courir sur le il inc do U
peau I On entend une cantinière < rtd
L'ancien s'est arrêté pour reprendre haleine, et, brandissant son fusil de ses mains ridées, il répète à son tour : « A mort! à mort! »
— Comment! vous aussi!...
Il me bouscule comme un fou.
— Allons ! laissez-moi passer! Ils sont une soixantaine?... C'est mon compte! c'est juste soixante hommes que je viens de voir fusiller, après qu'on leur avait promis la vie sauve!
— Ecoutez-moi!
— Foutez-moi la paix ou je vous tire dessus !
Un feu de peloton, quelques coups isolés d'abord, puis une décharge longue, longue... qui n'en finit plus...
Des fédérés reviennent en causant.
Devant la table d'un petit café, le vieux est assis, s'épongeant le front. Il m'appelle.
— Je vous ai brutalisé tout à l'heure, mais maintenant que c'est fait, on peut se dire bonjour tout de même. Oh! mon cher, je me suis revanche! Si vous aviez vu Largillière!... il sautait comme un lapin.
Largillière!... Ah! je l'avais bien deviné!
— r Mais les autres !
— Les autres ! ils ont payé pour la trahison de la rue Lafayette. Ce n'est plus de la politique, ça, c'est
de 1 n, moi, à \
Qalliffel qui m'a ic les communards, mais je contrv les bourreaux à épaulettes... Qu'où m'indique encore uu coin où il y a à canarder, et j'y vais!
Son œil flambait de colère sous la neige de ses sourcils.
Une femme a passé, qu'il a reienue.
— Ah ! vous prendrez un verre avec nous 1
— Volontiers, mais laissez-moi demander un peu d'eau pour laver mes manches.
Une créature de trente ans, point laide, l'air souffrant.
Elle est revenue, et l'en a causé.
Blli - »! idées sur la Sociale, celle-là non
plus; m i ila maîtresse d'un vicaire;
Q volant leur
— Voilà pourquoi je suis descendue en voyant de
les soutanes; pourquoi j'ai tiré la barbe à un capucin qui ressemblait à l'amant de Céline; pourquoi j'ai crié : « A mortl à mort: » pourquoi mes ! rouges!
Bile nous a dit aussi l'histoire de la vivandière qui
la lille d'un homme qui I été
arrêté à la fin de l'Empire sur une dénonciation d'agent provocateur, et qui est mort en prison. Quand elle a entendu dire qu'il y avait des mouchards dans le tas, et qu'on allait les saigner, elle a suivi, puis commandé l'escorte.
C'est elle qui a envoyé la première balle à Largillière.
Samedi. Place de> Trois-Bornea.
On est resté debout toute la nuit. A l'aube, Couruit, Tb>i/., Camélinat et moi, nous sommes redescendus vers Paris.
La rue d'AngOuleme tient encore. | | ' , le
bataillon dont Camélia il est le porte-drapeau, qui se
. là en désespéré.
Quand ils ont vu le camarade arriver, ils lui ont
une vi. lie tranche d'ovation. Moi, 00 m'aime
bien aussi, mais avec une nuance de dédain. D'abord, je -nis du « gouvernement » puis, Je n'ai jamais rim su porter de ma vie, p.'is même mon ëVharpe que je 0 aie toujours trop haut ou trop qu'avant le danger je promenais mélancoliquement mon bras, roulée dans un journal — comme an homard.
— Eh ! dites donc, sacré poseur, c'est trop commode de faire son Baudin là-haut, les bras croisés, pendant que nous sommes à quatre pattes à chiquer de la vase !
Ils sont en effet, depuis une heure, le ventre dans la boue, le nez crotté, les habits gras de fange, tirant à travers les meurtrières: à ras du sol et faisant un mal crue'à l'ennemi.
Le membre de la Commune est debout, adossé à l'encoignure de la barricade. Son front dépasse mêmeles pierres, et les balles le cerclent d'une auréole qui commence à se rétrécir. Les masseurs ne sont pas contents : il prend sa part du péril, oui, mais il faut qu'il masse aussi, qu'il avale du sable, se barbouille le mufle, se fiche par terre comme les copains !
— Poseur, val
Bah ! ils m'embêtent, à la fin ! Puisqu'ils ne m'écoutent plus, je reprends ma liberlé et choisis mon terrain.
Jadis, quand j'étais commandant du 191e, je sauvais mes airs de garde champêtre et mon incapacité militaire eu jurant qu'au moment suprême je serais là avec le bataillon ou ce qui en resterait.
J'y vais.
Il n'en reste pas lourd du bataillon, mais ce restelà est content de me revoir.
— Alors, vous no quitterez pas?...
— Non ?
— C'est bien, ça, citoyen I
Dimanche Z* mai, 5 h. du matin.
Nous sommes à la barricade géante qui est au bas de la rue de Belleville, presquo devant la salle Favié. On a tiré au sort, avec le galonné qui m'a remplacé, à qui irait se coucher un instant.
J'ai eu le bon numéro, et je m'étire dan» un vieux lit, au Tond d'un appartement abandonné. J'ai mal dormi. Des vers qui mangeaient la vie du matelas m'ont tout à coup grouillé sur la peau — ils sont vraiment pressés 1...
Je vais relayer le collègue.
J'ai plus lutté contre les confédérés que rontre ailles, jusqu'à prêtent. Maintenant qu'il n plus que ce faubourg de libre, et qu'il ne reste ni traîtres ni tuipectfl à juger, la besogne est plus facile. Il s'agit seulement détenir pour l'honneur, et d'aller se mettre près du drapeau, comme les < >i liciers près du grand mât, quand le navire sombre.
M'y voici.
Nous répondons par le fusil et le canon au feu terrible dirigé COOtTC nous.
Aux fenêtre» de la Veilleuse, et de toutes les mai-
sons de l'angle, les nôtres ont mis des paillasses, dont le ventre fume sous la trouée des projectiles.
De temps en temps, une tête fait Guignol sur une balustrade.
Touché !
Nous avons une pièce servie par des artilleurs silencieux, vaillants. L'un d'eux n'a pas plus de vingt ans, les cheveux couleur de blé, les prunelles couleur de bluet. Il rougit comme une fille, quand on le complimente sur la justesse de son tir.
Un moment de calme.
— Un parlementaire , peut-être?
— Pour nous demander de nous rendre.
— Nous rendre! Laissez-le venir I...
— Vous voulez le faire prisonnier?
— Pour qui donc nous prenez-vous? C'est réservé aux Versailleux, ces inlamies-làl Mais ça me ferait plaisir de lui lâcher le mot de Cambronne 1
On entend des cris vers la ruo Rebeval.
— Seraient-ils venus par derrière tandis que leur messager détournait l'attention?... Vingtras, allez donc voir 1
— Qu'y a-t-il?
— Il y a que voici un particulier qui est au milieu de nous, et qui refuse sa part d'ouvrage.
— Oui, je refuse... Je suis contre la guerre !
Et le bonhomme : quarante ans, barbe d'apôtre, aspect tranquille, s'avance vers moi et me dit :
— Oui I pour la paix contre la guerre! Ni pour eux, ni pour vous... je vous défle de me forcer à me battre !
Mais ce raisonnement-là n'est pat du goût des fédérés.
— Tu crois donc qu'on n'aimerait pas mieux faire comme toi! Tu te figures donc que c'est pour la rigolade qu'on échange des prunes ! Allons ! prends n tto LftbaftièM et éternue, ou je te fais renifler moi-
Bl ferme !
— Je suis pour la paix contre la guenv !
— Sacré nom d'animal! Veux-tu la tabatière... on le ta'
Il a renâclé devait le tabac, et a suivi l'autre en traînant son (lingot comme une béquille.
Le parlementaire s'éloigne.
— M.... ! gueule encore le commandant, debout sur bod estrade de pavés.
Soudain les croisées se dégarnissent, la digue s'effondi
Le canonnier blond a poussé un cri. Une balle l'a frappe au t'n>nt, et ■ fait comme un œil noir entre deux feux Meus.
— Perdus! Sauve qui peutj
— Qui veut cacher deux insurgés?
Nous avons crié cela dans les cours, le regard braqué sur les étages, comme des mendiants qui attendent un sou.
Personne ne nous fait l'aumône 1 cette aumône demandée l'arme à la mainl
A dix pas de nous, un drapeau tricolore 1 Il est là, propre, luisant et neuf, ce drapeau, insultant de ses nuances! fraîches le nôtre, dont les haillons pendent encore d'ici, de là, roussis, boueux, et puants comme des pavots écrasés et flétris.
Une femme nous accueille.
— Mon homme est à l'ambulance voisine. Si vous voulez, je vous y conduis I
Et elle nous guide, sous les grêlons de plomb qui sifflent devant nous, derrière nous, cassant les cages des réverbères, coupant les branches des marronniers.
Nous y voici! Il était temps I Un chirurgien s'avance, la croix de Genève au bras.
— Docteur, donnez-nous asile ?
— Non, vous feriez massacrer mes malades!
Encore dans la rue I
L'iNst/KOE MB
Mail le mari connaît un autre poste de
top loin.
On B*y rend.
— Voulez-vous de nous?...
— Oui!
C'est répondu tout tx-t, et r.ivali'V -ni nt, par une cantinière en grand aniforme — superbe créature de vingt-cinq ans, le buste riche et la taille fine dans sa cuirasse de drap bleu. Elle ne cane pas, la gaillarde !
— Voyez, j'ai la quinze entamés. Vous passerez pour le médecin; votre ami pour le carabin.
Et elle nous attache aux reins la serpillière de clinique.
On se refait. Elle bat des œuf-, trousse L'omelette, i verse du vin de convalescent. On oublie le danger au dessert... on a la peau chaude et les prunelles vivesl
Mai-, do la chambre des amputés, un soupir arrive qui nous gontle le cœur.
— Ah ! venez me parler avant que je meur Nous nous levon-. de table... il e>l trop tard !
Pre^ de ce cadavre encore tiède, dans Cette pièce sombre — les lucarnei mn1 — des
yant de regarder par u^*' fente sur le trottoir.
Un marin y rôde, avec des airs de chacal. Derrière lui, un marin encore, puis un fantassin; une compagnie, un lieutenant à visage imberbe.
— Faites descendre tout le monde 1 Je descends le premier.
— Où est le chef de l'ambulance ?
— C'est moi.
— Vous vous appelez ?
On m'a fait la leçon. Je la récite.
— Pourquoi cette voiture?
C'est la vivandière qui l'a fait atteler pour que nous sautions dedans et filions, s'il y a une éclaircie. Je réponds sans broncher :
— Vous venez- faire votre métier, je vais faire le mien : aller soigner et recueillir des éclopés.
Il a froncé le sourcil, et m'a fixé.
— Faut-il dételer?...
Il m'a regardé encore et a, du bout de sa badine, esquissé un geste qui libérait le chemin.
— Venez-vous, Larochette ?
— Non, vous ne ferez pas vingt mètres. Vous allez à la mort!
J'y trotte môme, car je pousse la bête.
J'ai failli être pris dix fois, et j'allais l'être pour de bon, quand un officier de la ligne m'a sauvé à son insu. Il s'est jeté au-devant du cheval.
— Pas dececôtél ces crapi Dt encore de là-haat.
— Bfa bien 1 alors, ma place e^t ici; mon bistouri
ilque chose.
Et j'ai dégringolé de la carriole.
— Vous n'avez pas la frousse, pour un pékin, a dit le militaire en riant.
— Capitaine, je n'en peux plus de soit'. Y auraitil moyen de dénicher un verre de Champagne, dans ce pays de sauvages?
— A ce café, peut-être !...
Non- avons sablé la bouteille, et j'ai regrimpé sur le marrlic pied.
— Au plaisir de se revoir, docteur !
i an r.-voii- là a rasséréné quelques figures louchai qni rodaillaient autour du véhicule, et n'avaient décidé à ce cabotinage et à Cette triiujuerie.
— Fouette, cocher !
Mon cocher ne semble point savoir qni il mène, et partît seulement Fouetter le pourboire.
11 tant avancer, pourtant!
— Bi Pvii B 'l'ambulance I
-nif croise »vi ni promènent le
collet violet t m milieu d'hom
qui font la soupe on lavenl tec iffû Plus d'un so retourne sur mon passa§e. Mais qui
reconnaîtrait Jacques Vingtras?... j'ai le menton ras
et des lunettes bleues 1
Tout à l'heure, j'ai aperçu dans une glace de devanture une tête glabre, osseuse, et blême comme une face de prêtre, les cheveux rejetés en arrière, sans raie ! Physionomie d'impitoyable ! Mine de partisan cruel I Ils doivent me prendre pour un fanatique qui recherche les blessés moins pour les secourir que pour les achever.
— Des blessés ? nous n'en faisons pas ! m'a dit un adjudant, et les nôtres ont les chirurgiens du régiment qui les dirigent sur des points spéciaux. Mais si vous voulez enlever ces charognes, vous nous rendrez un vrai service ; elles nous empuantent depuis deux jours.
Il s'est tu... heureusement! Je voyais rouge.
— Une! deux!
Nous hissons les « charognes » dans la charrette.
Voilà que les soldats eux-mêmes tirent notre rosse par la bride, et poussent à la roue, pour que nous emportions vite les macchabées qui vont leur flanquer la peste.
Sur un de ces macchabées-là, que nous avons
ramassé derrière un tas de bois, dans un chantier, les
mouches bourdonnaient comme sur un chien crevé !
Nous en avons sept. Il n'en peut plus tenir ; et
mon tablier n'est qn o plaqae de
cailie |] x, et
nous galopons lit un sillon d'horreur.
— Où allez-vous? interroge une dernière sentinelle.
— Là, à l'hôpital Saint-Antoine 1
C'est plein de porte- brassards.
Je marche droit a eux, et leur signale mon lot de chair humaine.
— Versez vos corps dans cette salle t
Elle est pavée de cad. ivres ; un bras me barre le
âge, un bras que la mort a Saisi et Axé dans
un héroïque déft, tendu, menaçant, avec un poing
fermé qui a dû effleurer uu ne* d'officier devant le
peloton d'exécution I
On est en train de fouiller les victimes. Sur l'une,
on trouve un cahier de classe : c'est une Ullette
de dix ans qu'un coup de baïonnette a saignée
comme un cochon, à la nuque, sans couper un
petit ruban rose qui retient une médaille de cuivre.
Sur UD6 autre, une queue do rat, des betiolOS
quatre sous, el un papier qui indique qu'elle il
et qu'elle a quara
Par ici, un vieillard dont le torse nu émerge au-
18 du charnier. Tout smi m
st si pâle que le mur blanchi contre Isjqod
on l'a adossé en paraît gris. On dirait un buste de marbre, un fragment de statue tombée aux gémonies.
Celui qui fait l'inventaire est inopinément appelé pour reconnaître un suspect. Il me prie de le remplacer un moment.
— Mettez-vous au coin de la table.
Cela m'a permis de cacher mon regard; mais il faut répondre parfois à une question, et montrer sa voix!
L'inscriveur rentre et se rassied.
— Vous voilà libre, merci !
Libre ! je ne le suis pas encore; mais ça ne tardera pas... ou j'y passerai !
— Venez! venez de suite! murmure mon guide avec épouvante. On s'inquiète de savoir qui vous êtes.
Heureusement, on tue pas loin de là ; ils ne veulent point perdre une bouchée du spectacle, et ils y courent.
La bousculade nous protège. Nous repartons.
— Halte là! Qui êtes-vous?
J'exhibe mon reçu macabre.
— Bien! Passez... Arrêtez!
— Quoi donc?
-—Voulez-vous prendre et porter à l'ambulance un troupier endommagé?
Si je veuxl
Nous sommes des bon notre lignard. Je l'embrv Il demande un pansement Ah! sacré nom!
— Mauvais, mauvais ! les pan Ça ne guérit pas I
Il y tient. Tant pis, je vais le panser... il eu mourra !
On finit par le dissuader. Mais qu'est-ce qu'il veut encore?
— Docteur! docteur! voici notre colonel et a commandant. Je voudrais bien leur dire adieu.
— Mauvais, mauvais! les émotions, mon garçon ! Ça donne la fièvre I
Nous trottons sur le velours maintenant.
Chaque fois qu'oc a à doubler un cap plein de soldats, je fais l'ange gardien avec mon fantassin. Il vi mail... pourvu seulement qu'il dure jusqu'à la Pitié!
Malheur 1 Le cl I déferré et s' il ne
veut plus aller; on lui a donné trop -rne.
— Voyes-VOOS, dit le cocher, nou- unions dû lui ' boire du sangl
Oh ! cette fois, je suis perdu !
Un hou à. qui a les
i qui m'a iW-.
celui qui, aux
lettre de Michelet pour nos amis de la Villette, et qui semblait désirer l'abattage des condamnés ?... Aujourd'hui, il n'a qu'à faire un signe, et ses bourreaux me charcutent.
Ce n'est pas encore pour cette fois.
L'autre a-t-il cru à une erreur? A-t-il eu horreur d'une délation ?... Il s'éloigne.
— C'est M. du Camp qui s'en va là-bas, a dit un épauletier en le montrant.
Cet épauletier-là s'est, à son tour, planté devant moi. Mon cœur sautait dans ma poitrine...
Mais soudain la bâche s'est écartée, l'agonisant a avancé son visage exsangue, et étendu le bras d'un mouvement vague, en balbutiant :
— Que je setre votre main avant de claquer, mon officier !
Il a fait : « Ah I » et est retombé. Son crâne a rebondi contre les parois du char à bancs.
— Pauvre diable I Merci, docteur I
Vite, allons! Oh ! ce carcan! Hue donc! hue !
Il faut remiser notre cadavre : nous nous engouffrons sous la porte de la Pitié.
Le directeur est dans la cour... il me reconnaît illico.
Je suis allé à lui.
— Comptez- vous me livrer?
L'TNSTTRoé 373
— Dans cinq minutes je vous répondrai.
Je les ai trouvées presque courtes, ces cinq minutes. A peine ai-je eu le temps de défriper ma chemise, de redresser mon col, et de me peigner avec jts. Tant de c faire! la toilettai ra-
fistoler, la phrase à léguer, l'attitude à prendre 1
Le directeur reparaît et s'adresse au gardien :
— Rouvrez la grille.
Il a tourné les talons, à bout d'efforts, et ne voulant pas que mon geste le remerciât.
Le dada boiteux se remet en route.
— Où allons-nous?
— Rue Montparnasse.
Chez le secrétaire de Sainte-Beuve! Il me cachera, si je peux arriver jusqu'à lui.
Mai> noua traversons, avec notre rosse qui râle, les coins où j'ai vécu vingt an^, OÙ j'ai p.i-sé mardi
itaillon du Père Duchêne, où l'on n'a vu que moi iremiera jours de la semaine...
Yoilà que le courage du cocher est fourbu.
— Je veux sauver ma peau... j'en ai assez! Descendez... adieu '.
Il a enlevé la hôte d'uu terrible coup d . et a
dibpaïu.
Où me blottir?
Voyons! Il y a, passage du Commerce, à dix pas, un hôtel que j'ai habité autrefois; le chemin désert est par la rue de l'Eperon et la ruelle 1
Il y a déjà cinq jours que le quartier est pris; peu de pantalons de garance.
Je monte l'escalier. On beugle dans la maison.
— Oui, c'est moi, le capitaine Leterrier, qui vous dis que votre Vingtras a crevé comme un lâche! Il s'est traîné par terre 1 a pleuré4 a demandé grâce ! . . . Je l'ai vu ! I
Je tape doucement, la logeuse vient ouvrir.
— C'est moi, ne criez pas! Si vous me chassez, je suis mort...
— Entrez, monsieur Vingtras.
Voilà des semaines que j'attends, du fond de mon trou , une oecatfion de leur filer entre les doigts.
Leur 61 happerai- je?... je ne crois pas.
Par 'l.-ux lois, je me BUJ i>ins ont pu
voir sortir ma tête, blême connut- celle d'un noyé.
Tant pis I si l'on me prend, on me prendrai
Je suis en paix avec moi-môme.
Je lais, maintenant, h force d'y avoir pensé dans ili oce, l'œil fixé à l'horizon sur le poteau de Sa- -- notre crucifbi à Doua ! — je -.os que loi fureurs ni erimee dlionnètei ■ os, et je ne suis plus inquiet pour ma mémoire, tniumée et encailde sang.
ri \é»' par le temps, et mon nom restera
ché dam l'atelier des put pomme
celui d'un ouvrier nui ne lut pas i.tiuéant.
Mes rancunes sont mortes — j'ai eu mon jour.
Bien d'autres enfants ont été battus comme moi, bien d'autres bacheliers ont eu faim, qui sont arrivés iu cimetière sans avoir leur jeunesse vengée.
Toi, tu as rassemblé tes misères et tes peines, et tu as amené ton peloton de recrues à cette révolte qui fut la grande fédération des douleurs.
De quoi te plaîns-tu?...
C'est vrai. La Perquisition peut venir, les soldats peuvent charger leurs armes — je suis prêt.
Je viens de passer un ruisseau qui est la frontière.
Ils ne m'auront pas! Et je pourrai être avec le peuple encore, si le peuple est rejeté dans la rue et acculé dans la bataille.
Je regarde le ciel du côté où je sens Paris.
Il est d'un bleu cru, avec des nuées rouges. On dirait une grande blouse inondée de sang.
FIM
ÉMUE COLIN ET C'e — IMPRIMERIE DE LAGNY — E. GREVIN, SUCS.
Extrait du Catalogue de la BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER
à 3 fr. SO le volume