‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 64 sur 110 · Schmidt, t. III, p · texte numérisé non relu

Schmidt, t. III, p

atteindre ce nombre. De sorte que les 56 écoles primaires du département de la Seine n'ont reçu dans le cours de l'an Y que de 1100 à 1200 élèves des deux sexes, tandis que, à raison de la population, on aurait dû compter sur plus de 2000. Celte désertion afQigeante vient de l'insouciance des parents.... elle vient aussi de la préférence donnée par certaines personnes aux écoles particulières. »

D'un autre document également émané d'une source officielle* et par suite plutôt optimiste, il appert que le personnel des instituteurs de la ville de Paris était singulièrement recruté. On y comptait « des serruriers, des maçons sans ouvrage et jusqu'à des savetiers. »

Si Paris en est réduit là, qu'est-ce donc en province? A part deux ou trois écoles centrales, vous n'y trouveriez pas un seul établissement public en vogue, possédant la confiance des familles et la méritant. Nous avons déjà cité cet aveu significatif d'un professeur : « L'école centrale de Seine-et-Oise ne connaît aucun pensionnat qui veuille correspondre avec elle. »

Pareillement, en plein Conseil des Cinq-Cents (séance du 27 brumaire an YI), Luminais a pu dire sans être démenti par personne : « Je suis convaincu que dans toutes les écoles centrales, chaque professeur, l'un portant l'autre, n'a pas cinq élèves qui l'écoutent habituellement. On vous a dit que les écoles centrales élaient en pleine activité; je le crois bien, mais c'est l'activité silencieuse qui règne dans les tombeaux*. *>

1. Tableau analytique de la situation de Paris pendant le mois de nivôse an Fif, par le citoyen Dupuis^ commissaire du pouvoir exécutif près l*admi nistration centrale du département.

2. « La meilleure preuve que Torganisalion actuelle des écoles centrales esL mauvaise, c'est qu'elles ne sont pas fréquentées. Examinez seulement ce qui se passe à Paris. Si dans une des villes les plus populeuses du monde, et où les sciences sont le plus cultivées, il n*y a pas, sur 3000 habitants, un élève qui suive les écoles centrales, jugez par là de leur fréquentation. »

Quant aux écoles primaires publiques, elles n'ont même pas, on l'a vu, cette activité sépulcrale: sauf dans quelques villes, elles n'existent pas ou elles sont désertes.

Tout au rebours dans les écoles libres. J'ai sous les yeux la liste^ des principaux « pensionnats, collèges, sociétés savantes et littéraires de la ville de Paris en l'an YIII. » L'enseignement libre est représenté là par des chiffres fort honorables : sept ou huit sociétés savantes*, une vingtaine de pensionnats^ deux lycées* et plusieurs

1. Moniteur de Van II, p. 237. — Ànniuiire de Vinttnietûm publique pour Van II.

2. La Société philomatique, établie à Paris en 1778 pour s'occuper, dit son règlement, d'histoire naturelle, d'anatomie, de physique, de chimie, de médecine, d'arts mécaniques, d'économie rurale, de commerce, de mathématiques et d'archéologie; la Société d'agriculture de Seine-et-Oise, fondée dans le mois de prairial an VI, dans le but de distribuer des prix aux auteurs des meilleurs travaux sur Tagriculture ; la Société philotechnique, qui s'était formée, dit VÂnnuaire, en un temps où toute espèce de réunion était suspecte « pour s'opposer aux ravages du vandalisme, aux progrès de la barbarie et du mauvais goût ; » la Société de médecine de Paris, fondée en 1796 par plusieurs membres des anciennes Compagnies de médecine, de chirurgie et de pharmacie; la Société des observateurs de l'homme, qui s'occupait spécialement des sciences morales et de philosophie; la Société des pharmaciens de Paris; la Société libre d'institution; la Société des arts et métiers ; la Société des sciences, lettres et arts de Paris ; et enfin le Portique républicain.

3. Les plus florissantes étaient : la maison d'éducation Dubois, où les élèves étaient « instruits, dit le règlement, sur les devoirs généraux de la religion »; le collège des sciences et des arts ou de Sainte-Barbe ; l'ficole polymatique ; les maisons Lefebvre et Cousin ; Mac-Dermott et Fleurizelle, qui se recommandaient aussi, d'après V Annuaire , « par une forte éducation morale et religieuse. »

4. Le Lycée républicain où Laharpe, revenu de son enthousiasme républicain, faisait son fameux cours de littérature, et qui comptait, au nombre de ses professeurs, deux ou trois des plus illustres savants de l'époque et toute une pléiade d'hommes forts distingués : physique expérimentale, Butet; chimie, Fourcroy; histoire naturelle, Cuvier; hygiène, Moreau; technologie, Hassenfratz ; facultés physiques et morales, Alphonse Leroy ; littéra* ture, Laharpe; histoire. Garât; économie publique, Rœderer ; philosophie morale, de Gerando; dessin, Legrand; angues anglaise et italienne. Robert et Boldony.

Le lycée de Paris, qui comptait aussi d'assez nombreux cours de phy»

cours particuliers de mathématiques, de chimie et de mi* néralogie.

Dans les départements, le contraste est plus frappant encore; les seules écoles suivies sont celles où, d'après * la remarque d'un observateur placé pour bien voir, « la superstition trouve encore un coin pour s'y établir. » « Presque partout les prêtres fanatiques se sont emparées de lajeunesse.' » « Dénués de tout secours, les instituteurs républicains ne peuvent supporter laconcurrence avecles instituteurs privés que favorisent tous les préjugés*. » A côté d'eux, — c'est ici le ministre de l'intérieur luimême qui parle *, — « s'élèvent avec audace une foule d'écoles privées, de maisons d'éducation particulières où l'on professe impunément les maximes les plus opposées & la constitution et au gouvernement et dont la coupable prospérité semble croître en raison de la perversité des principes qu'y reçoit la jeunesse. » Pontlevoy, sans doute, où les Bénédictins n'ont jamais cessé, grdce à la complicité du département*, de diriger les études, et qui,

sique expérimentale, de botanique, de physiologie, d'analomie, de pasigraphie, de langues anglaise et italienne, et de littérature, sous l'appellation un peu prétentieuse de Veillées des Muses.

1. Dupuis, commissaire du pouvoir exécutif près l'administration centrale du département de la Seine. (Schmidt, t. III, p. 375.)

2. Archives ntuionales, P. 17, 3012. Réponse à la circulaire du 20 fructidor de l'administration centrale de Saône-et-Loire.

3. Archives nationales, F. 17, 1141. Extrait de la minute d'un rapport adressé au Directoire exécutif par le ministre de l'intérieur le 29 ni?dse an VI.

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