‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 19 sur 120 · MÉMOIRE DES PERROQUETS · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DES PERROQUETS

n'ai pas réussi à trouver d'exemple authentique de souvenance plus prolongée de la part d'un oiseau.

Comme il est intéressant en matière de psychologie comparative de relever en détail autant que l'on peut les ressemblances que présente une faculté intellectuelle chez différents groupes d'animaux, et comme la mémoire est la première à se prêter à cette analyse dans la classe qui nous occupe, je consacrerai un paragraphe à Tétude des faits qui, en tant que manifestations mnémoniques permettent le mieux d'étudier le mécanisme de cette faculté ; c'est-à-dire de ceux qui se rattachent à l'articulation de phrases parlées ou musicales que certains oiseaux apprennent à répéter. Dans ce genre, je ne connais pas d'observations plus précieuses que celles du docteur Samuel Wilks, F. R. S., et je citerai in extenso la partie de son travail qui traite de la mémoire chez les perroquets, sans compter d'autres emprunts que j'aurai à lui faire dans mon prochain ouvrage.

« Quand je reçus mon perroquet, dit-il, il y a plusieurs an- » néeSj il était tout à fait ignorant, ce qui me fournit Tocca- )i> sion d'observer la manière dont il acquit le don de la parole. » Je constatai que son procédé ressemblait beaucoup à celui » qu'adoptent les enfants pour apprendre leurs leçons, et que » la cause déterminante de ces discours se trouvait générale- » ment dans quelque association d'idées, comme la plupart » des phrases toutes faites en ce monde. Il est reconnu que les y> perroquets imitent les sons dans la perfection, voire môme » la voix humaine, dont leur voix surpasse du reste l'étendue, x> car ils peuvent atteindre les notes les plus basses comme les » plus élevées. Le mien a un répertoire très suffisant de mots » et de phrases, mais il ne les retient que quelques mois s'il » ne. les pratique pas constamment sous l'influence provoca- » trice et périodique de certaines circonstances. Toutefois s'il » lui arrive de les oublier, il suffit de les lui répéter quelque - » fois pour qu'il les retrouve, tandis que pour apprendre une » phrase nouvelle, il lui faudrait bien plus longtemps. Dans ce » cas, il faut la lui répéter plusieurs fois, et il est curieux de

parer de l'animal ; mais celui-ci avait pris goûl à la liberté, et n'entendait pas y renoncer. Il évitait adroitement de se laisser prendre ; puis au bout de quelques instants, voyant que ses camarades étaient déjà loin, il s'envola, rejoignit la troupe et ne fut plus jamais revu. >

» voir Tattention de l'oiseau et la manière dont il approche » son oreille aussi près que possible de son professeur. Au » bout de quelques heures, on l'entend se livrer à des essais » aussi malheureux que ridicules, mais il finit par prononcer » la phrase d'une façon convenable, et l'on dirait presque » qu'elle était en magasin quelque part dans son esprit et » que tous ses efforts tendaient à l'en faire sortir. Lorsque » la phrase comprend un certain nombre de mots, l'oiseau >j commence par répéter les deux ou trois premiers, puis il y » joint le suivant, puis le suivant, et ainsi de suite, jusqu'à ce » qu'il arrive à prononcer le tout correctement. D'heure eu » heure, il continue ses efforts avec la plus grande cons- » tance et ce n'est qu'au bout de quelques jours qu'il arrive » au degré de perfection qu'il ambitionne. Sa façon d'agir me » semble identique à celle d'un enfant qui apprend une phrase » en français ; même commencement restreint, même ampli- » fication graduelle, même perfectionnement de la pronon- » dation. Que ce soit un air populaire à apprendre au lieu » d'une phrase, le procédé ne change pas, c'est toujours note » par note que mon perroquet se l'assimile. Quant à la ma- » nière d'oublier les leçons apprises, phrases ou airs, elle est » également curieuse. Ce sont les mots ou les notes de la fin » qui commencent par s'en aller ; c'est qu'en effet, ce sont » ceux du commencement qui sont le mieux gravés dans la » mémoire et le lien qui leur associe ceux qui suivent va en » s'affaiblissant. Mais quelques répétitions rétablissent bien » vite la chaîne. C'est là, du reste, un phénomène que l'on re- » marque souvent dans l'homme. Qu'un Anglais, par exemple, » sachant le français, reste dans son pays sans avoir occasion » de parler cette langue ; il paraîtra l'oublier, mais il n'a qu'à » traverser la Manche, et bientôt en entendant parler fran* » çais autour de lui, il s'y remet tout naturellement. L'homme » fait qui essaye de se rappeler les morceaux de poésie qu'il » a appris dans son enfance ou à l'école et dont il pouvait ré- D citer des pages, s'aperçoit que ce sont seulement les deux y> ou trois premiers vers qui lui reviennent *. »

M. Venn, de Cambridge, le célèbre logicien, me fait part du fait suivant :

i. Journal de Science mentale, juillet 1879.

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