‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 7 sur 120 · Histoire des Poissons^ introduction, cxxx · texte numérisé non relu

Histoire des Poissons^ introduction, cxxx

3. On trouvera d'autres exemples dans Parlicle de M. Day, déjà cité.

fi Un morceau qa*on lai avait jeté était tombé juste dans » l'angle du devant de cristal et du fond de sa case. La raie » (elle était de forte taille) fit, à diverses reprises, de vains » efforts pour s'en emparer, mais le morceau était trop près » de la paroi pour que la bouche de l'animal, située comme » elle est au dessous de la tête, pût l'atteindre. Reconnaissant » rinutilité de ses efforts, la raie sembla se recueillir, puis, » après quelques instants de repos, elle prit soudain une posi- » tion inclinée, la tète en haut et le dessous du corps faisant » face au devant de la case, et remuant ses larges nageoires, » elle détermina un courant ou vague de bas en haut qui » souleva le morceau jusqu'à sa bouche. »

Ce qui ôte toute valeur à cette observation, c'est de n'avoir pas été renouvelée, dans les mêmes conditions, de manière à • prouver que les mouvements du poisson, entant qu'ils constituaient une adaptation aux circonstances, n'étaient pas entièrement fortuits ; aussi ne l'aurais-je pas citée, si plusieurs auteurs ne l'avaient mise en avant comme une preuve remarquable d'intelligence de la part d'un poisson.

Je ne saurais terminer ce chapitre sans parler du poisson pilote, du requin et de l'espadon. Les mœurs de ces animaux sont fort différentes, mais elles ont cela de commun, qu'elles sont également incertaines ; les observateurs ne sont pas d'accord, et pour le moment nous ne saurions nous former une opinion sur leur compte. L^s anecdotes suivantes feront comprendre l'idée que s'en sont formée plusieurs observateurs :

Le capitaine Richards, de la marine royale, rapporte qu'un requin, accompagné de quatre poissons pilotes, suivait un appât qu'on lui avait jeté du vaisseau. Chaque fois qu'il cherchait à s'en emparer, l'un ou l'autre de ses compagnons accourait l'empêcher. Au bout de quelque temps, le requin fit mine do s'éloigner ; mais sitôt qu'il fut à une bonne distance, il revint rapidement vers le vaisseau, et réussit à avaler l'appât avant que les pilotes l'eussent rattrapé. Tandis qu'on le hissait à bord, l'un de ces derniers s'attacha à son côté*, et ne

1. QueU qu'en soient le but et la cause, le commensalisme du requin et de divers poissons sont des faits psychologiques intéressants et ne sauraient faire de doute. Les naturalistes du Talisman ont fréquemment observé des requins peau-bleue (Carcharias glaueua] toujours accompagnés d'un certain nombre de

USTELLIGËNGli: GÉNÉRALE 13

lâcha prise qu'une fois hors de l'eau ; puis tous les quatre se mirent à évoluer comme s'ils cherchaient leur ami avec toute l'apparence de l'inquiétude et de l'angoisse *. Le colonel Smith confirme cette observation ; par contre, M. Geoffroy a vu un poisson pilote s'évertuer à conduire un requin vers un appât*. La vérité est probablement que les poissons pilotes accompagnent les requins en vue des miettes, qu'ils laissent tomber de leur table, et que quand ils paraissent les empêcher de mordre à un appât, le cas n'a pas de signification psychologique.

Quant à la coopération du Requin renard et de l'Espadon contre la baleine, tout ce que l'on peut dire c'est que, quoique peu probable à en juger par les antécédents, les preuves qu'on en cite sont trop nombreuses pour être passées sous silence. M. Day, qui paraît conclure à l'évidence, cite les exemples suivants :

« Un matin, vers deux heures, dit le capitaine Arn, en ra- » contant un voyage à Memel, dans la Baltique, par un calme » plat qui nous retenait dans les parages des Hébrides, l'équi- » page fut appelé sur le pont pour assister à un combat que » plusieurs requins (Alopecias vulpes) et quelques espadons » livraient à une énorme baleine. Nous étions en plein été, et » grâce à un temps clair et à la proximité des poissons, nous » pouvions observer le combat à notre aise. Aussitôt que la » baleine montrait son dos hors de l'eau, les requins bondis- » saient en l'air à une hauteur de plusieurs mètres, puis re- » tombaient violemment sur leur aiversaire, lui administrant » de terribles coups de queue dont le bruit ressemblait à celui » d'une fusillade au loin. Les espadons, de leur côté, poignar- » daient la baleine par en bas, si bien que chaque fois que la y> malheureuse créature se montrait, elle nageait dans une » mare de sang. Ces manœuvres continuèrent pendant plu- » sieurs heures, jusqu'au moment où nous perdîmes les

pi'otes; il s'agissait ici du i^a«(;ra/fj J^c^or, qui accompagne le requin sans s^atlacher à lui et voyage d'ailleurs souveut d'une manière indépendante. Les pilotes dont il parait être question dans le passage ci dessus, paraissent être des Rémora (Echeneis rémora) qui sont aussi des compagnons assidus des requins et se font habituellement transporter par eux en s'attachent à leur corps par leur ventouse céphalique. [Traducteur,)

Page 1