‹ L'insurrection algérienne de 1871Chapitre 2 sur 6 · CAUSES I)!: L'INSURRECTION · texte numérisé non relu

CAUSES I)!: L'INSURRECTION

rienne. Ilmc semble qu'un examen attentif des faits peul servir à atténuer certains préjugés, nuisibles ;'l nous-mêmes autant qu'à la cause du relèvement des indigènes, et aussi m»u- donner plus de confiance en la solidité «le notre conquête.

Les causes de l'insurrection sont de deux sortes : les unes tiennent à la politique, à l'administration, à la population européennes; les autres sont spéciales à la société indigène. M. Rinn n'a fait qu'indiquer les premières, et l'on comprend qu'il ail hésité à réveiller les ardentes polémiques d'autrefois. Mlles sont largement développées dans le rapport de Ri. de la Sicotière.

Sans entrer dans le détail, parmi les causes européennes de l'insurrection, on peut énumérer en première ligne : les décrets sur la naturalisation en bloc des israélites; la désorganisation de la hiérarchie militaire chargée du service des affaires indigènes ; l'introduction hâtive d'un système de régime civil, qui inquiéta d'autant plus les musulmans qu'il était réclamé avec pin- d'impatience par les colons. Les premiers s'en faisaient les idées les plus fausses et les plus alarmantes : « Qu'est-ce, donc d'après toi que le régime civil? demandait un colon à un Arabe. — C'est bien simple, répondait l'Arabe; j'ai dix charrues (1) : on m'en prendra huit. J'ai deux mille moutons : on m'en laissera deux cents. » Ailleurs les malveillants disaient aux indigènes : « Vous payerez plus d'impôts; vos femmes témoigneront en justice; les roumis prendront vos terres. » De même la naturalisation des juifs non seulement froissa les musulmans dans leurs préjugés et leur amour-propre, mais en même temps leur fit craindre de voir la même mesure, par un nouveau coup de tête, prise à leur égard. Le mot d'ordre des fanatiques et des meneurs fut : « Ce ne sont pas les juifs qui deviennent Français, ce sont les Français qui se font juifs. La France n'est plus rien puisqu'un juif la gouverne. » Ajoutez à tout cela les désastres inouï- de la guerre franco - allemande ; l'agitation parfois turbulente de la presse, des clubs, des comités de défense, des conseils municipaux algériens ; les voies de fait auxquelles la populace européenne des villes, sous prétexte qu'ils étaient des « capitulants » ou

(1) Mesure agraire. — Déposition de M. du Bouzet.

des bonapartistes, se porta sur des officiers et même des généraux, outrageant cet uniforme que les Arabes étaient accoutumés à respecter et à craindre ; les départs pour le théâtre de la grande guerre de tous les cbefs militaires qui avaient l'expérience de l'adm-nistration indigène, des Durieu, des Faidherbe. des Marinier; les appels successifs de tous les régiments d'Afrique, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus qu'un seul, le 92' de ligne, et que toutes nos forces dans la colonie fussent réduites à 45 000 hommes dont les trois quarts étaient des mobiles, des mobilisés, des ouvriers d'administration, des infirmiers ou des recrues.

Cependant, pendant toute la durée de notre guerre européenne, si féconde en désastres, où le sang musulman coulait avec le nôtre, il n'y eut pas de soulèvement en Algérie. Les séditions de spahis danslesdeux67?^//r/sdeSoukharrasetAïn-Guettar. en janvier 1871, encore que la première ait été appuyée par une grande famille et par une tribu du voisinage, restèrent de simples mutineries militaires, provoquées par un ordre illégal d'embarquement; ce furent des épisodes presque sans connexité avec les faits qui suivirent.

Les mois de septembre à février se passèrent donc assez tranquillement. Les officiers ou administrateurs, les plus versés dans la connaissance du caractère indigène, signalaient seulement, ça et là, des symptômes inquiétants. En septembre on eut à combattre quelques incendies de forêts ; mais ils n'étaient pas nécessairement imputables à la malveillance. En octobre, la rentrée se fit mal dans nos écoles destinées aux musulmans : très peu d'élèves se présentèrent; les parents pouvaient craindre de les exposer à quelque péril vague, ou simplement ne se souciaient pas de nous livrer des otages. Des tribus s'approvisionnaient de grains, en emplissaient leurs silos; elles tachaient de se procurer de la poudre parla Tunisie, par Malte ou par Gibraltar; les chevaux étaient retirés de la charrue, mis au régime de l'orge, c'est-àdire entraînés pour la guerre. Le bétail et les objets précieux étaient emmenés dans les montagnes ou dans les/ 1).

Cependant même ces préparatifs n'impliquaient pas un projet de soulèvement contre notre autorité. La sécurité de chacun étant diminuée par Le retrait de nos troupes, il était naturel que l'on songeât à se défendre contre les tribus adverses, les çof rivaux.

(1) Ksar. pluriel kêOUrt château ou village fortifie, dans la plaine ou dans le Sahara.

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