‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 76 sur 110 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

PRÉSENTÉ AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF PAR LE MINISTRE DE l'uNTÉRIEUR LE 26 PLUVIOSE AN VI

L'organisation de rinstruction publique s'avance chaque jour rapidement vers son terme.

Mais, en supposant cette organisation complète, les écoles centrales et les écoles primaires partout établies et en pleine activité, elles exigent, ainsi que tous les autres établissements de ce genre, qui ont été déjà formés ou qui restent à l'être, une mesure ultérieure qui les unisse toutes entre elles et leur imprime ce caractère d'uniformité sans lequel il no peut exister de véritable instruction publique.

Deux choses sont nécessaires pour rendre l'instruction publique ce qu'elle doit être : de bonnes méthodes et de bons principes uniformes. De bonnes méthodes formeront de bons esprits; de bons principes formeront de bons citoyens. Mais ici la bonté ne suffit pas sans Tuniformité. Ce n'est que de ces deux qualités réunies que peut naître et se former un véritable esprit public. Les premières impressions sont toujours les plus durables; il faut donc tâcher qu'elles soient les plus saines, c'est-à-dire les plus conformes aux lois et au gouvernement, et qu*en même temps elles soient le plus généralement et le plus uniformément répandues. .

Or, peut-on attendre un résultat aussi intéressant de l'organisation des écoles primaires et des écoles centrales telle qu'elle existe? La loi a créé des instituteurs et des professeurs ; mais la loi ne trace à aucun d'eux la route qu'il doit suivre. Est-il possible, alors, qu'ils suivent tous la même?

Est-il possible qu'ils en choisissent tous une bonne? Dans les uns, ce sera défaut d'intention, dans les autres, défaut de lumières. Peut-K)n espérer, alors, que les enfants reçoivent la même instruction? Et qu'est-ce qu'une instruction publique, lorsqu'elle n'est pas la même pour tous?

Un inconvénient aussi grave n'a pas sans doute échappé au législateur dans la formation de la loi; mais, en jetant les fondements, il a remis au gouvernement le soin de consolider l'édifice.

Son intention à cet égard ne saurait être douteuse, puisqu'il a chargé le Directoire exécutif de la sanction des règlements des diverses écoles primaires et centrales. C'était par là môme établir un système d'unité que de tout rapporter au centre du Gouvernement.

Mais ces règlements, quelque bons, quelque uniformes qu'on les suppose, n'atteindront jamais le véritable but, s'ils ne sont suivis d'une fidèle et sincère exécution.

Et qui garantira cette exécution qui n'est encore rien par elle-même sans l'esprit qui doit l'animer? Seront-ce les corps administratifs, les jurys eux-mêmes? Mais auront -ils le temps, la volonté de donner à cet objet tous les soins qu'il exige? Tous même auront-ils les connaissances nécessaires? Auront-ils surtout cette uniformité si désirable d'intentions et de principes? Un coup d'œil vague est tout ce que l'on peut attendre d'hommes absorbés par des occupations étrangères et distraits par leurs affaires et leurs intérêts particuliers.

Il n'est qu'un moyen de garantir au gouvernement la bonté et l'uniformité de l'instruction: c'est que lui-même la surveille; c'est que son œil, sans cesse ouvert sur l'instituteur, l'encourage ou l'intimide, en raison de sa bonne ou de sa mauvaise conduite; c'est qu'il inspecte les administrations eHes jurys; que, du centre où il est placé, il surveille les surveillants eux-mêmes, qu'il embrasse cette jeune et immense famille qui croit dans toute l'étendue de la République et s'élève pour la patrie; qu'il soit le témoin de ses progrès et de ses vertus et qu'il la préserve des dangers d'une instruction vicieuse et corrompue.

Ces dangers, naturellement inévitables dans un vaste État

où les administrations disséminées et éloignées les unes des autres, sans aucun rapport immédiat entre elles, sont composées d'individus auxquels on ne saurait supposer ni les mêmes vues, ni les mêmes idées, semblent devenir plus inévitables encore, depuis que les frais de Tinstruction publique ont été mis à la charge des départements. Chaque administration, par la seule raison qu'elle salariera les instituteurs et les professeurs, se croira en droit de leur prescrire des lois arbitraires. En conservant même la forme apparente do l'enseignement, elle établira des dispositions particulières qui en altéreront insensiblement le fond. Â la place de l'esprit public s'introduira Ja diversité d'opinions et de systèmes; à la place de principes uniformes, des principes opposés et discordants, à la place enfin d'une instruction vraiment nationale, une instruction purement locale et asservie à tous les préjugés individuels.

Ce ne sont pas seulement les écoles primaires et centrales auxquelles ces principes sont applicables Ils embrassent tous les établissements qui appartiennent à l'instruction : les bibliothèques, les musées, les écoles de tous les degrés, les fêtes nationales, les spectacles.

Les bibliothèques I Gomment parvenir à les organiser, à les maintenir et les conserver sans une direction générale et une surveillance habituelle? et quelle perte immense pour les arts, les lettres, les sciences, pour la République entière, si ces monuments, déjà beaucoup trop dilapidés, ne sont pas mis à l'abri des atteintes de la cupidité et des suites d'une négligence aussi funeste que coupable ! Qui pourra, sans ce moyen salutaire, répondre de l'activité de l'enseignement dans tous les genres, du progrès des lumières, imprimer en un mot, à tous les établissements scientiques et littéraires, le mouvement et la vie?

Cette action constante et immédiate, le gouvernement peut l'exercer à l'égard de l'instruction et de tous les autres objets dont nous venons de parler, comme il l'exerce à Tégard des corps administratifs et judiciaires, par un certain nombre d'agents aussi probes qu'éclairés, chargés d'inspecter les écoles dans un certain arrondissement, de correspondre avec

le gouvernement, de lui faire connaître les abus qui pourraient exister, et les moyens de les détruire. Animés tous d'un même esprit, ils imprimeraient à Tinstruction ce caractère de bonté et d'uniformité qui lui est nécessaire. Ces inspecteurs formeront un lien qui unira toutes les écoles entre elles, et toutes les écoles avec le gouvernement. Par eux celui-ci sera sans cesse instruit de Tétat de l'instruction sur tous les points de la République, et sans cesse à portée de lui faire sentir ses salutaires influences. Par eux, il y aura harmonie dans l'enseignement; l'enseignement sera dirigé par un même esprit ; les bonnes méthodes seront adoptées ; on ne profesfiera que les bons principes....

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