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L'insurrection algérienne de 1871

Je faisais dernièrement un voyage d'étude dans Les deux Kabylies. A chaque pas, j'avais retrouvé les souvenirs et l<- tra< de la grande insurrection de 1871 : à Tizi-Ouzou, une ville toute neuve à la place de celle qu'avaient brûlée les révoltés; si Fort-National, les gourbis en ruine des indigènes et les ruines de l'Ecole des arts et métiers; dans la plaine du Sébaou, les villages français créés sur les terres confisquées; sur les portes du bordj des Beui-Mansour, où fonctionne aujourd'hui une école d'enfants indigènes, les traces des balles tirées par leurs pères; à Bougie, l'emplacement des camps qui assiégèrent la ville. Plus loin encore, à Tunis, j'avais pu m'entretenir avec d'anciens insurgés ou avec leurs fils, que le drapeau français était venu retrouver dans leur asile, mais qui ne songeaient plus à fuir devant lui. J'étais en quête de quelque ouvrage qui me permît de compléter et de contrôler toutes ces impressions. Justement venait de paraître à Alger un livre du commandant Rinn, ancien chef du service central des affaires indigènes, aujourd'hui membre du Conseil supérieur de gouvernement, un des officiers de notre armée d'Afrique qui connaissent le mieux la société musulmane et ses sentiments religieux dans leurs nuances les plus délicates. Cette histoire est la première digne de ce nom, qui nous ait été donnée sur le sujet. C'est avec une curiosité passionnée que j'ai lu ce livre : chaque page et chaque ligne s'illustraient pour moi des paysages que j'avais contemplés, des champs de bataille que j'avais traversés, des types humains que je venais d'étudier.

Des deux ouvrages de M. Rinn, Histoire de l'insurrection el

Marabouts et Khouan, il faut rapprocher le rapport présenté au nom de la Commission d'enquête de l'Assemblée nationale, par M. de la Sicotière, aujourd'hui sénateur de l'Orne, et surtout les pièces annexes, c'est-à-dire les dépositions. Du rapport lui-même, M. Rinn a pu dire, avec un peu de sévérité, qu'il est « un réquisitoire contre le gouvernement de Bordeaux et contre les Français d'Algérie »; tout au moins, par un certain groupement des faits, ce rapport arrive à produire une impression plus fâcheuse que les dépositions mêmes sur lesquelles il semble fondé. Celles-ci émanent toutes de personnages qui furent acteurs ou témoins dans les événements de 1870-1871 : de M. Crémieux qui, parmi les membres du gouvernement de la Défense nationale, fut spécialement chargé des affaires de l'Algérie; de MM. Charles du Bouzet et Lambert, alors commissaires extraordinaires de la République: du vice-amiral de Gueydon, qui leur succéda comme gouverneur général; des préfets Warnier, Hélot, Lucet; de M. Vuillermoz. maire d'Alger; du vice-amiral Fabre de la M au relie, des généraux Lallemand et Augeraud. du capitaine Yillot. Cette variété même des personnages appelés à déposer devant la Commission d'enquête amène une prodigieuse diversité d'appréciations; rarement, les militaires se placent au même point de vue que les civils et les magistrats élus à celui des fonctionnaires de l'Etat. C'est de cette masse de témoignages contradictoires, représentant des écoles encore aujourd'hui en lutte sur le sol algérien, qu'il faudrait pouvoir dégager la vérité historique.

L'histoire de l'insurrection algérienne, nous ne l'avons connue en France que par fragments et. pour ainsi dire, par bribes, à mesure qu'un télégramme nous signalait quelque nouvelle explosion ou nous annonçait les premiers succès. Nous étions encore sous le coup des désastres de la guerre franco-allemande, et r insurrection parisienne expirait à peine quand l'insurrection algérienne battait son plein. Le dernier livre de M. Rinn est venu combler toutes les Lacunes dans nos informations. Sans prétendre tout expliquer, el sans pouvoir tout dire.il en dit assez pour qu'on puisse s*v faire une idée très nette de ce soulèvement, qui ne nous était apparu que dans la fumée des villages incendiés et à travers les passions surexcitées par la lutte. Je crois qu'on peut maintenant étudier de sang-froid celle prise d'armes formidable, qui mit en péril notre domination al§

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