Loi du 3 brumaire an IV
Battcux, Blaîr, Condillac; pour l'histoire, RoUin, Millot, Voltaire; et, pour la législation, Montesquieu, Hobbes, Filangieri, Beccaria et quelques autres publicistes. On eut dès lors la certitude qu*à l'exception d'un très petit nombre de passages qui, dans quelques-uns de ces livres, semblent être un sacrifice aux opinions du temps, la doctrine qu'on y puisait devait naturellement inspirer à la jeunesse des idées saines, libérales et philosophiques.
Le Conseil a cru que, pour le moment, ce fonds de bons ouvrages, employé par des mains habiles, était suffisant pour servir de texte aux différents cours des écoles centrales, et il pensa qu'il fallait se servir de préférence des attributions qui lui étaient confiées pour empêcher qu'on n'introduisît dans ces écoles cette foule de livres, faits avec d'autres livres, ouvrages propres à déformer l'esprit comme le goût, et qu'on présentait si souvent à son examen, après les avoir faussement revêtus du titre de Livres élémentaires. Les nombreux rapports que le Conseil a présentés sur ces sortes d'ouvrages, ses propositions de rejet, font foi de la sévère équité de son examen; il en est cependant un certain nombre qui, sur son avis, ont été recommandés par les précédents ministres de l'intérieur aux professeurs et aux élèves, soit comme présen* tant des vues, des méthodes, dos idées neuves et utiles à l'éducation, soit, comme offrant des idées déjà connues sous des formes plus simples ou plus précises.
Mais ce n'était pas assez de s'être assuré des sources où puisaient les professeurs pour l'enseignement de leurs cours; il fallait encore connaître le mode de cet enseignement, le système suivi par chaque professeur, et le point de vue sous lequel il envisageait la science qu'il était chargé d'enseigner. Ces renseignements se sont trouvés dans leurs cahiers, dans leur correspondance; et si l'examen que chacun des membres du Conseil en a fait dans sa partie a prouvé que quelquesuns donnaient à leurs cours une direction fausse ou une étendue démesurée, du moins a-t-on trouvé toujours en eux du zèle, du dévouement et des intentions louables. Et d'ailleurs doit-il paraître très surprenant que des professeurs chargés d'enseigner des sciences d'une dénomination nouvelle dans
les écoles françaises (telles que la grammaire générale, la morale et la législation), se soient quelquefois trompés sur la manière de concevoir et d'ordonner leurs cours, lorsque aucune règle établie, aucune instruction préalable, aucun exemple ne leur en indiquait l'objet, la marche ou l'étendue?
Ce fut ce motif qui détermina le Conseil à écrire, par l'intermédiaire et l'organe du ministre, aux professeurs de langues anciennes, de grammaire générale, d'histoire et de législation, des instructions circulaires où, sans trop leur tracer une route dont ils ne pussent s'écarter, il leur exposait ses idées sur la partie d'instruction dont chacun d'eux est chargé, et sur la manière dont il pensait qu'elle dût être traitée, en essayant d'établir quelque enchaînement d'un cours à un autre, et, par la correspondance ultérieure, il a eu lieu de s'applaudir du bon effet qu'a produit cette instruction sur ceux à qui il l'avait jugée nécessaire.
Enfin, l'examen des cahiers amenait encore à un résultat plus utile; il devait nécessairement, parmi les professeurs, dont la plupart sont des hommes de mérite, faire connaître quel était celui de tous dont le plan, la méthode et la forme d'enseignement étaient préférables, et dont, par cette raison, les cahiers pouvaient être communiqués aux autres professeurs, sinon comme modèles, au moins comme exemples utile à consulter; cette ressource s'appliquait singulièrement aux cours d'institution nouvelle tels que ceux de grammaire générale et de législation; aussi, dans ces deux branches de l'instruction, le Conseil a-t-il remarqué plusieurs ouvrages dignes d'une considération particulière, et autant qu'il lui a été possible, eu égard aux circonstances, il en a transmis le plan et les idées aux autres professeurs chargés de ces deux cours.
Ainsi donc, cet examen des cahiers, contre lequel plusieurs personnes ont paru d*abord s'élever, avait pour but, non d*entraver les leçons des professeurs par une surveillance et une censure rigoureuses, mais de faire partager ainsi à l'universalité des écoles le bienfait de la première méthode, plus simple et plus facile, qui eût été découverte, bienfait qui, sans ce moyen, fût resté longtemps concentré dans l'étendue d'un seul département.
Malgré tous ces efforts pour régulariser et simplifier Tiu'struction, on s'aperceyait encore des disparates qui existaient entre Tordre des cours fixé dans un département et Tordre des cours fixé dans un autre, entre la durée du cercle des études dans telle école centrale et sa durée dans telle autre école^ et Ton voyait que, pour conserver ces disparates, chaque école centrale s'autorisait du vœu de la loi du 3 brumaire. Le Conseil pensa, citoyen ministre, qu'il n'y avait qu'une seule et bonne manière, qu'un seul ordre naturel dans lequel on pût parcourir avec fruit le cercle des études, et qu'une mesure générale devait aussi en fixer la durée d'une manière uniforme; mais, avant de proposer cette mesure, il crut devoir consulter et les professeurs et les administrations des écoles centrales, et leur demander des renseignements très précis sur Tordre et la distribution des cours, la durée des études, le temps et la forme des examens, Tépocpe des vacances, etc. — Il demandait des renseignements généraux aux administrateurs et des renseignements particuliers aux professeurs.
Les huit dixièmes des écoles de départements ont satisfait à cette demande; on a fait le dépouillement de ces pièces, et c'est de ce travail que nous allons avoir l'honneur de vous entretenir.
Il se divise en deux parties : les réponses collectives et les réponses particulières des professeurs. Gomme cette première partie est la plus importante et qu'elle renferme les motifs du peu de succès qu'ont eu jusqu'ici les écoles centrales, le Conseil se réserve de vous en parler à la fin, pour que le tableau du mal se trouve plus rapproché des moyens qu'il vous proposera d'y remédier.
En passant en revue les renseignements particuliers fournis par les professeurs, il a suivi Tordre des cours établis par la loi du 3 brumaire.