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AVANT 1789. v. 21

pour laquelle on les leur confie; et, pour cet effet, ils emploient leur temps dès le matin au soir, quelquefois même au delà.

c Secondement, dans les petites villes, bourgs et villages, les maîtres, après avoir passé les heures et les jours dus au travail dans leur classe, après s*étre épuisés dans les pénibles instructions de la jeunesse, sont encore obligés d'être à l'église les premiers chantres et soutenir le chœur dans le service divin. Dans la plupart des campagnes même, les recteurs d'école sont tenus d'assister les pasteurs dans toutes les fonctions de leur ministère, soit de jour, soit de nuit. Ce n'est pas tout : ils sont encore souvent sacristains, marguilliers et sonneurs. — En sontils pour cela plus heureux ou plus considérés? Tant s*en faut ! Il semble, au contraire, que plus ils rendent de services dans une communauté, plus ils sont avilis. On les regarde comme de vils mercenaires auxquels chaque paroisse ou communauté donne un gage (rougissons du terme), oui, un gage comme au dernier des valets, depuis 40 jusqu'à 150 livres, et qui très rarement dans les petites villes ou bourgs monte à 200 livres ou excède cette somme. On les exempte, en outre, des impôts s'ils n'ont point de biens-fonds, et quelquefois sont logés, et avec cela, quoique vivant très sobrement, ils ont à peine leur subsistance... Ils n'ont aucune part aux biens communaux et ne jouissent d'aucuns avantages locaux parce que, dit-on, on les a exemptés des charges. Que si quelquefois on leur accorde une portion dans les fruits qui croissent dans le pays, c'est une simple permission de quêter comme des mendiants...

« Troisièmement, ils sont regardés comme étrangers et non comme citoyens et n'ont point entrée aux assemblées des communes. Comme gens errants et sans aveu ils n'y ont aucune voix délibérative. Si quelquefois un maître est appelé dans une assemblée, ce sera pour servir de scribe à

défaut de celui qui y est établi et payé pour Tétre, ou si on l'en charge, il faut qu'il le fasse gratis. Encore croitron lui faire trop d'honneur en lui conflant cette fopction. »

Viennent ensuite les vœux, au nombre de six : .

P Qu'aucun maître ne puisse être nommé avant d'avoir accompli sa vingtième année, d'être marié ou de s'engager à l'être dans Tannée, à moins de « demeurer avec père, mère, frère ou sœur. »

2^' Que les candidats soient munis de bons certiGcats de vie, mœurs et catholicité, et astreints à passer leur examen en présence des pasteurs et magistrats « à iceux joints quatre notables habitants. »

3"* Qu'un maUre une fois admis dans telle ville ou commune ne puisse être destitué que de l'autorité des administrateurs et pour des causes légitimes.

4<'Que les instituteurs de la jeunesse dépendent positivement du gouvernement ou de l'administration provinciale, quoique « surveillés dans leurs fonctions des pasteurs et des magistrats qui seraient tenus de visiter de temps en temps les écoles et d'en rendre compte à l'administration. »

5<> Qu'ils aient » qualité de citoyen dans les lieux qu'ils habiteront », c'est-à-dire le droit d'entrer aux assemblées des communes et d'y prendre part aux délibérations, et qu'en conséquence ils soient appelés à supporter, suivant leur rang, les charges de TÉtat «excepté celles qui seraient absolument incompatibles avec leur fonction. »

t"" EnGn, qu'on leur fasse une pension fixe « payée parle gouvernement ou la province >^ et que les communautés n'aient plus d'autre charge que de loger leurs maîtres suivant l'usage, a supprimant ainsi tous mois d'écoliers, toutes quêtes, toutes perceptions et droits onéreux aux habitants qui les payent et honteux pour ceux qui les reçoivent. »

Tout n'est pas également fondé dans ces réclamations.

ni vrai dans le portrait que les instituteurs de Bourgogne traçaient d'eux-mêmes à la veille de la Révolution. Évidemment la couleur en est très chargée, les traits durs, l'expression emphatique. On y entrevoit des profondeurs d'amertume accumulée et l'on y sent comme un frémissement de colère mal contenue. Voltaire et Diderot ont déjà passé par là. Néanmoins, la part une fois faite à l'exagération du langage, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'une refonte complète de la législation des petites écoles était urgente et que là, comme ailleurs, la royauté manqua de clairvoyance et de présence d'esprit en ne prenant pas la direction d un mouvement aussi légitime.

Soyons justes pourtant, ce mouvement, la royauté semblait prêle à s'en emparer quand elle fut emportée par les événements, et ce n'étaient pas seulement des rêveurs isolés, comme Turgot, qui l'y poussaient. Dès le milieu du dixhuitième siècle, l'idée de la sécularisation de l'enseignement se manifestait, sans beaucoup de suite assurément et d'une façon bien timide encore, mais enfln le branle était donné : déjà quelques intendants, touchés de l'esprit révolutionnaire avant la Révolution, cherchaient à substituer leur pouvoir à celui de l'Église et s'attribuaient tout doucement le droit d'autorisation, sans que cette victoire de l'esprit laïque sur l'épiscopat rencontrât de résistance, tant il est vrai que l'heure était venue. Le fait a été observé dans plusieurs provinces^, avec le temps il se serait certainement généralisé. Et Ton devine bien quels en eussent

1. Par M. Babeau, notamment. « Au fur et à mesure que Ton s'approche de la Révolution, lisons-nous dans le travail déjà cité plus haut de cet écrivain , Tautorité du clergé se trouve contrebalancée par celle des intendants et de leurs subdélégoés. Si l'Ëtat laisse à l'Egl/se le droit d'approuver dont il Ta investie, il se réserve le droit d'autoriser, et, à partir du dix-huitième siècle, toutes les nominations de recteur doivent être sanctionnées par l'intendant. L'administration intervient également dans les révocations. En 1788, les procureurs syndics de Troyes se rendent A ***pour entendre les plaintes des habitants contre le maître et concluent à sa destitution. »

24 l'instruction PUBLIQUE KT LA RÉVOLUTION

été les résultats très prochains. Un écrivain du dix~huitième siècle, dont on a quelquefois invoqué le témoignage, a dit des maîtres d'école de son temps que « lire, écrire sans principes et faire tant bien que mal les premières règles de l'arithmétique était toute leur science. » Il ajoutait plaisamment : « C'est un jeune homme qui sort de Técole, qui craint le sort de la milice, qui a été enfant de chœur dans son village, qui sait lire jusqu'à trouver l'olGce du jour dans un livre d'église, qui chante au lutrin, qui écrit quoique machinalement et sans principes, qui fait tant bien que mal les premières règles de l'arithmétique. Voilà toute la science de Tinslituteur que Ton donne à la jeunesse. Il se présente, il fait éclater une voix qui approche de celle de Stentor, on le croit habile, il est reçu avec applaudissement. M. le magister se pavane dans l'église avec une chape sur le corps ; peu s'en faut qu'il ne veuille faire la loi au curé de la paroisse. »

L'abbé Cour talon, curé de Sainte-Savine, à Troyes, — car cette citation est de lui, — n'aurait certainement pas tenu ce langage, si Tinitiative prise par quelques administrateurs intelligents dans certaines provinces avait eu beaucoup d'imitateurs ; car le premier soin de l'État, en mettant la main sur les écoles, eût été d'en assurer le recrutement au moyen de ces maisons d'institution^ dont l'idée commençait à se répandre et que la Révolution devait un jour reprendre sans réussir à rappliquer.

1. L*abbé Gourtalon lui-même avait eu cette idée. Il aurait voulu • qu'il y eût dans chaque Tille épibcopale une maison d'institution où tous ceux qui se destinaient à une maîtrise d'école seraient obligés de passer un certain temps pour y apprendre les choses nécessaires à leur état. »

L'histoire des établissements d'enseignement secondaire et supérieur avant 1789 n'est plus à faire. Du Boulay, H.Taranne, M. Yallct de Viriville, M. Jourdain, pour ne citer que les travaux les plus complets et les plus importants sur la matière, Tout écrite, le dernier surtout, avec une ampleur et une autorité qui ne sauraient être égalées. Aussi glisserons-nous légèrement sur toute la partie de cette étude relative au nombre et à la population des collèges et des universités, à leur régime, à leur personnel, et nous attacherons-nous de préférence au seul point sur lequel tout n*ait peut être pas encore été dit : l'enseignement*

Il existait en France, dans les dernières années de l'ancien régime, pour une population de S5 millions d'habitans, 562 collèges (nous empruntons ce chiffre au rapport de H. Villemain sur la situation de renseignement secondaire en 1843).

Ces 562 collèges comptaient 72 747 élèves, dont 40 000 environ recevaient l'instruction soit entièrement, soit partiellement gratuite.

Aujourd'hui, d'après la dernière statistique ofGcielle publiée, pour 38 millions d'habitans, la France ne possède plus que 81 lycées et 300 collèges communaux, dont la population est, pour les lycées, de 40 995, et pour les collèges de 38236 élèves. Soit, en tout, 79 231 élèves, dont 4949 boursiers, internes ou externes, à bourse entière, à demi du même à quart de bourse.

De la comparaison de ces chiffres, il résulte qu'en 90 ans, bien que la population ait augmenté de' plus du tiers» renseignement secondaire public n*agagné que 6484 élèves et qu'il a perdu 35 000 boursiers et 200 établissements.

Il est vrai qu'avant la Révolution le clergé se recrutait presque entièrement parmi les élèves sortis des divers collèges, et qu'il n'y avait pas à cette époque, à côté des grands séminaires, d'écoles préparatoires pour les premières études des aspirants au sacerdoce, telles que les écoles secondaires ecclésiastiques. D'où il suit qu'en bonne statistique, et pour tenir compte de la part considérable que l'Église prélevait sur le nombre total des élèves dans l'ancien système d'enseignement, il faudrait ajouter à l'efFectif actuel des collèges et des lycées celui des petits séminaires.

Mais, d'autre part, il en faudrait retrancher les 14 000 élèves qui se trouvaient, d'après les derniers états de situation, dans les classes élémentaires de nos lycées et collèges et qui, par parenthèse, figureraient bien plus justement dans une statistique de Tenseigne/nent primaire. Et de cette sorte la proportion ne serait pas sensiblement changée.

Veut-on encore quelques chiffres? (Nous les empruntons toujours à M. Villemain.) « La population du royaume » étant avant 1789 de 25 millions d'habitans, devait compter, d*après les tables du Bureau des Longitudes, 2 326 364 en* fans mâles de 8 à 18 ans. Le nombre des élèves étant alors de 72 747 enfants, il y avait ainsi un élève sur 31 enfants. Aujourd'hui (en 1843), sur le chiffre total de 34 millions d'habitants, il y a 3 182397 enfants en âge de recevoir l'instruction classique. Le nombre des élèves des divers établissemens, y compris les écoles secondaires ecclésiastiques, étantde 89 341,1a proportion est de 1 élève sur 37. »

L'enseignement secondaire était donc, sous l'ancien régime et sans qu'il en coûtât presque rien au trésor, dans un état de prospérité où il n'est parvenu de nos jours qu'au prix de longs efforts et de grands sacrifices. Il avait de plus, à nos yeux du moins, le mérite de n'être pas concentré comme aujourd'hui dans quelques grandes

villes. Il était plus également réparti sur toute la surface du territoire. C'est ainsi que des localités d'une importance très secondaire possédaient souvent des établissemens considérables. Au collège de la Flèche^ d'après un catalogue envoyé à Rome et conservé dans les archives du Gesu, il n'y avait pas moins de 1300 élèves en 1625, et le président Rolland en comptait encore 700, en 1763, après l'expulsion des jésuites. A Sorèze, dans la seconde moitié du dix-huilième siècle, il y en avait plus de 500; au Mans, 900; à Dieppe, de 150 à 200.

On n'a pas pu contester ces chiffres ni faire qu'il n'en sortit un rapprochement qui, sans être humiliant pour l'état moderne, est assurément fort honorable pour l'ancien. Hais on n'a pas laissé de chercher à en diminuer la portée. L'opinion de Richelieu', qui trouvait déjà de son temps le nombre des collèges excessif, celle de Louis XIV ', qui en eût aussi voulu moins et de meilleurs, celle de Guyton de Morveau, qui allait jusqu'à se demander « si la politique d'un Etat ne devrait pas leur assigner des bornes et jusqu'à quel point le législateur doit favoriser les moyens de s'instruire dans les sciences et dans les let-

1. « La grande quantité des collèges, disait-il en 1625; fait que les plus pauvres faisant estudier leurs enfans, il se trouve peu de gens qui se mettent au trafic et à la guerre. > C'était, au reste, Topinion de TUniversité ellemême, et celte opinion se trouve consignée dans plusieurs documents appartenant à des époques fort diverses : notamment dans le Cahier des remontrances de TUniversité de Paris, délibérées le 14 décembre 1614, lors de la dernière séance des Ëtats généraux du royaume, et dans les Mémoires de l'Université de 1748 et de 1703.

2. « Le roi fit répondre par Coibert qu'il avait approuvé la requête de l'Université et qu'il ayiserait aux moyens de lui rendre son antique splendeur. 11 ajouta que l'Université devait faire de son côté tous ses efi'orls pour ' remplir exactement et fidèlement sa mission, qu'elle avait donné lieu à des plaintes, qu'au témoignage de beaucoup de personnes la manière dont la jeunesse était instruite dans les collèges laissait beaucoup à désirer, que les écoliers y apprenaient tout au plus un peu de latin, mais qu'ils ignoraient la géographie, l'histoire et la plupart des sciences qui servent dans le commun de la vie... » (C. Jourdain.)

très », et qui proposait carrément de « supprimer tous les établissements de cours gratuits » ; celle de La Ghalotais» qui, non content de dénoncer les frères de la Doctrine chrétienne aux proscripteurs des jésuites, «c regrettait de voir tant d'étudians dans un royaume où tout le monde s'inquiétait de la dépopulation' », tous ces témoignages et bien d'autres encore qu'il serait trop long de citer ont tour à tour servi d'argument aux adversaires systématiques de l'ancien régime. Ils leur ont emprunté la plupart des traits de la peinture qu'il ont tracée de l'instruction publique avant 1789, et, pendant longtemps, sur la seule autorité de ces témoignages, il n'a pas été permis de penser qu'une organisation qui a produit les deux plus grands siècles littéraires de la France ne devait pas être si défectueuse.

Que n'a-t-on pas écrit sur le régime intérieur, la discipline, les coutumes surannées et bizarres, les querelles intestines, l'esprit étroit et rétrograde des anciens collèges et des universités, sur Tétat de délabrement d'un grand nombre de ces établissements et la condition misérable de leurs professeurs ! Sans doute il y a dans ces critiques une part de vérité. La France du dix-huitième siècle était fort arriérée sous le rapport de la pédagogie ; l'esprit et les formes gothiques pesaient toujours sur elle et s'opposaient à toute grande réforme. On était encore, en fait de législation scolaire, et l'Université demeura jusqu'au règlement de 1769 sous l'empire des statuts d*Henri IV. Quant à ce chiffre de 562 collèges, il est clair qu'il ne faudrait pas en tirer une conclusion trop absolue. S'il en était ^de florissants, il n'en manquait pas non plus qui végétaient. A Paris mème^ avant l'expulsion des jésuites, plu-

1. Celle de Rolland, qui s'exprimait ainsi : « Je suis persuadé que le principe qu'il est nécessaire et convenable de procurer l'éducation à tous les sujets du roi doit avoir des bornes, et je suis bien éloigné de penser que ce principe autorise la multiplicité des collèges. •

sieurs de ces prétendus collèges n'étaient que d'infimes pensionnats sans clientèle et sans fortes études, où de rares professeurs enseignaient un peu de latin à de non moins rares écoliers. Ce qu'on appelait Vexer cice^ c'est-àdire l'enseignement de la grammaire, des belles-lettres et de la philosophie, en avait disparu depuis longtemps. Les revenus suffisaient à peine à l'entretien des boursiers, les bâtiments tombaient en ruines. Enfin, au fur et à mesure qu'on s'était avancé dans le dix-huitième siècle, il était devenu plus évident que ces vieilles fondations ne pouvaient plus subsister. Tels étaient les collèges de Bayeux, fondé par Guillaume Bouet, évéque de Bayeux, pour 21 boursiers; celui de Séez, fondé par Grégoire Langlois, évéque de Séez, pour 12 boursiers; celui du Mans, fondé par le cardinal Philippe de Luxembourg en faveur de 12 écoliers pauvres de son diocèse ; et bien d'autres. Cependant, il s'en faut que l'état de ces établissements et, d'une façon plus générale, la condition des régents et professeurs des collèges et des universités fût aussi précaire qu'on l'a prétendu. Nous avons sous les yeux une pétition à l'Assemblée nationale des régents du collège d'Ajaccio, un des plus petits qu'il y eût en France '. D'après ce document, les émoluments fixes du recteur ou principal étaient de 1000 livres; ceux du professeur de rhétorique, de 900 livres; ceux des deux professeurs d'humanités, de 750 livres, et ceux des professeurs de grammaire, de 650 livres. Et là ne se bornait pas en réalité le gage des régents; ils en trouvaient le complément soit dans la rétribution payée par les écoliers, soit dans une foule de petits avantages variables suivant les localités et néanmoins fort appréciables.

A dire vrai, la rétribution scolaire était loin d'exister partout. Dans les collèges des jésuites, notamment, les

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