BALLET EXÉCUTE PAR LES ÉLÈVES DU PENSIONNAT
Les Citoyens Prévilley Chaperon, Durand, Jacques Decase, exécuteront une entrée de quatre; Préville, Cfiaperon et Di^ rand, un pas do nègres.
LegroS'Durocher, Mouchel,Fritot, un pas de sabotiers; — Chaperon, Préville, un pas de deux; — Moreau, Durye, Bordier, une allemande à trois.
Préville, Durand, une anglaise en pas de deux; — CAoperon et Préville, une gavotte de Vestris en pas de deux.
Ces différents pas seront entrecoupés par des corps de ballet.
Figurants : les CC. Jacinte, Chaperon, Savi, — Guéroidt^
Paruit, — Félix Fontémoing^ — Armand Gratien^ — Ibert^ Maugars.
La DiBtribution des prix sera annoncée par des stances chantées par le G. Gardin,
Dans la salle des exercices de TÊcole centrale.
Paris, le 10 germinal an VU de la République française, une et indÎTisible.
Le Ministre le l'Intérieur Aux professeurs et bibliothécaires des Ecoles centrales.
Citoyens professeurs, la célébration de la fête de la jeunesse m'a rappelé quelques idées sur un moyen puissant d'exciter, chaque année, une grande émulation parmi tous les élèves des écoles centrales. Je vais vous les communiquer.
Il est d'usage de finir chaque cours annuel par des exercices publics et une distribution de prix aux écoliers qui ont surpassé leurs émules dans la double carrière des mœurs et des études. Cette cérémonie a eu lieu, l'an dernier, avec beaucoup d'éclat dans les différentes écoles déjà organisées. Mais les prix n'étaient disputés qu'entre les écoliers d'un chef-lieu de département, ou d'une école de Paris : je crois devoir étendre cette mesure salutaire.
Chargé de diriger Tinstruction publique, je dois lui imprimer partout une direction commune. C'est faire un grand pas vers ce but que de préparer les moyens de finir les cours de l'an YII par un concours universel entre les classes de toutes les écoles.
Une ancienne expérience a prouvé dans Paris l'efficacité du moyen que je veux employer. Depuis un grand nombre d'années, on s'était aperçu que les études languissaient dans l'Université. On sait que l'établissement des compositions, qu*on rendit générales, leur eut bientôt rendu leur première vigueur. Les collèges, aux prises les uns avec les autres.
commencèrent à iaire d'incroyables efforts pour s'arracher la palme qui leur était offerte : principaux, maîtres, écoliers, tous furent embrasés d'une émulation qu'ils n'avaient pas connue encore, et il s'éleva des clameurs contre cette institution ; elles partirent des collèges qui avaient eu le moins Âe part à ces triomphes littéraires, et ne parurent que l'ouvrage de l'envie, acharnée à flétrir tout éclat auquel elle ne peut atteindre.
La révolution heureuse qui s'était opérée dans l'Université, peut embrasser l'ensemble des écoles centrales et le même ressort peut mouvoir à la fois tous les points de la République. L'administration de ce vaste pays est une, toutes les branches différentes du service public doivent tendre à cette unité : tout doit se rapporter au centre.
Mais comment, dira-t-on, établir ces combats dans un si grand nombre d'écoles séparées les unes des autres par de si vastes intervalles? Ce plan, qui séduit au premier coup d'œil, ne se réduit-il point à une brillante chimère, et l'exécution en est-elle possible?
Je la crois très facile. Nous pouvons, citoyens, rapprocher les distances et mettre nos jeunes rivaux à portée de lutter les uns contre les autres» sans les obliger à quitter leur patrie.
Voici comment je pense que nous y parviendrons.
D'après les observations que vous m'adresserez sur cette circulaire, je prescrirai d'avance les sujets sur lesquels devront rouler partout les compositions, relativement aux objfits d'enseignements de chaque classe. Ces sujets seront enfermés sous des enveloppes scellées du sceau du ministre; ils seront envoyés aux administrations des lieux où sont placées les écoles centrales. Les officiers municipaux se ren^ dront successivement dans le sein de l'école, aux jours mai^ qués expressément pour chaque composition, en présence des écoliers que vous aurez jugés dignes d'être admis au concours. Le comité des professeurs et la municipalité choisiront quatre commissaires, du nombre de leurs membres, pour assister et présider aux compositions. Les jours auront été annoncés au public, afin que les élèves dos pensions par-
ticulières puissent se présenter au concours avec ceux do Técole centrale. Les commissaires ouvriront dans la classe elle-même le paquet contenant le sujet ou la question à traiter ou à discuter pour concourir au prix.
Les concurrents auront deux sortes de papier, un grand pour leur copie et un petit pour le billet qui devra contenir leurs noms, leur patrie, leur âge et le nom de leurs professeurs. Leur travail étant achevé, ils présenteront leurs copies et leurs petits billets. Les quatre commissaires prendront toutes les mesures que la prudence peut prescrire, afin de prévenir qu'on ne communique au dehors et qu'on ne pratique des fraudes. Us mettront une courte sentence, un paraphe et un numéro auprès du nom de chaque auteur. Leur sentence, chiffre et paraphe seront également inscrits sur les copies, mais sans le nom du conçurent. Les noms avec leurs numéros seront mis sous une enveloppe, les copies sous une autre.
Les deux paquets, munis du sceau municipal et du sceau de Técole, seront remis dans cet état à rassemblée complète des professeurs de chaque école, en présence des membres de leur jury d'instruction, des administrateurs de leur département et du commissaire central. Cette assemblée prononcera sur le mérite respectif des compositions : celles qui auront paru dignes des premiers et des seconds prix seront mises à part. On décachètera les petits billets relatifs aux numéros de ces copies; leurs auteurs seront proclamés dans un exercice public et le plus solennel possible; ils recevront les palmes et les livres des prix. Mais leurs productions seront recachetées, ainsi que les billets qui contiendront leurs noms, après qu'on y aura fait mention de Tordre du premier ou du deuxième prix qu'elles auront eu sur les lieux ; ensuite les uns et les autres me seront adressés sous le sceau du département.
Dans toutes les écoles, les compositions seront fixées au même jour, et les sujets seront les mêmes. J'ai dit que les élèves des pensions particulières pourront se présenter au concours du département; mais ils seront tenus de se faire connaître et de se faire inscrire d'avance chez le professeur
de chaque classe dans laquelle ils voudront concourir.
Les paquets contenant les productions couronnées et qui me seront adressés^ seront classés dans mes bureaux; ils y seront numérotés et scellés de manière qu'on ne puisse plus distinguer d'où ils sont venus. Je désignerai un jury composé de savants, d'hommes de lettres et d'artistes étrangers aux écoles qui auront concouru. Cette assemblée sera chargée d'examiner tous les ouvrages, de les comparer avec soin, de juger les meilleurs. Ge sera mon devoir ensuite de donner aux noms des vainqueurs la publicité et l'éclat qui doit rehausser leur triomphe; je les ferai connattre au Directoire exécutif qui statuera, s'il y a lieu, sur les moyens ultérieurs de les récompenser. Gomme vous le voyez, citoyens profes seurs, ce plan n'est pas impraticable; la distance des lieux ne forme pas d'obstacle à ce qu'il soit exécuté. Des hommes comme vous, à qui la culture des lettres a donné une ftme élevée, ne me laissent pas même l'inquiétude d'un soupçon sur les fraudes qui pourraient tendre à favoriser des élèves; et je ne suis pas moins certain que le jury formé à Paris, au centre du goût, prononcera sur le mérite des divers concurrents d'une manière impartiale.
J'aime à penser que ce moyen va communiquer aux études, dans toutes les écoles, un mouvement plus vif et une activité nouvelle. Une école centrale qui n'a point de rivale tant qu'elle ne saurait se comparer qu'à elle-même, est tentée do sMmaginer qu'elle est peut-être parvenue au degré de perfection dont elle est susceptible : quand elle se verra enlever par les autres les palmes exclusives qu'elle se croyait dues, elle connaîtra son erreur, et fera de nouveaux efforts pour mieux justifier l'opinion avantageuse qu'elle avait d'ellemême; les professeurs seront jaloux d'exciter parmi leurs élèves une noble émulation; le désordre des mœurs étant incompatible avec le succès des études, les maîtres feront une guerre assidue et infatigable au vice, ainsi qu'à Tignorance; l'intérêt de leur gloire les aidera puissamment à remplir leurs devoirs : Tamour propre individuel doit tourner ainsi au profit de la société. Les parents auront un moyen de connaître et de distinguer les écoles où les études fleu-
riront davantage; le choix qu'ils en feront pour y envoyer leurs enfants piquera les autres écoles d'une rivalité utile : nulle part les études ne seront plus stagnantes, et partout on sera aiguillonné toute l'année pour mériter la préférence et remporter la victoire.
On objecterait vainement que les écoles de Paris auront trop d'avantages dans cette concurrence, et que le choix des maîtres et d'autres ressources locales doivent assurer aux élèves des écoles parisiennes un triomphe assuré, qui ne peut que décourager ceux des départements. Il est possible qu'on se trompe dans cette conjecture : il est dans les départements des écoles centrales extrêmement bien composées et ce concours pourra leur faire grand honneur; partout on sentira l'importance du choix des professeurs les plus habiles et nous aurons sans doute l'avantage de voir les communes se disputer les moyens de fixer chez elles des hommes de mérite qui peuvent donner plus de lustre à leur enseignement.
L'idée de ces concours n'est pas neuve, je dois le dire; elle avait été proposée dans l'ancien régime; on était convenu de son utilité; mais on la jugea impossible à mettre en exécution parce que les diverses pièces de l'instruction de ce temps manquaient d'ensemble. Les barrières qui séparaient le diocèse et la province limitaient le genre d'esprit et d'éducation; le soin d'élever la jeunesse était presque partout dévolu à des hommes qui n'avaient point de plan commun, hormis la superstition. Le gouvernement despotique était insouciant sur tout ce qui n'avait rapport qu'au bien public; il ne mettait un peu de suite qu'aux objets où le fisc était intéressé. Le régime républicain a nécessairement un autre esprit et d'autres vues, et doit songer à rendre notre éducation uniforme et nationale : ce n'est pas l'ouvrage d'un jour, quoi qu'en dise l'impatience, réglée ou affectée, de ceux qui ne paraissent pas mesurer les difficultés ni tenir compte des obstacles. Les écoles centrales no sont qu'à leur naissance; en les encourageant et en les dirigeant, on verra chaque année des progrès très sensibles
Cette indication présente au premier examen quelques
difficultés, il pQ2it paraître embarrassairt de ramener au même cercle et de fixer au même point, des talents exerces d'une manière divergente; mais d'après les données de toutes vos réponses, je saisirai sans peine le nœud commun, qui doit lier toutes les différences, et j'aurai soin de me placer dans un milieu que le grand nombre puisse trouver plus accessible.
Je n'ai pas besoin do vous dire que les points à mettre au concours devront tous tendre également à faire briller les lumières, le républicanisme et la moralité de vos jeunes élèves. Ce sont les trois objets que l'instruction se propose, et que rien ne doit séparer. Les jeux, les leçons, les devoirs, les amusements et les livres, tout doit se rapporter à cette triple vue; tout doit contribuer à faire, des enfants que l'on vous confie, des esprits justes, des cœurs droits et des patriotes zélés. Les élèves qui concourront aimeront sans doute à saisir cette occasion éclatante de se montrer eous ces rapports; et les juges do leurs ouvrages feront autant d'attention aux sentiments qu'à la manière dont ils seront rendus.
J'adresserai aux commissaires du Directoire exécutif près les départements des exemplaires de ma lettre en placards pour être affichés aux portes des écoles et des pensionnats, afin qu'elle soit bien connue.
D'ailleurs, chacun de vous en fera un extrait qu'il lira dans sa classe.
Salut et Fraternité.
Paris, le 5* jour complémentaire, an VU de la Républiqae française, une et indivisible.
Le Ministre de l'Intérieur Au Professeur d^ Histoire de V École centrale du département d Citoyen,
Mon prédécesseur, par ses lettres circulaires du 20 fructidor an Y et du 17 vendémiaire an YII, vous engageait à lui faire connaître la marche et l'état du cours dont vous êtes chargé, et à lui envoyer la copie de vos cahiers. Il est visible que le but ultérieur de ces deux dein.andes était de parvenir à perfectionner la méthode de l'enseignement, et à se procurer un bon livre élémentaire qui pût lui servir de base et de guide.
Cependant, par le compte que je me suis fait rendre des correspondances, je vois que vous n'avez eu aucun égard à cette invitation. Il est impossible que vous n'en ayez pas senti l'importance : je suis donc forcé d'en conclure que peutêtre vous ne vous êtes pas cru assez certain d'avoir une idée exacte de la nature, de l'étendue et de l'objet du cours qui vous est confié. Je suis d'autant plus porté à le croire, que la loi du 3 brumaire an lY n'entre dans aucun détail à cet égard. Aussi, parmi ceux de vos collègues qui ont répondu aux circulaires ministérielles, je remarque une grande variété dans la manière dont ils envisagent et traitent leur sujet.
Le gouvernement aurait pu sans doute prévenir ces incertitudes, en donnant aux professeurs des instruclions circonstanciées : mais il a désiré, auparavant, de recueillir les fruits de l'expérience ; il a voulu donner une première impulsion à la nouvelle instruction publique, avant de songer à la régu-
L'iMSTRUCTlOir PDBLIQini. 28
lariser. On ne peut qu'applaudir à cette sage réserve ; cependant, il est temps de commencer à se fixer. Je vais donc, d'après des vues générales qui m'ont été présentées par des hommes éclairés à qui j'ai donné ma confiance, vous tracer le plan qui me paraît le meilleur à suivre, ou plutôt je vais vous transmettre leurs observations.
Votre cours, destiné, ainsi que tous ceux des écoles centrales, à conduire les jeunes gens depuis la fin de l'instruction du premier âge jusqu'au moment où ils se livrent à l'étude particulière de la profession qu'ils veulent embrasser, ne doit renfermer que ce qui est nécessaire à la généralité des citoyens qui ont le loisir de se donner une éducation soignée. Ses principaux avantages seront : l^ de donner à vos élèves une connaissance générale des événements qui se sont successivement passés chez tous les peuples qui ont mérité des historiens; de manière que, dans ce genre, rien ne leur soit absolument étranger, et ne les arrête dans le cours de leurs études et de leurs lectures ;
S^* De leur faire observer la marche de l'esprit humain dans les différents temps et les différents lieux; les causes de ses progrès, de ses écarts, de ses rétrogradations momentanées dans les sciences, dans les arts, dans l'organisation sociale, et la relation constante du bonheur des hommes avec le nombre et surtoiit la justesse de leurs idées ;
3** De les rendre capables de pousser plus loin leurs recherches, s'ils en ont le désir et le besoin.
Vos leçons doivent donc présenter un tableau sommaire de l'histoire universelle, accompagné de l'indication des sources où l'on peut puiser des connaissances plus approfondies sur chacune de ses parties, et de bons conseils sur la manière de se servir de ces auteurs et de les apprécier.
Certainement rien n'est plus propre qu'une pareille étude à rendre l'esprit juste et étendu : cependant, elle a un grand danger, tiré du fond môme du sujet. L'histoire, devant parler de tout, il faudrait avoir la science universelle pour la traiter dignement ; aussi n'y a-t-il aucun historien, même parmi les plus estimés, qui ne soit ou superficiel ou erroné à Tégard de quelques paitics des connaissances humaines : et cela ne
peut être autrement; car quand même Thistorien serait à tous égards l'égal des hommes les plus éclairés de son temps» il est impossible qu'il n'ait pas beaucoup d'opinions qui seront reconnues fausses après lui, et qu'il soit au niveau des lumières des générations qui le suivront. C'est une observation que nous fournissent à tout moment, et d'une manière frappante, les plus grands hommes de l'antiquité, quand ils parlent des sciences mathématiques, physiques et naturelles, très imparfaites alors, et de nos jours si perfectionnées. Ces erreurs, que les progrès de l'esprit humain ont rendues faciles à remarquer, ne sont pas très dangereuses ; mais il n'en est pas de même de celles qui ont trait à la métaphysique, à la morale, à l'art social, et à l'économie politique. Ces sciences, les plus nécessaires de toutes à qui veut observer et juger les actions des hommes en société, n'ont point encore d'éléments bien fixes : la métaphysique, qui leur sert de base, ne fai t que sortir du chaos; et à peine est-il généralement reconnu qu'elle ne doit consister que dans l'examen de nos facultés intellectuelles. L'histoire, sous ce rapport, pourrait donc servir plutôt à perpétuer d'anciens préjugés qu'à faire découvrir les vrais principes. Ceux-ci se trouvent plus par la méditation que par l'exemple.
J'en conclus que votre cours doit être précédé des cours de grammaire générale et de législation, afin que les jeunes gens n'arrivent que bien prémunis à une étude très nécessaire sans doute, mais qui pourrait si aisément les égarer.
Quoique rccommandable que soit l'étude de l'histoire grecque et romaine, soit par les excellents modèles que les historiens de ces deux nations nous ont laissés, soit par le grand progrès qu'elles avaient fait dans plusieurs branches de nos connaissances, et par l'éclat qui en rejaillit sur elles, il ne faut pas cependant se borner à cette étude au point de négliger celle des nations orientales. C'est chez elles, depuis qu'on s'est appliqué à les mieux connaître, qu'on a découvert avec surprise l'origine de la plupart des vérités et des erreurs qui, des Grecs et des Romains, ont passé jusqu'à nous; et peut-être y trouverait-on le berceau de toutes les superstitions.
Quant à l'étendue de votre cours, j'observe que dans Tannée scolaire, déduction faite des congés et des vacances, il y a environ deux cent quarante jours d'études; et lorsque je considère et le petit nombre d*années que les jeunes gens peuvent passer aux écoles centrales, et le grand nombre de connaissances diverses qu'ils doivent y acquérir, je pense que votre cours tout entier ne doit pas excéder ce nombre de deux cent quarante leçons, soit que vous les donniez toutes dans une seule année, soit que, n'ayant lieu que tous les deux jours, elles occupent l'étendue de deux années; ce que je crois préférable par les raisons que je dirai ci-après. Vous trouverez sans doute, citoyen, cet espace bien resserré pour un si vaste sujet; cependant, je vous exhorte à vous y renfermer, en vous faisant observer que ce cours, qui ne doit être suivi par les jeunes gens qu'à la fin de leur séjour aux Écoles centrales, ne doit pas comprendre les notions préliminaires de la géographie et de la chronologie.
Ces notions, celles de la géographie surtout, sont presque uniquement du ressort de la mémoire, et sont très convenables à la première enfance. Celles de la géographie physique, et de la mesure du temps qui en dérive, c'est-à-dire, une connaissance superficielle du système planétaire et de la structure de la terre, sont les préliminaires nécessaires du cours d'histoire naturelle, que la loi place, avec raison, dès l'entrée aux écoles centrales. Un aperçu de la géographie politique n^est pas moins indispensable au commencement de toute étude, sous peine de ne jamais savoir où placer ni les hommes ni les choses dont on entendra parler dans la suite des différents cours : il est donc clair que la loi, qui n'a pas parlé de la géographie, n'a pas entendu la comprendre dans le cours d^histoire proprement dit, mais a supposé que la géographie physique était comprise dans le cours d'histoire naturelle, et que la géographie politique serait enseignée par le professeur de langues anciennes, en même temps que les premiers élémens du latin ; ou par le bibliothécaire de l'école, comme je sais que c'était le projet de la dernière commission d'instruction publique du Conseil des Ginq*Gents; ou qu'enfin elle serait l'objet d'un petit cours spécial que le professeur d'histoire
ferait aux enfants pour les disposer, dès leur arrivée, aux leçons qu'il leur donnera par la suite. Cette étude est bien, si Ton veut, le préliminaire de votre cours ; mais elle doit en être absolument détachée, et précéder de plusieurs années vos leçons.
Je vous exhorte donc, citoyen, à vous donner cette peine en faveur de l'enfance, ou à vous arranger avec vos collègues pour que cet objet soit rempli ; ou même à faire donner cette leçon par quelqu'un de vos élèves d'un âge plus avancé, pour qui cette mission serait un exercice utile dans Tart d'enseigner. Quand l'instruction primaire sera plus forte et plus suivie, il est bien vraisemblable qu'elle aura toujours atteint ce but d'avance, et qu'elle vous débarrassera de ce soin.
En attendant, d'après cet arrangement, nécessaire, comme vous voyez, sous beaucoup de rapports, je crois que deux cent quarante leçons pourront suffire pour le cours d'histoire; et si je désire qu'elles occupent [l'espace de deux ans, ce n^est pas pour que vous ayez de la marge pour en augmenter le nombre, mais pour qu'il reste à vos élèves plus de temps pour travailler, et à vous la possibilité, si vous en aviez le zèle, de donner des leçons spéciales sur quelques parties de la science que vous affectionnez davantage. Par là, indépendamment de votre cours principal, vous vous trouveriez d'un côté avoir suppléé à la faiblesse de l'instruction primaire, et, de l'autre, avoir remédié en partie au manque actuel d'écoles spéciales pour les sciences morales et politiques ; ce serait avoir acquis un triple droit à la reconnaissance publique : mais si ce surcroît de travail était au-dessus de vos forces, surtout dans les commencements, il faudrait d'abord vous attacher à mettre en pleine marche le cours d'histoire universelle.
Vous desirez sûrement, citoyen, que je vous indique quelques livres élémentaires propres à vous servir de guide dans cette immense carrière : c^est la demande unanime de tous vos collègues qui m'ont écrit. Quel que soit le mérite de plusieurs ouvrages historiques que nous possédons, personne n'est complètement satisfait d'aucun d'eux. Les meilleurs sont bien exempts des préjugés les plus grossiers, mais on
remarque encore une foule d'erreurs et de négligences qui font peine aux lecteurs instruits. G!e8t l'effet du progrès de l'esprit philosophique, et de l'avancement rapide des sciences morales et politiques dans ces derniers temps; c'est aussi une preuve de la justesse des réflexions que nous avons faites sur la manière dont l'histoire a été traitée : mais c'est encore plus un gage certain que nous ne tarderons pas à voir éclore des éléments d'histoire vraiment philosophiques et au niveau de l'état actuel des connaissances. Je ne doute pas que nous ne devions ce précieux ouvrage à la peine que vous, ou quelqu'un de vos collègues, prendrez de rédiger avec soin les cahiers de votre cours.
En attendant le succès de ces travaux, je pense que le meilleur ouvrage que nous ayons, comme livre élémentaire, c'est l'histoire générale de Millot. Elle a été composée pour une chaire fondée dans un temps très éclairé, d'après les vues d'hommes très habiles dans l'enseignement, et dont les intentions se rapprochaient beaucoup de celles des fondateurs de nos écoles. Le plan m'en paraît très bon. La table des matières offre un résumé commode, et fait avec soin ; et les préfaces prouvent que l'auteur avait des idées très nettes du but que doit atteindre un cours d'histoire. Enfin je regarde cet écrivain comme un guide très utile, et en général assez sûr, malgré l'extrême circonspection à laquelle il s'est condamné, surtout lorsqu'il parle dos faits les plus récents.
Vous pourrez sans doute tirer aussi beaucoup de secours des excellents morceaux de Condillac sur les progrès des lumières et leur état dans les différents temps et les différents pays ; de l'ouvrage de Goguet sur l'origine des sciences et beaux-arts ; de celui de Dupuis sur la source des liaisons de toutes les superstitions ; de ceux de Chattelux et de Fergusson sur le bonheur des sociétés politiques; des précieux Essais de Voltaire^ qui le premier chez nous a considéré l'histoire sous un point de vue philosophique; et de beaucoup d'autres ouvrages qui vous sont connus, ou que je pourrai peut-être vous indiquer par la suite : mais ce qui me fait insister sur celui de Millot^ c'est la forme élémentaire et appropriée au but que nous nous proposons ; par là il peut vous
épargner, et à vos élèves, la plus grande partie du pénible et infructueux travail des dictées.
Je finis, citoyen, en vous priant de m'envoyer, au commencement de Tannée, un programme raisonné de ce que vous comptez enseigner; et à la fin du cours, un sommaire des leçons que vous aurez données, avec quelques détails sur les moyens d'instruction que vous aurez employés, sur le nombre, la force et les succès de vos élèves. Je suis persuadé que je n'aurai qu'à applaudir à vos travaux.
Le Minisire de Vlntérieur^
QUINBTTE.
PariSj le 5* jour complémentaire, an VII de la République française, une et indivisible.
Le Ministre de l'Intérieur
Au professeur de Législation de l'Ecole centrale du département d
Citoyen,
Par sa lettre du 20 fructidor an V, mon prédécesseur vous engageait à lui envoyer vos cahiers. Il vous a renouvelé cette invitation dans celle du 24 messidor an YI; cependant je n'ai encore rien reçu de votre part. Je ne puis croire que vous manquiez de zèle pour un objet si intéressant ; et je présume que si vous ne vous êtes pas encore livré à ce travail si utile de la rédaction de vos cahiers, c'est que vous êtes dans une sorte d'incertitude sur la destination de la chaire que vous occupez. Je suis d'autant plus porté à le croire, que ceux mêmes de vos confrères qui m'ont envoyé ou leurs cahiers complets, ou les sommaires des leçons qu'ils ont annoncées, m'engagent tous à déterminer la nature et l'étendue de l'enseignement dont ils sont chargés, la place qu'il doit occuper
kkO APPENDICE.
dans le système entier de Tinstruction, ses rapports avec les autres études des écoles centrales, le temps que l'on peut y consacrer, enfin à leur tracer la marche qu'ils ont à suivre. Je vais donc entrer dans quelques détails sur chacun de ces points.
Le législateur, en traçant, dans la loi du 3 brumaire an IV, le plan complet d'un nouveau système d'instruction, n'a placé que les grandes masses, et a voulu dans les détails nous laisser assez de latitude pour pouvoir profiter des leçons de l'expérience, et nous accorder aux circonstances et aux localités. Mais ses intentions sont manifestes. L'instruction de la première enfance, celle des écoles centrales et celle des écoles spéciales, se partagent tout le temps des études; et celles-ci doivent être totalement terminées pour le moment où la patrie appelle ses enfants à la défendre en temps de guerre, o(i à faire en temps de paix un cours pratique de subordination militaire et d'égalité civique. Après cette belle leçon, le jeune homme ne doit plus avoir qu'à exercer la profession pour laquelle il s'est préparé jusque-là.
Cette division du temps des éludes n'est sans doute pas de rigueur; mais elle est la meilleure et la seule capable de procurer une instruction forte et complète. En général, elle sera toujours suivie, et même l'a toujours été ou à peu près, parce qu'elle est dans la nature. Elle ne peut cependant être observée rigoureusement pour ceux qui se destinent à quelques-uns de ces arts qui, en demandant un esprit cultivé, exigent des habitudes physiques contractées dès l'enfance; ceux-là sont obligés de donner, dès le premier âge, une partie de leur temps à une étude spéciale. De là vient qu'il est malheureusement rare que les jeunes artistes aient toutes les connaissances générales qui pourtant leur seraient très nécessaires dans la suite pour aller au grand.
Quoi qu'il en soit, même pour eux, il est encore vrai que des trois époques de l'instruction, celle qu'occupent les écoles spéciales, et j'entends par ce mot tout ce qui n'est pas école primaire ou centrale, cette dernière époque, dis-je, est exclusivement réservée aux études particulières et propres à chacun des différents états savants de la société. D'où il suit que
l'instruction des Écoles centrales ne doit point empiéter sur cette destination spéciale; mais aussi qu'elle doit renfermer toutes les connaissances nécessaires à la totalité des citoyens qui ont le temps et les moyens de se donner une éducation soignée.
J'en conclus que, dans l'esprit du législateur» le cours de législation n'est point destiné à former de profonds jurisconsultes, pas plus que des hommes consommés dans l'économie politique, ou dans la science du gouvernement, ou dans celle des négociations, mais à donner aux jeunes gens les sains principes de la morale privée et publique, avec les développements nécessaires pour en faire des citoyens vertueux et éclairés sur leurs intérêts et sur ceux de leur pays.
Ce cours doit donc renfermer : \^ les éléments de la morale puisés dans l'examen de la nature de l'homme et de ses facultés intellectuelles, et fondés sur son intérêt bien entendu et sur le désir invincible qu'il a d'être heureux; c'est ce qpie l'on appelle le droit naturel ; 2* l'application de ces principes à l'organisation du corps politique, au code de ses lois criminelles, civiles et économiques, et à ses relations avec les nations étrangères, c'est-à-dire, le droit public, le droit criminel et civil, l'économie politique et le droit des gens, montrant toujours ce qui doit être en même temps que ce qui est, afin d'accoutumer à juger de l'un d'après l'autre. J'énonce ici les différentes parties du cours dans l'ordre suivant lequel elles dérivent les unes des autres, mais sans rien préjuger sur celui dans lequel elles doivent être enseignées. Il peut dépendre d'autres considérations.
Néanmoins, comme les principes généraux de la morale, doivent nécessairement être établis d'abord, etqu'ilsne peuvent dériver que de la connaissance de nos facultés intellectuelles, il est clair que dans la série des études, le cours de législation ne peut venir utilement qu'après celui de grammaire générale, ou au moins après la première partie de ce cours qui est plus spécialement destinée à expliquer la génération de nos idées et de nos sentiments ; et il ne doit être que la continuation de ces connaissances. Il ne me paraît pas aussi intimement lié au cours d'histoire; et je crois qu'il peut sans
inconvénient le précéder ou marcher concurremment avec lui ou même le suivre. Je préférerai cependant le premier parti ; car il faut avoir des principes bien fermes pour lire Thistoire sans danger : sans cela on pourrait puiser dans les historiens bien plus d'idées fausses ou vagues que de connaissances utiles.
Quant au temps que l'on doit consacrer au cours de législation, je trouve difficile de le déterminer avec précision. D'abord, aucune loi ni aucun acte du pouvoir exécutif ne fixe encore d'une manière impérative et générale la durée que doit avoir chacun des cours des écoles centrales ; et pour proposer au Directoire de décider définitivement sur ce point, j'attends d'avoir reçu les réponses de toutes ces écoles aux questions qui leur ont été adressées le 20 floréal dernier, ne doutant pas de trouver d'excellents modèles dans les règlements particuliers que plusieurs d'entre elles se seront faits à elles-mêmes. Ensuite dans la fixation du temps destiné à l'étude de la législation, il faut avoir égard à la capacité des élèves, au nombre des études différentes qu'ils peuvent avoir à mener de front, et à plusieurs circonstances locales. Enfin il faut remplir la double condition de donner à ce cours une étendue suffisante, et de faire cependant qu'il recommence tous les ans, puisque chaque année les écoles centrales doivent recevoir de nouveaux élèves. D'après ces données, je crois que l'on pourrait fixer à deux ans la durée de votre cours, et qu'il faudrait que le professeur en fit deux en même temps, en sorte que toujours l'un des deux serait à sa première année, et l'autre à sa seconde.
Un de vos collègues pense que l'on pourrait partager la totalité du cours en trois parties, et les enseigner en même temps, en destinant à chacune une portion de chaque leçon, et que le professeur pourrait ainsi les achever toutes les trois dans une année. Les élèves qui seraient capables de les suivre toutes trois auraient terminé dans un an; d'autres moins appliqués et moins pénétrants n'en suivraient que deux ou même qu'une, et par conséquent mettraient deux ou trois ans à la même étude. Par là le cours se trouverait recommencer tous les ans pour les nouveaux élèves. Chacun aurait la facilité de
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n'en prendre que suivant sa force, et aurait encore la possibi' lité de revoir une seconde fois les parties qu'il aurait mal saisies à la première. Si cet arrangement est possible, il aurait sûrement les plus grands avantages. J'y en vois encore un qui serait très précieux, jusqu'à qu'il y ait des Ecoles spéciales établies pour les professions dépendantes des sciences morales et politiques, comme il y en a plusieurs pour les professions qui exigent des connaissances physiques et mathématiques; c'est qu'il resterait au professeur de législation la possibilité de faire annuellement, outre le cours général, un cours particulier sur celle des parties de la science qu'il aurait le plus approfondie. Ainsi, celui d'une école ferait un cours spécial de droit civil ; celui d'une autre école, un cours de philosophie morale; celui d'une troisième, un cours d'économie politique, ou de telle autre partie de la vaste science de la législation. Vraisemblablement, il n'y en aurait aucune qui ne fût enseignée quelque part avec un grand développement; et celles qui, comme le droit civil, attirent un plus grand concours d'auditeurs, seraient sans doute aussi professées dans un plus grand nombre d'école».
Telles sont, citoyen, mes idées sur la marche à suivre dans l'enseignement dont vcrus êtes chargé. Excepté dans les points capitaux, je vous prie de ne les pas regarder encore comme des règles dont on ne puisse s'écarter, mais comme des conseils que je crois utiles.
Quant à la manière de me faire connaître vos travaux, celle qui me satisferait davantage serait certainement que vous m'envoyassiez vos cahiers rédigés. Mais en attendant que vous puissiez vous livrer à ce grand travail, un très bon moyen serait de m'envoyer, au commencement de l'année, un programme, et à la fin un sommaire du contenu de chacune de vos leçons. Un de vos collègues a rempli ce dernier objet de manière qu'en un assez petit nombre de pages, même sans le secours d'un programme, il m'a mis à portée de juger de la marche de son cours, et de connaître avec précision le temps qu'il a employé, les différents moyens dont il s'est servi- pour faire travailler ses élèves, et les divers exercices instructifs auxquels il les a assujettis. J'espère que vous
ne me laisserez pas ignorer à l'avenir le succès de vos efforts.
Le Ministre de rinlérieur^
QUINKTTE.
Paris, le 15 thermidor an VII de la République française une et indivisible.
Le Ministre de l'Intérieur Au Professeur de Grammaire généi^ah de VEcole centrale d
Citoyen,
Par sa lettre du 20 fructidor an Y, mon prédécesseur vous invitait à lui envoyer les cahiers sur lesquels vous faites votre cours : cependant, malgré le long espace de temps qui s'est écoulé depuis cette époque, rien, sur ce sujet n'est parvenu, de votre part, à mon ministère. Ce silence me met dans l'impossibilité déjuger de la méthode que vous avez adoptée. Je vous réitère donc la même demande, et j'espère que cette fois ce ne sera pas infructueusement.
Ne sachant pas comment vous envisagez l'ensemble de votre cours, je vous ferai ici quelques observations que je crois utiles, parce que je m'aperçois que plusieurs professeurs de grammaire générale n'ont pas vu toute l'étendue de l'enseignement dont ils sont chargés : ils se croient bornés à la grammaire, et c'est à tort. Le nom de grammaire générale donné à la chaire que vous occupez, ne doit pas faire illusion. On ne pouvait, sans doute, en choisir un plus convenable, par beaucoup de raisons; mais, quoique préférable à tout autre, il a l'inconvénient de n'exprimer qu'en partie ce que vous devez enseigner ; car votre cours doit comprendre Tidéologie, la grammaire générale, la grammaire française et la logique.
En effet, citoyen, dans l'ensemble do l'éducation, votre cours doit être le complément et le couronnement dos cours
de langues anciennes, et Tintroduction aux cours de belleslettres, d'histoire et de législation. Or, vous nMgnorez pas que dans le nouveau système d'instruction, auquel préside exclusivement la méthode qui consiste à aller toujours du connu à Tinconnu, les professeurs de langues anciennes doivent, avant d'entrer en matière, faire observer aux enfants, comment, depuis leur naissance» ils ont appris le peu qu'ils savent ; leur faire remarquer ce qu'ils font quand ils pensent et quand ils parlent ; c'est-à-dire, leur donner les faibles notions d'idéologie et de la grammaire générale qui sont à la portée de cet âge, et qui sont nécessaires pour bien comprendre les règles d'une langue quelconque, et pour en abréger l'étude.
Par la même raison, votre cours venant après celui de langues anciennes, vous devez d'abord profiter des connaissances acquises par les élèves dans cet intervalle, pour leur donner des leçons plus approfondies sur l'idéologie et la grammaire générale; car c'est là l'époque où ils doivent apprendre réellement ces deux sciences. Ensuite, il faut appliquer ces connaissances à la grammaire française, puisqu'elle est le premier pas dans l'étude des belles-lettres ; et enfin, il faut en tirer les règles de l'art de raisonner, puisque c'est là le fil conducteur qui doit aider les jeunes gens à apprécier les hommes et les choses, les faits et les institutions, dans les cours d'histoire et de législation, et les guider pendant le reste de leur vie.
Je n'ai pas besoin de vous dire que par l'art de raisonner, je n'entends pas la vaine recherche de toutes les différentes formes du raisonnement, mais l'étude solide de ce qui constitue la certitude de nos connaissances, la vérité de nos propositions, et la justesse de nos déductions ; en un mot, le fond du raisonnement. Pour la première, il suffirait de rajeunir presque sans choix d'anciennes doctrines; mais la seconde ne peut être basée que sur l'examen attentif de nos facultés intellectuelles, et de l'effet que produisent sur elles la fréquente répétition des mêmes opérations, et l'usage continuel des signes avec lesquels nous combinons et communiquons nos idées. Voilà pourquoi cette étude est le complément naturel de votre cours.
Il doit donc, comme je l'ai dit, être compose de quatre parties, toutes essentielles ; je vous engage de nouveau à vous occuper de les rédiger. U est à désirer qu'elles soient distinctes et séparées l'une de Tautre, 1** parce que si pour l'une d'elles vous étiez pleinement satisfait d'un ouvrage imprimé quelconque, français ou étranger, et si vous vous déterminiez à le suivre, il suffirait de me l'indiquer; î,^ il peut arriver que l'une'de ces parties soit mieux traitée dans un cours, et l'autre dans un autre ; et par la suite on pourrait réunir les meilleures, et faire jouir le public d'un ouvrage complet dans ce genre ; avantage précieux qui nous manque jusqu'à présent.
Telles sont, citoyen, les réflexions que je livre à vos méditations. Je suis entré dans ces détails, pour que vous connaissiez bien ce que j'attends de vous. Je suis persuadé que votre zèle pour le perfectionnement de l'enseignement vous portera à ne plus différer de remplir mes vues à cet égard.
Salut et Fraternité.
QCJINETTE.
Parie, le 5* jour complémentaire, an VII de la République française, une et indivisible.
Le Ministre de l'Intérieur
Au Professeur de Langues anciennes à P Ecole centrale du dépar^ temeni d
Citoyen,
Par sa lettre du 20 fructidor an Y, mon prédécesseur vous invitait à lui envoyer les cahiers sur lesquels vous faites votre cours : cependant, malgré le long espace de temps qui s'est écoulé depuis cette époque, rien de votre part n'est parvenu à mon ministère. Ce silence me met dans l'impossibilité de juger de la méthode que vous avez adoptée, et de la faire connaître au Conseil d'instruction publique que je consulte
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sur ces matières. Je vous réitère donc la même demande à ce sujet, et j'espère que cotte fois ce ne sera pas infructueusement.
Vous n'ignorez sûrement pas, citoyen, que les jeunes gens ne sauraient hien apprendre les principes d'une langue quelconque, si on ne leur donne auparavant quelques notions de grammaire générale; et qu'ils ne peuvent comprendre les règles générales du langage, si l'on ne commence par leur expliquer ce qui se passe dans leur esprit, lorsqu'ils pensent et qu'ils entreprennent d'exprimer leurs pensées. Cette marche est la seule à suivre pour que les élèves ne contractent pas la funeste habitude de se contenter dç mots dont ils ne peuvent pénétrer le sens, et pour que l'étude d'une seule langue ne consomme pas un grand nombre d'années dans un travail rebutant et souvent infructueux. Elle est déjà suivie avec succès dans plusieurs écoles centrales, et le vœu de tous les gens éclairés est qu'elle devienne universelle.
D'après ces considérations, vous voyez, citoyen, qu'il est nécessaire que votre cours de langue latine ou grecque soit précédé d'un traité d'idéologie et d'un de grammaire générale. Ces deux sciences ne doivent pas, sans doute, y être traitées dans un grand détail, puisque dans un âge plus avancé les élèves en feront une étude plus approfondie, quand ils suivront le cours du professeur de grammaire générale : mais encore faut-il qu'ils en aient les élémens, puisque c'est là la véritable introduction à l'étude des langues.
Je vous prie donc de rédiger ces leçons, soit en prenant pour guides Condillac, Dumarsais, ou tel autre grammairien métaphysicien, soit en vous concertant avec le professeur de grammaire générale, soit en ne suivant que vos propres lumières. C'est la partie de votre cours que je désire le plus do connaître, parce que je la regarde comme la plus importante, et comme celle qui jusqu'à présent a été la moins bien traitée dans les écoles. Si, soit pour ces préliminaires, soit pour l'enseignement particulier de la langue grecque ou latine, vous suivez un ouvrage imprimé, français ou étranger, il suffira de l'indiquer»
Je suis entré dans ces détails, afin que vous connaissiez
bien ce que j'attends de yous. Je suia persuadé, citoyen, que votre zèle pour le perfectionnement de renseignement vous portera à ne plus différer de remplir mes vues à cet égard.
Salut et Fraternité. .
QOINETTE.