VOYAGEUR SANS BILLET
» attendant que mon ami vînt le chercher, et comptant sur » un morceau de viande par la môme occasion. »
L'habileté avec laquelle certains chiens poursuivent un itinéraire par chemin de fer est attestée par de nombreuses observations; j'en citerai trois qui ont le double mérite d'être fort remarquables et de se corroborer mutuellement.
La première est de M. Horsfall, dont on trouvera le récit . à la page 505 du XX» volume de Nature :
« L'année dernière, dit-il, nous allâmes passer les vacances » à Llan Bedr, comté de Merioneth. Nous avions pour hôte le » propriétaire d'un chien de Norwège, animal très intelligent » répondant au nom de Néron et qui a l'habitude de circuler » librement entre les deux établissements de son maître, » c'est-à-dire celui du village, et un autre à Harlech, petite » ville distante de trois milles. Quelquefois il fait le trajet à » pied, mais le plus souvent il se rend à la station du chemin » de fer à Llan Bedr, monte dans le train et le quitte à Har- » lech. Un jour qu'il n'avait pu trouver moyen de sortir du » wagon, et qu'il avait dû voyager au-delà de Harlech, jus- » qu'à Salsernau, il attendit sur la plate-forme l'arrivée du » train de retour pour revenir à Harlech. Si maître Néron ne » fit pas en cette occasion acte de raisonnement abst7mt, je » ne vois guère à quoi sert l'expression. »
Passons maintenant à miss M. G. Young :
a Peut-être, m'écrit- elle, trouverez- vous Tanecdocte suii> vante digne de remarque en tant qu'elle montre que Vins- » tinct peut se trouver relativement en défaut chez l'animal » qui commence à raisonner. Une de mes amies possède un » terrier métis, d'une intelligence remarquable, mais non » développée par l'éducation, qui s'est toujours plu à accom- » pagner les différents membres de la famille en chemin de » fer, à tel point qu'il a souvent fallu le tirer de force hors » du train. Un matin, en 18*77, le groom vint annoncer avec » une figure désolée que Spot l'avait suivi à la station, » qu'elle était montée dans le train avec une bonne qui allait » voir sa famille, et qu'elle était sûre d'être volée. La ligne » qui dessert cette localité est une ligne simple de peu » d'étendue, que parcourent six trains par jour : trois pour ^ l'allei-, trois pour le retour. Mon amie, qui est bien connue » de tous les employés, donna l'ordre que l'on allât au train
224 LE ClilEN
» suivant s'enquérir du chien et apprit alors par l'entremise » du conducteur que l'animal ne trouvant pas de connais- » sance dans le train, l'avait quitté à une petite station à » cinq milles de là. Peu de chiens se seraient trouvés embar- » rassés de revenir même par une route inconnue; mais » Spot ne rentra que le soir, fort tard, après dix heures d'ab- » sence, et rompue de fatigue. De renseignements fournis » il résulta que le conducteur ne l'avait aperçue ni à 9 heures, » ni à midi, ni à 1 heure, ni à 4 heures ; mais en arrivant à la » petite station à 5 heures 30, lors de son voyage de retour, il » la vit qui allait et venait sur la plateforme comme une per- » sonne. Elle sauta dans son compartiment et en sortit toute » seule à la station de l'endroit où se trouvait sa demeure.
» Il était évident qu'elle avait passé son temps dans l'inter- » valle à essayer de s'orienter à pied, et que n'y réussissant » pas, elle s'était décidée à retourner de la même manière » qu'elle était venue, y»
Je termine par une anecdote des plus intéressantes dont je suis redevable à mon amie, M™« A. S. H. Richardson :
a Le Révérend M. Towsend, recteur de Lucan, était à une » époque ingénieur de la Compagnie du chemin de fer de » Dundalk. Il possédait alors un Retriever écossais très in- » telligent qui avait eu l'habitude de voyager avec lui dans » le môme compartiment ; mais depuis un an il y avait » renoncé, lorsque se trouvant un jour avec son maître sur » la plateforme de Dundalk, il profita du moment où ce- » lui -ci passait au guichet prendre le billet d'une dame, » pour sauter dans un wagon. Le train se mit en route, et le » chien fut emporté jusqu'à Clones. Là il sauta sur la plate- » forme, mais, se trouvant seul, il se rendit au buT*eau du » chef de gare, puis à celui du préposé aux billets ; de là il » courut à la ville de Clones, à un mille de la station, et se » rendit chez l'ingénieur résident, mais ne trouvant nulle part » son maître, il revint à la station, passa du côté du départ et » attendit l'arrivée du train. Mais le conducteur était intrai- » table, et le chien fut forcé de se rabattre sur un train de » ballast qui se dirigeait sur un embranchement en voie de » construction sur Carand. Monté sur la locomotive, il se » laissa conduire jusqu'au point d'arrêt du train, puis sautant » à terre franchit les cinq milles qui le séparaieat de Caran