‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 3 sur 120 · American Journal de Silliman, février · texte numérisé non relu

American Journal de Silliman, février

2, Ces nids ont élé observés depuis par les naturalistes du Challenger et par ceux du Talisman, (Trad.\

» phylliim spîcatum, tout en s'octroyant de nombreuses ré- » créations pendant lesquelles il faisait une cour assidue aux » femelles. Sa manière de se rendre agréable consistait à » nager autour d'elles par saccades ?n courant parfois sur » elles bouche ouverte, le plus souvent sans mordre. En » pareil cas, la femelle commence par faire la coquette, puis » elle se laisse gagner et suit le mâle vers le nid en nageant » juste au-dessus de lui. Arrivé au gite, son compagnon re- » prend ses agaceries, feint de ne pas reconnaître l'endroit, » nage à tort et à travers, et fait si bien que la femelle, » après avoir vainement essayé de trouver le passage, se » dépite et s'apprête à s'en retourner; mais le mâle ne » l'entend pas ainsi, et la ramène sans cérémonie. Au début » de ses assiduités, il se met facilement en colère si la fe- » melle tarde à se montrer sensible ; il l'attaque avec fureur » et la force à se réfugier dans quelque coin obscur. Quant à » ses façons en arrivant au nid, elles paraissent êtres dues à » l'état d'inachèvement de ce dernier ; au bout du compte, il » finit par fourrer sa tête dans l'ouverture, tandis qu'au-des- » sus de lui la femelle, en apparence fort agitée, le suit de » près. Sitôt qu'il laisse le passage libre en retirant sa tête, » elle pénètre dans le nid et le traverse après un court séjour » pendant lequel elle d^^pose ses œufs. Le mâle vient alors les » féconder, chasse la femelle à une distance respectueuse et » s'en va en chercher une autre. La construction du nid et » le dépôt des œufs, prennent environ vingt-quatre heures. » Dans l'exemple cité plus haut, le mâle montait la garde » jour et nuit, et travaillait au nid constamment pendant le » jour.

» L'Epinoche marin à quinze arêtes [Gasterosteus spina- » chia), est également un poisson nidificateur. Comme site il » choisit d'habitude les ports ou les endroits abrités oix l'eau » de mer pénètre dans toute sa pureté. Comme matériaux il » se sert d'algues marines rouges ou vertes, qu'il trouve sur » place ou qu'il va chercher ; il consolide le nid au moyen de » touffes des corallines [Janiœ) qui poussent sur les roches, » et confectionne ainsi une sorte de poire grosse comme le » poing et longue de cinq à six pouces. Un fil élastique, sem- » blable à de la soie, sert à relier le tout ensemble ; en l'exa- » minant à la loupe, on dirait qu'il se compose de plusieurs

» cordons agglutinés à Taide d'une substance qui durcit au » contact de l'eau*. »

» M. Carbonnier, qui a étudié les mœurs du poisson-de-para- » dis de la Chine [Macropodus], dont il avait de nombreux spô- D cimens dans son Aquarium à Paris, vit le mâle construire » un nid d'écume de 15 à 18 centimètres de diamètre et de 10 » à 12 en hauteur. Les bulles dont il se sert sont confection- » nées à la surface de l'eau en aspirant l'air et en le rejetant; » elles doivent leur consistance à une sécrétion muqueuse dont » la bouche de l'animal est pourvue. Lorsque cette sécrétion » s'épuise, ce qui arrive quelquefois, il s'en va mordre et » sucer des conferves dans les couches du fond, afin de sti- » muler la muqueuse. Le nid achevé, la femelle y est intro- » duite. Autre phénomène curieux à noter : c'est la manière » dont le mâle s'y prend pour faire remonter les œufs du fond » de l'eau jusques dans le nid. Se sentant probablement inca- » pable de les transporter dans sa bouche, il commence par » absorber une quantité d'air; puis, il va se placer en-des- » sous des œufs et au moyen d'une contractioa soudaine et » violente des muscles de la bouche et du pharynx, il exhale » par les ouïes tout l'air accumulé. Les franges de ces organes » subdivisent la masse d'air en une sorte de poudre gazeuse » qui enveloppe les œufs et les soulève à la surface. Au cours » de cette manœuvre, le Macropode disparaît comme dans un » brouillard et quand on le revoit son corps est couvert de » petites bulles d'air semblables à des perles *. »

Le môme écrivain, à propos des observations de Baker sur l'épinoche à trois arêtes, qui ont paru dans les Transactions philosophiques, s'exprime comme il suit :

« Il paraît, dit-il, qu'après que les œufs eurent été déposés, » l'ouverture du nid fut agrandie pour l'exposer davantage à » l'action de l'eau, le mouvement vibratoire du corps du mâle » déterminant un courant presque continu à la surface des » œufs. Au bout d'environ dix jours, le nid fut démoli, les » matériaux dont il se composait disparurent, et l'on put voir » les jeunes poissons osciller ça et là, moitié nageant moitié

1 . Instineti et émotions des poiisons, par Francis Day F.-L.-S. Journal ds /« Socii^té linnéenne, vol. XV, p. 36-37.

Page 1