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L'insurgé, 1871

C'est pent-ctre vrai qneje suis un lâche, ainsi que l'ont dit sous l'Odéon les bonnets rouges et les ta Ions noirs !

Voilà des semaines que je suis pion, et je ne ressens ni un chagrin, ni une douleur; je ne suis pas irrité et je n'ai point honte.

J'avais insulté les fayots de Collège; il parait que

it^ haricots sont meilleurs dans ce pays-ci, car j'en avale des platées et je lèche et relâche l'assiette.

Kn plein silence de réfectoire, l'autre jour, j'ai crié, comme jadis, chei Richefeu :

— Garçon, encore une portion !

Tout le monde s'est retoui né. et l'on s ri.

J'ai n aussi — je sni-, en train de gagner l'insouciance de- galérien prisonniers,

de me faire à mon bagne, de noyer mon cœur dans

une chopine d'abondance — je vais aimer mon

auge!

J'ai eu faim si longtemps !

J'ai si souvent serré mes côtes, pour étouffer cette faim qui grognait et mordait mes entrailles, j'ai tant de fois brossé mon ventre sans faire reluire l'espoir d'un dîner, que je trouve une volupté d'ours couché dans une treille à pommader de sauce chaude mes boyaux secs.

C'est presque la joie d'une blessure guérie à chatouiller.

Toujours est-il que je n'ai plus le teint verdâtreet l'œil creux; il traîne souvent de l'œuf dans ma barbe.

Je ne la peignais pas autrefois, cette barbe; mes doigts la fourrageaient et la maltraitaient, lorsque je songeais à mon impuissance et à ma misère.

A présent, je la lisse et l'égalise... j'en fais autant pour ma tignasse, et l'autre dimanche, devant le miroir, en laissant tomber mes derniers voiles, je me suis surpris, avec une pointe d'orgueil, une pointe de bedon.

Mon père était plus courageux, et je me rappelle avoir vu luire de la haine dans ses yeux, quand il était maître d'études, lui qui ne jouait pas au révolutionnaire cependant, qui n'avait pas vécu dans les

l'élfleute, qui n'avait jamais crié aux armes, qui

m et 'lu duel J'en >ui> là — et j'ai trouvé dani <'e lycée la tranquillité de 1 asile, le pain du refuge, la ration l'hôpital.

Un des vieux de Parreyrolles, qui avait vu Waterloo, nous coûtait, à la Veillée, que le soir dl

bataille, avant qu'elle tùt unie, passant devant on

ux pas de la Baie sainte, il s'était abattu

ible de bois, avait |eté son fusil et refusé

r plue loin.

i. colonel l'avait traité de lâche.

— Lâche si v ' ! Il n'y a plus de bon Dion,

d'Empereur... J'ai loifetj'ai tairai Et il avait cherché sa vie dans le buffet de l'an* rj milieu des cadavres ; et jamais, disait-il, il n'avait fait repas meilli nr, trouvanl la viande savou-

se et le vin frais. Puis il s'était étendu, fait un traversin de bou sac, et avait ronflé au ronflement du canon.

Mon esprit, a moi, s'endort loin du combat et loin

du bruit; le soutenir du passé ne vibre plus dans

mon cœur que comme peut vibrer,! l'oreille d'un tif, le roulement de tambour qui - ' irt.

Qibier de garni, obligé, pendant

importo quel trou peut eleôVJ . it de De

trer dans ces trous-là qu'à des heures toujours noires de peur de l'insomnie ou de la logeuse; échappé de campagne, à qui il fallait plus d'air qu'aux autres, et qui n'a pu renifler que des miasmes, dans des hôtels à plombs ; affamé qui n'a jamais mangé son comptant, alors qu'il avait une fringale et des dents de loup — c'est ce gaillard-là qui, un beau matin, se trouve sûr du pain et du lit, sûr de la nappe sans ordures, du sommeil sans punaises, et du lever sans créanciers.

Et Vingtras le farouche n'a plus la rage au cœur, mais le nez dans son assiette, une serviette avec un rond, et un beau couvert de melchior.

Même il vous dit le Benedicite tout comme un autre, avec un air de componction bien suffisante, et qui ne déplaît pas aux autorités.

Le repas fini, il remercie Dieu (toujours en latin) glisse la main au dos de son gilet pour défaire la boucle, lâche un bouton par devant, et recroise là, dessus sa redingote — ramassée dans l'armoire du mort et arrangée pour sa taille, à la papa. Puis, les tripes emplies, la lèvre grasse, il prend, avec la division qu'il dirige, le chemin de la cour des grands, qui domine le pays, ainsi qu'une terrasse de château féodal.

Sur cette hauteur-là, à de certaines heures, le ciel me fait l'effet d'une robe de soie tendre, et la brise me chatouille le cou comme un frôlement d'ailes.

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