‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 63 sur 120 · HABILETÉ AU TRAVAIL · texte numérisé non relu

HABILETÉ AU TRAVAIL

» quand il fallait le maintenir, pour que l'on nouât les cordes.

» Dans leurs moments de loisir, elles s'éventaient avec un » paquet de feuilles, que leurs trompes agitaient avec Tai- » sance qui en rend le mouvement si gracieux en pareille oc- » casion. La raison en est sans doute dans le jeu à la fois cir- » culaire et horizontal de ce membre flexible : en tous cas, il » est impossible de ne pas être frappé de Télégance du geste » chez un éléphant qui s'évente. Nos bêtes n'étaient pas sans » se payer également le luxe d*un bain de poussière, qu'elles » répandaient avec leur trompe; mais, par un curieux raffine- » ment de sagacité, tant que le mahout se trouvait sur leur » cou, elles se contentaient de jeter de la poussière sur leurs » âancs et leur estomac, comme si elles savaient qu'en en » jetant sur leur tête et sur leur dos elles auraient Incom- » mode leur conducteur. » {Histoire naturelle de Ceylan, pages 181-194.)

Sir E. Tennent parle également de certains autres usages pour lesquels on se sert d'éléphants apprivoisés, et ses observations valent la peine d'être reproduites. Il dit que les éléphants employés à empiler le bois font preuve d'une intelligence et d'une adresse qui étonnent les étrangers; la besogne restant constamment la môme, les animaux continuent pendant des heures à entasser bûche sur bûche sans que leurs gardiens aient à s'en occuper si ce n'est très rarement. « Ainsi, » deux éléphants qui travaillaient à mettre en piles les bois » d'ébène et de satin dans les chantiers de l'intendance mili- » taire, à Colombo, s'étaient si bien accoutumés à leur be- » sogne qu'ils s'en acquittaient avec autant de précision et » plus rapidement que ne l'auraient fait les ouvriers du port. » Quand la pile avait atteint une certaine hauteur et qu'ils ne » pouvaient plus de leurs efforts réunis hisser un des gros » blocs d'ébène jusqu'au sommet, ils avaient recours à un » moyen qu'on leur avait enseigné et qui consistait à incliner » deux pièces de bois contre la pile et à s*en servir comme » d'un plan incliné le long duquel ils faisaient rouler les x> blocs qui leur restaient et les ajustaient ensuite comme il » faut sur le sommet.

» On n'a pas manqué d'affirmer que dans leurs occupations » les éléphants suivent le pli de l'habitude, que leurs mouve- » ments ont un caractère purement machinal, que toute

ROMAKBS. II. — 11

1G2 L'ÉLÉPriANT

» modification de leur routine les agace et qu'on ne peut la » leur imposer sans provoquer leur ressentiment. Le résultat » de mon observation personnelle contredit cette assertipn, » et je tiens d'officiers expérimentés que l'éléphant s'accom- » mode aussi facilement que le cheval d'un changement » d'heures, de condition ou d'occupation.

» Tôutctbis 11 est un point par où il pèche complètement. A » voir rintelligence et l'application qu'il déploie en travail- » lant, le peu de «contrôle dont il a besoin, on était fondé à » croire qu'il continuerait sa besogne et la compléterait tout » aussi bien sans la présence de son gardien. Mais il n'en » est rien; quand il ne se sent plus surveillé, sa paresse » naturelle s'affirme, et sitôt qu'il a achevé ce qu'il se trou- » vait à faire, il s'en va tout doucement brouter ou bien » jouir du plaisir de s'éventer et de se couvrir le dos de » poussière.

» Quant à châtier un animal de sa puissance, la chose n'est » pas facile. L'emploi de la force est à peu près hors de ques- » tien; aussi les gardiens cherchent-ils à faire appel à. ses » passions et ses sentiments, en modifiant par exemple sa » nourriture ou môme en la supprimant pendant quelque » temps En pareil cas la conduite de l'animal déiiote parfois » son humiliation aussi bien que son mécontentement. Dans » certaines parties de l'Inde on punit les coupables en les » privant de leur ration de cannes à sucre, ou bien en les » empêchant de manger leur portion de fourrage et de feuilles » jusqu'à ce que leurs compagnons aient fini la leur; on » reconnaît toujours le coupable à son air et à son attitude » qui respirent Thumiliation et provoquent la sympathie et la » pitié.

» L'obéissance de l'éléphant résulte du mélange d'affection » et de crainte que lui inspire son gardien. Le sentiment » d'affection peut acquérir une grande intensité; on cite à » Ceylan le cas d'un éléphant qui passa toute une nuit dehors » sans manger, plutôt que d'abandonner son mahout quittait » étendu ivre dans la jungle. Mais cela n'empêche pas l'anii> mal de se montrer tout aussi obéissant envers un nouveau » gardien s'il se produit un changement dans le personnel. » [Histoire naturelle de Ceylan, p. J81-194.)

Enfin voici mon dernier emprunt à sir E. 'Tennent :

AFFECTIONS -r DOUCEUR DE CARACTÈRE lt;3

• a Up §oiF, dit-il, que je me trouvais dans le voisinage de D Candy, me dirigeant vers le théâtre du massacre de Texpé- .» dition du major Dabies en 1803, mon cheval s'effaroucha » d'un bruit qui venait de Tépaisse jungle, et qui faisait l'effet » d'une sorte de grognement répété d'un ton mécontent. » Poussant une pointe dans la forêt, j'eus la clef du mys- » tère : je me trouvai face à face avec un éléphant apprivoisé » qui cheminait sans son gardien. Il portait péniblement une » énorme poutre reposant sur ses défenses, et comme le » chemin était étroit, il était obligé de pencher la tête de » côté pour présenter la poutre en long, procédé laborieux » dont il se plaignait à sa manière. Nous voyant faire halte, » il leva la tête, nous examina pendant un instant, puis, jetant » la poutre à terre, il s'enfonça à reculons dans les brons- » saijles, pour nous faire place. Gomme mon cheval hési- » tait, l'éléphant s'enfonça encore davantage en manifestant » quelque impatience et répéta son grognement : (urmph !) » pour nous encourager à passer. Mais mon cheval ne parais- » sait point encore rassuré, et je crus l'occasion bonne d'ob- » server l'instinct des deux bétes sans intervenir. Quant à » l'éléphant, il était évident que noiis l'agacions; il n'en eût » pas moins la bonne grâce de reculer encore dans la ï)rous- » saille, et mon cheval finit par se décider à marcher en » avant. Lorsque nous eûmes passé, je vis le sage animal se » baisser, reprendre son lourd fardeau, l'ajuster sur ses dé- » fenses et continuer son chemin, grognant comme aupara- » vant en signe de mécontentement* »

Le D' Erasmus Darwin, sur la foi d'qua témoin qu'il déclare entièrement véridique, cite le cas d'un éléphant qui servait de bonne à l'enfant de son gardien quand celui-ci s'absentait ainsi que sa femoie, L'aniip.al était attaché par une chaîne, et quand l'enfajit, dajis ses ébats, arrivait à la limite de sa longe, il le ramenait doucement avec sa trompe.

M. J.-J. Funiss, se trouvant un jour dans « Central Park » par un temps très chaud, on lui fit observer la conduite d'un éléphant que Von avait placé dans une enceinte en plein air. « L'intelligente bête puisait à pleine trompe dans un tas » d'J;ierbe nouvellement coupée et en couvrait soigneuse- » ment son dos échauffé par le soleil. Lorsqu'il l'eut çom- » plèt^m^nt abrité sous ce toit da chaume improvisé, il se

» tint tranquille comme pour jouir du résultat de son ingé- » niosîté. » (Natiwe, t. XIX, p. 385.)

Dans une lettre plus récente (vol. XX, page 21) M. Furniss fait allusion à son premier récit et dit qu'il a reçu depuis de plus amples renseignements de M. W.-A. Conkin, le directeur de la ménagerie du « Central Park » :

a II m'apprend, dit M. Furniss, qu'il a souvent vu les élé- » pliants se couvrir le dos de foin ou d'herbe, lorsqu'ils sont » dehors en plein soleil, ou parfois môme lorsqu'ils sont à » Tabri, en été, et que foisonnent les mouches qui les touri> mentent et les piquent souvent jusqu'au sang. Mais en » hiver, jamais ils n'y songent. Il semble donc qu'ils agis- » sent avec une appréciation intelligente du but qu'ils pour- » suivent. Il y aurait intérêt à savoir si les éléphants sau- » vages ont également l'habitude de se couvrir le dos de » cette manière. Il est probable que dans les solitudes qu'ils » habitent ils s'accommodent de l'ombre de la jungle, et » que l'habitude en question s'est développée par suite du T> changement de milieu résultant de leur captivité. »

Voici un autre extrait de Nature (vol. XXI, page 34) ; c'est M. G.-E. Peal qui parle :

« Un soir, dit-il, peu de temps après mon arrivée dans la D région est de l'Assam, tandis que l'on donnait à manger » comme d'habitude aux cinq éléphants vis-à-vis de ma ba- » raque, je vis un jeune de capture récente s'approciier de y> la palissade de bambou et arracher tout doucement un des » piquets. Il mit le pied dessus, en cassa un moreeau qu'il » porta à sa bouche et rejeta presque aussitôt. Après avoir » répété cette opération deux ou trois fois, il arracha un » autre bambou et se remit à expérimenter. Comme le bam- » bou était vieux et sec je m'enquis de la raison qui faisait » agir ainsi l'animal. On me répondit d'attendre un peu et » je verrais ce qu'il ferait. Ayant fini par trouver un mor- » ceau de bois à sa convenance, il le saisit avec sa trompe, » avança sa jambe gauche de devant et se mit à se gratter » assez fort sous l'aisselle pour ainsi dire. Quelle ne fut pas » ma surprise de voir tomber à terre une grosse sangsue d'é- » léphant, longue de six pouces au moins et grosse comme » le doigt ? Sans l'espèce de grattoir dont l'éléphant s'était » servi, elle eût été difficile à déloger et c'était pour cela

Page 1