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CHAPITRE VIII

Quoique nous soyons arrirés à une division du règne animal dont les membres dépassent de beaucoup en intelligence ceux des autres subdivisions, il est à remarquer que les représentants les moins élevés de ce groupe supérieur, sont bien au-dessous au point de vue psychologique de certains types qui tiennent la tête des groupes inférieurs. Comme instinct ou comme intelligence, un poisson ne çaurait être comparé à une fourmi ou à une abeille; ce qui montre combien peu Tafânité zoologique, voire môme Torganisation morphologique sauraient servir à une classification psychologique des animaux. Car, quoi qu'en dise Von Baôr qui a affirmé que l'organisme de Tabeille était aussi remarquable dans son genre que celui des poissons*, personne ne songerait à soutenir que chez l'abeille ou la fourrai, la qualité de l'organisme est à la hauteur de celle de l'intelligence, et que sous le rapport organique comme sous le rapport intellectuel, ces insectes l'emportent également sur les poissons ; de fait le parallélisme entre les deux développements n'est

1. Fragments pliîosopMqueif traduits par Haxley, Taylor^s Magazine, 1853^ page 196.

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pas de rigueur, et cela quand bien même on ne considérerait dans l'organisme que le système nerveux. Il est hors de doute que, toute proportion gardée, les hémisphères cérébraux d*un poisson, quelque petits qu'ils paraissent lorsqu'on les compare à ceux des vertébrés d'ordre supérieur, l'emportent énormément par leurs dimensions sur les ganglions œsophagiens qui constituent le cerveau d'un insecte ; et plus encore sur les lobes pédoncules et enroulés qu'on suppose correspondre à ces hémisphères dans le cerveau de la fourmi. Il est vrai que dans ce dernier cas il faut tenir compte de l'extrême petitesse de la fourmi et reconnaître en outre que, comme consistance et comme organisation, son cerveau est relativement très supérieur à celai de tous les autres invertébrés, à la seule exception peut-être de Voctopus et de ses congénères. Bien que le cerveau d'un poisson appartienne à un type destiné, en se développant en grandeur et en se compliquant, à éclipser par ses fonctions tous les autres genres de centres nerveux, il nous faut donc admettre que, pris aux degrés inférieurs de son évolution, chez les poissons par exemple, ce type le cède à celui des Invertébrés quand on considère ce dernier au dernier stade de son évolution, chez les hyménoptères.

Émotions.

On observe chez les poissons des manifestations de peur, d'instinct belliqueux, de sentiments sociaux, sexuels et maternels, de colère, de jalousie, d'enjouement et de curiosité, c'est-à-dire un genre d'émotions analogue à celui des fourmis, et présentant tous les caractères qui distinguent la psychologie d'un enfant de quatre mois, sauf les sentiments de sympathie dont je n'ai pu relever aucune preuve; il se pourrait néanmoins qu'ils existent.

La peur et les instincts belliqueux sont trop évidents, chez les poissons pour qu'il soit nécessaire d'en fournir des preuves spéciales. Les sentiments sociaux s'affirment par le nombre d'espèces qui voyagent par bancs, les émotions sexuelles par la façon dont ces animaux se courtisent, et l'instinct maternel par les nids que construisent certains poissons et le soin qu'ils ont de leurs jeunes. Schneider observa à l'aquarium de

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Naples la manière dont plusieurs espèces de poissons veillent sur leurs œufs. Il raconte que l'un des mâles montait la garde tout autour d'un rocher sur lequel les œufs avaient été déposés, et nageait bouche ouverte vers tout intrus qui en approchait. Voici, d'ailleurs, le récit d'autres observations sur la manière de nicher de certaines espèces qui accusent une certaine ressemblance entre Tinstinct maternel des poissons et celui des oiseaux, et un degré d'intensité comparable à celui qui caractérise le môme instinct chez les fourmis, les abeilles et les araignées :

« Agassiz* raconte qu'étant à examiner certains produits » de la mer des Sargasses, M. Mansfield trouva dans le nom- » bre une masse sphérique de sargasse, grosse comme les » deux poings, qu'il lui apporta. Les branches et les feuilles » des herbes marines dont le paquet semblait exclusivement » composé étaient liées ensemble, et les fils élastiques qui » unissaient le tout formaient un chapelet, dont les grains » étaient par endroits, disposés par groupes de deux ou trois, » ou bien pendaient en grappe. En somme, c'était un nid et » les œufs dont il était rempli, étaient répandus de tous côtés » au lieu d'être rassemblés dans un creux. Il était évidem- » ment l'œuvre du Cfiironectes, Ce poisson construit ainsi » une sorte de berceau ambulant qui fournit ensuite à l'ali- * mentation des jeunes. Il est probable que pour bâtir le nid » en question, les Chironectes se servent de leurs singulières » nageoires pectorales*.

» L'épinoche à dix arêtes {Gaste7*osteits ptmgitius) se range » parmi ceux de nos poissons indigènes qui construisent un » nid. Le 1®^ mai 1864, on mit un mâle de cette espèce dans » un aquarium de dimensions moyennes et établi dans de » bonnes conditions; puis, trois jours plus tard, deux femelles » à maturité. L'arrivée de ces -dernières produisit sans retard » son effet sur le mâle ; déployant aussitôt une grande acti- » vite, il se mit à construire un nid avec des brins d'herbe, » de radicelles mortes et des filaments de conferves, sur une 9 pointe de rocher entre des branches entrelacées de myrio-

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