‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 53 sur 110 · Minisire du 6 messidor an VII au 18 brumaire · texte numérisé non relu

Minisire du 6 messidor an VII au 18 brumaire

0. À l'égard de Letourneux, une courte note suffira : Letoumeux n'a guère laissé de son passage au ministère de Tintérieur d'autre trace que trois ou quatre circulaires (on trouvera Tune d'elles à rAppendice); C'était un homme sans grande instruction, et qui professait pour les lettres et les sciences un entier dédain. On raconte qu'un jour qu'il venait de visiter le lardin des plantes, comme Talleyrand lui demandait s'il avait vu Lacépède^ il répondit : « Non, mais j'ai vu la girafe. • Avant la Révolution, Letourneuz était avocat; il embrassa les idées nouvelles avec ardeur, et devint, en

Le premier par la date, Bénézech, était un homme sans grande notoriété, parti d'assez bas, et qui avait eu des commencements difficiles. D'abord simple agent d'affaires et directeur des Petites-Affiches^ plus tard, au temps du Comité de salut public, il était devenu membre de la Commission des armes. C'est dans cette place, où il avait montré quelques aptitudes administratives, que le Direc^ toire était allé le chercher. Sa nomination surprit çt scandalisa beaucoup ses anciens confrères en journalisme et dut bien l'étonner lui-même, quelque habitué qu'on fût alors à ces fortune rapides. Il fit pourtant bonne figure au ministère : modeste, mais laborieux et actif, il s'efforça de mettre un peu d'ordre dans le chaos que lui avait légué le système des commissions executives, et, jusqu'à un certain point, y réussit.

En ce qui touche l'instruction publique, tout était à créer lorsque Bénézech prit le ministère. La loi du 3 brumaire venait d'être votée et les écoles centrales n'existaient encore que sur le papier. En moins de deux ans, du 24 brumaire an lY au 30 messidor an Y, il en organisa soixante-huit, dont quarante à peu près complètement.

Mais là n'est pas son principal titre à nos yeux; le mérite de Bénézech est d'avoir, un des premiers, signalé quelques-uns des vices du système d'études adopté par la Convention. L'insuffisance des cours de langues anciennes et de grammaire générale l'avait frappé; il eût voulu donner au premier un second professeur, et joindre à l'autre un cours de logique. Partisan des anciennes clas-* ses, il se défiait beaucoup « de ces cours oraux qui ne

1791, procureur général syndic du département de la Loire-Inférieure. En quittant le ministère, il entra dans Tadministration supérieure de Tenregistrement; en 1799, il devint membre du Conseil des Anciens. Plus tard , de 1811 à 1815, il occupa, malgré la vive opposition qu'il avait faite au coup d'État, le poste de conseiller à la Cour impériale.

convenaient» disait-il, qu'à ceux qui ne cherchent dans Tétude qu'un simple amusement. » Enfin et surtout, il redoutait pour les nouvelles écoles le renom d'indiscipline et d'irréligion qui s'attacha de très bonne heure à beaucoup d'entre elles. Bénézech a fait un testament sous forme de compte rendu de son administration^; ses critiques et ses appréhensions y sont très nettement formulées, c'est l'œuvre d'un honnête homme et d'un esprit judicieux, mesuré, qui a vu clair et qui dit ce qu'il a vu, sans phrases.

François de Neufch&teau n'était pas, à beaucoup près, aussi dépourvu de notoriété que Bénézech, lorsqu'il lui succéda. Il s'était acquis une sorte de réputation par ses vers, et surtout par ses démêlés avec le Comité de salut public, au sujet de Paméla, une assez pauvre comédie, imitée de Goldoni, qui l'avait fait accuser de modérantisme et mettre à la Force. Patnéla, ou la Vertu récompensée, n'avait pourtant rien de factieux, ni même d'osé. C'est l'histoire édifiante d'une jeune servante aimée de son maître, lord Bonsil, et que celui-ci finit par vouloir épouser, n'ayant pu la séduire. Seulement, au dernier acte, on apprend tout à coup que Paméla est noble. Naturellement lord Bonsil épouse d'autant plus, ce qui n'enlève rien à son mérite, et la pièce se termine par cette union des mieux assorties. Est-ce ce dénouement si simple et si innocent qui parut coupable? Est-ce la qualité des personnages, et le parfum d'aristocratie qui se dégageait de l'ensemble de la pièce? Toujours est-il que le Comité de salut public y vit toutes sortes de noirceurs, et qu'après avoir exigé de l'auteur complaisant plusieurs coupures *, il prit le parti de fermer le théâtre si peu national de la Nation, et de faire arrêter acteurs, actrices et

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