LETTRE
A PLEMPIUS
A Vopiscus Fortunatiis Plempius (i), très-célèbre docteur
en médecine et premier professeur à l'Académie
de Louvain.
^^ ouTES les fois que j'ai réfléchi, d'un es- I pj^it plus attentif, à la bienveillance ^^ singulière que vous m'ave^fait l'honneur de m'accorder, non-seulement à Louvain,
( I ) Plempius CPlempJ accu- Louvain, oit il mourut en i Oj 2, pait la chaire de médecine à un an avant de Graaf. Il était
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mais encore à Delft, j'ai pris la ferme résolution de ne point laisser échapper l'occasion, quand elle se présenterait, de répondre à vos bienfaits par lin témoignage de ma reconnaissance (j). Aujourd'hui donc que vous me demande^ de
d'Amsterdam. Patin en faisait cas et le traite de a fort savant professeur ». Toutefois le satirique docteur trouve encore à gloser sur son compte. « Cet auteur, dit-il flet. à Spon, j 6 juin 1 64gj, me fit l'honneur de m'écrire, l'hiver passé, une lettre de compliments sur mes deux thèses et me priait de lui en envoyer aussi quelques exemplaires. Ce Plempius est natif Hollandais, né de parens catholiques, et ipse catholicus, vtais qui est tout prêt de se faire du parti contraire, pourvu que ceux de Leyden le veuillent, avec une bonne pension, faire prof esseur en leur Académie. » Quand il meurt.
Patin a une exclamation qui rachète ses critiques : « Je viens d'apprendre que M. Plempius, célèbre professeur de médecine, est mort le 1 3 décembre dernier. Adieu la bonne doctrine dans ce pays-là! » Cependant Plempius avait honorablement
faibli dans son attachement à ce que Patin considérait comme la bonne doctrine. Après avoir, pendant plus de dou^e ans, combattu la théorie de la circulation du sang, il s'aperçut un jour qu'il s'était trompé et fit publiquement amende honorable.
(i) Cette lettre vient à la suite de la Partium genitalium defensio. L'auteur l'annonce ainsi à la fin de cet ouvrage:
« Mais c'en est asse:{ sur ce sujet. Maintenant , ne voulant pas, lecteurs bénévoles, vous renvoyer fatigués par les fastidieux arguments de ma réfutation, j'y joindrai une lettre sur la manière de fabriquer un instrument très-commode pour l'injection du clystère. »
// n'y a aucun rapport entre la Defensio et la lettre en question; mais il serait bien sévère de chercher querelle à l'auteur pour n'avoir point trouvé une meilleure transition.
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VOUS envoyer l'instriiment que j'ai inventé pour donner les clj'stères, je ne puis ne pas déférer à cette demande, et, par surcroit, vous faire connaître le mode de fabrication que f emploie et que, pour différentes causes, j'avais résolu de tenir encore quelque temps secret (i). Mais, outre que d'instantes prières m'étaient adressées tous les
Jours, je considérais aussi , d'une âme compatissante, le soulagement que cet instrument devait apporter aux malades. Je me réjouis donc, très-illustre maître, en même temps que je vous
fais part de mon invention (2), de saisir l'occasion de rendre service à un personnage qui, par
■ ses utiles et doctes écrits, en a rendu lui-même de si grands au monde savant.
Dans mon Traité sur Tusage des clystèrcs, /'<i!/
fait voir pourquoi je m'étais appliqué avec tant d'ardeur (3) à exécuter cet instrument . Aujourd'hui seulement j'indiquerai par quels degrés je
{\) Il est probable, comme lité d'inventeur. Les mots : nous l'avons dit, que, lors de la inventa mea, inventio nostra, publication de son traité, de se retrouvent à chaque instant Graaf n'avait pas encore tout sous sa plume, à fait trouvé le tube flexible et (3) Le mot latin est trèsimperméable qu'il cherchait, fort : insudaveram. On va
(2) De Graaf tenait beau- voir, par le récit de ses expé-
coup, et avec raison, à sa qua- riences, qu'il n'est pas exagéré.
suis pavpenu à lui donner la perfection qu'il a désormais. J'aiderai ainsi aux efforts de ceux qui, dans l'avenir, entreprendront de m' imiter, et je ne doute pas que , grâce à mes instructions, ils n'arrivent à éviter les écueils oii j'ai failli plusieurs fois faire naufrage .
Voulant trouver un instrument commode pour l'injection des clystères, j'ai d'abo7\i été conduit à rechercher un intermédiaire flexible entre la seringue et la canule. J'ai successivement essayé l'intestin du lièvre, la trachée-artère d'un oiseau à long cou et le nerf de bœuf. Ces essais n'ont pas été heureux. Ces divers conduits, imefois desséchés, se déchiraient facilement, ou, s'ils restaient humides après le passage du liquide, ne tardaient pas à donner naissance à des vers. Laissant donc de côté ces matières, j'ai eu recours à une baleine perforée; mais la baleine, lot^squ'elle était trop grosse, n'était plus asse:{ flexible , et, lorsqu'elle était plus mince, sa flexibilité était telle, qu'elle ne donnait plus passage au liquide.
Renonçant à la baleine, qui ne pouvait remplir mon objet , je me suis ser^vi de cuir très-mince. J'en ai pris une bande très-longue et large de deux doigts. Je l'ai enduite de colle et roulée en forme de cylindre, de manière qu'un des bords
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de la bande rejoignît exactement Vautre, autour d'une tige de fer, entourée elle-même d'un Jîl de cuivre très-Jîn et roulé en spirales trés-serrées . A l'extérieur^ j'ai entouré le cuir, en lui conservant sa forme de tube, d' un semblable fl de cuivre, mais roulé en spirales plus écartées. Le lendejnain y ai retiré la tige de fer qui soutenait tout l'appareil, le fît de cuivre restant d'ailleurs dans Vintérieiir du cuir, qui, grâce à lui, gardait sa forme cylindrique.
J'ai employé le conduit ainsi préparé, mais avec un médiocre succès. La gomme, en effet, se trouvait bientôt dissoute par le liquide du clystère, qui s'échappait de tous côtés par lesfssures du cuir (i). J'ai pu me convaincre que l'instrument établi dans ces conditions par les Anglais et parles Turcs {2), très-convenable pour intro-
{i) On voit que, dans ce sy s- flexibles auxquels de Graaf
tème, les deux bords de la fait allusion n'étaient-ils pas
bande de cuir étaient seule- destinés à un autre usage, c'est-
mcnt collés Fun à l'autre. à-dire à fumer le narguilé?
(2) Nous n'oserions affirmer Nous serions d'autant plus tenqu'il ne se soit pas fait ici tés de le croire, que les niahoquelque confusion dans l'esprit métans n'ont jamais été très-fade l'auteur. Les clyst'eres de natiques du clyst'ere. Dès les fumée de tabac étaient usités premiers temps, les sectateurs en Angleterre ; mais en était-il de la religion nouvelle separde même en Orient? Les tubes tagèrent en trois camps, les
ditire de la fumée de tabac dans l'intestin, ne pouvait utilemejît sevviî^ pour les clystères. Il le pouvait d'autant moins, que le fil de cuivre, restant dans l'intérieur du conduit , attaqué par l'acidité des clystères, se couvrait de vej^t-de-gris, et que, le remède se trouvant ainsi altéré, il y avait lieu de craindre qu'il ne fît plus de mal que de bien aux malades.
Pour remédier à ces inconvénients , j'ai fait coudre deux tubes d'un cuir un peu plus épais, que j'ai enduits complètement, l'un de suif, l'autre d'une matière céreuse, avec laquelle on prépare, en France, la toile cirée (i). Je croyais avoir atteint mon but, car je voyais le liquide passer facilement par ces tubes; mais quand, à cause des matières indurées qui obstruaient l'extrémité de la canule, ou pour tout autre motif, il devenait nécessaire
uns proscrivant le clystère, les indisposition d'entrailles qui le autres l'admettant, les derniers fit beaucoup souffrir. Après faisant des réserves. C'est un plusieurs remèdes restés sans de ces casuistes qui posait cette effet, on lui proposa de prendre importante question ;« Prendre un lavement qui le soulagerait, un lavement, est-ce rompre le II secoua négativement la tête, jeûne ou non?» Ces scrupules, et, s' enveloppant dans son burnous assure-t-on, durent encore nous, il se contenta de dire: aujourd'hui. On nous a raconté « Que la volonté de Dieu soit que l'illustre émir A bd-el-Ka- faite ! »
der, pendant qu'il était prison- (i) Ces mots sont en français
nier à Amboise, fut atteint d'une dans le texte.
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de pousser le liquide avec un peu plus de force, alors, de tous côtés, par les coutures et par les po7'es du cuir, le liquide faisait éruption, et avec d'autant plus d'abondance qu'il était plus chaud.
Ne pouvant donc, par ce moyen, boucher les coutures et les pores du cuir de telle façon que les liquides chauds ne s'échappassent point, j'ai dû recourir à un autre système, qui m'a enfin complètement réussi et que je décrirai en détail.
Il faut prendre une bande de cuir de bœuf, trèsbien préparée et également dégrossie, de la longueur d'une aune et demie et de la largeur d'un doigt et demi. On la coud, à points croisés , en forme de tube, avec du fl double passé à la cire, comme celui que les cordonniers emploient pour faire les souliers. Cela fait, on prépare un Uniment composé de cire, de suif et de la teinture que les peintres de ce pays appellent umber (i). On en
(i) On lit dans Pline, qu'on Jiomme roche... L'om-
XXXVI, 5j, trad. Littré : brique ne sert qu'à donner du
n II y a plusieurs genres de lustre aux étoffes. » Umber
craies, parmi lesquelles on veut donc dire ce que les pein-
compte deux terres cimoliécs, très nomment terre d'ombre ,
employées en médecine... La terre brune servant à ombrer
terre cimoliée a encore un et qui tire son nom de l'Om-
autre emploi, à savoir pour brie, où on la trouvait. Au
les étoffes... On estime davan- Uniment préparé par de Graaf,
tage celle d'Ombrie et celle elle servait à donner la cou-
enduit le tube de cuir devant le feu. Ensuite, on prend une tige de fer ayant la grosseur d'une plume à écrire, on l'enduit de suif et on l'introduit dans le tube. Puis on serre étroitement le cuir autour de cette tige de fer, depuis un bout jusqu'à l'autre, au moyen d'un fil épais passé à la cire.
Cette opération achevée , on retire la tige de fer, devant le feu, et l'on adapte le conduit d'un côté à la canide A, de l'autre à l'instrument B, comme il est indiqué dans mon Traité sur les clystères. A la partie supérieure E, creusée en forme d'entonnoir, on adaptera un petit grillage en fil d'argent pour empêcher les corps solides de pénétrer dans le conduit et de l'obstruer. Enfin le conduit est enveloppé de bandes de toile qui sont elles-mêmes recouvertes de soie noire, et, ainsi complété, il peut être niis en usage (i).
Les signes auxquels on reconnaîtra que le conduit a été bien préparé sont les suivants : il doit être asse^ dur pour que la pression des doigts puisse à peine le déprimer, flexible également dans toute sa longueur, donnant facilement passage au
leur convenable, ou peut-être dirait de Graaf, que de sueurs
plus de liaison et de cousis- pour arriver au résultat que
tance. nous donne aujourd'hui si aisé-
(i) Que de peines et, comme ment le caoutchouc !
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liquide dans sa cavité et n'en laissant échapper aucune goutte, quelle que soit la force de l'impulsion, par les pores ou par les coutures.
Tel est, illustre maître, l'instrument que, pour vous être agréable , pour obtempérer aux prières de mes amis, et pour soulager les souffrances de l'humanité, f ai cru devoir rendre public [i).
Votre très- humble et très-attaché
A Delft, 14 mars lôOg.
Si quelqu'un de vos malades désirait se procurer un instrument de ce genre, il le trouvera, à Lejde, chei Samuel de Musschenbroœk , demeurant sur la place appelée vulgairement de Heere Steech, près de l'église Saint-Pierre , à renseigne de la Lampe orientale, qui les confectionne avec le plus grand soin et selon mes instructions {2).
(i) Ce n'est toutefois qu'en {2) On regrettera sans doute
i6-j3 que cette publicité fut avec nous que cette petite ré-
complétée par l'impression. A clame pour le fabricant ne soit
cette date, Plempius était mort pas accompagnée du prix de
depuis un an. l'article.