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Les familles et la société en France avant la Révolution

2. Sauzay, Histoire de la penéeuHon révolutionnaire dam le DouU,

3. De TiDstruction publique dans les Landes avant la Révolution.

AVANT 1789. Il

lions enseignantes et notamment pour les frères de la Doctrine chrétienne, une source de difficultés et de procès avec les grammairiens et les maîtres écrivains. A Rennes, le parlement avait été sur le point de les expulser; à Chartres, ils n'avaient été reçus que grâce à Tintervention du duc d'Orléans; à Paris, les grammairiens prétendaient eiercer sur leurs établissemens un droit de contrôle et de visite et les accusaient de concurrence déloyale. Hais tous ces obstacles n'arrêtèrent pas les progrès de l'institut du vénérable Jean-Baptiste de la Salle. Déjà, de son vivant, cet éminent pédagogue avait eu la satisfaction de voir son ordre appelé dans plusieurs grands centres comme Rouen. En 1789, la majeure partie des écoles publiques dans les villes étaient tenues par des Ignoran tins ^ comme on les appelait déjà.

Voilà pour le nombre et la gratuité des écoles; quant aux résultats qu'elles donnaient, on a pu, dans plusieurs départemens, en relever quelques-uns. Daprès M. Babeau, dans l'Aube, la moyenne des habitants, hommes et femmes, sachant lire et écrire, était vers 1780 d*environ 47 pour 100. Dans le Nord', de 1750 à 1790 le nombre des coi^oints

1. C'est & ce point que le président Rolland, que La Chalotais lui-même dont on a si souvent de nos jours vanté le libéralisme, n'eussent pas été très éloignés de les expulser. « Il ne faut pas confondre, écrivait Rolland, des congrégations respectables avec un nouvel ordre fondé par le sieur de La Salle. Cette congrégation n*est pas autorisée par lettres patentes dans le ressort de la cour et mérite la plus grande attention. » Quant à La Chalotais, voici dans quels termes il s'exprimait aux applaudissements de Voltaire : « Les frères de la Doctrine chrétienne qu'on appelle Ignorantins sont survenus pour achever de tout perdre. Ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n'eussent dû apprendre qu'à dessiner et à manier le rabot. Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s'étendent pas plus loin quo ses occupations. Tout homme qui voit au delà de son triste métier ne s'en acquittera jamais avec courage et patience. Parmi les gens du peuple, il n'est presque nécessaire de savoir lire et écrire qu'à ceux qui vivent par ces arts ou que ces arts font vivre. »

3. De Resbecq, Histoire de Vintiruction primaire avant 1789 dans les communes qui ont formé le département du Nord.

et des conjointes ayant pu signer leur acte de mariage s'élève : pour les premiers à 53.97 pour 100, pour les secondes à 36.29 pour 100. D'après M. Fayet, — nous ne citons ici que sous les plus expresses réserves, — dans la Haute-Marne la moyenne des habitants sachant lire et écrire, qui n'est encore aujourd'hui que de 72 pour 100, était déjà avant la Révolution de 71.8.

Évidemment tous ces chiffres ne sont pas d'une exacti tude et d'une rigueur absolues. Il peut, il doit y entrer une certaine part d'exagération et même, chez quelquesuns, de parti- pris. Les faiseurs de statistique sont parfois sujets à caution; en tout cas, ils peuvent se tromper dans leurs calculs. Hais, tout en tenant compte de ces divers éléments d'erreur, la conclusion qui se dégage de ces chiffres et de ces observations multipliées est encore fort honorable. On en trouverait d'ailleurs la confirmation dans un document bien souvent cité, mais que peu de personnes ont eu la patience de lire jusqu'au bout, à savoir le rapport de Condorcet. A ce rapport se trouve jointe sous forme d'annexé une note dont les éléments avaient été réunis par Romme. Or veut-on savoir à quelle somme cet habile calculateur évaluait la dépense des écoles dans les dernières années de la monarchie, dépenses supportées en grande partie par les fabriques et par des fondations particulières? A plus de 20 millions ^

l . Se décomposant ainsi : 1* revenus des congrégations sécalières, 400 000 ; 2* revenus des collèges laïques, 4000000; 3* dépenses du Trésor public, relatives à Tinstruction, 4 000000. Romme estimait en outre à 12 autres millions : 1* ce que la plupart des fabriques donnaient pour les petites écoles : 2* ce que les municipalités y ajoutaient ; 3*> les fondations dont vivaient un très grand nombre de ces écoles, etc. D*oîi Condorcet concluait que « la dépense du nouveau plan d'instruction publique (soit 24 300 000 livres) ne surpasserait pas celle des anciens établissements. » Etc cependant, ajoutait-il, nous n*avons pas encore tout compté. Nous n'avons point parlé d'un assez grand nombre de collèges tenus par les congrégations régulières supprimées, où une partie de la dépense était à leur charge. Nous n'avons pas mis en ligne de compte la partie des dépenses de l'éducation

Ce chiffre vaut tous les arguraens du monde et c'est un des plus violents adversaires de l'ancien régime, un jacobin, qui nous le fournit. Jugez, si c'était un ami.

Nombreuses, il est donc certain que les petites écoles l'étaient dans presque toutes nos provinces. Très défectueuses au point de vue de la construction, de l'aération, et par conséquent de la salubrité, la chose n'est pas moins évidente. Il suffit de regarder les anciennes gravures qui nous restent, entre autres une très curieuse eau-forte de BoissieUy pour se former une idée du délabrement et de la pauvreté des locaux affectés à l'enseignement dans les campagnes. C'étaient généralement de simples chaumières que rien ne distinguait des autres habitations. Couvertes en paille et construites en bois, elles n'avaient qu'un rezde-chaussée éclairé par d'étroites et rares ouvertures où les enfants se réunissaient péle-mèle avec le recteur et sa famille. Peu ou point de mobilier, si ce n'est celui du maître. Les tables étaient formées de planches mobiles, posées sur des tréteaux. Les élèves écrivaient debout; les plus jeunes seulement assis sur de petits bancs.

Tel était l'aspect qu'offrait encore au dix-huitième siècle l'intérieur d'une école rurale. Il y a loin de cette misère au confortable actuel; mais il ne faut pas oublier que la plupart de ces maisons d'écoles étaient d'anciennes habitations privées léguées par des personnes charitables ou fournies par les fabriques. Un petit nombre seulement avaient été construites en vue de leur destination, soit par les communautés, soit par le seigneur du lieu, et cela dans un temps où l'on n'avait encore aucun souci des lois de l'hygiène. Il n'y a pas si longtemps qu'à Paris même,

supportées dans plusieurs établissements par le produit des pensionnais. Nous n*ayons pas compté les étabUssemeuts originairement consacrés à l'instruction et qui avaient été détournés de leur destination comme une Ibéologale dans plus de deux cents chapitres, une écoIAtrie dans un grand nombre d'autres, etc. »

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dans nos hôpitaux, les malades étaient couchés plusieurs dans le même lit.

On a dépensé beaucoup de sensibilité depuis La Bruyère et surtout depuis la Révolution au sujet des paysans. Ro* bespierre n'en pouvait parler qu'avec des larmes dans la voix, et, de nos jours, d'aimables philosophes se sont fait des souffrances du peuple sous l'ancien régime un thème facile à déclamation. Des torrents de philanthropie banale se sont ainsi longtemps épandus sur nous sans rencontrer d'obstacles. Personne n'osait se mettre en travers; les meilleurs esprits eux-mêmes étaient ébranlés par tant de faconde et d'assurance. Peu à peu cependant une sorte de réaction s'est produite; le moyen âge, étudié d'un peu plus près, est apparu moins sombre. A le fouiller, on s*est aperçu qu'il avait été, sinon calomnié, du moins fort noirci, et quelques-uns, les plus hardis, ont osé protester*. Du moyen âge on est passé aux temps modernes, et l'on a connu qu'il y avait quelque exagération â dater de 1789 la fraternité, la bienfaisance et généralement toutes les vertus sociales. Bref, dans une certaine mesure, l'ancien régime s'est vu réhabilité. Sans doute il reste encore beaucoup â faire pour transformer en âge d'or le temps de la Saint-Barthélémy et des Dragonnades; mais entre l'âge d'or que quelques-uns ont entrevu dans leurs rêves, el l'âge de fer qu'on nous a longtemps représenté sous de si tristes couleurs, notre vieille France s'est enfin trouvée mise â son point. Beaucoup de préjugés et d'injustes préventions se sont évanouis* C'est un tait accepté par exemple aujourd'hui que la condition des maîtres d'école ou recteurs avant 1789 n'avait rien que de très supportable. A coup sûr leur rémunération était des plus modestes. On l'a évaluée dans les chefs-lieux de paroisse à 400 livres au minimum et 800 livres au maximum, dans

1. M. Léopold Delisle un des premiers. Voir son Étude sur la condition de la classe agricole el Vétat de Vctgriculture au moyen dge.

les autres paroisses & 50 livres, plus la nourriture, que fournissaieut à tour de rôle les parents. D'après une autre évaluation, elle était en moyenne, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, de 120 livres, auxquelles venaient s'ajouter les mois des écoliers, le revenu de l'église et le logements II faut singulièrement se défier de ces moyennes obtenues à Taide d'observations locales; elles peuvent être exactes pour telle région et parfaitement fausses pour telle autre. Autant il y avait de communautés, autant il existait de coutumes et d'usages différents. Ici, le mode en vigueur était celui de la taxe, à la fois libre et proportionnelle, indiqué par beaucoup de règlements diocésains : libre parce qu'elle ne portait que sur ceux qui envoyaient leurs enfants à l'école ; proportionnelle parce qu'elle avait pour base l'étendue de l'enseignement (soit 5 sols par mois pour ceux qui apprenaient seulement à lire et 10 sols quand on y joignait l'écriture). Là, au contraire, la taxe était obligatoire pour tous les paroissiens, mais proportionnelle à leurs facultés, et elle se percevait au moyen d'une redevance en argent ou en nature, imposée sur chaque feu, indépendamment des mois des écoliers. Ailleurs, le traitement du maître se composait d'une imposition au marc la livre de la taille royale. C'était le mode le plus généralement recommandé par les intendants. 11 avait sur le précédent l'avantage de peser plus lourdement sur les habitants aisés que sur les autres.

Dans quelques localités, la rétribution se composait d'une somme d'argent, très variable, et d'une dotation territoriale. M. de Charmasse cite le cas d'un maître qui, outre une indemnité de 90 livres produite par une imposition spéciale, avait encore la jouissance de trois journaux de terre et la faculté de nourrir deux vaches et douze brebis sur le commun*

t. Moogeonjeaiii

Souvent aussi les émoluments d'un recteur ne consistaient qu'en redevances. Hème^ au dix-huitième siècle, ce mode était fort en faveur, principalement auprès des petites communautés. Il ne Tétait guère, en revanche, auprès des intendants. Beaucoup l'interdisaient comme étant la source d'une foule de difûcultés et de litiges et comme contraire aux règles d'une bonne administration. « M. l'intendant n'est pas dans l'usage de permettre de pareilles rétributions, écrit en 1768 le subdélégué Boileau au syndic de la communauté de Pommard. 11 serait plus à propos de fixer une somme qui s'imposerait sur tous les habitants. »

Mais, quel que fût le système adopté par les communautés, la partie fixe de la rémunération des recteurs n'en était pas à beaucoup près la plus importante. En général, ils avaient le logement ou recevaient, pour en tenir lieu, une indemnité. De plus, comme sacristains, chantres, bedeaux, sonneurs, horlogers, voire même fossoyeurs S ils étaient payés par la fabrique ou la communauté. L'assistance aux mariages et aux enterrements leur était également comptée, à raison de 15 sols et le dîner pour les mariages, et de 20 sols pour les enterrements. Rappelons enfln qu'avant 1789 les classes vaquaient quatre ou cinq mois de l'année dans les petites écoles et que, pendant ce laps de temps, les maîtres avaient toute liberté de se consacrer à tels travaux ou d'exercer tel métier qui pouvaient leur convenir.

Il y avait là, quoi qu'on ait dit, de sérieux avantages. Toutes ces petites rétributions ajoutées les unes aux autres finissaient par faire une somme, et, si l'on tient compte

]. Dans beaucoup de baux on retrouve rénumération des nombreuses obligations imposées par les communautés à leurs recteurs . entretenir l'église, maintenir tout en ordre dans la sacristie, fournir le pain pour le saint sacrifice, chanter aux messes hautes et offices, et répondre aux baptêmes, sonner les cloches pour les offices, les baptêmes et autres cérémonies religieuses, idem pour les orages, accompagner le curé dans le port des sacrements, etc.

du prix de l'argent, on arrive à cette conclusion que, sans être entièrement à leur aise, les recteurs avaient en général de quoi vivre. Certes, nous n'allons pas jusqu'à prétendre, comme certains écrivains, qu'ils étaient au point de vue matériel aussi bien partagés que le sont aujourd'hui nos instituteurs; mais nous ne croyons pas exagérer en constatant que leur sort avait été déjà bien amélioré, dans les dernières années de la monarchie.

Par contre, il semble difficile de ne pas admettre qu'au point de vue de la considération dont un gouvernement éclairé doit toujours entourer les instituteurs de la jeunesse, la condition des recteurs laissait fort à désirer. Sans en faire, comme on y tend aujourd'hui, une espèce de troisième pouvoir dans la commune en face du maire et du curé, il semble que l'ancien régime aurait pu les tenir dans une situation moins subalterne et surtout moins dépendante à l'égard du clergé. Dans les premiers temps, au moyen âge , il était tout naturel que 1 Église exerçât sur les grammairiens, comme on les appelait, une véritable dictature. L'enseignement rentrait dans son domaine; nul ne le lui disputait, et pour cause. L'école n'était pour ainsi dire que le prolongement de la paroisse ou du monastère. Il fallait bien que le curé y fût tout-puissant, qu'il eût droit de justice et de surveil- • lance sur les maîtres. Qui eût exercé ce pouvoir à sa place? Mais qu'en plein dix huitième siècle les recteurs fussent soumis à l'approbation diocésaine, qu'ils pussent être non seulement inspectés, mais encore révoqués par les évèques, et cela sans appel, sans que le pouvoir civil, laïque, fut consulté, en un mot, que l'école fut encore sous la tutelle de l'Église, il y avait là quelque chose de choquant et qui ne pouvait durer. L'anachronisme était manifeste. Aussi voyons-nous déjà, dans la première moitié du dix-huitième siècle, un grand nombre de maîtres et de communautés essayer de se soustraire au joug. Dans une l'instruction publique. 3

visite pastorale de 1737, l'évêque de Bayonne en trouve plusieurs en défaut et est obligé de recourir au bras sécu* lier, c'est-à-dire, dans l'espèce, au parlement de Navarre, qui rend un arrêt enjoignant aux délinquants de se mettre en règle *. « Quelque soin et quelque activité qu'apportât le bureau ou conseil épiscopal à l'exécution régulière des ordonnances du diocèse, dit M. Fayet, il constatait encore fréquemment que bien des maîtres étaient restés de longues années en exercice sans avoir demandé l'approbation épiscopale ». Cependant la loi était bien formelle. Nous venons de citer un arrêt du parlement de Navarre ; jusqu'à la Révolution la jurisprudence demeure' conforme à cet arrêt, témoin cet extrait du répertoire de Guyot publié en 1784:

« Quoique la discipline des écoles soit séculière et regarde la police des villes, cependant les ordonnances et les arrêts ont donné aux évêques, aux curés et autres personnes ecclésiastiques' la connaissance de ces matières. C'est ce qu'a prescrit le concile de Narbonne, tenu en 1551, et cette disposition se trouve autorisée par divers arrêts du concile. Ces arrêts ont fait défense aux officiers municipaux des villes de connaître de ce qui concernait les petites écoles, et d'y établir aucun mattre sans appro- ' bation par écrit de l'évêque, dans les lieux mêmes où les gages sont payés par les habitants'. Dans les petits en-

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