‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 20 sur 120 · INTELLIGENCE DES PERROQUETS · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE DES PERROQUETS

« J'avais, dit-il, un perroquet gris, âgé de trois ou quatre » ans, originaire de l'Afrique occidentale, où il avait été pris » alors qu'il était encore au nid. De la fenêtre où l'on plaçait y> sa cage d'habitude, il pouvait entendre la sonnette de la » porte d'entrée et celle de la porte de derrière. Près de » celle-ci, dans la cour, se trouvait la cabane d'un chien de » garde qui manquait rarement d'aboyer aux gens qui pas* » saient par là. Mon perroquet imagina de l'imiter et me » fournit l'occasion de constater qu'il avait su distinguer » entre les deux sonnettes et n'associer que celle de la porte » de derrière avec les aboiements du chien. Quand ce der- » nier était absent, ou que pour une raison ou pour une » autre il se taisait, le perroquet aboyait constamment au » son de cette sonnette; jamais (à ma connaissance du » moins), quand c'était celle de la porte d'entrée qui se fai- » sait entendre. »

» Comme preuve d'intelligence, le fait n'a pas grande im- » portance; mais il me parut intéressant en ce qu'il s'accor- » dait avec la loi de l'association telle que l'ont relevée les » auteurs qui se sont occupés de la psychologie humaine •. x>

Le fameux perroquet de la famille Buffon, qu'a célébré le comte de BufFon, avait une manière singulière de manifester ses associations d'idées. Il se demandait à lui-même la patte, et ne manquait jamais de la tendre, absolument comme quand quelqu'un la lui demandait. Buffon et sa sœur Madame Nadault ont cru y voir une preuve que l'oiseau ne connaissait pas sa propre voix ; mais il est bien plus probable qu'il agissait sous l'influence de l'association d'idées qu'il avait établie entre les mots et le geste.

D'après Margrave, les perroquets parlent « quelquefois pen-

i. En raison de l'association qu^ils font entre les actes qu'ils voient s'accomplir sous leurs yeux et les phrases dont ces actes sont ordinairement accompagnés, les perroquets placent parfois les phrases qu'ils ont appris à dire avec assez d'à- propos pour paraître en comprendre le sens. J'en connais un qui chaque fois qu'il voit entrer dans la vaste cuisine de campagne où il se tient une personne tenant un vêtement à la main, s'écrie : * Posez ça là, la servante le brossera. » Dès qu'il entend gronder une petite fille, sa compagne habituelle, il s'empresse d'intervenir, disant : c Laissez donc cette enfant, vous la ferez pleurer. > Ces phrases sont habituelles aux personnes qui l'entourent ; mais les prononcer dans les mêmes circonstances qu'elles, c'est déjà un peu plus que de repéter à tort et à travers la même phrase comme le font taut d'autres perroquets et comme il ne se fait pas faute de le faire lui-même. {Traducteur,)

» dant leur sommeil, ce qui indiquerait, comme procédé in- » tellectuel, une grande analogie avec les opérations de la » mémoire chez l'homme. »

De même, M. Walter PoUock m'écrit que la faculté d'association de son perroquet paraît très développée :

a Si par hasard quelque mot appris chez ses autres maîtres, » vient à lui passer par la tôle, il lui adjoint aussitôt tous » ceux qu'on lui avait enseignés à la môme époque. »

Enfin, ces oiseaux savent reconnaître quand il manque une maille à la chaîne de leurs associations, et s'appliquent à la retrouver. Feue Lady Napier m'a communiqué toute une série d'observations curieuses qu'elle fit à ce sujet. Voici qui en donnera une idée. Son perroquet avait-il dans la tête une phrase telle que « Old Dan Tucker », c'était toujours le mot du milieu qui lui manquait. Il commençait par répéter lentement « Old— old — old — old », puis ajoutait vivement « Lucy Tucker ». Sentant que cela n'allait pas, il reprenait son « Old — old—old— old » pour finir avec « Bessy Tucker », et ainsi de suite, cherchant toujours le vrai mot. Et la preuve que tel était réellement l'objet de ses efforts, c'est que si pendant qu'il en était à son « Old — old — old— old » on lui soufflait « Dan », il ajoutait immédiatement <ï Tucker ».

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ments sexuels, mais elle semble indiquer la présence d'une image constante de l'objet aimé. A propos du canard Mandarin (espèce chinoise), M. Bennett * raconte que la volière de M. Beale Lui fournit une singulière preuve de la fidélité conjugale de ces oiseaux :

a Une nuit des voleurs dérobèrent l'un des mâles. Sa femelle » manifesta le plus profond chagrin ; retirée dans un coin de la » volière, elle refusait toute nourriture et ne prenait plus aucun » soin de sa personne. Pendant qu'elle se désolait, un autre » mâle qui avait perdu sa femelle, vint la courtiser; mais la » veuve ne lui donna pas le moindre encouragement. Quelque » temps après son mari fut retrouvé et réintégré dans la vo- » lière. Ce furent alors des manifestations sans nombre de la » joie la plus extravagante de la part du couple d'amoureux, » suivies bientôt d'un combat entre le mâle qui avait osé » courtiser la femelle et le mari de cette dernière. Comme » s'il eût été furieux du récit d'attentions déplacées, le vail- » lant époux se jeta sur le galant présomptueux, lui creva les » yeux et le mit dans un tel état qu'il en mourut. »

Voici un ou deux autres exemples observés par Jesse :

« Deux cygnes vivaient unis depuis trois ans, durant les- » quels ils avaient élevé trois nichées. L'automne dernier le » mâle fut tué, et depuis lors la femelle se tient à l'écart de » ses semblables. Au moment où j'écris, nous sommes à la fin » de mars, et la période de reproduction est déjà avancée, » mais la femelle n'en persiste pas moins dans sa réserve et se » refuse aux galanteries d'un mâle, tantôt le chassant, tantôt » fuyant à son approche. Combien durera ce veuvage? je ne » saurais le dire, mais il est évident que pour le moment elle » n'a pas oublié son ancien compagnon.

» Ceci me rappelle un incident qui s'est produit dernîè- » rement à Chalk-farm, près d'Hampton. Un laboureur, placé » en surveillance dans un champ de pois où les pigeons avaient » commis de grands ravages, tua d'un coup de fusil un mâle, » vieil habitant de la ferme. Sa compagne, autour de laquelle » il roucoulait depuis des années, qu'il régalait du contenu de » son jabot, et qu'il avait aidée à élever de nombreuses nichées, » vint aussitôt s'abattre à ses côtés en témoignant sa douleur

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