‹ L'intelligence des animauxChapitre 81 sur 122 · MOYENS DE COMMUNICATION · texte numérisé non relu

MOYENS DE COMMUNICATION

» agitation, et chaque fois qu'elles rencontrent une nouvelle » compagne, elles la touchent légèrement de leurs antennes » croisées. Sous le coup de Timpression produite par cet at- » touchement, celles qui Tont subi s'émeuvent à leur tour et » vont communiquer leur peine à d'autres. L'agitation aug- » mente rapidement et finit par gagner toute la ruche.

» On doit à Huber une double ex^périence qui met bien en » relief le procédé de communication entre abeilles au moyen » des antennes. Il imagina de diviser deux ruches chacune » en deux compartiments. Tune par une cloison, l'autre par » un treillis à travers lequel les abeilles pouvaient passer » leurs antennes. Dans la première ruche il se produisit un » grand émoi du côté où il n y avait pas de reine, et pour le » calmer, il fallut que quelques abeilles se missent à cons- » truire des cellules royales. Dans Tautre ruche, au contraire, » le calme ne fut pas troublé, et aucune abeille ne songea à » construire des cellules royales ; d'ailleurs, on voyait la » reine croiser ses antennes avec celles de ses sujets de l'autre » côté du treillis.

» Il semble qu'il y ait quelque rapport entre les antennes » de ces insectes et leur odorat dont la finesse est telle qu'elle » leur permet de distinguer entre amis et ennemis, de re- » connaître entre mille leurs compagnons de ruches, et de >j chasser les abeilles étrangères qui cherchent à pénétrer » dans leur domicile. Aussi les éleveurs, quand ils veulent » réunir deux colonies en une seule, ont-ils soin d'asperger » leurs abeilles, ou bien de les engourdir par voie de fumi- » gation, afin de leur émousser l'odorat. On arrive au même » résultat avec une odeur forte, telle que le musc. »

Je termine ce paragraphe par un dernier emprunt à l'admirable collection de faits que Bùchner a rassemblés en matière de psychologie chez les hyménoptères :

« L. Brofft raconte [Zoologische Oarien\ XVIII® année, » n<^ 1, page 6^?) qu'une ruche qui contrastait par sa ri- » chesse avec sa voisine, dans le rucher de son père, perdit » subitement sa reine. Le propriétaire en était encore à se » demander ce qu'il devait faire, que les deux colonies s'é- » talent déjà expliquées sur leur position réciproque. A la » suite d'une entente mutuelle, les habitants de la ruche la » mieux partagée émigrèrent dans l'autre avec leurs provi-

» sions, après avoir envoyé force députations pour s'assurer » du bon état de Tiiitérieur et de la présence d'une reine. »

Des mœurs en général.

Ia vie active des abeilles se passe à butiner et à élever leur progéniture. J'étudierai séparément ces deux fonctions.

Le butin se compose de miel qui n'est, après tout, que le nectar condensé des fleurs, et de ce que l'on appelle le « pain d'abeille », espèce de pâte que les abeilles pétrissent avec le pollen des fleurs et qu'elles mettent de côté pour servir de nourriture à leurs larves. Avant de le donner à ces dernières, elles le digèrent en partie et le transforment ainsi en une sorte de chyle. Il est à remarquer qu'à chaque tournée les abeilles ne ramassent qu'une seule espèce de pollen, de sorte que les jeunes qui restent au logis pour s'occuper des soins du ménage sous la surveillance de quelques-unes de leurs aînées, peuvent, sans difficulté, le mettre à la place qui lui est assignée dans le magasin. En somme, il y a plusieurs espèces de pain d'abeille, les unes plus nourrissantes que les autres ; celle qui l'est le plus transforme une larve femelle en reine ou femelle féconde. Les abeilles le savent si bien qu'elles n'en donnent qu'à un petit nombre de larves qu'elles installent dans des cellules « royales », c'est-à-dire plus grandes que les autres en vue du développement à venir. Une seule reine suffit à chaque ruche; mais les abeilles en élèvent toujours plusieurs afin de parer aux accidents.

Outre le miel et le pain d'abeille, on trouve encore dans les ruches de la cire et une substance appelée « propolis ». C'est une espèce de résine gluante provenant la plupart du temps d'arbres conifères et qui sert de mortier aux abeilles. Elle adhère si fortement aux pattes de Tinsecte qui la récolte qu'il ne saurait la détacher sans l'aide de ses compagnons. Ceux-ci se servent de leurs mâchoires pour cette opération et profitent de la ductilité temporaire de la substance pour en enduire l'intérieur de la ruche, et même, suivant Huber, l'intérieur des cellules. Le naturaliste que je viens de nommer raconte qu'étant occupé à observer des abeilles qui finissaient de raboter la surface interne des cellules avec leurs ma-

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choires, il en vit une se diriger vers le tas de propolis amoncelé par les fourrageurs, en détacher un fil en jetant la tête en arrière et revenir l'appliquer entre les deux parois de la cellule qu'elle avait rabotées. Le trouvant trop long, elle en coupa un morceau ; après quoi elle l'ajusta de force dans les parois de la cellule en se servant de ses pattes de devant et de ses mâchoires. Mais alors le fil, qui s'était transformé en bandelette pendant l'opération, se trouva occuper trop d'espace en largeur ; Tabeille l'eut bientôt réduit à des dimensions convenables en le rongeant. A ce moment, d'autres insectes vinrent compléter Touvrage ainsi commencé, et tapisser toutes les parois de rubans de propoiis. C'est là sans doute une manière de consolider les cellules.

La cire est une sécrétion qui se fait jour entre les segments de l'abdomen; elle se produit après un copieux repas de miel, alors que les abeilles pendent en grappe au sommet de leur ruche. Lorsqu'elle commence à exsuder, les insectes s'en débarrassent avec l'aide de leurs compagnons et la ramassent en tas ; et quand ils en ont recueilli une quantité suffisante, ils se mettent à en construire leurs cellules. Comme ces dernières servent à la fois de magasin pour les provisions et de chambres d'élevage pour la progéniture, je m'en occuperai plus loin et je passe de suite aux tiavaux qui se rattachent à la propagation.

Les œufs proviennent tous d'une seule reine qui, pendant cette période, a besoin d'une nourriture tellement abondante que de dix à douze travailleurs ou femelles stériles ont pour mission d'y pourvoir. Quant à la ponte, elle s'opère de la manière suivante. Quittant son appartement, c'est à-dire la cellule royale, la souveraine fait le tour des cellules d'élevage avec toute une suite de travailleuses et dans chaque cellule elle dépose un œuf. Chose curieuse, elle détermine à volonté le sexe des œufs à mesure qu'elle les pond, et suivant qu'elle opère sur une cellule à femelle ou à bourdon. (Les cellules destinées aux larves de bourdons sont les plus grandes.) Une jeune reine pond plus d'œufs femelles qu'une vieille, et lorsqu'une reine, soit par l'effet de l'âge ou d'une cause quelconque, produit des bourdons en excès, la communauté la chasse ou la met à mort. Du reste, il semble qu'en pareille circonstance elle se rende compte elle-même de son inutilité, '

car elle ne cherche plus querelle aux autres reines et évite d'exposer la ruche au risque de se trouver sans souveraine. L'on sait actuellement, à n en pas douter, que pour les œufs la cause déterminante du sexe se trouve dans la fécondation ; comme l'avait indiqué Dzierzon, les œufs non fécondés produisent des mâles*, les œufs fécondés des femelles. Il faut donc que la reine exerce un contrôle sur la fécondation.

Après l'éclosion des œufs, les femelles prodiguent leurs soins aux larves et les nourrissent de pain d'abeille. On compte trois semaines de la ponte des œufs à la métamorphose finale des larves ; quand le moment de leur émancipation est arrivé, les nourrices les entourent pour les laver, les caresser et leur donner à manger, puis elles s'occupent de nettoyer les cellules vacantes.

Si le nombre des larves qui arrivent à maturité est tel qu'il y ait danger d'encombrement dans la ruche, il incombe à la reine d'en sortir à la tête d'un essaim. En pareil cas, les prudentes abeilles ont la prévoyance de s'arranger de manière à ce que, parmi les larves royales, il y en ait une ou deux de prêtes à faire leur entrée dans le monde au moment où la reine quittera la ruche ; mais il ne faut pas qu'elles se montrent avant que l'essaim ait pris sa volée, et s'il se produit quelque retard par suite de mauvais temps ou de toute autre cause, les gardiens n'hésitent pas à renforcer la paroi supérieure des cellules. Les prisonnières reçoivent leur nourriture à travers un petit trou par en haut et font entendre une espèce de petit cri continu à timbre varié auquel répond la reine mère. La raison de toutes ces précautions est que, si l'occasion s'en présentait, la reine-mère piquerait les jeunes à mort ; aussi les femelles ne lui permettent-elles jamais d'approcher des cellules royales autour desquelles elles établissent un cordon protecteur. Mais si la saison de l'essaimage est passée, ou si quelque obstacle s'oppose à la sortie d'un autre essaim, les travailleurs ne mettent plus de frein à la jalousie de la reine-mère et la laissent exterminer les jeunes reines dans leurs prisons. Aussitôt que la reine-mère est partie avec

i. il semble résulter d'une observation de M. J. Pérez (Comptes rendus, 9 septembre 1878), que les œufs mâles sont tout aussi bien fécondés que les œirfs femelles et que, par conséquent, la théorie de Dzierzon n'est pas fondée. (Traducteur.)

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un essaim, l'heure de la liberté sonne pour les jeunes. Toute- ' fois, on ne les laisse sortir qu'une à une et à plusieurs jours d'intervalle, sans quoi elles se jetteraient les unes sur les autres et s'entre-tueraient. A mesure qu'elles sont affranchies, elles partent chacune avec un essaim ; celles qui ne le sont pas encore étant l'objet des mêmes précautions vis-à-vis de leurs sœurs que vis-à-vis de la reine-mère. Quand arrive la fin de la saison de l'essaimage, on lâche ensemble toutes relies qui restent, et celle qui survit à la mêlée qui s'engage aussitôt est élue souveraine.

« Loin de chercher à empêcher ces batailles, les abeilles » semblent encourager les combattants ; elles les entourent, » et les font revenir à la charge lorsqu'ils semblent enclins à » se retirer. Si l'une ou l'autre des reines fait mine de vou- » loir attaquer son antagoniste, son entourage lui fait aussi- » tôt place pour ne pas entraver son élan. Le premier usage » que la reine victorieuse fait de son succès est de se mettre à » l'abri d'autres attaques en mettant à mort toutes ses rivales » à venir dans les cellules royales, tandis que les autres » abeilles qui assistent au carnage prennent leur part du bu- » tin, dévorent avec voracité tout ce qu'elles trouvent au fond » des cellules sous forme de nourriture, et vont même jusqu'à » sucer le fluide que contient l'abdomen des larves avant d'en » rejeter les cadavres *. »

De même, si Ton introduit une reine étrangère dans une ruche qui a déjà sa reine, « il se forme autour d'elle un cercle » d'abeilles qui, sans songer à l'attaquer (les travailleuses ne » font jamais violence à une reine), ne l'empêchent pas moins » fort respectueusement de s'échapper afin de la forcer au » combat avec leur propre reine. Celle-ci s'avance alors vers » l'endroit où l'étrangère s'est établie tandis que les abeilles » s'écartent et se préparent à assister à la lutte en témoins » impartiaux. La rencontre est terrible et se termine par la » mort de l'un des adversaires et l'élévation au trône du sur- » vivant. Ainsi les sujets d'une reine reconnue ne se battent » pas pour la défendre ; mais s'ils aperçoivent une reine » étrangère qui cherche à pénétrer dans leur ruche, ils l'en- » tourent et la maintiennent pour ainsi dire en arrestation

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