‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 63 sur 110 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

1. Ëtat de l'opiuion vers la fin du Directoire. — Insurrection morale et soulèvement de la conscience publique contre renseignement, les méthodes et le personnel républicains. — Désertion des écoles publiques. — Succès de plus en plus marquédes écoles libres. — Tableau des principaux pensionnats, collèges, sociétés savantes et littéraires de la ville de Paris. — Pontlevoy. — Juilly. ^ Sorèze. — Autres établissements très florissants dans les départements. — II. Derniers efforts du Directoire contre les écoles et l'enseignement libre. — Arrêté du 17 pluviôse an VI. — Circulaire de Letourneur. — Fermeture d*un grand nombre d'établissements. — III. Inutilité de ces mesures. — Résistance ou mo'lesse des corps administra tirs et judiciaires. — Eaquète ouverte par le gouvernement consulaire sur Tétat de rinstruction publique dans les départements. — Constatation de la nullité du premier degré d'enseignement et de la faiblesse du second.— P.ésumé et conclusion.

En effet, déjà, de tous côtés, s'élève une rumeur pour demander au Direcloire d'aulres écoles, d*autres maîtres et surtout un autre enseignement. La réaction est, en ce point, aussi vive que dans Tordre politique, et sûrement elle tient à des causes et se fonde sur des considérations plus légitimes encore. Ce n'est pas seulement Tintérèt matériel, l'instinct purement animal de la conservation, qui parlent ici. Plus hauts sont les griefs et plus pro-

fonde la blessure : c'est l*âme môme de la nation qui crie et qui se révolte à la fin, c'est ce qu'il y a de plus intime et de plus délicat dans la conscience d'un peuple qui s'indigne et qui proteste contre une oppression insupportable. Et, voyez la force de celte insurrection morale I Outre les adversaires naturels du régime, prêtres, nobles, anciens magistrats, procureurs, avoués, tabellions, gens de maison et gens d'affaires de toutes sortes et de toutes catégories, dépouillés ou ruinés par la Révolution, elle compte dans ses rangs l'élite intellectuelle du pays, tout ce qui pense un peu librement, tout ce qui a le cœur un peu bien situé, plus la masse, l'immense majorité des pères de famille. Pour ceux-ci, comme pour ceux-là, du premier au dernier degré de la hiérarchie sociale, l'offense est la môme. Effectivement, sous prétexte de droits de l'homme et du citoyen, ils sentent bien» ils ne seraient pas pères s'ils ne sentaient pas que l'école républicaine tend à supprimer toute notion de discipline et de devoir; qu'au lieu d'ôtre l'auxiliaire et pour ainsi dire le prolongement de la famille, elle en est le plus dangereux ennemi, la négation. Jadis, au temps du fanatisme, la première chose que l'enfant apprît, c'était : « Tes pères et mères honoreras. » Aujourd'hui, c'est dans les commandéments de la République et de la Liberté qu'on le fait épeler, et pour toute morale on lui enseigne les droits qu'il tient de la nature et ;de la constitution. Voilà tout l'idéal qu'on lui propose. En vérité, le fanatisme valait mieux. Et l'on retourne au fanatisme, c'est-à-dire aux écoles libres, à celles qui ont conservé les bons vieux usages, la prière du matin, la récitation du catéchisme, le crucifix dans la classe. Quant aux autres, celles où ton s'honore du nom de citoyen^ le nombre en va diminuant de jour en jour. A Paris môme, au centre et sous les yeux de l'administration, il s'en faut qu'elles soient dans un état prospère. Il y a bien 300 élèves envi-

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ron* dans chacune des écoles centrales, mais il n'y en a que fort peu dans les autres. Le département lui-même est obligé de le confesser. « Dans les premiers jours de Fan VI, écril-il au ministre de rintérieur, les écoles primaires ont été presque désertes*. » Ailleurs, je note encore cette curieuse statistique :

Rapport de F Administration centrale du département de la Seine au Ministère de tinter. [Schmidt^ p. 282, t. III).

oc Instruction publique :

« Il est établi dans chacun des douze arrondissements de Paris et des seize cantons ruraux deux écoles primaires, Tune pour les garçons, l'autre pour les filles. Elles ont été ouvertes à Paris, à l'exception de celle des garçons du Yll'' arrondissement. Celles de Franciade, Charenton, Pantin et Ghàtillon n'ont point été mises en activité, les instituteurs nouvellement nommés ayant refusé ou donné leur démission après quelques jours d'exercice.

ce Les instituteurs les plus favorisés ont eu jusqu'à 50 élèves; beaucoup n'en ont que 16; plusieurs n'ont pu

1. Nous empruntons ce chiffre au compte rendu (an V} des administrateurs du département de la Seine au ministre de Tintérieur (Schmidt, Tableau de la Révolution^ p. 287). Mais ce compte rendu ne nous dit pas — ce qu'il faudrait savoir — combien dans ce nombre il y araît d*élè?es suivant le cours de dessin et combien suivant les autres cours. Au surplus, un autre document, cité par Schmidt également {Tableau de Parts^ par Mathieu, commissaire du Direcloire exécutirprès Tadministralion centrale de la Seine), dte singulièrement de sa valeur à ce chiffre. On y lit entre autres choses : « Les écoles centrales paraissent avoir jusqu'ici manqué d'un lien d'unité et de discipline; les études y ont peu de ressort et n'obtiennent que de faibles progrès; le nombre des élèves est peu considérable: et Paris est loin du succès qu'il peut obtenir en ce genre.Lorsque les regards se portent sur les écoles centrales, on ne peut que regretter de les voir aussi peu fréquentées (ventôse an VI).

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