CHAPITRE II
Je commence l'étude des Invertébrés par les mollusques,, parce que, pris dans leur ensemble, ils constituent le groupe le moins intelligent. Du reste, comment s'attendre à ce que des animaux, où les fonctions « passives » de la nutrition et de la reproduction, ont une telle prépondérance sur les fonctions actives de la sensation, de la locomotion, etc., présentent un caractère marqué d'intelligence? Il est cependant une classe, celle des Céphalopodes, chez laquelle les organes, se rapportant à ces dernières fonctions, sont très développés ; elle se distingue par la dimension des ganglions cérébroïdes et par un déploiement considérable de perspicacité. Mais commençons au bas de Téchelle et voyons à quel degré d'intelligence les preuves que j'ai pu rassembler nous permettent de conclure, chez les différents animaux, au fur et à mesure que nous les rencontrerons. Et, d'abord, voici un passage tiré d'un manuscrit de M. Darwin :
« Il n'est pas jusqu'à l'huître, cet animal dépourvu de tête, qui ne se montre docile aux mains de l'expérience, car, dans le Journal de physique, vol. XXVIII, page 244, Dicquemare affirme que des huîtres, récoltées dans des parages toujours recouverts par la mer, s'ouvrent et, laissant ainsi échapper l'eau qu'elles contiennent, ne tardent pas à mourir ; mais si on les met de suite dans un réservoir où elles se trouvent de temps à autre à découvert et soumises à diverses épreuves, elles apprennent à rester fermées et, par suite, à prolonger leur existence hors de l'eau * . »
1. Cest ce fait (meaiiQnQé éf;alement par Biogley, dans sa Biographie
Le Couteau [Solen eusis) semble manifester quelque capacité intellectuelle. Le sel lui est antipathique et il suffit d'en verser au-dessus de son trou pour le faire remonter et quitter sa demeure. Mais qu'on rattrape quand il se montre à la surface et qu'on le relâche ensuite ; on aura beau verser force sel, rien ne le fera sortir de son trou •.
Quant aux escargots : « Quiconque, dit L. Agassiz, a eu l'occasion d'observer leurs amours, ne saurait mettre en doute la séduction déployée dans les mouvements et les allures qui préparent et accomplissent le double embrassement de ces hermaphrodites *. »
De même, M. Darwin, dans son ouvrage, cite, d'après M. W. White ', une preuve curieuse et rigoureusement observée d'intelligence chez un escargot. L'animal en question avait été enfoncé la bouche en l'air dans une fente de rocher. Abandonné à lui-môme, il ne tarda pas à s'étendre de tout son long, puis, ayant pris un point d'appui par en haut, il chercha vainement à tirer sa coquille dans une direction verticale. Après quelques minutes de repos, nouvel allongement du côté droit, l'animal tirant de toutes ses forces mais sans plus de succès; un temps de repos, puis un dernier effort du côté gauche qui cette fois dégage la coquille. Ce triple effort, dans des directions différentes et convenables au point de vue géométrique, devait être le résultat d'une volonté. »
Que si l'on objecte que les coquilles étant de leur nature un empêchement, les manœuvres de leurs hôtes sont autant d'actions réflexes, je ferai remarquer que c'est un des cas innombrables où il est fort difficile de distinguer entre ce qui appartient ou non à l'intelligence. Car, en admettant jusqu'à un certain point que l'action soit machinale, encore faut-il que l'animal se soit rappelé en faisant son troisième effort dans quelles directions s'étaient effectués les autres; et puis il
animale^ vol. III, p. 454) que l'on exploite en France dans les écoles dites « d'Ostréiculture ». La dislance qui sépare Paris du littoral étant trop considérable pour que les huîtres fraîchement récoltées la franchissent sans hailler, on leur apprend à supporter un contact de plus en plus long avec Pair sans s*ouvrir ; puis, quand leur éducation est achevée, on les expédie vers la métropole où elles arrivent fermées et en bon état.