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350 l'instruction PUBLIQUE ET TA RÉVOLUTION.

condamnés à l'amende pour avoir fermé leurs écoles, les jours des ci-devant fêtes et dimanches. » (Ârch. nat. F»' 3000.)

« Nous avons dû fermer l'école libre de Saint-Pol, écrivent les administrateurs du Pas-de-Calais... L'instituteur enseignait à ses élèves une doctrine intolérante et leur mettait dans les mains des ouvrages contenant des prières pour le roi et la famille royale. » (Ârch. nat., F. 63014.)

« Du 17 thermidor an VI au 2 messidor an VII, écrivent les administrateurs du département de la Manche, nous avons révoqué 58 instituteurs^ sur la dénonciation des administrations municipales et des sociétés populaires. » (F. 63012.)

ce Citoyens, écrit aux administrations municipales le déparlement de la Mayenne, nous avons prévenu le ministre de l'intérieur du refus formel que plusieurs instituteurs et institutrices ont fait du serment de haine à la royauté, et à ce sujet il nous dit que, quoiqu'il n'existe aucune loi positive à cet égard^^ on ne peut regarder comme amis de

1. Celte loi, le Conseil des Cinq-Cenfs avait bien essayé de la faire après le 18 fructidor. Il avait même discuté et voté dans le cours du mois de ventôse an VI un projet relatif à la surveillance des pensionnats qui ne fut pas ratifié par le Conseil des Anciens. Voici quelles étaient les principales dispositions de ce projet :

Art. 1*'. Les individus qui enseignent une doctrine, une science ou un art libéral quelconque, les instituteurs et sous-instituteurs, les institutrices et spus-institutrices, les chefs d'établissements particuliers d'instruction et d'éducation, quelle que soit la dénomination qu'ils prennent, sont sous l'inspection de la police, qui peut toujours leur défendre d'enseigner lorsqu'ils professent des principes anti-républicains.

Art. 2. Les individus compris dans l'article précédent qui veulent ensei* gner, soit chez eux, soit chez les autres, sont tenus d'en faire la déclaration à l'administrai ion municipale du lieu de leur domicile, et d'y prononcer, en séance publique, le serment suivant :

« Je jure haine à la royauté et à l'anarchie, attachement et fidélité à la République et à la Constitution de l'an III. Je promets de ne rien enseigner à mes élèves qui y soit contraire, et je m'engage à faire tous mes efforts

la république ceux qui font un pareil refus et qu'ils se trouvent par là môme compris dans Tarlicle 3 de l'arrêté du pouvoir exécutif du 17 pluviôse dernier, qui autorise les administrateurs municipaux à faire fermer les écoles des ennemis des institutions républicaines. Cette explication ne laisse pas de doute sur la conduite à tenir. Nous vous invitons, en conséquence, à faire fermer les écoles des instituteurs et institutrices qui persisteraient dans leur opiniâtreté. » (Arch. nat. F. 63013.)

Et ainsi de tous les départements : partout les instituleurs libres sont l'objet d'une surveillance inquisitoriale ; partout ils sont opprimés dans leurs croyances, lésés dans leurs droits ou menacés dans leurs moyens d'existence, quand ils ne sont pas frappés, en vertu de mesures arbitraires» par des pouvoirs ignorants de la loi, ou qui la violent audacieusement, à l'exemple et avec l'approbation du Directoire.

Mais c'est en vain qu'on accumule et qu'on dresse contre eux tous ces obstacles. La force en de certaines

pour leur faire aimer le gouvernement républicain, leur faire chérir ses lois, faire naître dans leur âme l'amour ardent de la liberté et y semer le germe de toutes les vertus. »

Art. 3. Tous les ans, à la fête de la jeunesse, les chefs d'établissements particuliers d'institution et d'éducation, ceux qui enseignent dans ces établissements, les instituteurs et sous-instituteurs, les institutrices et sousinstitutrices répéteront publiquement le même serment en présence de leurs élèves et devant l'administration municipale du lieu de leur domicile.

Art. 4. Avant de pouvoir exercer leur profession, les individus mentionnés dans l'article précédent sont tenus d'en obtenir la permission de l'administration centrale de leur département; pour cet effet, ils se munissent d'une attestation de vie et mœurs de cinq citoyens honnêtes de leur canton et ayant occupé des places.

mains, et lorsqu'elle est servie par les circonstances^ peut bien primer le droit; elle n'est qu'un expédient et devient bien vite inofFensive en des mains débiles et corrompues. Ainsi du Directoire et de ses arrêtés. Après avoir trouvé dans le zèle des administrations départementales et dans la complaisance des tribunaux un concours efficace, voici maintenant que cette assistance lui manque en beaucoup d'endroits. Ici, c'est le département qui recule devant la fermeture des établissements contre-révolutionnaires : il lui faudrait en frapper un trop grand nombre, et sa popularité pourrait en souffrir. Là, c'est un instituteur révoqué qui rouvre audacieu sèment son école et qu'on n'ose traduire devant les tribunaux. Ailleurs, c'est le jury de la police correctionnelle qui hésite à poursuivre, ou le tribunal lui-même qui se refuse à condamner les « rebelles ». (Archives nationales, F. 63012])

Bref, de jour en jour, soit résistance ouverte des instituteurs, soit lassitude et mollesse des corps administratifs et judiciaires, le Directoire perd du terrain, et la réaction en gagne; visiblement, avant peu, toute la jeune génération sera dans ses mains, et par le présent, qu'elle a conquis de haute lutte, elle tient déjà l'avenir.

Ce phénomène n'est pas contestable : s'il ressort avec une entière évidence de la correspondance du Directoire avec ses agents, il éclate avec bien plus de force encore dans l'enquête ouverte par le gouvernement consulaire sur toutes les parties de l'administration et menée de front par les préfets, les conseils généraux et les conseillers d'État envoyés en mission particulière dans les départements. Il nous entraînerait beaucoup trop loin d'analyser ici les nombreux rapports émanés de cette triple source. Nous en citerons simplement quelques extraits, les plus courts et les plus significatifs^ :

1. Pour le surplus, nous renvoyons le lecteur à notre Appendice (n** 15 et 16) et au livre de M. Rocqaain sur Tétat de la France au 18 brumaire.

« Il n'y a pas la dixième partie de la population dans la huitième division^ qui sache lire, écrit le conseiller d'État Français de Nantes'. Les anciens curés et vicaires apprennent à lire aux enfants. Les anciennes religieuses tiennent les écoles de filles; de sorte que l'ancien ordre de choses à cet égard est revenu. »

« L'instruction publique dont on parle tant et sur laquelle on n'a rien fait encore depuis la fin de la Convention nationale, écrit Fourcroy*, souffre dans tous les départements à cause de l'espèce d'inquiétude où sont les esprits sur la stabilité de ce qui existe .. Les écoles primaires présentent, dans les trois départements de la quatorzième division militaire, la même difficulté d'organisation et les mômes lacunes que dans les autres départements. Sur 425 écoles primaires qui devraient être établies dans le département de la Manche, d'après l'interprétation de la loi du 3 brumaire an IV, il y en a 177 d'organisées. Il n'existe qu'une cinquantaine d'institutrices très peu instruites. Elles n'ont pas la confiance des habitants, non plus que la grande majorité des instituteurs.

« Outre la mauvaise conduite, l'immoralité et l'ivrogne-

1. Vaucluse, Bouches-du-Rh6ne, Var, Basses-Alpes et Alpes-Haritimes.

2. Français de Nantes ne saurait être suspect d'une grande tendresse à regard de l'ancien régime. Un des premiers à la Législative, il avait proposé la déportation des prêtres non assermentés, et plus d'une fois il s'était signalé par l'intempérance de ses opinions antireligieuses. C'est lui qui disait du pape : « Ce prince, burlesquemeni menaçant, cherche à prendre l'attitude de Jupiter tonnant. Mais ses traits impuissants viennent s'émousseï contre le bouclier de la liberté, placé au sommet des Alpes. » Une autre fois, dans une sortie contre les prêtres, il avait trouvé ceci : « Depuis que le fanatisme a étendu sur les campagnes ses crêpes ensanglantés, j'ai vu les morts sans sépulture, j'ai vu les liens les plus sacrés rompus, les flambeaux d*hyménée ne jeter qu'une lueur pâle et sombre. J'ai vu le squelette hideux de la superstition s'asseoir jusque dans la couche nuptiale, se placer entre la nature et les époux, arrêter le plus Impérieux penchant. »

3. En mission dans les départements de la 14* division militaire (Calvados, Manche et Orne).

It'lBSnUJCTIOll FDBUQin. ^

rie de beaucoup de ces derniers, il parait certain que le défaut d'instruction religieuse est le motif principal qui empêche les parents d'envoyer leurs enfants à ces écoles. On préfère les envoyer chez des maîtres particuliers que l'on aime mieux payer parce qu'on espère y trouver une meilleure instruction, des mœurs plus pures et des principes religieux. 5>

ce Tout est à refaire en cette partie (écoles primaires), écrit Thibqiudcau^ Les insli tuteurs sont très peu suivis et méritent peu de l'être. Il n'y en a point pour les filles.... Les écoles centrales sont peu fréquentées.... On réclame une instruction secondaire. »

Pareillement, dans les rapports des préfets et dans les procès-verbaux des conseils généraux, ce qui ressort à chaque instant, la note dominante, c'est l'idée de la nullité du premier degré d'enseignement et de la faiblesse du second, et la constatation de la faveur croissante des écoles et pensionnats particuliers.

Au résumé, de tous ces documents, qu'ils appartiennent tt la période du Directoire, comme la plupart de ceux qui figurent dans les précédents chapitres, ou qu'ils soient contemporains des premiers temps du Consulat, comme ceux dont on vient de lire quelques extraits, la conclusion qui se dégage en plein relief, c'est l'impérieuse nécessité d'un changement radical; ce n'est pas seulement au premier degré d'instruction que « tout esta refaire», suivant l'expression de Thibaudeau. « Le grand édiQce » élevé par la Convention d'après la plan géométral des Condorcet, des Lakanal et des Daunou est à reprendre entièrement, même dans la moins défectueuse et la plus vivante de ses parties (les écoles centrales). Des trois ordres d'enseignement consacrés par l'expérience et fondés sur la nature

t. En missioa aans les départements de rAin, du Doubs, du Jura et dr

la Haut«»-Siône.

même des choses, il n'y en a qu'un en réalité d'à peu près organisé; l'enseignement primaire est nul et renseignement supérieur proprement dit n'existe pas. C'est à peine si deux ou trois foyers lui sont ouverts pour toute la France, au Collège de France, à l'École polytechnique^ au Muséum. Â dire vrai, les hautes études littéraires et scientifiques y sont représentées avec un grand éclat par des hommes éminents, de même que l'Institut constitue, dans son ensemble, la réunion des plus belles intelligences et des esprits les plus distingués du temps. Mais, si richement pourvus que soient ces divers établissements, ils sont loin d*oiTrir à la génération de dix-huit à vingt-cinq ans les ressources de tous genres qu'elle trouvait autrefois dans les Universités.

Quelque défectueux que fussent leur enseignement et leur discipline, les anciennes facultés avaient au moins cet avantage de mettre en vingt lieux différents des cours complets d'études à la portée des jeunes gens. Tout au rebours aujourd'hui : de cours complet d'enseignement supérieur il n'en existe plus aucun, même à Paris, ni pour les lettres, ni pour les sciences, ni pour le droit.

L'étude du droit surtout, si florissante autrefois dans plusieurs villes, est complètement abandonnée : la loi du 3 brumaire avait bien disposé qu'il serait formé des écoles spéciales de sciences politiques où la jurispru dence eût trouvé place, mais ce vœu n'avait pas été rempli, si bien qu'en dehors des cours do législation élémentaire établis dans chaque école centrale, cette science si française n'est plus officiellement enseignée qu'au Collège de France et dans une seule chaire*.

Les sciences médicales semblent mieux représentées

1. Deux écoles de droit particulières s'étaient établies à Paris : l'une rue de Vendôme, sous le nom d'Académie de législation; l'autre dans les bâtiments de l'ancien collège d'Harcourt, sous le nom d'Université de jurisp:u* dcncp.

par les deux grandes écoles de Paris et de Montpellier^ : « Bornée d'abord aux trois cents élèves de la patrie que la loi du 14 frimaire an III y avait appelés, l'école de Paris n'avait pas tardé à voir la réputation de son enseignement attirer une foule d'élèves libres; ses amphithéâtres, ses laboratoires, ses hôpitaux peuvent à peine contenir les nombreux étudiants qui y afQuent de tous les points de la République et des pays étrangers et qui s'élèvent à plus de douze cents'; celle de Montpellier compte également beaucoup d'élèves, environ trois cents. Mais, que de lacunes et d'imperfections cette organisation n'offre-t-elle pas encore I

« Depuis le décret du 18 août 1792, qui a supprimé les universités, les facultés et les corporations savantes, dira bientôt Fourcroy*, dont il ne faut pas se lasser de citer le. témoignage, il n'y a plus de réceptions régulières de médecins ni de chirurgiens. L'anarchie la plus complète a pris la place de l'ancienne organisation. Ceux qui ont appris leur art se trouvent confondus avec ceux qui n'en ont pas la moindre notion. Presque partout on accorde des patentes également aux uns et aux autres. La vie des citoyens est entre les mains d'hommes avides autant qu'ignorants. L'empirisme le plus dangereux, le charlatanisme le pluséhonté abusent partout de lacrédulité et de la bonne foi. Aucune preuve de savoir et d'habileté n'est exigée. Les campagnes et les villes sont également infectées de charlatans qui distribuent les poisons et la

1. Celle de Strasbourg n'avait jamais été complètsment organisée, et les études y étaient toujours demeurées si languissantes, qu'à plusieurs reprises eUe avait été menacée de suppression. Voir notamment aux Cinq- Cents, la séance du 12 brumaire an VI.

2. De Vétat actuel de VÉcoU de santé de Paris, mémoire publié par TËcole de santé de Paris, suivi des Observations adressées par l'École de santé de Paris au Conseil des Cinq^Cents,

3. Exposé des motifs du projet de loi sur l'exercice de la médecine, pré* enté par le conseiller d'État Fourcroy (ventôse an IX).

mort avec une audace que les anciennes lois ne peuvent plus réprimer. Les pratiques les plus meurtrières ont pris la place des principes de Tart des accouchements. Jamais la foule des remèdes secrets, toujours si dangereux, n'a été aussi nombreuse. »

Bref, du haut en bas, partout le désordre et partout la confusion, des résultats nuls, ou des résultats mauvais, des lacunes énormes et des vices d'organisation sans remède, les plus utiles fondations, comme les écoles de médecine, compromises ou paralysées, faute d'une règle et d'une direction supérieures, voilà, pris dans son ensemble, l'état de l'instruction publique à la fin du Directoire et jusqu'à sa réorganisation, en 1802.

Il n'entre pas dans notre cadre d'aj)précier ce premier effort du gouvernement consulaire pour relever les études. Nous ne serions déjà plus ici dans la Révolution, et nous tenons à n'en pas sortir. Un mot pourtant I On a souvent reproché à Bonaparte d'avoir apporté dans celte réforme de 1802 et surtout dans sa grande création de 1806 un esprit de centralisation et de réglementation excessif. Une critique moins superficielle et surtout plus équitable n'eûtpas manqué d'apercevoir la légèreté de ce grief; pour si peu qu'elle eût étudié les documents, elle eût vite connu, que le seulmoyen de sauver l'enseignement public d'une irrémédiable décadence, c'était précisément de l'enfermer dans une règle et de lui imposer une discipline inflexibles. Qu'il y ait eu de ce côté quelque exagération, un luxe surabondant de précautions, une tendance trop accusée, peut-être, à militariser l'école, la chose est possible; mais à part ce léger défaut, si c'en fut un, quelle merveilleuse conception que cette Université de France, avecson grand-maître, son conseil, ses inspecteurs généraux, ses grades et sa puissante hiérarchie 1 Quel trait de génie d'avoir compris qu'il n'était qu'une grande corporation laïque, pour disputer la jeune génération aux

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débris des vieilles corporations enseigoantes el surtout & leur esprit! Avant le 18 brumaire, on pouvait déjà prévoir le moment où la réaction aurait regagné dans le domaine de renseignement tout le terrain perdu depuis 1789. Grave danger et qui ne tendait à rien moins qu'à remettre en question, dans un très prochain avenir, les ^Tands principes de tolérance et d'égalité dont la conquête avait été le but de tant d'efforts et qui sont demeurés l'excuse de tant d'excès. En créant l'Université de France à son image, en l'animant de son esprit, c'est-à-dire en lui donnant pour mission d'être, en même temps « qu'une garantie contre les théories pernicieuses et subversives de l'ordre social^ la gardienne des lois et des idées libérales déposées dans les constitutions française,» Napoléon écartait à jamais ce danger. Après avoir rivé le présent à la Révolution parle Code civil et le Concordat, il lui assurait l'avenir par l'éducation. Les historiens de l'école libérale ont trop négligé ce point de vue; et vraiment, de leur part, c'est bien de l'ingratitude; car, de tous les services que Napoléon a rendus à leur cause en croyant, je le veux bien, gagner la sienne, je n*en sache pas de plus mémorable que d'avoir arraché l'enseignement aux pires ennemis du nouveau régime, pour la confier à un corps profondément imbu des idées modernes. L'Université, sans doute, a des titres tout personnels et fort nombreux à la reconnaissance de la démocratie; elle a préparé de longue main, tantôt ouvertement et tantôt à petit bruit, des générations qui en poussent le culte jusqu'à la superstition. Mais, si large qu'on lui fasse sa part, ce n'est pas une raison pour oublier celle qui revient à son fondateur et, pour n'y point mettre en première ligne, d'avoir coulé en bronze ce qui n'était encore que d'argile. Au surplus, ce n'est pas être injuste envers la Révolution

1. Note de Napoléon relative à rorganisation de ruDiversilô impériale.

que d'accorder quelque mérite à Napoléon, et nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de rabaisser celui-ci pour juger avec équité celle-là. H n'y faut qu'un peu de cette probité qui est la première vertu d'un historien et qui consiste & savoir se défendre contre ses propres inclinations. Quelque sujet qu'on traite, fût-il absolument étranger en apparence à la politique, c'est toujours une bonne précaution de n'y porter aucune préoccupation personnelle. A plus forte raison, quand on s'aventure sur un terrain plus brûlant, doit-on mettre tous ses soins à se garder de ses préférences aussi bien que de ses antipathies.

Un autre écueil quand on étudie la Révolution serait de porter sur les hommes et les choses de ce temps des jugements trop absolus. Voici, par exemple, entre beaucoup d'autres, deux événements considérables : la condamnation de Louis XVI et la Chouannerie. Comment les interpréter? Que penser des hommes qui envoyèrent & l'échafaud, sur de simples présomptions et au mépris de toutes les règles de la justice, un roi bien plus coupable de faiblesse que de trahison? Et que penser des hommes qui choisirent le moment où la France agonisait pour lui donner le coup de grâce par la guerre civile? Des deux côtés, à ne considérer que la matérialité des faits, le crime est évident, indiscutable. Pourtant, ni Cambacérès, ni Carnot, ni la plupart de ceux qui votèrent la mort de Louis XVI, n'étaient des scélérats, pas plus que les Bonchamp, les de Lescure et les Larochejaquelein n'étaient des hommes sans patriotisme et sans honneur.

Tout de même, au cours de l'élude qu'on vient de lire, il nous a fallu signaler bien des fautes et condamner bien des erreurs; nous avons rencontré sur notre chemin les plus illustres noms mêlés aux plus grandes extravagances; nous avons vu pendant cinq années les expériences se succéder, et, pendant cinq autres années, un

essai plus sérieux d'organisation se poursuivre, sans autre résultat qu'un profond abaissement des études. Yoil& le fait brutal, indéniable, attesté d'une façon éclatante par tous les documents. Cependant, si justifiée que semble en l'espèce une appréciation sévère, nous nous garderons bien d'user de notre droit avec trop de rigueur. Dès qu'on ' entre dans la Révolution, il faut renoncer & prendre la taille des hommes et la mesure des choses & la règle ordinaire. Une critique trop exacte et trop scientifique, si je puis dire, risquerait fort ici de se méprendre. Où les hommes ont échoué, ce n'est pas toujours que la valeur et les talents leur aient manqué. Où les choses ont mal tourné, ce n'est pas toujours qu'elles fussent absolument mauvaises. Les écoles centrales avaient de bons côtés et ceux qui les instituèrent n'étaient pas les premiers venus. Leur malheur fut, les uns d'être écrasés, celles-là paralysées dans leur développement par une succession d'événements extraordinaires. Nous avons déjà cité cette mémorable parole de Daunou : «Dans ces années de périls et de combats, les Français ne pouvaient guère étudier qu'un seul art, celui de vaincre, et l'on doit convenir qu'ils y ont fait d'assez vastes et rapides progrès. » En effet, si la Révolution, après avoir détruit l'ancienne organisation des études, n'a pas réussi dans ses efforts pour en créer de toutes pièces une nouvelle, c'est assurément sa faute; mais, dans quelle mesure en est-elle responsable, et pour quelle part y entrent l'anarchie, l'émigration, la Terreur, la disette, la ruine publique et privée, la guerre enfin ? En tous cas, ce n'est pas à nous, vaincus d'hier, de nous montrer bien sévères pour les vainqueurs de Fleurus et de Zurich. Sans doute, il est regrettable que la génération de 1789 ail produit moins d'éminents pédagogues que d'habiles généraux, et qu'elle n'ait pas fait autant de conquêtes sur l'ignorance que sur l'ennemi, mais il y a quelque chose de bien plus triste encore pour un

peuple^ c'est d'avoir beaucoup de pédagogues et pas un général, des milliers d'écoles et pas d'armée. La Chine est morle de ses mandarins lettrés; la France de la Convention et du Directoire a fait reculer TEurope avec des capitaines qui apprenaient l'orlhographe en rédigeant leurs bulletins de victoires; c'est bien de quoi lui mériter quelques circonstances atténuantes.

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