‹ L'insurgé, 1871Chapitre 2 sur 21 · I.'i\srr;r,f · texte numérisé non relu

I.'i\srr;r,f

Je n'ai jamais eu, devant moi, tant eur et

de sérénité.

Le soir.

La petite chambre qui est au bout du dortoir les maîtres d'étude peuvent, à leurs moment liberté, aller travailler ou rôver, cette chambre-la donne sur une campagne pleine d'arbres et coupée de rivières.

Dana l'haleine du vent arrive un parfum de mer qui me sale les lèvres, me rafraîchit les yeux et m'apaise le cœur. A peine il palpite, ce cœur-la, à l'appel de ma pensée, comme le rideau contre la fenêtre sous un souffle plus fort.

J'oublie le métier que je fais, j'oublie les moutards que je garde... j'oublie aussi la peine et la révolte.

Je ne tourne pas la tête du côté où mugit Paris, je ne cherche pas, à l'horizon, la place fumeuse où doit être le champ de bataille — j'ai découvert dans le fond, tout là-bas, une oseraie et un verger en Qears, sur lesquels je flxe mon regard humide et aue ai pins doux.

Oui.eeux de l'Odéon av. lient raison : Sacré lâche I Quand me trouve dans •

rues tranquilles et endormies, el Je n'ai que cent

raire pour arriver à un ruisseau que je! ne pensant à rien, en suivant d'un œil assoupi un

branchage ou un paquet d'herbes que le courant emporte, et qui a des aventures en route.

Au bout du chemin est une guinguette, avec un chapelet de pommes enfilées pour en:eigne ; moyennant quelques sous, je bois du cidre qui a une belle couleur d'or et me pique un brin le nez*

Ah oui ! Sacré lâche !

Mais aussi, je n'ai pas eu de chance...

Par un hasard bourgeois, ce lycée est plein d'air et de lumière; c'est un ancien couvent, à grands jardins et à grandes fenêtress il tombe dans les réfectoires des disques de soleil ; il entre dans les dortoirs, quand les croisées sont ouvertes, des échos de feuillage et des tressaillements de nature déjà rouillée par l'automne, avec des tons chauds de bronze et de cuivre.

Je n'ai pas déplu à ces collégiens, habitués à être surveillés par des novices à peine sortis des bancs, ou par de vieux pions à brisques, plus bêtes que des sergents de chambrée.

Ils m'ont accueilli un peu comme un officier d'irréguliers en détresse, que la mort de son père — un régulier à chevrons — a rappelé par hasard; puis, j'ai mon auréole de Parisien. C'est assez pour que je ne sois pas haï par ce monde de jeunes prisonniers.

Mes collègues aussi m'ont trouvé bon garçon, quoique trop sobre, eux qui enferment leurs heures

L'IJSUROÉ 7

de II lans un petit café humide et lombl

s'y abrutissent à boire de la b otei de

: caleçonher des pipes.

Je ne bois pas et ne fume peint.

Le temps que J'ai a moi, je le pusse aupi poêle, dans mon étude vide, on Livre à la main, ou

e de philosophie, un cahier su

du recteur lui-même,

et cela le datte <1 Parisien ;\ l'air crâne, à

la ba n écolier sur un banc,

tutant parler des propriétés de l'âme. Klles

m'ont joué un tour pour le baccalauréat, il ne faut

qu'elles me fichent encore dedans pour la 11-

e. J'ai besoin dé savoir combien l'on en compte

dans le Calvados : six, .sept, huit... ou moins, ou

plus!

Et je suiâ les leçons avec assiduité, pour être bien au courant de la philosophie du département.

15 octobre.

C'est aujourd'hui l'ouverture de la Faculté des le discours de rentrée sert prODOIfCé pu' le

profi I histoire.

M lis je l'ai déjà vu, 14 1

ist lui qui vint au lycé litô

de coi malien de t torique, an temps ou j'étaii len.

C'était en 1849 — il avait, ma foi, la phrase hardie et révolutionnaire. Je me rappelle, même, qu'il allait au café avec Anatoly, dont il connaissait le frère aîné, et qu'il releva la tête en m'entendant, à une table voisine où l'on se disputait, insulter la lévite de Béranger.

Il m'avait remarqué, sans retenir mon nom; mais il se souvenait de l'incident, et quand, au sortir du cours, je l'ai abordé, il m'a tout de suite reconnu

— Et que faites-vous? J'avais entendu dire que vous aviez été déporté, ou tué en duel.

Je lui confie à quel point je me sens envahi, réigné à mon sort, heureux de la discipline, content de vivre, la main sur le tire-bouchon à cidre ou sur la cuillère à fayots, les yeux sur un flot de rivière.

— Diable, diable 1 a-t-il dit, comme un médecin qui entend de mauvaises nouvelles. Venez donc me voir, nous causerons. Cela me fera plaisir de m'échapper quelquefois de ce milieu de niais et de scélérats!

Il montrait, du geste, les autorités, et tout le groupe de ses collègues.

C'est lui. l'universitaire bien en cour, qui parle ainsi !

Ah ! pourquoi l'ai-je rencontré!

Je vivais calme, je me reposais délicieusement ;il

L RfSUfl

m'a remis le feu au ventre, cl quand, le dimai je dégrafe une boucle au dessert, et me défends contre l'émotion, il me secoue :

— Vous n'allez pas devenir bourgeois, an moins, et engraisser ! Je préfère encore que voue m'insulliei pour ma croix de Juin.

Je l'ai insulté, en effet, à propos de sa décoration, le premier jour où je suis allé chez lui, puis je me suis dirigé vers la porte.

Il m'a retenu.

— J'avais vingt ans... j'ét 1 is avec tout le troupeau de la Normale... Ne sachant pas ce que signifiait l'insurrection, je me suis mis du côté de Cavaignac, que je croyais républicain, et je suis entré le premier au Panthéon, où s'étaient barricadés les blou-

I. On m'a envoyé porter la nom elle a la Chambre, et ils m'ont noué leur ruban à la boutonnière. Mais, je vous le jure, l<>in de faire assassiner un homme, j'ai sauvé la vie de plusieurs combattants au péril de la mienne. Restai, allez ! Vous voyez bien i|ip' l'on peut changer, puisque vous- avoue/ que

VOUS n'êtei plus le même...

11 m'a tendu la main, je l'ai prise, et nous avons été amis.

Je suis devenu aussi le favori de son confrère ;\ cheveux blancs, le père Machar, qui s'est enterré province, après avoir eu son heure de eloir.

— Lequel de vous s'appelle Vingtras? a-t-il demandé aux maîtres d'étude, rassemblés pour la seconde conférence de l'année.

Je me détache du groupe.

— D'où venez-vous? où avez-vous fait vos classes?... Là-bas? Vous les y avez terminées au moins, je l'aurais parié!

Et il m'a fait lire tout haut ma dissertation, mon devoir.

— Vous êtes un écrivain, monsieur !

Il m'a jeté ça à la tête, sans crier gare, et, en sortant, m'a emmené jusqu'à sa porte. Je lui ai conté mon histoire.

— Eh 1 eh I a-t-il dit en hochant la tête, s'il n'y avait que le camarade Lancin et moi, vous seriez reçu licencié en août ; mais resterez-vous seulement jusque-là? Le proviseur vous gardera-t-il ? Vous avez l'air d'un homme, il lui faut des chiens couchants...

— Je me fais petit, je suis décidé à être lâche !

— Peut-être, mais on voit que vous ne l'êtes pas, et les pleutres devinent votre mépris.

11 a dit vrai, le vieux maître ! Il ne m'a servi à rien de paraître endormi, et de prendre du ventre, et de réciter le Benedicite!

Les cagots de la Faculté, le proviseur et l'aumônier du collège, ont décidé que je sauterais. Mon poil de sanglier, mon œil clair, mon coup de talon, si

mou que n p i », insuttenl leur menton

ird louchi mit les dalles.

Ne pouvant me reprocher d'être inexact ou ivroi, ils ont eu une idée de génie, les jésuites I

il : ait organiser, en dessous, une conspiration contre moi.

Minuit.

Le dortoir, où je piochais à la chandelle, est devenu l<: terrain d'embuscade des complotiers.

11 prête à l'émeute par m monacale.

[U6 frère avait jadis une cellule à ciel ou\ chaque élève a maintenant la >ienne, si bien que l'on ne \ 'it personne de l'intérieur des boxu\ le maître d'études entend les bruits, mais ne peut distinguer les gestes.

au soir, il y a eu insurrection entre ces murs de bots : tapage contre les cloi .

ments, cris, et si drùles que, ma foi, j'ai voulu m'en inèl

Et j'ai, moi au té, sifflé, grogné et crié,

oprano :

— A bas U !

C'est ma premii mte depuis mon

Je u milieu de la cellule.

gnant le chandelier contre le ; .ïambre, lai-

sant le coq et le cochon, glapissant toujours : A bas le pion!

On pousse la porte...

C'est le proviseur lui-même. Il a l'air stupéfait de me voir bannière au vent, les pieds nus sur le carreau, mon vase de nuit d'une main, mon bougeoir de l'autre, et il balbutie d'un air égaré :

— Vous n'en... n'en... n'entendez donc pas?

— Cette révolte!... ces cris!...

— Des cris?... une révolte?...

Je me suis frotté les yeux et j'ai pris la mine ahurie et confuse... Oh! il a bien vu de quoi il retournait, et il est parti, blanccommela faïence du pot. Il n'y aura plus d'émeute au dortoir : il n'y a pas de danger!

Je me recouche, désolé que le boucan soit fini.

Mais je vois bien que je suis fichu. Je vais me payer des fantaisies, avant qu'on me chasse.

L'occasion vient de se présenter.

Le professeur de rhétorique est tombé malade. Il est de règle que ce soit le maître d'études qui remplace le titulaire, quand celui-ci est, par extraordinaire, empêché ou absent.

C'est donc moi qui ferai la classe ce soir, qui monterai à cette chaire.

M'y voici,

L'INM l; 13

Les élèves attendent, a?ec l'émotion que cause tout incident nouveau. Comment, vais-je m en tirer, moi, le beau parleur, le favori de la Faculté, le J'a-

Je commence.

« Messieurs,

» Le hasard veut que je supplée votre honorable professeur, M. Jacquau. Mais je me permets de ne point partager son opinion sur le système d'enseignement à suivre.

» Ifon t\i^,à moi, est qu'il ne faut rien apprendre, rien, de ce que l'Université vous recommande, ttth meurt nu centre.) Je pense être plus utile à votre avenir en vous conseillant de jouer aux dominos, aux dames, à l'écarté — les plus jeunes seront autorisés à planter du papier dans le derrière des mou- ■>. {Mouvements en sens divers.)

» Par exemple, messieurs, du silence! Il n'est pas ire de réfléchir pour apprendre du Démosthène et du Virgile, mais quand il faut faire le quatre-vingt-dix ou le cinq cents, ou échec au roi, ou empaler des mouches tant les l'aire souffrir, le calme est indispensable a la pensée, et le recueilleil est bien <iù à l'insecte innocent que i i, messieurs, souder votre curiosité, si j't^e m'exprimer ainsi. [Situation prulunyée.)

» Je voudrais enfin que le temps que nous allons passer ensemble ne fût pas du temps perdu. »

Tableau S

Le soir même, j'ai reçu mon congé".

Me voilà de nouveau sur le pavé de Paris, n'ayant que quarante francs en poche, et brouillé avec toutes j de France et de Navarre.

De quel côté me tourner?

Je be sois plus le même homme : huit mois de province m'ont transformé.

J'avais vécu, pendant dil ans, tel que l'ivrogne rjui a peur de L'affaissement, au lendemain de l'ivresse, et qui reprend du poil de la liète, saute SUT

le \iu blanc dès son lever, et garde toujours une bouteille à portée de sa m.iiu qui tremble. Je me soûlais avec ma salive.

D étais le plus souvent pour mes Ors

coin .1.

: mêmes I qui je. taisais l'aamûo té qui cachait ma peine on d

ceux-là, plutôt que de comprendre «-t de rtmeit

me traitaient d'Auvergnat et de cruel. Pouilleux d'esprit, lâches de cœur, qui ne voyaient pas que je jetais de l'ironie sur les douleurs comme on mettrait un faux nez sur un cancer, et que l'émotion me rongeait les entrailles, tandis que j'étourdissais notre misère commune à coups de blague, ainsi que l'on crève un carreau à coups de poing pour avoir de l'air dans un étouffoir !

C'était bien la peine de se ranger 1

Qu'ai-je fait, depuis que je suis revenu de cette province?... Je ne le sais plus. J'ai vécu à la façon d'une bête, comme là-bas, mais sans la joie du pâturage et de la litière.

Vais-je descendre jusqu'au cimetière en ne faisant que de me défendre contre la vie, sans sortir de l'ombre, sans avoir au moins une bataille au soleil?

Tant pis! Ils crieront à la trahison s'ils veulent!

Je vais chercher à vendre huit heures de mon temps par journée, afin d'avoir, avec la sécurité du pain, la sérénité de l'esprit.

Après tout, Arnould, qui est un honnête homme, est bien entré à la Ville; Lisette, que j'ai rencontrée l'autre matin, me l'a dit.

Voici qu'il faut faire apostiller ma demande... Encore un serment à fouler aux pieds !

N'importe !

j/iNsnmp. 17

J'ai été parjuro en étant pion — parjure encore en allant mendier la ligaature de gens qui ont tenté de nous assassiner au Deux-Décembre.

Misérable ! aa lieu de gagner du terrain, j'en ai perdu et je viens de me trouver des cheveux Mines!

t.. st fait! — Un général de la Garde, un libraire des Tuileries, un ancien proviseur de mon père, ont donné, chacun, deux lignes de recommandation.

Elles ont suffi. Je viens d'Otre nommé auxiliaire, à cent francs par mois, dans une mairie qui est au diable el qui a l'air d'une bicoque.

.l'y lile, monte les escaliers et demande le chef de lune. m.

Un monsieur à lunettes et un peu bossu me reçoit.

— C'est bien. Vous serez aux naissances.

11 me mène au bureau des déclarations et nie confie ;\ un employé qui me toise, me l'ait skrne de m'asteoir et me demande si j'écris bien (! !).

— Pas trop.

— Faites voir.

Je plonge une plume dans l'encrier, je la plonge

trop fort, et en la retirant, j'éclabousse, d'une tache énorme, la page d'un grand registre que l'homme i devant lui.

Il donne les de plu- violenl »ir.

— C'est juste sur le nom I... Il faut un ivn\

Il se jette à la fenêtre, se penche au dehors, fait des gestes, pousse des cris.

Appelle-t-il au secours? Sent-il venir l'apoplexie? Veut-il me faire arrêter?

Qui lui répond? Est-ce le médecin, le commissaire?

Non. C'est un charbonnier, un marchand de vin et une sage-femme qui, cinq secondes plus tard, se précipitent dans le bureau et demandent, avec effroi, « ce qu'il y a? »

— Il y a que monsieur, que voilà, a débuté par envoyer une saloperie sur mon livre, et qu'il faut maintenant que vous signiez tous, en marge, pour que l'enfant ait un état civil.

11 se tourne vers moi avec fureur.

— Vous entendez? un é-tat ci-vil! Savez -vous au moins ce que c'est?

— Oui, j'ai fait mon droit.

— J'aurais dû m'en douter!

Et il ricane.

— Ils en sont tous là... Les bacheliers, c'est la mort aux registres 1

Encore des miaulements et un bruit de gros souliers, encore une sage-femme, un charbonnier et un marchand de vin.

Mon collègue me lance en plein danger.

— Interrogez vous-même la déclarante.

I).' quelle façon vais-je m'y prendre ? qi • i

Madame, voua venez pour an enfant Il hausse les épaules, Fait mine de jeter le manche ée.

— El pourquoi diable voulez-vous qu'elle vienne ii, vous serez peut-être capable de constal

Assurez-vous du se

— Bf'assurer du sexe !... et comment .'

Il rajuste ses lunettes et me axe avec stupeur; il semble se demander si je ne suis pas arriéré comme éducation el exagéré comme pudeur au point d'igno- 1. 1 ce qi irçons des BU

J'indique par signes que je le sais bien.

il pousse an soupir d'aise, et s'adressent à l'ac-

'.f use :

— Déshabillez reniant. Vous, monsieur, i

là-bas vous ne voyez rien, approches -

— (y est un garçon.

— levons croisl fait le père en se rengorgeant, un coup d'u-il au charbonnier.

Me voilà nourrice, ou peut s'en t lut.

Je suis [lien obligé, par politesse, d'aider un brin à ouvrir les : : retirer l<

maillolei le moutard, et ;\ lui faire un touille sous fe menton, quand il ci rt.

Heureusement, la pension Entêtard m'a donné une manière, et mon coup de main devient célèbre, dans l'arrondissement, autant que jadis mon tour de chemise. A moi le pompon !

Ils ne sont guère forts, mes collègues, mais ce ne sont point de méchantes gens. Il n'y a pas en eux ce levain de fiel et de chagrin qui fermente chez les universitaires constamment jaloux, peureux, espionnés.

Ils ne me font point sentir trop cruellement mon infériorité ; mon copain n'a pas rechigné, ni ronchonné, plus de deux jours.

— Somme toute, que vous a-t-on enseigné au collège? Le latin? Mais c'est bon pour servir la messe 1 Apprenez donc plutôt à faire des jambages, des pleins, et des déliés.

Et il me donne des conseils pour la queue des lettres longues et pour la panse des lettres rondes. Nous restons même après la fermeture des bureaux, pour soigner mon anglaise, sur laquelle je sue sang et eau.

Un jour, à travers la croisée, un ancien camarade m'a vu, un de la bande des républicains.

— Tu faisais des émeutes autrefois ; tu fais des majuscules maintenant !

Eh bien, oui î mais, mes majuscules faites, je suis libre, libre jusqu'au lendemain.

LINSURGft 21

J'ai ma soirée à moi, — le rôve de toute ma vie ! — et je n'ai qu'a nie lever aussi tôt que les OUYi pour avoir encore deux heures de frais travail, avant de venir vérifier le sexe des mioches.

Je 1rs dém lillote, mais je me suis démailloté aussi, et je pourrai montrer que je suis un homme à qui voudra regarder.

Enterrement Murger.

J'ai demandé congé pour suivre le convoi d'un

illustre.

Je \riix voir les célébrités qui accourront en foule ; je veux entendre aussi ce que l'on dira sur sa tombe.

On a pleurarde, voilà tout.

On a parlé d'une maîtresse et d'un toutou que le délunl aimait bien, on a jeté des roses sur sa mémoire, des fleurs dans le trou, de l'eau bénite sur le cercueil; — il croyait en Dieu ou était forcé de parai tic y croire.

Des pioupious aussi suivaient le cortège a?ec leurs fusils : le peloton des déco

11 avf.it la croix; c'était comme une médaille d'ajle, nue contremarque de charité. On ne ! pas ci Bver de faim lei légionnaire! ; resté misérable,

il avait dû nouer sa gloire, connue une q

le ruban rouge.

Je sui> revenu BOngeur, et soudain j'ai senti •

mes entrailles un tressaillement y\<- colère. Il m'a

22 vL'insurgé

fallu huit jours encore pour comprendre ce qui remuait en moi — un matin, je l'ai su.

G'éiait mon livre, le fils de ma souffrance, qui avait donné signe de vie devant le cercueil du bohème enseveli en grande pompe et glorifié au cimetière, après une vie sans bonheur et une agonie sans sérénité.

A l'œuvre donc ! et vous allez voir ce que j'ai dans le ventre, quand la famine n'y rôde pas, comme une main d'avorteuse qui, de ses ongles noirs, cherche à crever les ovaires!

Moi qui suis sauvé, je vais faire l'histoire de ceux qui ne le sont pas, des gueux qui n'ont pas trouvé leur écuelle.

C'est bien le diable si, avec ce bouquin-là, je ne sème pas la révolte sans qu'il y paraisse, sans que l'on se doute que sous les guenilles que je pendrai, comme à la Morgue, il y a une arme à empoigner, pour ceui qui ont gardé de la rage ou que n'a pas dégradés la misère.

Ils ont imaginé une bohème de lâches, — je vais leur en montrer une de désespérés et de menaçants!

Il fait lugubre dans ma chambre, une chambre de 1: . nie francs qui a vue sur un boyau de cour où, audessus d'un tas de débris, est juché un pigeonnier dont les roucoulements me désespèrent.

Je n'entends guère que celle musique irritante, et

inglots d'une Femme qui occupe, près de moi,

un cabinet sombre qu'elle n'arrive pas à payer, et

qui se lamente — institutrice à cheveux gris dont

mi ne veut pin • -A qol eherche des leçon> à dix sous.

La malbeurei el .le l'ai rencontrée l'autre soir qui, pour ce prix-là, offrait à «les garçons de salle du Yal-de-'itace ises de vieille et entr'ouvrait

sa robe pour laisser prendre «es seins. j'aurais voulu partir: il me semble qu'il

travers la cloison une odeur qui cm, ma

11 a bien fallu rester, i>er

congé, car j'aurais dû débourser pour rien une quinzaine. Or, j'ai réglé ma vie — le livre de comptes est là, près du livre de souvenirs — mon budget est inexorable. Je n'ai qu'à courber la tête sur le papier et à me bourrer les oreilles de coton, pour rester sourd aux hoquets de douleur de la voisine et aux ronrons de tendresse des tourterelles.

L'une d'elles va souvent, sur la fenêtre du cabinet, chercher un peu de pain qu'y émiettentles mains de la pauvresse, des mains qui sentent encore la sueur d'amour des infirmiers.

Au collège, la colombe était l'oiseau des voluptés et se rengorgeait sur l'épaule des déesses et des poètes. Ici, elle fait la belle et s'aiguise le bec contre les vitres d'une pierreuse. Gemuere palumbae.

Je me lève à six heures, j'enveloppe mes pieds dans un restant de paletot, parce que le carreau est froid, et je travaille jusqu'au moment où il faut se diriger vers la mairie.

Je reviens à la besogne de cinq à huit heures seulement, pas plus tard. Le soir me fait peur, dans ce taudis de la rue Saint-Jacques, tout près de l'ancien Carrefour de la guillotine, tout contre l'Hôpital militaire, tout proche de l'Hôtel des Sourds-Muels. Les alentours manquent de gaîté, vraimentl

— Mais, en te mettant à la croisée, tu peux voir le

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