L'instrument de Molière; traduction du traité De clysteribus de Regnier de Graaf (1668) [par Ernest Boysse]
^^^3^'^ xvif siècle est le siècle des clys- ^^•fl tères et des perruques. S'il a d'au-
i3^^^ très titres plus sérieux à l'attention de la postérité, il n'en a point de plus populaires. Pour ne parler que du clystère qui fait l'objet de ce li\Te, quel rôle ne jouet-il pas dans la vie intime de ce temps ? Louis XIV, au milieu des rayons de gloire qui entourèrent sa jeunesse, comme au milieu des revers qui attristèrent ses vieux ans, y eut fréquemment recours. Il donnait plus souvent
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audience à Valot, à Daqiiin, à Fagon, qu'à ses ministres, ou plutôt ces médecins étaient de véritables ministres, chargés du département le plus important du royaume, celui de la santé du roi. Le journal en a été publié, et l'on peut y compter le nombre presque infini des clystères qui vinrent lénifier les entrailles royales. A l'exemple du roi, la cour adopta ce remède ; puis la ville et la province suivirent le mouvement. Le clystère entra profondément dans les mœurs et s'installa dans tous les foyers avec un sans-gêne qui nous étonne aujourd'hui. A ce titre^ il relevait de la comédie. On vit, en effet, le théâtre s'en emparer. Il fut traduit devant le public sur la scène française par Molière, dans Monsieur de Poîirceaugnac et le Malade imaginaire. On dit (( le mot de Molière », et tout le monde sait ce que cela signifie. Nous pensons qu'il en sera de même pour <( l'instrument de Molière », et que, sous cette périphrase, on découvrira aisément la seringue. Or, c'est
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d'une seringue qu'il s'agit dans ce volume. De là son titre.
Si le clystère a son côté plaisant, il a aussi son côté sérieux. C'est sous le côté sérieux que l'envisage notre traité. Il a l'avantage d'être contemporain du Malade imaginaire. Il nous a paru curieux de montrer ce que pensait un médecin, un savant, sur le sujet dont s'égayait notre grand comique.
L'auteur, Régnier de Graaf, était un homme de génie. Il est mort jeune et n'a pas eu le temps de donner toute sa mesure. Il était Hollandais, mais il avait passé en France deux années de sa courte existence, et il était docteur de la Faculté d'Angers. Ce n'est donc pas tout à fait un étranger. Le traité de Clysteribns est le moindre de ses ouvrages, mais on y verra néanmoins les marques de son esprit judicieux, inventif et novateur. Il avait été déjà traduit en français par un médecin de Montpellier, à la fm du xvif siècle, avec les autres ouvrages de l'auteur, qui touchent aux
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plus délicats de nos organes. Nous l'avons traduit complètement à nouveau, et, nous osons le dire, avec plus de scrupule et de fidélité que le précédent traducteur. Nous y avons ajouté quelques notes qui nous ont paru nécessaires dans un ouvrage qui touche à bien des points de pratique et de théorie médicales, et qui ne s'adresse pas seulement aux hommes spéciaux. Nous avons voulu donner, par un trèspetit côté, il est vrai, et dans des proportions très-restreintes, une idée de ce qu'étaient, sur le point qui nous occupe, la médecine et aussi la pharmacie du xvii'' siècle.
De Graaf est assez oublié pour que nous ayons cru devoir lui consacrer une notice biographique. Nous l'avons suivi d'aussi près que possible, dans toutes les phases de sa vie d'étudiant, de médecin et de savant ; nous espérons que nous aurons réussi à faire revivre cette intéressante physionomie.
Il existe deux portraits de de Graaf. Celui que nous donnons en tête de ce volume, et
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qui le représente à l'âge de vingt-cinq ans, est le meilleur. Il a été gravé par Edelink, d'après une peinture de Watelé. Il est trèsexactement reproduit ici par le procédé de M. Amand Durand, qui, grâce à une heureuse combinaison de la gravure et de la photographie, nous rend les œuvres des maîtres anciens dans toute leur pureté native. Ce portrait n'est pas le moindre ornement du monument modeste que nous avons voulu élever à la mémoire du jeune docteur hollandais.