‹ L'instrument de Molière; traduction du traité De clysteribus de Regnier de Graaf (1668) [par Ernest Boysse]Chapitre 7 sur 12 · TRAITE · texte numérisé non relu

TRAITE

LES CLYSTERES

Pour quels motifs nous nous sommes applique' à imaginer un nouvel instrument propre à l'injection du clystère.

^TT^^i- nous est arrivé très-souvent dans ce ^^ pays (i), où nous pratiquons la méde- C^z^f^ cine, de rencontrer des malades, souffrant dans les intestins et dans d'autres régions du

(i) A Delft, où il s'établit France, un lOôô. \'oir la noaprcs son premier voyage en tice, page 25.

corps de vives et intolérables douleurs qu'une ou deux injections de clystère aurait pu rapidement, sûrement et agréablement (i) faire disparaître, se refuser néanmoins, de la façon la plus absolue, à se découvrir, afin de recevoir le remède des mains de Tapothicaire (2). Nous avons donc recherché avec soin s'il n'existait pas un instrument au mo^^en duquel chacun pût se donner à lui-même un clystère sans danger et sans que la pudeur eût à en souffrir.

(i) Cito, tuto et jucundè ; c'est la formule consacrée.

Elle est fort ancienne. On la trouve au bas du portrait de Vésale placé en tête de l'édition de ses œuvres. In-fol., Bàle, 1542.

(2) Il est à remarquer que le mot « apothicaire », aujourd'hui légèrement ironique, était alors l'appellation habituelle des personnes de cette profession. On ne songeait pas encore à en rougir; on n'y a pensé que lorsqu'on l'a remplacée par celle de pharmacien. On disait aussi phannacopole; mais ce n'était « guère qu'en dérision et en burles-

que )).{Dictionn. du Commerce de Savary des Breslons.) C'est aussi le terme dont se servaient les Latins. Horace a dit :

Ambubajarum collegia, pharma- [copola;.

Mendici, mimœ, balalrones, etc.

(Sat. I, 2, V. 132.)

les associant ainsi aux mendiants, aux danseurs de corde, aux mimes et à tous les mauvais drôles dans la part que prenaient ces différents collèges à la mort du chanteur Tigellius, et par là nous donnant une idée juste de la haute considération dont ils jouissaient à Rome.

Exposé des inconvénients des antres instruments.

Nos recherches à cet égard ont été inutiles, et aucun des systèmes déjà pratiqués et qui sont venus à notre connaissance ne nous a paru exempt de difficultés et d'inconvénients. Ce reproche peut surtout s'adresser à la seringue aujourd'hui généralement employée, et à laquelle se fixe une canule recourbée en ivoire, en bois ou en étain, destinée à être introduite dans Tintestin (i). Le cl3'stère, en effet, ne peut être poussé

(i) On voit qu'il s'agit ici d'une seringue à canule recourbée avec laquelle le malade pouvait, non sans peine toutefois, comme le remarque de Graaf, s'administrer luimême le clystère. Il faut la distinguer de la seringue droite, arme spéciale de l'apothicaire.

« L'instrument dont se servaient les anciens pour administrer les clystères consistait dans une vessie préparée et dont l'ouverture était fortement fixée par un lien à un

roseau , une branche de sureau ou toute autre tige creuse. La vessie remplie de liquide, il suffisait de presser dessus des deux mains pour faire sortir le liquide par l'orifice de la tige... Aujourd'hui encore, dans nos campagnes et dans quelques contrées européennes, notamment en Hollande, on se sert de l'appareil primitif des anciens , d'une vessie de porc emmanchée d'une tige creuse de sureau et de roseau... La seringue classique est d'inven-

hors de la seringue que celle-ci ne soit en même temps mise en mouvement. Ce déplacement se transmet à la canule introduite dans Tintestin, et il en résulte que le rectum est exposé à des lésions, ou bien que le clystère s'échappe et coule le long de la canule. Ces accidents se produisent surtout très-facilement lorsque le malade ne peut employer les deux mains pour pousser le clystère hors de Pinstrument.

tion relativement moderne; elle ne paraît pas remonter au delà du xv" siècle; on l'attribue généralement à Marcus Gatinaria ou Gatenaria, qui mourut en 149G... La seringue classique, qui compte à son avoir de si nombreux services, avait un inconvénient.

Elle réclamait l'intervention d'un agent officieux. Il fallait trouver un moyen de supprimer cet agent. L'invention de la canule recourbée ou coudée a réalisé ce progrès. Plus tard, on perfectionna cette modification en imaginant la canule coudée à angle droit reposant sur une lame métallique plane. Nous avons trouvé le premier dessin très-complet de cette invention dans un

atlas chirurgical de Brambella, publié en 1780.

« En i832, un pharmacien de Paris, M. Petit, importait en France, en la perfectionnant, la seringue à pompe employée en Angleteri-e. Ce fut vers cette même époque que Leroy d'Etiolles imagina de remplacer les anciennes seringues par le clysoir, espèce de tube ou de tuyau, d'environ un mètre de long , fait avec un tissu imperméable. » [Dictionn. wiiv. des sciences médicales.)

Ainsi, il a fallu près de deux siècles pour retrouver le tube flexible et imperméable qui fait, comme on le verra, l'originalité de l'invention de de Graaf.

On ne trouve ni moins de difficultés ni moins de désagréments dans Temploi du système décrit par de Hilden (i), c'est-à-dire d'une vessie à laquelle est adaptée la canule qui doit pénétrer dans l'intestin. En effet, le clystère ne peut être si complètement chassé hors de cette vessie que celle-ci n'en conserve quelque résidu, et, dans le cas où la pression est trop forte, il arrive que la vessie se sépare de la canule ou bien se déchire. Aussi ce système sourit-il à peu de monde (2), surtout en ce sens que, comme le précédent, il exige l'emploi des deux mains. Tune pour presser la vessie, l'autre pour maintenir la canule exactement en position.

(i) Fabrice, appelé de Hilden, du nom du village où il naquit, en i5Go, dans le voisinage de Cologne, était un chirurgien distingué. Patin, toutefois, le traite assez légèrement. « Fab. de Hilden , dit-il, n'étoit qu'un chirurgien bcne animatus, sedparum doctits, mais il est facile et

bon pour quelques observations. » On sait que Patin ne pouvait être bienveillant ni pour les chirurgiens, qui ne perdirent jamais à ses yeux la qualité et le nom de barbiers, ni pour les apothicaires.

(2) ... Ncqiie ille modns plitrimis arrideat.

Avantages de notre instrument .

Aucun des instruments inventés jusqu'à ce jour ne pouvant donc nous satisfaire, nous avons fait les plus grands efforts pour en tirer un de notre propre fonds, et, après bien des recherches, nous avons réussi à confectionner un appareil qui répond de toute façon au but que nous nous sommes proposé. Il est, en effet, conçu de telle sorte, que chacun peut très-facilement, et sa pudeur sauve (r), s'administrer soi-même un clystère ou permettre qu'une autre personne le lui administre, sans découvrir aucune partie du corps et sans changer de position.

(i) Tiito ptidore.

TRAITE SUR LFS CLYSTERES.

Réponse aux objections des apothicaires contre la divulgation de notre instrument.

Nous croyons entendre ici récriminer certains apothicaires (i) et dire que cet excellent instrument ne peut être propagé sans qu^il en résulte pour eux un dommage. Mais c'est bien à tort qu'ils se plaindraient, car le bénéfice qu'ils peuvent

(i) Patin ne tarit pas dans ses anathèmes contre les apothicaires, « trop avides de gagner » et trop enclins à « faire des parties d'un prix excessif ». Il les définit « Animal fourbissimum , faciens bene partes et lucransmirabiliter. » On sait qu'il fut en procès avec la corporation, qui l'accusa de l'avoir diffamée.

L'issue du procès fut tout à l'honneur de Patin. Il la raconte ainsi dans une lettre à Falconnet (10 avril 1G47) :

« Pour mes chers ennemis les apothicaires, ils se sont plaints de ma dernière thèse à notre Faculté, laquelle s'est moquée d'eux; ils en ont appelé au Parlement, où, leur avocat

ayant été oui , je répondis moi-même sur-le-champ, et ayant discouru une heure entière avec une très-grande et très-favorable audience, les pauvres diables furent condamnés, moqués, bafoués par toute la cour et par six mille personnes qui étoient ravies de les voir rebattus et réfutés comme je l'avois fait. Je parlai contre leur bezoard, leur confection d'Alkermès, leur thériaque, leurs parties; je leur fis voir que organa phannaciœ sunt organa fallaciœ. » De Graaf est moins acerbe que Patin, il n'invective pas comme un sectaire, il cherche seulement à persuader comme un apôtre.

perdre en donnant moins de cl3^stères, ils le retrouveront, et au delà, dans la préparation plus fréquente du remède. Il n'est pas douteux, en effet, que, dans ces conditions nouvelles, il ne soit plus souvent et prescrit par les médecins et pris spontanément par les malades eux-mêmes.

Il est à remarquer, en outre, que les apothicaires seront dispensés de leur sordide et très-fâcheuse besogne (i) dans les cas de dj^ssenterie, de fièvre maligne (2) et d'autres maladies contagieuses. Ils n'auront plus à exposer leur vie à de grands dangers pour un mince profit (3).

(i) Fœdam ac molestissi- (3) L'idée d'un principe con-

mam operationem. tagieux renfermé dans les ma-

(2) Il s'agit ici de la fièvre tières alvines n'est donc pas

typhoïde. nouvelle.

TRAITÉ SUR LES CLYSTKRES. 5g

Distribution du présent traité sur les clystères.

Aussi, persuadé, comme nous le sommes, que les médecins, les apothicaires et les malades euxmêmes, dont le soulagement a été le principal objet de nos études et de nos travaux, nous sauront gré de faire connaître cet instrument, nous en donnerons ici la description. Et, pour que le sujet ne soit pas trop aride, nous exposerons successivement : 1° ce qu'est le clystère ; 2° par qui il fut inventé ; 3° quelles en sont les différentes espèces; 4° quelle en doit être la quantité ; 5" à quel moment il convient de le prendre ; (5° comment le malade doit être placé pour le recevoir ; 7" quelle utilité il en reçoit. .

Go TRAITK SUR LES CI,YST]:RES.

Ktymologie et définition du clystèrc. Son premier inventeur.

Clyster^ x).'j'7rr,p, en latin lavamen ou abhitio^ vient de y.lû'C.ziv^ qui signifie laver. Les Grecs le nomment aussi £VE[;,a de hi-f\\u^ infundo^ qui veut dire verser dedans.^ et s'emploie pour différents remèdes donnés à un malade ou pris par celui-ci. Suivant les parties du corps auxquelles il s'adresse, le clystère (r) reçoit des appellations distinctes. Il est auriculaire, vésical, utérin, intestinal et ainsi de suite. Dans le présent traité, nous ne nous occuperons que du clystère intestinal, qui peut se définir ainsi : Médicament liquide introduit par Vorijîce anal dans le gros intestin. C'est par un abus de langage que certaines personnes donnent le nom de clystère à Tinstrument qui sert à administrer le remède.

Ce n'est pas à Thomme qu'appartient la gloire

(i) Au xvii" siècle, on se ser- sure-t-on,la pruderiedcM""'de

vait indifféremment du mot Maintcnon qui fit prévaloir

clystère ou du mot lavement, dans la conversation, le mot

mais celui de clystère était le de remède. — Le nom de èoj(//-

terme scientifique. Ce Fut, as- Ion pointu a aussi son charme.

de rinvcntion du clystèrc, mais bien aux animaux, guidés par leur instinct naturel. C'est en Egypte qu'un oiseau, assez semblable à la cigogne, et qui s'appelle Pibis, a enseigné tout d'abord aux hommes l'usage du clystère. Quand cet oiseau se sent incommodé par un excès d'humeurs nuisibles, il remplit son bec d'eau de mer et se l'introduit dans l'intestin, qu'il arrose abondamment, afin de donner cours au fardeau qui le gêne (i).

Oh l'on prouve que le clystère était familier aux anciens.

Ce n'est pas cependant, comme beaucoup le pensent, à l'exemple immédiat des oiseaux que

(i) Cette origine du clystère, qui excitera quelque étonnement chez les lecteurs modernes, était tout à fait admise dans la médecine ancienne. Elle se présentait sous

le patronage imposant de Plutarque, de Pline, de Galien.

C'est ainsi, disait-on, que l'hippopotame aurait montré , en le pratiquant sur lui-même, l'usage de la saignée.

02 TRAllK SUR I-ES CLYSTHRES.

les médecins modernes ont mis ce remède en usage. Les anciens Tont pratiqué. Nous lisons dans Langius (i) que le clystère était connu nonseulement des Égyptiens, mais encore des Grecs et des Arabes. Il était d'un emploi très-fréquent dans les maladies les plus sérieuses. On le considérait comme un remède très-souvent unique et auquel on avait recours comme à une ancre de salut (2), non-seulement pour débarrasser Tintestin, mais aussi pour guérir d'autres maladies très-graves. Hérodote nous apprend que les Égyptiens (3) avaient Thabitude de laver leurs intestins chaque mois, trois jours de suite, comme moyen de conserver leur santé (4).

(i) Lib. I, Epist. med., 80. (Hist. d'Hérodote , trad. de

{2) Littéralement : « Comme P. Saliat, revue par E. Tal-

à une ancre sacrée », tanqiiam bot.)

ad sacram anchoram. Ancre (4) Gil Blas, parlant de la

sacrée se disait de l'ancre de fraîcheur de dame Jacinthe,

miséricorde ou maîtresse an- la gouvernante du licencié

cre. Sedillos, ajoute : « Il est vrai

(3) « Il faut dorénavant par- qu'elle n'épargnoit rien pour

1er des hommes égyptiens... se conserver. Outre qu'elle

Leur façon de vivre est telle : prenoit tous les matins un

par chacun mois, ils prennent clistère, elle avaloit pendant

purgation trois jours de suite, le jour et en se couchant d"ex-

conservant leur santé avec cellens coulis. » (Livre II, cha-

vomissements et clystères. » pitre i.)

TRAiTE SUR LES CLYSTKRES.

Oi

Quels sont les clystères capables de résoudre et d'expulser les matières alvines.

Le cl3^stère est donné tantôt pour dissoudre et faire évacuer les matières alvines, tantôt pour une autre cause.

Pour dissoudre et faire évacuer les matières adhérentes au gros intestin, Solenander (i) recommande riiuile seule, Aetius (2) Teau pure, Galien (3) Teau mélangée à Thuile et au miel. D'au-

(i) Les biographies ne fournissent aucun renseignement précis sur cet auteur. Nous savons seulement qu'il naquit à Buderich, petite ville voisine de Cologne vers i53o. Il publia un ouvrage en i558, dont une nouvelle édition parut, très-augmentée et infolio en iDijG. Nous n'avons sous les yeux qu'une édition de i6og dont voici le titre:

Consiliorum medicinalium Reineri Solenandris Budericencis, doctoris medici diicis CUvensium, sectiones quinque, Hanoviœ, i6og. On voit par cet intitulé que Solenander était médecin du duc de Clèves. On

peut placer la fin de sa vie à la fin du xvic ou au commencement du xvii^ siècle.

(2) Aetius, médecin grec du vie siècle. Ses œuvres ont été traduites en latin au xvic siècle. Elles se composent de sei:{e livres de médecine et embrassent toutes les parties de la science.

(3) Les œuvres de Galien , qui fut pendant des siècles pour la médecine ce qu'Aristote était pour la philosophie, ont été publiées pour la première fois à Venise en 1490.

Il s'en fit, depuis, d'innombrables éditions. On sait qu'il vivait au W^ siècle de notre ère.

très prescrivent des remèdes d'une composition plus compliquée.

Pour nous, suivant l'exemple des oiseaux et les procédés que leur instinct naturel leur a enseignés, nous pensons qu'un simple clystère d'eau de mer ou d'eau pure, dans laquelle on fait dissoudre un peu de sel ou d'urine venant d'un homme bien portant, quand on n'a pas autre chose sous la main, peut suffire au résultat qu'on se propose d'obtenir. Ces liquides, en effet, par leur humidité, ont le pouvoir de dissoudre les matières indurées, en même temps que, par leur acidité saline, ils stimulent l'organe et le provoquent à expulser les matières dissoutes. Ils remplissent ainsi la double condition requise pour débarrasser l'intestin.

Comment on peut, au moyen du clj'stère, soulager à peu de frais les malades pauvres.

Nous avons vu quelquefois des clystères formés d'une décoction de plusieurs médicaments, auxquels s'ajoutaient encore divers électuaires (i), des huiles et d'autres substances usitées en pareil cas, rester absolument sans effet, tandis qu'un ch'stère composé d'eau, de miel et de sel produisait les meilleurs résultats. Ce remède si simple est tenu par beaucoup pour un grand secret.

Nous recommandons ce point à l'attention des praticiens, surtout de ceux qui sont appelés à soigner les pauvres. Ils verront qu'il est facile de les soulager à peu de frais (2).

(i) On appelait électuaire, « Pour moi, dit-il, je suis de

electuarium (de eligere), une l'avis de messieurs les Piètres,

composition faite de plusieurs qui ne veulent, ad bene me-

ingrédients choisis. Il y en dendum quam pauca, sed se-

avait de solides et de liquides. lecta et probata remédia, moi

(2) Cette préoccupation phi- qui ai appris que l'infusion

lanthropiqueest à remarquer de trois gros de séné et d'un

à l'honneur de de Graaf. Patin verre d'eau purge aussi bien,

était dans les mêmes idées. Il voire plus sûrement qu'un tas

ne cesse de préconiser les re- de compositions arabesques,

mcdes simples et peu coûteux. toutes sortes d'humeur pec-

Les clystères reçoivent des noms différents selon les substances dont ils se composent.

Les clystères qui , outre Févacuation des entrailles, ont encore une autre fin, se font avec divers simples et diverses compositions, et reçoivent des noms différents suivant leurs propriétés spéciales. Il y a les éniollients, les purgatifs, les astringents, les anodins, les détersifs, les divisants, les consolidants. D'autres enfin ont reçu de

cante. Je rends la pharmacie la plus populaire qu'il m'est possible, ordonnant tous les jours, chez mes malades ciiporista et facile parabilia remédia. )) (Lettre à Belin, s. d.) Et, dans une autre lettre au même (20 juillet iG56), il entre mieux encore dans les intentions de de Graaf. « Pour les apothicaires, dit-il, je souhaite que vous en veniez à bout, et il n'y en a point de meilleur moyen que de se servir du Médecin charitable , en introduisant les seringues dans les familles, avec une

décoction d'herbes cmollientes et de miel commun. » C'est ce qu'on appellerait aujourd'hui « démocratiser » la seringue.

Le Médecin charitable, dont parle Patin, était un petit traité du docteur Philibert Guybert, qui recommandait et enseignait jp^hc^j sed selecta et pro~ bâta remédia. C'était surtout une arme de guerre contre les apothicaires. On vendait ce petit traité un ou deux sous, et on le réimprimait à outrance toutes les fois qu'une contestation s'élevait entre les apothicaires et la Faculté.

certains auteurs le nom de clystères nourrissants (i).

Des clystères émollients et de leur composition.

Les clystères émollients proprement dits sont ou simples ou composés. Ils sont simples quand ils sont formés d'une matière unique, comme le lait, Teau tiède, le bouillon de mouton. Ils sont appelés composés quand ils sont formés de divers

(i) Il est impossible de lire cette énumération sans se rappeler l'exposition du Malade imaginaire : « Plus, du vingtquatrième, un petit clystcre insinuatif, préparatif et réniollient, pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de Monsieur... Plus, dudit jour, un bon clystère

détersif, composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat et autres, suivant l'ordonnance, pour balayer, laver, nettoyer le bas-ventre de Monsieur... Plus, du vingtsixième, un clystère carminatif pour chasser les vents de Monsieur... Plus le clystère de Monsieur, réitéré le soir, etc. »

émollients, comme la mauve, la guimauve, la violette, la brancursine, la pariétaire, etc., dont on fait une décoction dans Peau ordinaire, dans le lait ou dans tout autre liquide émollient. Il est d'usage d'ajouter, à cette décoction, de Thuile ordinaire, de violette ou d'amandes douces, ou bien du beurre.

Des clystèrcs purgatifs.

Pour les clystères purgatifs (i), on ajoute à la décoction émolliente des feuilles de séné, de rhubarbe, de méchoacan, l'électuaire diaphénique (2)

(i) Les remèdes catharti- decins de Monsieur de Pour-

ques ou purgatifs se divisaient ceaiignac. Nous n'entrepren-

en phiegmagogues, cholago- drons point d'en pénétrer les

gués, mélanagogues, hydra- arcanes.

gogues et panchymagogues. (2) L'électuaire diaphénique

Molière n'a pas négligé ces est un purgatif dont les dattes

noms dans la scène des mé- sont la base.

OU la préparation d'Hamech (i), et d'autres purgatifs indiqués dans les ouvrages des praticiens.

(i) Cette composition ou « confection » était assez compliquée. Elle comprenait vingt -sept ingrédients. En voici la formule :

Confectio Hamech major, seu Diacolocynthidos Pharmacopœae Parisiensis.

Coloquinte coupée en petits morceaux,

Feuilles de séné,

Ecorce de myrobolans citrins,

Ecorce de myrobolans chcbules,

Ecorce de myrobolans indiens, 2 onces de chaque;

Polypode de chêne.

Violettes, i once 1/2 de chaque.

Feuilles d'absinthe.

Feuilles de thym.

Feuilles de fenouil.

Feuilles de roses rouges, 1/2 once de chaque.

On met les drogues concassées dans un vase d'étain, ayant un goulot étroit bien fermé, et on les laisse macérer pendant deux heures dans du petit lait récemment trait, 5 livres, et du suc de fume-

terre, 1 livre. On fait bouillir l'infusion jusqu'à ce qu'elle se réduise à 3 livres. On la coule en l'exprimant avec les mains, et on ajoute à la colature ou dépuration :

Miel épuré,

Sucre, I livre de chaque.

On fait cuire de nouveau jusqu'à ce que la matière ait la consistance du miel, et on y fait dissoudre loin du feu :

Pulpe de prunes,

Pulpe de raisins, 1/2 livre de chaque.

A la fin de l'opération, on mêlera :

Poudre d'agaric,

Poudre de séné, 2 onces de chaque;

Poudre de rhubarbe, i once 1/2;

Poudre de scammonée,

Poudre d'épithyme, i once de chaque;

Poudre de cinnamone, 1/2 once;

Poudre de gingembre, 2 drachmes;

Poudre de semence d'anis.

Poudre de semence de fumeterre.

yo

Les feuilles de séné, de rhubarbe et autres purgatifs ont-ils, dans les clystères, toute Tefficacité que beaucoup leur attribuent? Cest une question que nous laissons à d'autres le soin de résoudre. Pour nous , nous pensons qu^me drachme ou deux de sel avec du miel font plus d'effet qu'une once entière de feuilles de séné. Le sel mêlé au miel stimule Tintestin à évacuer les matières beaucoup mieux que les feuilles de séné qui n'ont aucune vertu excitante.

Poudre de spicanard , i drachme de chaque.

Misce,fiat electuarium s. a.

{secundiim artem).

«. Cette composition a retenu le nom de son auteur, nommé Hamech , médecin arabe fort ancien. Mesnè l'a mise en lumière, et elle a été décrite si différemment dans

les dispensaires qu'à peine en peut-on voir deux descriptions de la même façon. Aucune ne m'a paru plus raisonnable que celle de la Pharmacopée de Paris. On pourrait pourtant en réformer plusieurs circonstances. i>{Phann.

univ. de Lemery.) Nous le croyons sans peine.

Des clystères astringents et anodins.

Les clystères astringents consistent dans une décoction de racine de bistorte, d'écorce de grenade, de baies de myrte, de feuille de plantain, de chevaline, de thapsie, de fleurs de roses rouges et de grenadier sauvage. On }'■ ajoute parfois du mastic, du bol d'Arménie (i), du sang-dragon, de l'amidon et d'autres matières analogues qui ne contiennent aucun principe gras. Les substances grasses ou huileuses sont, en effet, absolument contraires au resserrement des entrailles.

Les clystères anodins , c'est-à-dire destinés à calmer les douleurs, sont composés des émollients indiqués plus haut, auxquels on peut ajouter les fleurs de mélilot , de camomille , de safran , la graine de lin, la guimauve, le fenugrec, le pavot, et autres ayant la même propriété calmante. On les fait bouillir, en plus ou moins grand nombre.

(i) Le bol est une matière bolus annena, dont il est ici

coupée en petits morceaux et question, était fait avec une

que l'on prenait enveloppée drogue qu'on appelait la pierre

dans du pain à chanter. Le d'Arménie.

dans du bouillon de mouton ou du lait de vache en juste proportion , et on ajoute au mélange des jaunes d'œuf, ou, dans les cas de très-violentes douleurs, une drachme de Philoniiim 7^omanum (i) ou cinq grains et plus de laudanum.

Mais les douleurs intestinales proviennent de diverses causes; les unes sont dues à Facrimonie saline des humeurs, les autres à leur acrimonie acide; d'autres sont le résultat de Tinflammation, d'autres encore de la distension des intestins, etc. Il sera donc du devoir d'un médecin prudent d'approprier les clystères aux diverses causes de maladie, tout le monde ne pouvant être chaussé avec le même soulier (2).

(i) Espèce d'opiat somnifère qui prend le nom de son auteur, le médecin Philon de Tharse.

(i) Quandoquidem omnes calceare eodem calceo non liceat. Expression proverbiale fort usitée par les auteurs quelconques, ceux principale-

ment qui ont écrit en latin aux xvie et xvnc siècles. Elle veut dire que toutes choses ne sont pas propres au même usage, vérité assurément banale, mais que méconnaissaient encore, du temps de de Graaf, un trop grand nombre de médecins.

TRAITÉ SUR LES CLYSTÈRES. y'i

Des cly stères détersifs et divisants.

Les clystères détersifs sont généralement composés d'orge, de son, de roses, de bette, de mercuriale, d'aigremoine, de petite centaurée, de lupins concassés, de miel rosat, de sucre candi ou ordinaire, et d'autres matières ayant une vertu détersive, et qui sont indiquées par les auteurs. Dans le cas où il existe des ulcérations intestinales, on doit préférer les remèdes ayant une action dessiccative et astringente.

On fait les clystères divisants ou carminatifs (i) avec Torigan , la rue, le calament, les fleurs de camomille, de mélilot, d'aneth, la semence d'anis, de carvi, de fenouil, de cumin (2), les baies de

(i) Carminatif vient de car- macie, quatre fleurs carmina-

minare , c[\!i\ signifie carder la tives, la camomille, le mcli-

laine. On a donné ce nom, par lot, la matricaire ei l'aneth.

métaphore, aux remèdes qui — On appelait aussi ces clys-

passaient pour diviser les hu- tères du nom de « discussifs ».

meurs, comme la laine est di- (2) Ce sont les « quatre gran-

visée quand on la carde. Il y des semences chaudes » de

avait, dans l'ancienne phar- l'ancienne pharmacie.

laurier et d'autres plantes ayant la vertu de dissiper les vents.

Des clystères consolidants.

Les clystères consolidants sont préparés avec la grande consoude (i), le plantain, le pied-de-lion, la pyrole et d'autres vulnéraires (2), que l'on fait cuire dans du petit-lait. On y ajoute des jaunes d'œuf, du suif de bouc, de la térébenthine mêlée à des jaunes d'œuf, du baume de soufre, etc.

(i) La consoude [consolida) de sang et la dyssenterie. a donné son nom à ces clys- (2) Le nom de vulnéraire tères, dont elle formait le (l'îf/Herj;-/»)») s'appliquait surprincipal élément. C'est une tout aux remèdes détersifs et plante agreste et vivace em- siccatifs, propres à guérir les ployée contre les crachements plaies internes et externes.

TRAITÉ SUR LES CLYSTÈRES. j5

De l'appropriation du clystère aux besoins des diverses parties du corps.

■ On admet que les ch^stères qui viennent d'être énumérés peuvent avoir une action spéciale sur diverses parties du corps, au mo3'en de Taddition de spécifiques déterminés. Le clystère prendra alors le nom de cépJialique, de stomachique, de splénique, suivant qu'il recevra des spécifiques de ce nom. Si d'autres spécifiques y sont introduits, le clystère prendra également le nom de ces derniers (r).

De tout ce qui précède, on voit assez comment les clystères rafraîchissants ou réchauffants doivent être composés. Si l'on tient à connaître les formules de ces clystères ainsi que d'autres, et la quantité d'ingrédients qui doivent 3^ entrer, on pourra consulter Rondelet (2) : De medicameniis

(i) De Graaf rapporte ici professa et étudia la méde-

une opinion qui avait cours, cine à Montpellier. Il a laissé,

mais dans des termes qui in- outre ses ouvrages de méde-

diquent qu'il n'en a point con- cine, un livre estimé sur les

trôlé l'exactitude. poissons. Patin (lettre à Be-

(2) Rondelet (iho7-i566) lin, 7 septembre i'(54) le con-

internis; Wecker {i) : De clysteribus; Sennert (2) et d'autres auteurs qui donnent tous les détails de la composition de ces remèdes (3).

sidère comme un des rares médecins de Montpellier qui soient dignes de quelque estime. Rabelais, qui, comme on sait, était docteur de Montpellier, a représenté Rondelet sous le nom de Rondibilis.

(i) Wecker, né à Bâle, exerça la médecine à Golmar. Il mourut en i586.

(2) Sennert , médecin allemand, professa àWittemberg, où il mourut, en lôSy, en soignant les malades pendant une épidémie. On réimprima ses oeuvres après sa mort, mais avec des fautes qui font le désespoir de Patin. « Ces fautes d'impression me déplaisent extrêmement, sans quoi il y auroit plaisir de louer et recommander ce grand ouvrage par-dessus tous les autres cours de médecine, car ce bonhomme étoit bien savant, très-laborieux, et a dignement mérité que la postérité fasse état de son nom. »

(Lettre à Spon, 2 3 novembre 1657.)

(3) Il suffira de donner ici

une formule de clystère d'après la Pharmacopée de Lemery.

Clystère carminatif et laxatif :

Feuilles de mauve,

Feuilles de pariétaire.

Feuilles de mercuriale.

Feuilles d'origan, une demipoignée de chaque;

Fleurs de camomille,

Fleurs de mélilot, deux pincées de chaque;

Baies de laurier.

Baies de genévrier.

Semence de fenouil, deux drachmes de chaque.

Faire bouillir dans quatre litres d'eau jusqu'à diminution de moitié, couler la décoction en exprimant le marc, et, dans une livre de la colature, dissoudre :

Electuaire catholicum, 4 drachmes;

Electuaire diaphœnique, 1/2 once;

Miel de romarin, 3 drachmes.

Fiat clystcr.

Le catholicum, sorte de pur-

Y a-t-il des clystères nourrissants?

Dans le cas extrême où un malade se trouve dans rimpossibilité de prendre aucune nourriture, soit qu'il ait pour tout aliment une répulsion insurmontable , soit qu'il ne puisse garder, ni même avaler ceux qu'il aurait pris, il était naturel de se demander s'il n'y aurait pas un mo3^en de l'empêcher de mourir d'inanition en lui introduisant, à l'aide d'un clystère , quelques aliments dans l'intestin. Ceux qui considèrent la chose comme possible, disent qu'il n'est pas nécessaire, pour la production du chyle , que les aliments soient digérés par l'estomac, et que les intestins ont, eux aussi, la faculté de faire du chyle. Ils proposent donc d'administrer au malade des clystères de vin, de crème d'orge, de lait, de bouil-

gatif universel, comme son pharmacie. L'orviétan contenom l'indique, qui entre dans nait45 substances; le mithrila prescription précédente, se date de Démocrate, 49; la tliécomposait à lui seul, d'après riaque d'Andromaque , 65 ; la formule de Fernel, de trente l'opiat appelé A iirea A lexansubstances. Ce n'était pas, au dra, 70, et l'antidote de Masurplus, un des remèdes les thif)lus, iih. — Pauvres mapliis compliqués de l'ancienne lades !

Ion, de jaunes d'œuf, etc. Ces clystères doivent être donnés en plus grande abondance et lancés avec plus de force que de coutume, afin que, dépassant le gros intestin, ils soient utilement absorbés par rintestin grêle.

Jusqu'à quel point les clystères peuvent pénétrer dans les intestins.

On peut répondre, à ceux qui sont de cet avis, que, si leur opinion est acceptable en ce qui concerne les aliments liquides et d^une fermentation facile, elle cesse de l'être lorsqu'il s'agit d'aliments plus épais et d'une digestion laborieuse. Et même, en admettant qu'ils disent également vrai à l'égard de ces derniers, on n'en saurait conclure que leur théorie soit fondée. En effet, avec quelque force que les aliments soient injectés, ils ne peuvent aller naturellement au-delà du gros intestin , à

cause de la valvule, découverte par Bauhin à Textrémité de Pintestin grêle (i). Cette valvule clôt si exactement la voie, qu'aucun aliment ne peut pas-

(i) Les Bauhin forment, au xvi" et au xviiP siècle, toute une dynastie de savants dont la souche fut Jean Bauhin , né à Amiens, et qui exerça la médecine à Bàle. Il :nourut en i582 et laissa deux fils.

L'aîné, Jean Bauhin, fut un botaniste distingué et mourut en i6i3. Le second, Gaspard Bauhin, dont il est ici question, professa la médecine à Bâle et y mourut en 1624. C'est dans le Theatnim anatnmicum de ce dernier, publié en i5g2, que l'on trouve la première description de la valvule ilgeo-caecale qui porte son nom. Gaspard Bauhin eut un fils, médecin comme lui, à Bàle, qui fut le correspondant de Patin et qui paraît avoir été un personnage original. « Je suis bien aise, écrit Patin à Ch. Spon (10 mars 1648), que vous soyez bon ami de M. Bauhin. C'est un honnête homme qui m'écrit quelquefois, et je lui fais réponse. Il y a vingt ans que nous nousconnoissons; je fais

état de son amitié, mais je n'en ai jamais vu une plus sèche... Vous diriez que cet homme sort d'une boîte ou de quelque enthousiasme extatique, et alors il m'écrit six lignes en une page. » Ce Bauhin avait un fils qui tourna mal. Son père l'envoya à Paris pour y étudier et le recommanda à Patin, qui lui prêta des livres dont il ne profita guère. En i658. Patin écrivait à Ch. Spon : « Le fils débauché de M. Bauhin a été longtemps prisonnier à Blois pour ses dettes. Enfin il en est sorti par la charité de quelques dames, à condition qu'il se convertiroit (au catholicisme); Il est venu se mettre dans le séminaire des prêtres deSaint- Sulpice , au faubourg Saint- Germain, où il a demeuré assez longtemps. Enfin, je me suis enquis de lui ; on m'a répondu qu'il s'est rendu moine et qu'il étoit en Anjou, quod tamcn tanquam diibium accepi. )> Il mourut quelques années après, en 1002.

ser du gros intestin dans Tintestin grêle (i), et que même, si Ton gonfle avec un soufflet le gros intestin de Thomme , du porc ou de tout autre animal, aucune bulle d'air ne pénètre dans Tintestin grêle. Cest donc à tort que Ton prétend que les aliments injectés peuvent être assimilés par cet intestin^ et, à plus forte raison, remonter jusqu'à Pestomac. Ainsi, toutes les déductions que Ton tire de cette donnée reposent sur une base glissante , et Ton peut dire que la théorie manque absolument de fondement.

Quelle que soit donc la transformation que doivent subir les aliments injectés par en bas, il est évident que cette transformation s'opère dans le gros intestin, au milieu des matières alvines. L'on peut alors se demander justement comment ces aliments, transformés dans ce milieu fétide, peuvent passer dans les autres parties du corps. Il n'}' a, en effet, que peu ou point de veines lactées appartenant au gros intestin. Les aliments, pour arriver au cœur et aux autres parties du corps, devraient, en conséquence, à défaut d'autre

(i) C'est pourquoi on lui a thicaires », ou celui plus litté-

aussi donné le surnom vul- raire de « colonnes d'Hercule

gaire, mais pittoresque et ex- des apothicaires ». — Il y en a

pressif, de a barrière des apo- pour tous les goûts.

TRAITE SUR LES CLYSTÈRES. 8i

voie, emprunter les veines mésaraïques. Or, beaucoup d'auteurs considèrent ce passage comme impossible, et la théorie que nous discutons aurait encore , de ce côté , besoin d'un complément de preuve. En ce qui nous concerne, nous n'avons jamais eu la démonstration probante de ce fait que le chyle peut remonter vers le cœur en passant par les veines mésaraïques. Nous avons vu, il est vrai, à la suite d'une effervescence (i) provoquée dans rintestin au moyen d'un mélange d'huile de vitriol et d'huile de tartre , les veines mésaraïques se gonfler quelquefois, aussi bien que les veines lactées; mais nous n'oserions donner ce fait comme une preuve suffisante du passage du chyle par les veines lactées pour se rendre au foie et ensuite au cœur.

(i) Par effervescence, de son temps, entend l'action chi- Graaf, comme les auteurs de mique d'un corps sur un autre.

Par quels moyens les malades sont réconfortés.

Il résulte clairement de ce qui précède que les clystères nourrissants n'ont pas autant d'efficacité que beaucoup se Fimaginent. Nous ne voulons pas, cependant, nier qu'ils ne puissent apporter quelque secours à un malade affaibli, alors que nous voyons tous les jours des personnes épuisées que Ton réconforte au moyen de spiritueux et cf'autres dont les forces défaillantes sont rappelées par des odeurs agréables.

C'est ce qu'Hippocrate donne à entendre dans son livre De alimentis : « Pour ceux qui ont besoin d'une prompte restauration, une médication humide est ce qu'il y a de plus puissant pour le recouvrement des forces ; pour ceux qui ont besoin d'une restauration encore plus prompte, c'est par l'odorat; pour ceux qui ont besoin d'une restauration plus lente, c'est par un aliment solide (i). »

Sur le même sujet, Diogènc de Laërte dit, à propos de la mort de Démocrite, que la sœur de

(i) Sect. 5o. Trad. de M. Littrc.

TRAIl li SUR LES C L YSlERliS.

celui-ci, pour Tempêcher de succomber pendant la durée des fêtes de Cérès, le soutint, durant trois jours, par la seule odeur du pain chaud. Et il plaisante ainsi sur ce fait singulier : « Quel homme fut aussi sage que Démocrite, à la science de qui rien n'échappait ? Qui fit d'aussi grandes choses ? La mort était là, sous son toit, et, trois jours durant, il l'arrêta, sans lui offrir autre chose que la fumée de pains chauds (i). «

Si donc quelque portion plus subtile de la matière introduite, traversant les pores de Tintestin, peut être entraînée avec le sang jusqu'au cœur, cet organe peut en recevoir quelque vigueur momentanée, mais non pas une véritable nourriture. Il faut, pour nourrir, autre chose que des spiritueux

(i) Liv. IX. — Voici le passage de l'auteur grec cité par de Graaf : « Hermippus rapporte ainsi les circonstances de sa mort; accablé de vieillesse, il était au moment de rendre le dernier soupir; mais voyant sa sœur s'affliger de ce que, sa mort survenant pendant les Thesmophories, elle ne pourrait rendre ses devoirs à la déesse, il lui dit de prendre courage et de faire apporter cliaquc jour des pains

chauds. L'odeur seule de ces pains qu'il approchait de son nez suffit pour le soutenir pendant toute la fête, c'està-dire pendant trois jours. Il mourut ensuite sans aucune douleur, au dire d'Hipparchus. Il était alors âgé de cent neuf ans. J'ai fait sur lui les vers suivants dans mon recueil de toute mesure. » (Suivent les quatre vers cités par de Graaf. ) Trad. de M. Zevort.

Charp., 1847.

OLi toute autre matière qui s'évapore facilement, et nous ne vo^'onspas comment des substances effectivement nourrissantes pourraient, en quantité suffisante et par cette voie, parvenir jusqu'au cceur(i).

(i) M. E. Colsoii, dans sa thèse : De la Méthode intestinale (1867), traité complet de la matière, confirme absolument les conclusions du docteur hollandais. « On donne, dit-il, sous forme de lavements et dans l'intention de nourrir, du bouillon de viande sans sel, des jus de viande, des solutions gélatineuses et gommées, des décoctions de pain, de lait et même de vin.

Ces liquides, sous un petit volume, sont assez promptement absorbés par le gros intestin; mais on comprend que

cette alimentation artificielle est loin de pouvoir remplacer l'alimentation directe. En effet, l'absorption est très-restreinte, puisqu'elle n'a lieu qu'à la surface du gros intestin, au lieu d'avoir toute l'étendue des surfaces de l'intestin grêle; d'autre part, les aliments ainsi introduits sont toujours peu réparateurs; enfin, ils n'ont pas été assimilés par l'action des sucs de l'estomac et de l'intestin et transformés en chyle. Il ne faut donc en attendre qu'un secours assez restreint. »

TRAFTI-: SUR LES CLYSTHRES.

Diverses observations sur des clystèrcs et des suppositoires rendus par les voies d'en haut

Nous avons dit plus haut que rien ne pouvait naturellement remonter du gros intestin dans rintestin grêle. Des expériences nombreuses ont toutefois démontre que, contrairement à la nature des choses, et la valvule de Bauhin se trouvant reltichée pendant un mouvement antipéristaltique des intestins ([), des clystères peuvent être rendus par la bouche. Ce fait est mentionné par Galien, Sennert, Paré (2), Bartholin (3) et plu-

(i) Le mouvement péristaltiquc de l'intestin, semblable à celui du ver qui rampe, a pour effet de pousser les matières de haut en bas.

(2) Le nom de Paré, qui fut le restaurateur de la chirurgie en France au xvi" siècle, n'a pas besoin de commentaires. Rappelons seulement sa belle devise : « Je le pansay, Dieu le guarist. » On voit, à ramphithéàtre de l'Ecole de médecine, une grande toile où

le peintre L. Matout a représenté Paré faisant une amputation sur le champ de bataille. C'est une des belles pages de cet éminent artiste.

(3) Thomas Bartholin professa l'anatomie à Copenhague et acquit par son savoir une réputation européenne. Il correspondait avec Guy Patin, auquel il dédia un petit traité intitulé : Diibia anatomica de vasis lymphaticis. Il mourut en iGSo.

TRAITR SUR LES CLYSTERI'S.

sieurs autres, dont quelques-uns affirment même que des suppositoires (i) auraient été rejetés parla même voie. Un exemple particulièrement digne de remarque est rapporté à ce sujet par Sennert (2), Il s'agit d'une jeune fille de douze ans, souffrant de la passion iliaque, et qui non-seulement ne pouvait rien rendre par en bas, mais encore rejetait par la bouche, dans un vomissement violent, les clystères presque aussitôt après qu'elle les avait reçus. Cet état de choses durant depuis trois jours, on lui introduisit un long suppositoire qui, dans le temps de réciter un Pater noster^ et un Ave Maria (3), comme le dit Mattha^us de Gradi-

(i) Remède solide que, dans certains cas, on substitue {supponit) au clystère. De là son nom de suppositoire. On pourrait trouver une étymolo^ie aussi plausible de ce mot dans le mode d'emploi du remède, supponere voulant dire également mettre à la place de et mettre dessous.

(2) Pract., lib. III, part. II, sec. I, cap. I.

(3) Intra temporis spatium quod dicitur Pater noster et Ave Maria. Cette manière d'apprécier la durée d'un fait a de la naïveté et était très-

fréquemment employée aux époques de foi; mais elle n'a peut-être pas -toute l'exactitude désirable au point de vue scientifique, surtout aujourd'hui que beaucoup de médecins ont oublié leurs prières.

Pierre Franco, chirurgien du xvic siècle, se sert d'une expression analogue pour déterminer le temps pendant lequel l'aiguille doit rester dans l'œil pour l'opération de la cataracte. « Estant ainsi abaissée (l'aiguille), la faict tenir sujecte l'espace de dire l'orai-

bus(i), auteur de cette observation, remonta par les intestins jusqu'à Testomac et fut rejeté par la bouche. Un second suppositoire, retenu par un fil, fut ensuite placé; mais, le fil s' étant aussitôt rompu, il remonta comme le précédent et fut vomi par la malade avec le morceau de fil brisé. Un troisième suppositoire, attaché avec quatre fils plus forts, suivit le même chemin et fut rendu de même avec les fragments des fils rompus. Enfin, le médecin avant ordonné un quatrième suppositoire, le mouvement qui attira le remède fut si violent, que la mère de la malade se hâta de le retirer, de peur qu'il ne fut emporté comme les autres. La jeune fille, assure-t-on, fut finalement guérie par l'emploi de bouillons très-gras, qui triomphèrent de l'excitation des organes (2).

son dominicale deux ou trois même occasion,

fois au plus, comme on. co- (i) Matthieu de Gradibus (de

gnoistra estre expédient. ))(Pe- Grado, dans le Frioul) pro-

tit traité contenant une des fessa la médecine à Pavie. Il

parties principales de la chi- mourut en 1480. Il a laissé de

rurgie, fait par Pierre Franco, noinbreux traités sur l'ana-

chirurgien de Lausanne. A tomie.

Lyon, par Antoine Vincent, (2) Si étrange que paraisse

i55G. — C'est la première cdi- ce fait, il ne serait pas impos-

tion de ce rare ouvrage.) sible de l'expliquer par un

Ambroise Paré emploie le état hystérique de la jeune

mot « patenostre » dans la lille.

De la quantité des clystères et comment elle doit varier.

Le clystère doit être donné en quantité variable, selon rage du malade. Pour Tenfant, la quantité est de trois onces ; à mesure qu'il grandit, on peut la porter à quatre, cinq ou six onces. On prescrit ordinairement pour Tadulte une livre et même davantage (i). On fera toutefois, à propos de la quantité du clystère, plusieurs observations. La première, c'est que, pour les femmes grosses, cette quantité doit diminuer à mesure que le fœtus grandit. S'il est trop abondant, il comprime le fœtus, et, étant à son tour comprimé par celui-ci, il est immédiatement expulsé. La seconde observation regarde ceux qui souffrent soit de calculs dans les reins, soit d'une inflammation de

(i) Les doses, dans l'an- drachme 3 scrupules, le scru-

cienne pharmacie, se calcu- pule 24 grains. Le grain était

laient par livres, quarterons, approximativement le poids

drachmes, scrupules et grains. d'un grain de blé. On calcu-

La livre médicale ne conte- lait aussi par poignée ou par

nait que 12 onces, tandis que pincée quand il s'agissait de

la livre ordinaire en avait iC. plantes qui n'exigeaient pas

Le quarteron valait 3 onces, une mesure rigoureusement

l'once 8 drachmes ou gros, la exacte.

TRAITÉ SUR I.FS CLYSTKRES. .Sq

cet organe. Pour ceux-ci, la dose du clvstère ne doit pas non plus être trop forte, de peur que, les intestins étant trop remplis, il n'en résulte une pression douloureuse sur la partie malade. En troisième lieu, dans le cas où les intestins seraient très-distendus par les vents, il faut se garder de donner le ch'Stère trop abondant ou de le lancer avec trop de force, de peur que, refoulé dans les parties étroites, il ne distende l'organe encore da- \'antage et ne provoque de très-violentes douleurs (r). Dans les divers cas qui viennent d'être énumérés, il vaut mieux réduire la dose à une demi-livre, qui peut être salutaire, que prescrire une livre entière, qui peut être nuisible.

(i) La thérapeutique mo- absorbent les vents, ce redouderne a des lavements qui table fléau des intestins.

Comment les clystères doivent être donnés et gardés.

Les clystères ne doivent être donnés ni froids ni chauds, mais tièdes ; plus chauds, toutefois, quand les intestins sont travaillés par un excès de pituite (i) ou torturés par des vents, non pas cependant d'une température telle qu'ils ne puissent être facilement gardés. Ils doivent être plus froids dans les fièvres ardentes et dans les affections où la réfrigération est nécessaire (2). Il ne faut point qu'ils soient trop chauds pour les femmes 'enceintes. Leurs intestins sont, en effet, doués d'une sensibilité telle, que souvent le cl3'stère est rejeté presque immédiatement après son introduction. On a remarqué qu'il en est de même chez tous ceux dont les intestins possèdent une susceptibilité particulière. Pour remédier à cette délicatesse de l'organe, il faut, après Tinjection du clystère,

(i) L'auteur entend par là de rabaissement de la tempc-

une accumulation d'humeurs rature dans le traitement des

dans l'intestin. Voir la note fièvres. En cela, il est encore

ci-dessous, page 92. le précurseur des idées qui

(•2-) Il est remarquable que prévalent dans la thérapeu-

de Graaf donne ici l'indication tique moderne.

comprimer Torifice anal avec la main, tout en avertissant le malade de contracter autant que possible le sphincter (i).

Du moment propice pour administrer le clystère.

Quant au moment d'administrer le clystère, il n'exige pas, de la part du médecin, autant d'attention que lorsqu'il s'agit de donner une purgation. Pour la purgation, Massarias (2) écrit que.

(i) C'est surtout en cette cine ù Padoue. Il est connu

matière qu'il y a lieu de faire pour un des défenseurs de la

l'application du proverbe : Ce méthode galénique ou expéri-

qui est bon à prendre est bon mentale contre les sectateurs

à garder. de l'empirisme arabe. Ses

(2) F. m. GSS. — Massarias œuvres furent imprimées à

i.tio-iSqS) professa la méde- Lyon en iGoS.

92 TRAITR SUR LES CLYSTERES.

depuis les temps anciens jusqu'à présent, les médecins ont toujours redouté de Tadministrer avant la période de la coction des humeurs (i). Aussi usaient-ils avec circonspection des purgatifs, même les plus doux, et ont-ils prisThabitude d'employer de préférence le clystère, qui peut être donné avec sécurité dans la période d'augment, dans celle d'état, et enfin au déclin de la maladie.

Les clystères peuvent être pris, sans distinction, à toutes les heures du jour. Nous pensons toutefois que, à moins de nécessité absolue et sauf les cas d'urgence, il est préférable de les administrer deux ou trois heures avant le repas, afin de ne pas troubler le travail de l'estomac.

Le très-savant docteur Fabre (2), qui pratique avec succès la médecine à Paris, nous a rapporté qu'il employait souvent et très-avantageusement le clystère après l'accès de fièvre, afin de débar-

(i) Pour expliquer ce mot, surabondante ou peccante. La. il faut rappeler sommaire- coclion des humeurs était une ment ce qu'était la doctrine sorte d'élaboration préparade l'Iiiimorisme. Elle admet- toire qui se faisait par l'effort tait quatre humeurs : le sang, spontané de la nature et que la bile, la pituite et l'atra- le médecin devait attendre bile. Toute maladie prove- avant d'avoir recours à une nait d'une surabondance d'hu- médication énergique, meur, et le traitement consis- (2) Voir sur ce docteur la tait à expulser cette humeur notice, page 2?.

TRAITIr; SUR LES CLYSTHRES. (JD

rasscr Tintestin des humeurs cxcrénientitiellcs qui s'y seraient accumulées pendant Taccès (t).

Combien de temps les cly stères doivent être gardés.

Le temps pendant lequel il convient de garder le clystère n'est pas uniforme. Il varie selon la nature du remède lui-même. Ceux qui ont pour objet de laver et de déterger Tintestin doivent y être gardés pendant plus d'une demi-heure. Il faut retenir plus longtemps ceux qui sont destinés à calmer les douleurs d'entrailles et davantage en-

(i) Patin ks ordonnait dans modum sordescant viscera, a

la petite vérole, après la sai- quibus tota illafœtida eliivies

gnée, toutefois : « Noti omissis in habitum corporis deponitiir

freqiicntibits enematibiis, ne, ob atque ejfunditur. (Lct. à Spon,

excrcmentorum copia, supra i (3 septembre i65o.)

core ceux qui ont une vertu agglutinante (i). Quant à ceux qui sont purgatifs, ils sont, d'ordinaire, évacués spontanément. S'ils tardaient trop à sortir, il conviendrait d'appliquer un suppositoire, pour stimuler la paroi intestinale et hâter l'expulsion du remède.

Sut' quel coté doit reposer le malade pour recevoir le clystère^

Les praticiens ne sont pas d'accord sur la position que doit avoir le malade en recevant le clystère. Les uns veulent qu'il soit couché sur le côté droit ; les autres attendent un meilleur effet du

(i) Les remèdes ayant une objet d'épaissir les humeurs,

vertu agglutinante étaient ap- Tels étaient les racinesdesym-

pelés, dans la langue de l'an- phytum et d'althaea, l'orge

cienne pharmacopée, remèdes mondé, les gommes adragant

incrassants. Ils avaient pour et arabique, la sarcocolle,- etc.

remède quand le malade est couché sur le côté gauche.

Ceux qui se prononcent en faveur du côté droit disent que le clystère parcourt plus facilement le gros intestin, parce que, alors, le sommet du colon situé à gauche n'est pas comprimé. Ils estiment que cette partie de Torgane se trouve resserrée par le poids et la masse des autres intestins quand le malade est couché sur le côté gauche.

Ceux, au contraire, qui exigent que le malade repose sur ce côté ne pensent pas que le gros intestin puisse, dans cette position, être si facilement comprimé que le clystère n'en pénètre suffisamment toutes les parties. Et, comme le rectum, dans sa forme sigmoïdale (i), incline vers le côté gauche, ils considèrent que le clystère parcourra facilement le gros intestin jusqu'au-dessous de Testomac, ce qui serait impossible dans le cas où le malade reposerait sur le côté droit. Alors, en effet, le cl3'stère, par suite de la position de rintestin, doit remonter dans le flanc gauche, avant d'atteindre l'autre partie du colon.

Quant à nous (2), et s'il faut apporter dans ce

(i) C'est la forme de la Ict- judicieux, aide par ses con-

ire s/^'/^iJ des Grecs. naissances anatomiques, fait

rj.) De Graaf, avec son esprit justice de ces subtilités, qui

g6 TRAITÉ SUR LES CLYSTÈRES.

débat une opinion fondée sur la connaissance du corps humain que nous avons acquise par de nombreuses dissections de cadavres, nous dirons qu^il importe peu que le malade soit couché sur Tun ou Tautre côté. Si nous avions à indiquer une position, nous choisirions celle où le malade repose sur le dos. Alors, en effet, le gros intestin, placé du côté gauche, n'est pas comprimé, et le clystèrc n'est pas arrêté dans sa marche ascendante, comme on prétend qu'il peut Petre quand le malade est couché sur Tun ou l'autre côté. Et, pour que le cl3'stère parvienne plus aisément à toutes les parties du colon, nous conseillerons au malade de se placer alternativement sur le côté droit et sur le côté gauche (i), et de se fixer enfin sur celui qui est plus particulièrement douloureux. Nous ne nous préoccupons pas de savoir com-

rappellent celle du nombre phases de la lune pour la

de grains de sel qu'il con- coupe des cheveux : — Anvic-

vient de mettre dans l'œuf diciis cibi , mcdicus sibi? —

à la coque. Molière a manqué (M. Raynaud : les Médecins au

celle-ci. Voici quelques autres temps de Molière.)

questions bizarres qui étaient (i) C'est ce que les Bourgui-

discutées dans les thèses : gnons, qui tirent volontiers

« Est-il bon de s'enivrer une leurs comparaisons de leur

fois par mois? — L'éternu- principale industrie, appellent

ment est-il un acte naturel r familièrement « remuer la

— F'aut-il tenir compte des barrique».

TRAITE SUR LES CLYSTÈRES. (jy

ment le clystère pourra être administré au malade couché sur le dos, puisque rien n'est plus facile avec rinstrument que nous avons inventé et que nous décrirons tout à Theurc.

Dans quelles maladies l'emploi du clystère est-il surtout utile?

L'emploi du clystère ne saurait être rendu trop général, et il n'est point de partie du corps qui n'en puisse ressentir d'heureux effets. Ces effets sont d'autant plus grands, que la partie du corps qu'il s'agit de soulager est plus voisine du gros intestin.

Les clystères conviennent surtout aux affections des intestins, comme le ténesme (r), les coliques,

(i) Le ténesme consiste en la partie inférieure du recdes épreintcs douloureuses à tum.

les diarrhées, les ulcérations, les vers, etc. Ils sont aussi fort utiles dans les maladies des reins, de la vessie, de Tutérus, du mésentère, etc. Une expérience Journalière a démontré qu'ils étaient efficaces contre les maux de tête. Est-ce en attirant de la tête vers le gros intestin les humeurs nuisibles ? Il y a de très-fortes raisons d'en douter. On ne saurait, en effet, se rendre compte, dans cette hypothèse , du chemin que suivraient ces humeurs. Il nous paraît donc préférable de dire, avec certains auteurs, que les clystères soulagent les maux de tête^ en débarrassant l'intestin des humeurs excrémentitielles, dont les vapeurs peuvent monter jusqu'au cerveau (i).

Dans toutes les fièvres, surtout dans les fièvres aiguës, l'usage du clystère est très-efficace. Tous ceux qui l'ont pratiqué sont d'accord avec Galien pour le reconnaître. On se sert, dans ce cas, de ce qu'on appelle le clystère commun, qui se compose ordinairement d'une décoction de feuilles de mauve, de mercuriale, de bette, de violette, avec addition de miel, ou de sucre et de sel (2).

(i) C'est surtout en modi- maux de tête, fiant la circulation que le clys- (2) C'est le clystère émol-

tcre est efficace contre les lient.

De l'emploi inopportun de l'huile et de la casse dans certains clystères.

Il convient ici de remarquer d'abord que c'est à tort que Ton ajoute quelquefois au clystère commun soit de rhuiie, soit d'autres corps gras qui peuvent être nuisibles à raison de leur propriété échauffante. En second lieu, dans les clystères qui ont pour objet de stimuler l'intestin, les corps gras doivent être également proscrits. Ceux-ci neutralisent , en effet , la force des médicaments irritants, et en empêchent l'action qui, sans cela, n'eût pas manqué de se produire. Troisièmement, il est souvent plus dangereux que salutaire d'introduire, dans le remède, une dose quelconque de pulpe de casse ; car, si la dose est petite, la substance n'agit pas, et, si elle est forte, elle rend le clystère pultacé (i), et empêche l'effet des autres médicaments. C'est ce qui a été fort bien expliqué, dans son cours pratique, par le docteur Isbrand de Diemerbroeck (2), excellent professeur de mé-

(i) Qui ressemble à de la en prend la consistance, bouillie ou de la purée, et qui (2) Voir la note, page 1 1.

decine et d'anatomie à l'académie d'Utrecht. Cest sous les auspices de ce maître que nous avons commencé nos études de médecine, et il nous a si bien fait connaître le corps humain que, si nous avons fait depuis quelques progrès dans cette belle science , c^est à ses premiers enseignements que nous le devons (i).

(i) DeGraaf, qui, quelques pages plus haut, parlait de ses dissections de cadavres, revient ici sur la connaissance qu'il a acquise du corps humain. Ce n'est pas sans raison qu'il insiste sur ce point.

Combien de médecins de son temps ne savaient que ce qu'ils avaient appris dans les livres! De Graaf, on peut le dire, est surtout l'élève de la nature. Ce n'était pas d'ailleurs, à cette époque, chose facile que de faire de l'anatomie pratique. En France, les corps des criminels pouvaient seuls être disséqués. « Lors-

qu'une exécution avait lieu , le lieutenant criminel faisait prévenir le doyen , qui envoyait le grand bedeau convoquer les docteurs et les étudiants. Lorsqu'on était en paix avec les chirurgiens, on leur faisait la grâce de les convier à ces réunions solennelles.

C'était ce qu'on appelait faire une anatomie. » (M. Raynaud , les Médecins au temps de Molière.) On étaitmoins rigide en Hollande, car de Graaf parle, à plusieurs reprises, dans ses traités, de nombreux cadavres qu"il a ouverts à l'hôpital de Delft et à celui de Leyde.

Importance de la fraîcheur des décoctions et dangers qui résultent de celles qui sont gâtées.

Il faut aussi faire très-grande attention à ce que les clystères , que les apothicaires font avec la mauve, la guimauve, la mercuriale, la violette, la bette et autres plantes du même genre, et qui sont appelés clystères communs, ne soient pas fournis par eux déjà rancis et corrompus. Il arrive, en effet, souvent, que ces clystères, préparés à l'avance (i), sont gâtés, et, en été notamment, ils se détériorent du jour au lendemain. Les apothicaires, il est vrai, prétendent que, grâce à Thuile, ces décoctions peuvent se conserver plus longtemps ; mais on ne doit pas s'en rapporter à cette affirmation, et, si Ton examine avec soin les clystères préparés depuis quelque temps déjà, on s'apercevra aisément qu'ils sont gâtés et ont une mauvaise odeur (2). Ainsi pris, ils peuvent occa-

(i) De vraies « conserves» de mélange parmi ceux qui exer-

lavements. On va voir qu'ils çaient la profession d'apothi-

étaient peu propres à traver- cairc, même à Paris. Au

ser l'Atlantique. xvii* siècle, ce n'était, il est

(2) Il y avait alors bien du vrai, qu'en vertu d'un privi-

sionner des maux de tête, des tranchées, des contractions utérines et d'autres indispositions du même genre. Il est donc important de prescrire que la décoction soit fraîche, et de recommander à Tapothicaire de ne point y introduire, au lieu de sucre et de miel, des sirops fermentes, lesquels ne sont pas moins dangereux pour les malades que les décoctions altérées.

lége que l'on pouvait tenir boutique d'apothicaire; mais les privilèges tombaient trop souvent dans des mains indignes. « L'on souffre, dit Lemery, dans sa Pharmacopée , que des gens qui n'ont jamais peut-être lu aucun livre de pharmacie tiennent effrontément des boutiques ouvertes et débitent des remèdes, bien souvent à vil prix, pour attirer beaucoup de marchands, sans se soucier d"y employer de bonnes drogues et bien choisies, qui coûteroient trop cher pour qu'ils pussent donner leurs compositions à plus

bas prix que les autres. Il est étonnant que Paris, cette maîtresse ville du royaume, soit plus remplie de ces sophistiqueurs qu'aucune de l'Europe, et que les maîtres apothicaires qui composent une compagnie illustre (illustre!

qu'en dites-vous, mânes de Patin?) par leur savoir, par leur bel ordre et par leur grande exactitude en tout ce qui concerne leur profession, soient comme confondus avec ces ignorans. » S'il en était ainsi à Paris, que se passait-il, quoiqu'en dise Lemery, dans une petite ville de Hollande?

TRAITÉ SUR LF.S CLYSTKRES. Io3

Comment les clystèrcs facilitent les bons effets des purgations.

Les clystères ne sont pas d'un médiocre avantage quand, le ventre étant resserré et réclamant une purgation , il y a lieu de préparer les voies par une légère lotion émoUiente, Sans cette précaution, il pourrait arriver que les matières trop dures empêchassent l'évacuation . En effet, si les humeurs, refoulées dans Tintestin, y rencontrent des matières épaisses et accumulées que le purgatif impuissant ne peut diviser, elles y sont retenues et occasionnent des tranchées, des coliques douloureuses, des vertiges, des défaillances et d'autres accidents très-graves. C'est ce qu'Hippocrate paraît avoir entendu, lorsqu'il écrit : « Quand on veut évacuer, il faut disposer le corps à être bien coulant (i). » Or, parmi les divers m.oyens de rendre le corps bien coulant, le clystère n'est pas le plus à dédaigner. Galien partage ce sentiment, quand il dit : « Hippocrate recommande de rendre le corps bien coulant avant de le purger. Et, si

(i) Aph. r), sect. 2, trad. IJttré.

Ton veut rendre le corps coulant dans sa partie supérieure, il faut resserrer le ventre; s^il s^agit de la partie inférieure, il faut Thumidifier (i). » Or, le ventre ne peut être plus commodément humidifié qu'au moyen du clystère. Au nombre des causes qui peuvent empêcher une purgation de produire son effet, Galien cite encore la suivante : « Il arrive souvent que les matières, condensées et desséchées dans une partie de l'intestin, empêchent l'évacuation. «

Erreur des malades très-affaiblis qui repoussent l'emploi du clystère.

Nous devons conclure, de ce qui précède, que les malades, surtout lorsqu'ils sont très-affaiblis, ont grand tort de préférer la purgation au clystère. En agissant ainsi, ils compromettent non-

(i) De victu acuto et aphorism. jo, sect. 7.

seulement leur propre vie, mais aussi la réputation du médecin (i). Car, si un malade vient à mourir, comme cela peut arriver, à la suite d'une purgation inopportune, ne dira-t-on pas que c'est son médecin qui Ta envoyé ad patres (2) ? Il vaut donc mieux, comme le dit Solinander (3), prendre coup sur coup plusieurs ch^stères qu'un seul purgatif, quelque léger qu'il soit.

Ce qui ajoute encore à l'utilité du clystère, c'est qu'il maintient le ventre libre, sans y causer d'ailleurs aucun trouble ; c'est qu'il ne nuit pas à la santé générale de l'individu, ne diminue pas les forces et ne cause aucune douleur intestinale. Ainsi, après qu'on en a fait usage, on n'a pas â craindre de constipation , comme le cas se présente après une purgation. On sait que plus un purgatif a provoqué d'évacuation chez un malade, plus celui-ci est constipé pendant les jours qui suivent. C'est pourquoi Galien, dans les maladies

(i) De Graaf, vivant dans responsable des imprudences

une petite ville où les détails des malades,

de la vie la plus intime de (2) ^rf Orcz»n. Nous tradui-

chacun sont connus et com- sons ce mot par une locu-

mentés, avait quelque raison tion aujourd'hui si commune

de se préoccuper de la réputa- qu'elle est devenue, si l'on

tion du médecin, que l'on est peut dire, tout à fait française,

très-souvent porté à rendre (S) Pract. med., 35.

io6

de longue durée, prescrit que les remèdes introduits par en bas soient doux et non excitants. Pour les vieillards, en particulier, dont le tempérament est naturellement froid et sec, il conseille, comme très-salutaire, Temploi de Thuile (i).

(i) M. Colson, dans la thèse précédemment citée, page 84, se rencontre encore ici avec de Graaf. Son travail a, en effet, pour but « de faire mieux ressortir, par la réunion des faits, les avantages qu'il y a de substituer la méthode intestinale à la méthode stomacale dans l'administration de

beaucoup de substances qui , administrées par cette dernière méthode , font supporter au malade des inconvénientsdontilm'asemblé,dit-il, que quelques médecins ne tenaient pas assez de compte dans leurs prescriptions Journalières. » Le traité de notre auteur n'a pas d'autre but.

Pourquoi nous avons inventé un nouvel instrument et quelle en est l'utilité.

Le clystère étant un remède prompt et sûr dans des douleurs souvent très-vives , et un soulagement toujours sous la main des malades, nous avons, comme nous Pavons dit, recherché avec beaucoup de soin un moyen qui permît à ceux-ci de se Tadministrer eux-mêmes, ou de le recevoir sans que leur pudeur en souffrît. Nous avons réussi à combiner un instrument, grâce auquel les substances liquides peuvent être injectées nonseulement dans rintestin, mais encore, et par le simple changement de la canule, dans F utérus et les autres parties du corps, avec la plus grande commodité, sans douleur et sans danger.

Comment et avec quel instrument nous avons pratiqué la transfusion chirurgicale.

Nous avions, dans le même ordre d^dées, confectionné, pour la transfusion chirurgicale (i), un appareil, que nous avons précédemment expérimenté à Delft, avec succès, en présence d'un grand nombre de curieux. Il se composait d'un certain nombre de plumes de canard, insérées les unes dans les autres, de manière à former un tube suffisamment long. Mais l'opération se ferait dans des conditions encore plus favorables avec le perfectionnement que nous avons apporté à cet instrument, et qui consiste dans un intestin d'oiseau, long de dix ou douze doigts, à chaque extrémité duquel est attachée une plume de canard ou de tout autre volatile. Ces plumes peuvent être, sans difficulté, introduites dans les vaisseaux sanguins. Avec l'instrument ainsi combiné, l'on pourrait, par une légère pression de la main sur le conduit,

(i) C'est-à-dire la transfu- avait beaucoup fréquenté, à

sion du sang d'un animal Paris, le docteur Denis, un

dans un autre. On a vu, dans des premiers et fervents apô-

notre notice, que de Graaf - très de cette opération.

compter les pulsations, et même, en augmentant un peu la pression , arrêter à volonté le passage du sang. Soigneusement préparé, il permettrait la transfusion d'un animal dans un autre, beaucoup plus facilement que l'instrument d'argent ou de bronze que Ton emploie à Paris pour cette opération. Grâce à la flexibilité du conduit, les animaux ne sont pas condamnés à Timmobilité qu'il est nécessaire de garder avec un appareil rigide (r). Mais ce n'est qu'en passant que nous nous occupons de ce sujet. Nous ne voulons pas traiter ici de la transfusion chirurgicale, mais indiquer seulement quelques points curieux et utiles à connaître sur la question des clystères. Cette indication nous a paru comme un complément naturel de notre appareil, dont voici maintenant le détail :

(i) Depuis de Graaf, les instruments employés à la transfusion du sang, au point de vue thérapeutique, ont été l'objet de grands perfectionnements, notamment pour empêcher Tintroduction de

l'air et le refroidissement du sang dans son passage d'un corps dans un autre. Mais le tube flexible intermédiaire, comme de Graaf l'avait compris, est resté un des éléments principaux de l'instrument. •

I lO

Explication de la figure représentant V instrument que nous avons inventé.

A. Canule destinée à être introduite dans l'intestin. Elle est en bois; elle n'est pas semblable à celle des seringues ordinaires, qui sont, le plus

souvent, trop longues : ce qui est non-seulement inutile, mais encore dangereux. Il suffit que, dans sa partie supérieure, B, où elle est percée de petits trous, elle dépasse le muscle sphincter. La canule, telle qu'elle est reproduite dans la figure,

est d'une longueur suffisante (i). Dans sa partie inférieure, C, elle est faite de façon à clore exactement Torifice anal, et ne laisse échapper aucune goutte du liquide injecté dans Tintestin.

B, B, B, B. Tube mince, de la longueur d'une ou deux aunes, d'une matière très-flexible et creux à l'intérieur (2). Au moyen de ce tube, le clystère, poussé parla seringue, pénètre aussi facilement et aussi rapidement dans l'intestin que si la canule était fixée immédiatement à la seringue. Ce conduit, tel qu'il est reproduit dans la figure, rappelle assez celui dont les Anglais font usage depuis quelque temps pour introduire de la fumée de tabac dans l'intestin (3).

(i) Nous l'avons réduite à des proportions plus restreintes.

(2) De Graaf n'indique pas ici la matière dont il composait ce tube. On verra dans la lettre à Plempius, que nous donnons à la suite du traité, que ce n'est qu'après bien des tâtonnements qu'il est arrivé à un résultat satisfaisant. A l'époque où il écrivait ce traité, il n'avait peut-être pas encore atteint ce résultat, et il est probable qu'il en était encore à l'intestin d'oiseau dont il vient de parler, et dont il re-

connut, par la pratique, les inconvénients. Quoi qu'il en soit, toute l'originalité de son invention, et ce n'est pas peu de chose, est dans ce tube intermédiaire entre la seringue et la canule. Dans presque tous les cas où l'on emploie la seringue, soit pour l'injection, soit pour l'aspiration, l'utilité de cet intermédiaire est aujourd'hui reconnue.

(3) « Le tabac a été fort préconisé en lavement à l'état de fumée dans les asphyxies, surtout par submersion. Cette

C. Partie de Tinstrument, également en bois, à la partie inférieure de laquelle, D, s'adapte étroitement notre tube, La partie supérieure, E, qui se fixe à la seringue, est creusée en forme d'entonnoir, afin que le clystère soit plus aisément refoulé dans le tube.

Comment^ avec cet instrument, on peut se donner un

clystère et en recevoir un sans se découvrir

et sans changer de position.

L'appareil étant disposé, on remplit une seringue ordinaire d'un clystère tiède ; on adapte la

pratique n'est pas encore aban- Schœffer, sont encore en usage

donnée; cependant elle pré- maintenant, d (De /<J iV/cMoit'

sente plus de dangers que d'à- intestinale , thèse, par E. Col-

vantages. Dans les cas d'ilaeus, son, iHh-j.) Quelle satisfac-

les lavements de fumée de tion pour un fumeur qui ab-

tabac, préconisés déjà par Sy- sorbe ainsi la fumée par les

denham, puis par Mertens et deux côtés!

TRAITE SUR LES CLYSTERES. IIO

seringue à rinstrumentC, et Ton refoule le liquide de manière à en faire sortir quelques gouttes par la canule A, précaution nécessaire pour empêcher qu'il ne s'introduise de Pair dans les intestins. Cela fait, la partie B de la canule, graissée avec du suif de chandelle, est introduite dans l'orifice anal, et, pendant que le malade la retient d'une main en position, il saisit la seringue de l'autre, et, en prenant sa poitrine pour point d'appui, il pousse le clystère qui passe dans l'intestin. Ou bien, la canule A,.fixée au conduit B, B, B, B, est donnée au malade, couché dans son lit , sous ses couvertures, pour qu'il la place lui-même, ce qui est très-facile à cause de la flexibilité du conduit. La canule placée, le malade se met, comme il lui convient, soit sur le dos, soit sur le côté, et donne à l'assistant le signal de faire aller la seringue qui est restée en dehors du lit. L'opération se fait avec tant de commodité, qu'il n'est plus aucun de nos malades qui redoute le clystère. Bien plus, ceux qui, auparavant, ne voulaient en prendre à aucun prix, sont les premiers à nous demander de leur prescrire ce remède aux lieu et place d'une purgation.

Ici se terminent les observations que nous avions, pour le moment, à présenter sur les cly-

Stères. S^il s'en offrait plus tard de nouvelles à notre esprit et qu'il pût en résulter quelque utilité pour le public, nous ne manquerions pas de les faire connaître au monde savant (i).

(i) C'est ce qu'il fit, l'année traduction, est datée de 1669. suivante, dans une lettre adres- Elle ne fut, toutefois, imprisée à Plempius. Cette lettre, mée qu'en 1673 à la suite de dont nous donnons ci-après la sa Défense.

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