le texte de ces documents avec un commentaire et des réflexions souvent plus obscurs que la lettre elle-même; elle y joint des récits, des appréciations sur les hommes et sur les

événements, des comparaisons entre l'ancien régime et la Révolution, des exemples de vertu civique et de corruption aristocratique propres à graver dans de jeunes esprits Tidée de la supériorité de Thomme du peuple sur les autres hommes, et de la République, dans ses pires excès, sur toutes les autres formes du gouvernement. Lisez plutôt ces extraits :

Extrait de V Alphabet des Sans-Culottes, ou Premiers Éléments de Féducation républicaine, dédié aux jeunes Sans-Culottes^ par demandes et par réponses :

« D. — Quelles sont les époques les plus glorieuses de la Révolution ?

R. — Le 14 juillet 1789, le 10 août 1792, le 31 mai et le P' juillet 1793.

D. — Qu'est-ce que c'était que la Bastille?

R. — Une prison affreuse où le tyran faisait enterrer vifs ceux qui osaient élever la voix contre la tyrannie.

D. — Que s'est-il passé au 10 août?

R. — L'attaque du palais du tyran par les braves sansculottes*

D.— Qu'est-ce qu'un brave sans-culotte?

R. — C'est un brave dont l'àme ne peut être corrompue par l'or des despotes.

D. — Quelles sont les vertus des sans-culottes? *

R. — Toutes. »

Extrait de V Éloge historique de Barra et Viala^ prononcé le jour de leur fête et dédié aux enfants des écoles primaires, par le citoyen Rouxin, suivi de VÉloge de Voltaire, de Rousseau, de MarcU et de Le Pelletier :

«Ce n'est pas sous vos règnes, rois imbéciles et méchants, qui ne consacrez par des monuments fastueux que des ac-

lions d'esclaves, que la nature fait des héros... Que sont devenus les exploits de ces prétendus héros de vos empires, dont l'histoire adulatrice proclamait les noms avec tant d'emphase? Us ne peuvent plus soutenir le parallèle, ces enfants d'une orgueilleuse génération^ avec les enfants de Tégalité et de la valeur... »

Extrait du Nouveau Catéchisme républicain à Vusage des Sans- Culottes et de leurs enfants^ présenté à la Convention nationale^ qui en a fait mention honorable:

« D. — Qui es-tu?

R. — Homme libre par nos droits de nature et de républicain français.

D. — Tous les hommes sont-ils libres?

R. — Oui.

D. — L'univers ne forme donc qu'une république ?

R. — Pas encore, mais ça ira.

D. — Quelle fut la cause de la prise de la Bastille?

R. — C'est que la cour épouvantée s'entourait de troupes... On ne devait s'attendre qu'aux vengeances les plus cruelles de la part de tait d'ennemis encore si puissants. Le désespoir fait place à Théroisme : le mot de liberté se fait entendre; on s'écrie qu'il faut prendre la Bastille et la Bastille est investie. On somme le gouverneur de rendre la forteresse. Il feint d*obéir, mais il venait de recevoir des ordres de Besenval et il en attendait des secours. Cependant il fait entrer des citoyens dans la cour ; les portes se referment et Ton tire sur eux. Cette horrible trahison ne permet plus de garder aucune mesure. Les chaînes des pont levis sont rompues; on se précipite dans la Bastille; en moins de quatre heures, elle est prise. Delaunay est massacré. On trouve sur Flesselles, prévôt des marchands, une lettre qui prouve son intelligence avec Delaunay; il est de même massacré et leurs tètes sont portées au bout d'une pique.. •

D. — N'y a-t-il pas eu dans le mois de juillet quelque autre événement mémorable?

R. — Les subsistances devenaient moins abondantes ; on s'adressa à Foulon, qui en avait Tadministration. « Le pain est prêt à manquer, lui dit-on. — Qu'ils mangent du foin, » répondit-il. Ce monstre est arrêté à Senlis; on le conduit à Paris, où il est massacré avec Berthier« son gendre. »

Extrait du Recueil des actions héroïques et civiques des repu-blicains français^ présenté à la Convention nationale au nom de son comité dHnstruction publiqvs et envoyé aux municipalités, aux armées^ aux sociétés populaires et à toutes les écoles de la République^.

<c Lors de la séance du 23 juin 1789 (de cette séance si bien appelée royale puisque, dans les intentions perlides de la cour, elle devait faire échouer la Révolution ), les gardes françaises de serviceàVersaillessontcommandés pour agir offensivement contre le peuple. Promesses, menaces, offres d'argent, tout est successivement employé pour obtenir d'eux l'assurance qu'ils serviront les projets sanguinaires du tyran. Tous les moyens de séduction sont inutiles. Ces braves défenseurs de la patrie qui, dès lors, ne reconnaissent d'autre souverain que le peuple, déclarent hautement qu'ils ne tromperont pas leurs mains dans le sang de leurs frères. Cette sainte résistance aux ordres infâmes du despotisme excite la rage des vils esclaves qui les commandent. Les plus zélés d'entre les gardes sont précipités nuitamment dans les cachots de l'Abbaye. Cet acte de tyrannie transpire ; il provoque l'indignation publique. Le 30 juin, sur les six heures du soir, un jeune homme monte sur une table au ci-devant Palais-Royal et s'écrie: «Citoyens, ces généreux soldats qui, le 23, à Versailles, ont refusé défaire

l. Décret du 10 nivôse «n II.

feu sur le peuple sont maintenant chargés de chaînes. Ils gémissent dans les cachots. SoufTrirons-nous qu'ils y restent plus longtemps? Non, aux armes I nous irons les délivrer, marchons sur TAbbaye.»

A peine a-t-il terminé cette courte harangue qu'il s'élance vers la porte du jardin ; une foule de citoyens se précipitent sur ses pas; ils arrivent à l'Abbaye. Les gardes françaises sont rendus à la liberté; on les porte en triomphe au jardin de l'Égalité... »

Extrait de VAlmanach du père Gérard pour Vannée 1792, ouvrage qui a remporté le prix proposé par li Société des amis de la constitution séante aux Jacobins, par J. M. Collotd'Herbois *, membre de la société.

« Le pèrk Gérard. — Le spirituel, mon ami, ce sont les dîmes, les droits seigneuriaux, les corvées dont ils nous écrasent; c'est le plaisir de manger des richesses énormes sans rien faire; voilà le spirituel qu'ils ( les prêtres ) regrettent si fort.

Un Paysan.— Je ne m'étonne pas qu'ils soient si méchants.

Le père Gérard. — Ce n'est point de religion qu'ils parlent à nos femmes; ils les étourdissent de chimères. C'est toujours la damnation éternelle qu'ils ont dans la bouche ; car ils damnent tous ceux qui ne sont pas de leur avis L'enfer leur est d'un grand secours pour leurs mauvais desseins. C'est dans les flammes d'enfer qu'ils voudraient jeter tous les patriotes; c'est au feu d'enfer qu'ils voudraient

1. Veut-on savoir en quels termes le rapporteur delà commission, nommé pour examiner le livre de CoUot d'Herbois, s'exprimait sur son compte : (cette commission se composait de Grégoire, Condorcet, PoUerelle, Clavière, Lanthenas et Dusaulx). < Parmi ces auteurs, il en est un qui a frappé le but avec plus de précision que tous les autres, et qui nous a ravit par un morceau vraiment dramatique. Ce bon, ce digne et ingénieux citoyen, messieurs, TOUS l'aimez bien, vous chérissez son zélé, ses talents, son éloquence mâle et libre, toujours prête A défendre les droits de ses semblables, n

brûler la constitution; c'est toujours le diable qu'ils mettent de leur parti.

... Il faudra bien que de gré ou de force tous ces oppresseurs du genre humain et leurs soudoyés cessent déjouer un rôle qui, quoique très comique aux yeux de eaux qui n*y aperçoivent que du ridicule, pourrait très bien n*exciter que l'indignation du plus grand nombre. Car enfin les sans-culottes qui ne peuvent pas transiger sur leurs droits, ni souffrir qu'on leur porte la plus légère atteinte, se verront forcés, s'ils n'ont pas d'autre moyen légal, de fondre sur les acteurs d'une pièce qui fatigue depuis si longtemps le peuple et dont le dénouement ne peut être que tragique, etc. »

Extrait du Catéchisme historique et révolutionnaire.

<c Les nombreuses trahisons de ce roi parjure et couvert de crimes (Louis XVI) lui avaient fait perdre depuis longtemps la confiance ot Tamour du peuple ; mais depuis la journée à jamais mémorable du 10 août 1792, le seul souvenir de son nom inspirait un frémissement d'horreur dans tous les esprits ; les mânes des patriotes égorgés aux Tuileries criaient vengeance, la liberté l'exigeait, et la France entière ne cessait de la réclamer...

Le dimanche, vers les deux heures de l'après-midi, le ministre de la justice, accompagné du maire de Paris, du procureur de la commune et du procureur-général syndic du département, se transportèrent à la tour du Temple, où ils trouvèrent Louis Capet dans un état assez tranquille. Le ministre de la justice lui fit lecture du décret qui le condamnait à subir la mort, le lendemain matin. Il pria seulement le ministre de demander à la Convention nationale un sursis de trois jours afin de lui donner le temps de se préparer à la mort, et, à cet effet, il demanda pour se confesser un prêtre irlandais, domicilié rue du Bac; après quoi

il se mit à diner avec le même sangfroid qu'à l'ordinaire et sans faire paraître la moindre affectation, parce qu'il savait bien que son supplice ne pouvait jamais égaler ses forfaits.

Le ministre s'aquitta de la mission dont il avait été chargé; il fut à la Convention nationale faire la demande du sursis; mais l'assemblée, considérant que la loi doit être la même pour tous et que l'homme, quel qu'il soit, qui connaît le terme fatal de sa mort, la souffre mille fois pour une en attendant le moment qui doit couper le fil de sa vie, a pensé que Thumanité lui imposait le devoir rigoureux de maintenir son premier décret en passant à l'ordre du jour sur la demande du sursis...

Santerre ordonna avec sagesse et prudence aux tambours de continuer leur roulement et aux exécuteurs de remplir leur devoir. Cet ordre fut aussitôt exécuté que donné ; les exécuteurs se saisirent de Capet, l'emmenèrent à la planche fatale, sur laquelle il prononça ces mots d'un ton de voix haute et distincte pendant qu'on l'attachait: «Je suis perdu ; je meurs innocent; je pardonne ma mort à mes ennemis, mais ils en seront punis. »

A peine avait-il achevé ces mots que le glaive vengeur tombe sur sa tète coupable et la sépare de son corps. L'un des exécuteurs la prit aussitôt parles cheveux et la montra au peuple à diverses reprises. Au même instant, se firent entendre, de toutes parts, les cris mille fois répétés de : « Vive la république l vive la liberté ! vive l'égalité! périssent ainsi tous les tyrans I» Les citoyens, ne sachant comment exprimer leur joie de se voir à jamais délivrés du fléau de la royauté, s'embrassèrent tous avec l'épanchement de la plus douce union ; après quoi il chantèrent des hymnes à la liberté, en formant des ronds de danse à l'entour de l'échafaud et sur toute la place de la Révolution. Pendant que cette réjouissance des hommes libres s'exécutait, les restes du tyran étaient emportés au cimetière de la paroisse Sainte-Magdelaine. . . .

Mais il ne suffisait pas pour la liberté et le peuple français que le tyran ait subi sur l'échafaud la peine due à ses forfaits ; il fallait encore que la mégère qui fut sa femme et la machinatrice de toutes les conspirations payât aussi de sa tète les crimes énormes qu'elle n'avait cessé de commettre depuis son entrée en France,, tant en dilapidation des finances du Trésor public qu'elle épuisa pour soutenir la guerre de l'empereur Joseph H, son frère, contre les Turcs, que par le sang des Français qu'elle a fait couler à longs flots, et par toutes les horreurs que les furies seules pouvaient imaginer et qu'elle exécuta : puisque, surpassant l'effronterie et la férocité de Messaline, elle éleva même son impudicité et son libertinage au-dessus d'Âgrippine, en oubliant son titre de mère et commettant le crime de l'inceste le plus réprouvé par le sang et la vertu....

La procédure fut terminée le 29 à 4 heures 1/2 du matin par le jugement du tribunal qui la condamnait à la peine de mort. Elle l'a écouté avec beaucoup de sangfroid et elle est descendue à la chambre de justice d'un pas aussi léger qu'autrefois, lorsqu'elle se rendait dans les boudoirs de Saint-Cloud et de Trianon pour s'abandonner à la volupté, et rendre encore plus sot le gros lourdaud de Capet, son époux....

Elle demanda un confesseur pour l'assister dans ses derniers moments, et comme elle craignait d'être vue, de même que les autres criminels, elle demanda un carrosse pour la transporter jusqu'à l'échafaud ou un voile pour lui couvrir la tête ; mais comme cette préférence aurait choqué l'égalité, on la lui refusa, comme devant subir toute la rigueur des lois.

 ] 1 heures douze ou quinze minutes, elle sortit de la prison de la Conciergerie. Sa figure était très pâle et très abattue, par suite d'une perte qu'elle a eue dans sa prison, plutôt que par l'aspect du juste supplice qu'elle allait subir, car malgré que son cœur paraissait oppressé, elle a conservé une tenue, une fierté, un air altier qui la peint.»

Écoutez encore ceci ; après rhorrible et Todieux, le grotesque :

<c vous S époux et épouses, si vous êtes sincèrement attachés àlapatrie, préparez une génération saine et vigoureuse qui, à son tour, en produise une autre encore mieux constituée s*il est possible. Pour y contribuer, menez dans tous les temps une vie réglée au physique et au moral et dès qu'il y a des signes de grossesse, gardez-vous d'altérer dans le sein maternel l'existence du fruit de vos amours. Maris, soyez tempérants en tout^ — ce principe s'étend fort loin — ayez pour vos femmes les attentions et les égards qu'exige l'état d'un individu doué, si Ton peut dire, de deux vies...

On habille généralement trop tôt les garçons en culotte; elles les gênent, les compriment, étranglent la région des reins, les rendent sales et trop précoces du côté de l'aiguillon de Vénus, par Tair chaud et renfermé que procure ce vêtement. »

Tels étaient les instruments, les livres de classe et de lecture* que la Convention avait mis entre les mains des enfants, et voilà^ représentée par ses produits les plus authentiques et les plus originaux, la nouvelle pédagogie. La voilà bien imprégnée du plus pur esprit jacobin, destructrice de toute idée de discipline, de respect, d'autorité, exclusive, intolérante, haineuse et, par-dessus tout, antifran-

1. De la conservcUion des enfants pendant la grossesse et de leur éditcation physique depuis la naissance jusqu'à Vdge de six à huit ans, ouvrage auquel le jury, pour rexamen des livres élémentaires proposés par la ConventioD nationale, a décerné le premier prix, par le citoyen Saucerotte, chirurgien en chef d*armée, membre de l'Institut national.

2. Il y en aurait bien d'autres encore à citer : le Catéchisme républicain, de la Chabaussière, en vers, les Épttres et Évangiles du républicain y par Henriquez (ouvrage primé par les Cinq-Cents), la Grammaire républicaine de Denis Bardou, les Commandements de la République, YInstitution des errants ou Conseil d'un père à son fUs aîné de François de Neufchftteau.

çaise. Antifrançaise? En effet, le trait commun de ces publications, c*est l'absence ou, si vous Taimez mieux, la perversion du sens patriotique ^ Sauf des outrages, vous n'y trouveriez pas un mot de la France avant la Révolution, de sa formation territoriale et de sa merveilleuse croissance au moyen âge, de son éclat aux seizième et dix-septième siècles, de son rôle dans le monde, de son histoire enfin. Le pays désormais commence aux états généraux, la gloire au 14 juillet, le courage avec Agricole Viala, et, dans la nation, le peuple seul compte, seul il a tous les mérites et toutes les vertus. Si bien qu'étranger déjà à la notion de la divinité et aux sentiments de ses devoirs envers elle, Tenfant ne connaîtra plus, au sortir de Técole, qu'un coin de sa patrie, n'en emportera qu'une image réduite et singulièrement rapetissée.

Qu'un pareil enseignement eût réussi, on se Ogure aisément ce quil eût fait de l'esprit français, à quel point il Teût rétréci et rabaissé. Deux choses essentielles, heureusement, lui manquèrent: des bâtiments et des maîtres.

Des bâtiments : le législateur de Tan IV avait bien, on Ta vu, senti la nécessité de fournir aux instituteurs primaires <c un local, tant pour leur servir de logement que pour recevoir les élèves pendant la durée des leçons. » 11 leur avait même accordé la jouissance éventuelle des jardins qui pourraient être attenants à ces locaux. Mais, sur ce point comme sur bien d'autres, les prescriptions de la

1. Il va sans dire que ce jugement ne s^applique pas à l'opuscule tout technique de Saucerotte. De même, plus haut, ce n'est pas lui qui vise le mot grotesque. Il n*y a rien de ridicule à insister dans un traité d'hygiène sur les ménagements qu'un mari doit à sa femme enceinte. En revanche il était parfaitement grotesque de placer un semblable livre dans les bibliothèques scolaires.

loi restèrent sans effet. Sans compter le mauvais vouloir ou Tapathie des pouvoirs locaux, elles eurent à lutter dans beaucoup de communes contre des impossibilités matérielles. Ici, la maison d'école avait été vendue comme faisant partie d'une corporation religieuse ou d'une fabrique; là, le presbytère, qui en aurait dû tenir lieu, avait été tiliéné. Dès le commencement de Tan Iir, la commission executive de Tinstruction publique signalait ce danger au comité de salut public, dans un rapport dont la minute existe aux Archives.

« Le renchérissement progressif des denrées, lisonsnous dans ce document, a rendu le traitement des instituteurs presque nul, relativement à l'étendue de leurs besoins et au peu de ressources que les campagnes offrent pour l'existence de celui qui n'a que des assignats. Une seule disposition de la loi (celle du 27 brumaire an III) paraissait propre à encourager ceux qui voulaient se livrer aux fonctions pénibles d'instituteur, c'était la jouissance du logement qui leur était assuré dans les presbytères, et surtout Tespérance d y joindre une petite portion du jardin. Mais à peine la loi qui affectait les presbytères à l'instruction publique a-t-elle été rendue, qu'elle a éprouvé beaucoup d'obstacles dans son exécution : obstacles d'ailleurs auxquels on devait s'attendre par les nombreuses questions qu'elle laissait à résoudre et que la commission a soumises au comité ^»

La situation n'était donc pas entière, et c'est en vain que le Conseil des Cinq-Cents avait essayé de la sauvegarder par une résolution en date du 14 thermidor an Y *. A cette

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